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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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1 juillet 2009 3 01 /07 /juillet /2009 14:22
Morning Bell / Amnesiac



"je n'ai pas l'impression d'être si connoté Thom Yorke"


"si j'arrivais à retranscrire ce que j'ai en tête ce serait chiant"


 


Evenfall serait-il une sorte de concept album sur l'aube et le crépuscule ?
Pas vraiment, mais les morceaux tournent autour de cette idée, c'est pour ça que j'ai nommé le disque Evenfall, ça veut dire crépuscule en anglais.


Aha, je l'ignorais. Je n'ai même pas pensé à voir ce que ça signifiait !
Le crépuscule est mon moment préféré de la journée parce que c'est celui où toutes les tensions se relâchent, et si on ramène une journée à l'échelle d'une vie ça peut symboliser cet âge où tu es enfin apaisé, parce que tu as fait le point sur certaines choses de ton passé.


Ce thème se retrouve-t-il dans tes textes ?
Oui, disons qu'ils sont habités par la nature et son observation, qu'ils sont guidés par une certaine espérance de... je ne sais pas quoi (rires) !


Une espérance mystique ?
Non... Par exemple pour "The Border" ce serait plutôt l'espoir d'une vie sans frontières. Quand tu pars t'installer aux Etats-Unis, tu te retrouves toi-même immigré, donc d'un seul coup ton regard sur l'immigration change. Là-bas il y a de nombreux immigrés mexicains et ça te touche, ça t'appelle. Ce morceau parle donc de ça et de toutes sortes de frontières qu'on peut rencontrer. Sinon certains morceaux sont le fruit de véritables aventures. Par exemple "Balançoire" vient d'un travail de ciné-mix.


Celui que tu as fait sur L'Age d'or de Luis Bunuel ?
Non, celui que j'ai fait sur Balançoires de Noël Renard. C'est le seul film qu'il ait fait de sa vie, un muet, sans musique. J'avais fait 30 minutes de score pour ça et comme il contenait un thème récurrent j'en ai finalement une chanson.


Son propos est-il lié à celui du film qu'elle a initialement illustré ?
Oui, le film se passe dans une fête foraine dans le Paris du début du siècle. On y voit des personnages masqués, un rapport au sexe osé pour l'époque, et le morceau évoque aussi ce vieux Paris. J'ai adoré ce film et j'étais d'autant plus ravi de pouvoir en faire la soundtrack qu'il raconte un peu l'histoire de mes parents, qui ont connu ce Paris, et que je l'ai composé sous les toits avec une vue splendide sur la ville. En plus, comme le réalisateur est mort, je n'avais personne pour m'emmerder, j'étais totalement libre !


Cette nostalgie du vieux Paris c'est ton côté Amélie Poulain !
Ah, je ne me rends pas compte...


D'ailleurs c'est peut-être un peu cliché de le dire mais avec ses violons et la façon de chanter que tu y as, un peu ourlé, crooner, "Open Organ" m'a évoqué Yann Tiersen, une couleur que tu n'avais jamais exploré jusque-là...
La référence à Tiersen n'est pas voulue même si j'aime beaucoup certains morceaux. Mais ce qui est sûr c'est ce que cet album m'ouvre à d'autres choses et que je m'aperçois donc que les choses seront encore plus ouvertes pour le troisième. Là je serai un peu sans frontières.


Pas mal de tes morceaux donnent l'impression d'être chanté en yaourt. C'est le cas ?
Il doit y avoir un ou deux morceaux où j'ai préféré laissé mon baragouinage d'origine plutôt que le texte que j'avais écrit après coup. C'est une question de feeling : pour moi l'intention de la première prise sans texte valait mieux que les prises suivantes avec texte.


En fait, pardonne-moi l'expression, mais quoique tu chantes, tout au long de ce disque tu donnes surtout l'impression de pleurnicher...
Ah, c'est possible... en fait ça peut étonner mais pour moi Happiness était plus mélancolique que cet album. Evenfall comporte, c'est une certitude, des rythmes plus ouverts et entraînants. D'ailleurs je pense que sur scène les morceaux iront encore plus dans ce sens. Encore une fois je n'ai pas trop de recul par rapport à ça mais je peux comprendre qu'on y voit encore une autre sorte de mélancolie. C'est une continuité de ce que j'ai toujours fait.


Ça traduit ton rapport à la musique, celui que tu avais déjà à l'époque d'Happiness : un rapport de nostalgie et d'introspection....
Bah d'une certaine manière c'est toujours ces mélodies-là qui m'attirent le plus... Dans nos sociétés on voit quand même que nous vivons de plus en plus dans l'urgence, que l'état de crise va galopant et nous plombe. Dans ce contexte, si tu te mettais dans la peau d'un adolescent tu ne saurais pas comment t'y prendre, quelles études et quels boulots faire pour te faire une place dans ce monde. C'est un constat : si tu ne te mets à n'écouter que la télé ou la radio tu vas avoir envie de te suicider. Alors à un moment, étant musicien, c'est normal que tu captes cette atmosphère et qu'elle se retrouve dans ta musique. Surtout que souvent tu subis toi aussi cette atmosphère et qu'elle vient donc se mêler à des événements personnels...


A l'époque d'Happiness tu m'avais confié que ta défunte grande sœur, pianiste, était une de tes grandes sources d'inspiration pour toi, presque ta source d'inspiration initiale. T'influence-t-elle toujours ?
Le dernier morceau parle de ça, notamment le texte...


Avec tout ça - le piano doudou, la petite voix soupline, le côté éponge à tristesse - je ne sais pas si tu réalises mais tu apparais comme le Thom Yorke français !
Je ne me rends pas compte du tout... Je n'ai pas l'impression que mes morceaux soient si connotés Thom Yorke...


Soit, mais tu n'en es pas moins un fan de Radiohead, non ? J'ai vu sur ton site que tu avais fait un remix de "Nude"...
Oui, j'adore. Pour moi c'est un groupe majeur...


Encore aujourd'hui alors qu'ils se font taxer de groupe bourgeois pour s'enliser dans le confort de leur studio et virer bien-pensant écolo ?
Oui, aujourd'hui plus que jamais. Pour moi In Rainbows est l'un de leurs meilleurs disques. On savait que Radiohead compose de bons morceaux, ça ce n'est pas nouveau, ça a toujours été le cas, même si à mon sens ils ont accusé une petite baisse de régime sur Hail to the Thief, mais sur le dernier album ils montrent qu'ils sont arrivés à un niveau fabuleux : la qualité d'épure est incroyable, la production phénoménale, les morceaux fantastiques...


J'imagine que tu te retrouves totalement dans un morceau comme "Videotape"...
Oui, sur cet album il y a deux morceaux qui m'ont plus touché que les autres, le premier c'est "Videotape" et le second "Reckoner" parce qu'il me ramène à un morceau de l'album Laughing Stock de Talk Talk, un autre groupe que j'aime beaucoup.


Cette qualité d'épure de Radiohead sur In Rainbows, à l'écoute d'Evenfall, on sent que c'est aussi ton Graal. D'ailleurs si je me souviens bien ta bio ressasse ça toutes les deux lignes, le côté "Sebastien Schuller, empereur des sensations pures" !
(Rires) Oui, j'ai aussi vu qu'on me collait souvent l'étiquette "home made" dans le rendu du son sous prétexte que ma musique véhiculerait une certaine fragilité, quelque chose de bancal. Ce n'est pas voulu mais ce n'est pas grave car ça a l'air de plaire (rires) ! Et puis si j'arrivais vraiment à retranscrire ce que j'ai en tête tout serait parfait et sas doute que ce serait chiant.


Oui, le problème de l'album définitif c'est qu'il signe l'arrêt de mort de son auteur. En tous cas en tant que musicien ! Maintenant que cet album est sorti, quels sont tes projets à part le porter sur scène et répondre sans cesse la même chose aux journalistes ?
Hé bien j'aimerais bien faire moi-même les clips d'un ou deux morceaux de l'album. Je ne sais pas si ça se fera mais comme j'ai pas mal d'idées visuelles et que maintenant j'ai une caméra, je vais essayer de faire quelques trucs. Mais surtout j'aimerais faire un nouvel album dans 6 mois. Un 5-6 titres. C'est ce format qui a de l'avenir - les gens n'ont plus vraiment le temps de s'imprégner d'un 12 titres - et là j'ai une envie pressante de recomposer. J'ai déjà deux titres en attente, je sens que je peux en composer plein.


Tu sens qu'ils vont t'échapper si tu ne le enregistres pas maintenant ?
Oui, je suis dans un état d'esprit propice, il faut que j'en profite tant qu'il est là.


A quoi ressemble-t-il ?
Rendez-vous dans six mois !

 

Chronique spéciale du disque.



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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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29 juin 2009 1 29 /06 /juin /2009 20:34
Morning Bell / Amnesiac

 

 


En octobre 2005 Sébastien Schuller avait fait plus que sensation en cueillant tous les amoureux de pop triste avec Happiness. Son premier album avait même décroché des éloges outre-manche, comme le Someday We Wil Foresee Obstacles de son confrère Syd Matters. Nous étions donc nombreux à attendre la suite. Pour tout dire, perso, à un moment l'attente s'est faite si longue, qu'en octobre 2008, n'y tenant plus, je suis parti sonder le milieu en quête de d'infos. Son label semblait aussi perdu que moi. Ils ont commencé par me dire que l'album sortirait mi-février, puis mi-mars et mi-mars venu, toujours rien en vue. L'album est finalement sorti fin mai. Il se nomme Evenfall. Composé entre jour et nuit, espoir et nostalgie, Philadelphie et Paris, ce disque moins pop mais tout aussi doux que son prédécesseur m'a totalement perturbé. Dans un premier temps. Je ne m'en suis pas caché auprès de l'intéressé.



"découvrir les Etats-Unis génère encore du rêve"


"j'assimilais ces morceaux à des jeux de lumière"



Notre premier entretien date d'il y a déjà 4 ans. C'était pour la sortie d'Happiness, ton premier album. Je l'avais beaucoup aimé, j'attendais donc impatiemment le suivant. Et puis il y a quelques jours je l'ai enfin reçu et écouté et en fait je n'ai pas su trop quoi en penser. Et voilà, je suis là devant toi pour en parler et je ne sais trop quoi t'en dire !
Moi non plus (rires) ! Les choses se sont tellement enchaînées... Je suis encore immergé dans le disque... Je l'ai fini peu de temps avant que vous le receviez pour la promo. J'ai vraiment tiré sur la corde, ça a souvent été repoussé... Le parcours a été assez compliqué...


Comment ça ?
Déjà je n'ai pas eu 4 ans pour faire ce disque car à l'issu d'Happiness on a quand même pas mal tourné, environ cinquante dates, ça m'a assez fatigué. Et puis j'ai aussi fait 3 musiques de films et j'ai quand même vécu, pris un peu de vacances avant de remettre à la création. Donc voilà j'ai plus passé 2 ans sur ce disque même si j'ai pu avoir des bribes d'idées entre temps.


Alors, quoi, tu as galéré sur l'écriture de tes nouvelles compos ?
Non, les compos viennent naturellement assez rapidement. D'ailleurs tout le problème c'est que les titres étaient prêts plus tôt que prévu mais l'étape de production m'a pris un temps fou. J'ai peiné pour restituer ce que je pouvais avoir en tête pendant les démos.


Pourquoi ?
Un musicien m'a dit que John Lennon définissait le travail de production en terme d'arc de cercle, comme quoi, en gros, à partir du point initial de ta démo tu traces un premier arc de cercle et alors soit l'arc est assez bon et fort pour en créer d'autres soit il ne l'est pas et tu essaies finalement de récupérer tout ce que tu trouvais bon sur le brouillon. Et sur cet album-là, un peu comme sur Happiness, je ne suis pas arrivé à tracer un premier arc de prod assez fort pour en générer d'autres, j'ai donc dû rebrousser chemin...


Et finalement tu es satisfait du résultat ?
Je n'ai pas encore l'état de recul pour le juger réellement, mais j'ai bien aimé tous les morceaux dans leur conception... J'ai passé pas mal de temps dessus et je les ai bien aimé, au moins pendant ce temps-là...


En fait moi en écoutant Evenfall, j'ai éprouvé un une sorte d'amnésie. Après 3 écoutes je ne me souvenais toujours de rien. Je n'avais distingué aucun morceau et rien ne m'était resté en tête pour que je le fredonne, comme si l'album n'existait pas hors de son écoute, qu'il se refusait à toute volonté d'invasion du corps. Je n'avais pas ressenti ça à l'écoute d'Happiness, plus pop. Là tout est si léger, homogène, anti-headworms... Cette sensation d'oubli c'est quelque chose que tu souhaitais communiquer ?
Non, pas du tout... Il est peut-être juste plus dur d'entrer dans Evenfall que dans Happiness...


C'est ce que je me suis dit. Car au fil des écoutes j'ai quand même eu l'impression que quelque chose se révélait. Et je me suis dit : "Attention Sylvain, pour l'instant tu fais triste mine mais si ça se trouve tu vas bientôt te retrouver à crier "Alleluia !""
Et alors (rires) ?!


Hé bien on va dire que je n'en suis pas encore arrivé là ! Je commence à croire que c'est l'effet que me procurera ton disque, parce que, tant musicalement que vocalement, il déroule des trames mélodiques fuyantes, tout en retenu, art de l'esquive. Je n'ai relevé que deux petits sursauts batterie-basse, mais eux aussi produits en retrait, arrondis...
Je pense qu'il y a quand même des refrains sur Evenfall. Par exemple il y en a un sur "The Border", même si c'est plus une ritournelle qui forme un tout... Et puis déjà sur Happiness, si tu regardes bien, à part quelques morceaux comme "Tears Coming Home" la plupart des refrains n'étaient pas très appuyés... Mais c'est vrai que globalement les morceaux d'Evenfall n'ont pas de structures classiques et ça, oui, c'était un peu voulu car je ne voulais pas répéter Happiness. Je voulais un peu plus m'amuser avec les structures et voilà, elles m'ont guidé où elles voulaient m'emmener.


A l'image de "The Border", la plupart des morceaux d'Evenfall sont des ritournelles incantatoires, des morceaux aux textures et aux structures tellement siamoises et poreuses qu'ils semblent tous s'embrasser et ne pas savoir comment finir, comme s'ils pouvaient ne jamais s'arrêter, toujours durer, même tout bas. Comme si on avait à faire à une seule et même ritournelle.
Je suis déjà content que tout s'emboîte (rires) ! Je vise toujours la cohésion des morceaux.


Avec l'instrumental "New York" qui fait une transition en plage 6...
Oui, il fait la liaison entre la première partie de l'album, l'organique et la plus vieille - elle a deux ans - et la seconde, plus électronique. Car voilà, au départ, par rapport au précédent, ici mon envie c'était d'enregistrer plus d'instruments live et de mettre plus d'arrangements, avec de vrais cuivres, de vrais hautbois... Si j'avais réussi à tenir ce cap lors de la production, j'aurais pu faire un album entier sur ce parti pris, mais, comme je te l'ai dis, j'ai échoué. J'ai donc viré beaucoup de morceaux sur ce mode-là et j'en ai sélectionné d'autres, plus électro et nouveaux, qui m'étaient venus facilement. Et finalement j'ai trouvé intéressant qu'on puisse voyager au sein d'un même album entre des choses organiques et d'autres plus électroniques qui refont le lien avec Happiness.


Tu avais décris Happiness comme un road movie musical entre Dead Man et Twin Peaks. Un disque très imprégné de l'idée que tu te faisais des autoroutes américaines quand tu étais gamin. Comment décrirais-tu l'univers d'Evenfall ? Quelles en seraient les balises artistiques ? A nouveaux des films, des images ?
Je ne sais pas, j'ai l'impression que cet album est plus musical...


Parce que ces dernières années tu as été plus musicien que jamais ?
Oui, ça joue...


Parce que tu as enfin mis de vraies images sur ces autoroutes qui te faisaient rêver ?
Non, pas forcément, parce que le fait de découvrir les Etats-Unis génère encore du rêve. Ça vient se confronter à ton imaginaire mais en un sens c'est autre chose. Surtout que c'est grand et qu'il faut du temps pour vraiment s'imprégner d'un lieu... En fait, dans l'ensemble mon processus de composition n'a pas changé. Niveau musique je pourrais par exemple te dire que j'ai beaucoup écouté Arcade Fire, Sufjan Stevens, Beirut et Animal Collective et que d'une manière ça m'a forcément influencé, mais ce serait réducteur, car un morceau est toujours inspiré de différentes sources. A l'influence musicale se joint l'influence de ce que je vis, de ce que j'observe du monde, de la société et de mon passé.


A quoi ressemblait ta vie pendant l'écriture d'Evenfall ?
A de nombreux allers-retours entre Paris et Philadelphie, en Pennsylvanie, où je suis parti vivre. La majeure partie du disque est liée à ces voyages. Vivre là-bas m'a vraiment touché. Par exemple à Philadelphie tu as des églises qui jouent une musique un peu féerique - ce n'est pas des cloches, plutôt des carillons - tu ne sais pas forcément ce qu'elle signifie - un appel au culte, une cérémonie ? - mais parfois quand tu te balades dans un parc tu entends ça au loin alors forcément quand tu rentres chez toi et que tu te remets à composer ça se retrouve dans un de tes morceaux, tout comme l'imaginaire qui peut surgir lorsque tu prends ta voiture pour te promener dans les superbes paysages des forêts de l'est américain.


Cette atmosphère de forêts enchantées et de carillons chrétiens est très palpable sur chacun des morceaux de l'album. On y retrouve plus que jamais ton côté enfant de chœur accro de pianos aqueux...
Oui, le piano est sûrement l'instrument dont j'ai le plus joué sur ce disque. En fait j'avais deux vieux pianos sous la main, un piano d'étude anglais à Paris - je me l'étais fait payer dans le cadre d'une musique de film qu'on m'avait commandée - et un énorme piano du début du siècle à Philadelphie, avec des dorures et tout. C'est ma femme qui l'avait trouvé dans la rue à la sortie d'un bar. Il est à moitié cassé mais c'est vachement agréable de jouer dessus. C'est un univers en soi. J'ai donc pas mal composé de morceaux directement au piano, notamment la première partie du disque.


Ces morceaux ont fait naître en moi des images de lac à fleur de peau et de ciel doux, mi-clos, quand on ne sait plus si on est le jour ou la nuit, sur terre ou sous l'eau. J'ai pensé aux Nymphéas de Monet...
Je ne connais pas... Mais c'est marrant que tu aies vu tout cela parce que lorsque je produisais ces morceaux en studio, innocemment, j'avais tendance à les assimiler aux différents jeux de lumière que tu peux avoir dans une journée. Je comparais des parties de vibraphone à des scintillements de soleil, ce genre de choses. Et cette comparaison était nourrie par le fait que je travaillais beaucoup ces morceaux dans des transports en commun. Que je sois dans un bus quittant la campagne ardéchoise à l'aube ou en vol de nuit vers les Etats-Unis, j'avais le nez collé au paysage lorsque je les réécoutais. En voyageant souvent entre ces deux pays j'étais souvent victime du décalage horaires et c'est sûr que ça m'a amené à côtoyer des états d'esprit où tu perds un peu le sens du jour et de la nuit !


(Suite.)

 


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26 juin 2009 5 26 /06 /juin /2009 14:00
Ames fauves




Il y a un an les Wild Beasts sortaient de l'ombre avec Limbo, Panto, un premier album de pop anglaise baroque et nerveuse où l'organe utra lyrique de leur chanteur croisait le fer avec un songwriting rock indé diablement affutée. Le 7 septembre ils reviennent avec leur second long, Two Dancers pour montrer qu'ils sont plus qu'un pin-up band pour le NME. Je les avais rencontrés aux prémices de l'été 2008. Vous aviez loupé le coche ? Flashback interview.


"Les quatre types de Wild Beasts se contrefichent d'être perçus comme modernes ou classiques, de porter des baggy ou des slim et d'appartenir à une quelconque scène musicale" peut-on lire en exergue du CD promo du premier album de ces jeunes anglais. Une telle profession de foi, ça appâte. Pourtant la première fois que j'ai entendu parler de Wild Beasts, j'ai eu comme une réaction de dégoût. Je les voyais en photo et rien qu'à leur gueule et dégaine je me suis dit : "Oh non ! Pas encore un de ces groupes anglais élevé au fut de bière sans envergure ni panache." Et puis j'ai écouté, par hasard, et là flash : ce que j'entendais sonnait à des années lumières de la plupart des disques que j'avais écouté (tant ces dernières semaines qu'au cours de l'intégralité de ma jeune vie).


Queen ? The A.M (le groupe des ex-musiciens de Jeff Buckley) ? Cold War Kids ? Antony And The Johnsons ? The Smiths ? Farinelli ? Le feu d'une voix de diva s'estropiant sur une giclée de mélodies pop véloces avait réduit à peau de chagrin le champ des comparaisons possibles. Cette voix de diva, monstrueuse, tortueuse, cristalline, étourdissante, éplorée, ce chant affolé et affolant mêlant frou-frou et frustration, cette soul blanche convulsive dont les cristaux ne sont pas liquides, cette urgence, cette androgynie, cette théâtralité, tout cela pourra dérouter et déplaire tant ça va chercher higher (jusqu'au sublime, jusqu'au risible), mais moi tout cela me séduit. Tout comme les citations littéraires qu'ils placent en exergue de leurs morceaux. Par exemple celle-ci : "Perhaps we are simply afraid that if we admit just once, for ourselves, how we really feel, we may never quite manage to suppress it again." Crow (1992)


"Nous sommes satisfaits d'avoir travaillé si dur pour nous distinguer autant que possible. Cela vient d'une lassitude et d'un manque d'intérêt pour la bière et le rock plein de testostérone", déclare Hayden, la Castafiore du groupe. En effet Wild Beasts n'est pas non plus né hier. Au départ en 2002 il y a Fauve, un duo de deux étudiants, Hayden Thorpe donc, chanteur, et Ben Little, guitariste. En 2004, Chris Talbot les rejoint à la batterie et à la voix de baryton. Ils se rebaptisent Wild Beasts (traduction anglaise de Fauve) et publient un premier EP, Wild Beasts. En 2005, ils intègrent Tom Flemming à la basse et à la voix de ténor, déménagent pour Leeds et sortent un deuxième EP, Espirit de Corps qui sera très vite suivi par un troisième, All Men. En 2006 ils signent chez Bad Sneakers, sortent deux singles, puis c'est la signature chez Domino en 2007 et le début des effets d'annonce dans le NME comme quoi ils font partie des 10 jeunes groupes à suivre de près. Le 6 mai, par une journée torride ils rencontraient pour la première fois les journalistes parisiens pour parler de Limbo, Panto. J'en étais. Magnéto.



"exprimer le côté cruel et grotesque de la vie"


"combiner le coeur et les couilles"

 

 


Comment s'est passée votre première journée avec les journalistes français ?
Hayden : C'était intéressant, plus qu'avec les journalistes anglais qui ont trop souvent les mêmes goûts. A Paris tu ressens qu'il y a un héritage culturel unique, un romantisme, une sorte de mythologie qui déteint sur les gens.


A propos de romantisme, j'ai vu sur votre Myspace que des citations de romans célèbres accompagnent vos morceaux. Par contre, vous ne citez aucunes influences musicales. Pourquoi ?
Hayden : Quand tu fais de la musique quelque part tu veux qu'elle ne doive rien à personne à part toi. Comme nous ne sommes pas écrivains, on préfère donc citer des livres, ça nourrit notre univers sans parasiter notre musique.
Tom : Si chacun de nous citaient ses disques de chevets, ça partirait dans tous les sens. Or notre but c'est de tous tirer dans le même sens pour défendre l'identité Wild Beasts.


Vous trouvez qu'aujourd'hui la musique affiche trop ses références ?
Hayden : Oui, il est rare de voir un jeune groupe débarquer sans revendiquer l'influence de ses pairs. Pour moi tout cela témoigne d'un certain manque d'audace. En fait je crois que le problème de nos jours c'est que les groupes sont plus doués pour se vendre que pour faire de la bonne musique.
Tom : Ce sont des marionnettes.


Vous défendez donc une approche plus audacieuse de la musique ?
Hayden : Ce qu'on peut dire c'est qu'on fait d'abord de la musique pour nous.
Tom : On espère tout de même que ça va se vendre parce qu'on fait quand même de la pop...
Hayden : Bien sûr, mais ce que je veux dire c'est qu'il y a une énorme différence entre vendre et être écouté. Des disques se vendent par millions mais ils ne sont pas écoutés pour autant.
Tom : Les gens les achètent juste pour se les passer en bruit de fond quand ils rentrent du travail...


Mais je pense que vous avez une carte à jouer parce qu'en ce moment - on le voit avec le succès grand public d'Amy Winehouse et ceux plus confidentiels des Gossip et d'Antony and the Johnsons - les gens veulent des grandes voix. Or toi Hayden tu as une voix de diva.
Hayden : Merci, je prends ça comme un compliment. En ce moment c'est vrai qu'il y a un manque de caractère dans les voix qu'on entend. Beaucoup sont génériques, passe-partout, entre autres parce qu'elles sont digitalement trafiquées. Nous on ne triche pas, on chante avec nos tripes parce qu'on adore ça et que c'est ça qui incarne le morceau. D'ailleurs on n'hésite pas à chanter à plusieurs. Ensemble, on n'est pas timide, on ne se fixe pas de barrière.


Et ce n'est pas dur de faire valoir votre musique derrière la voix d'Hayden ?
Tom : Non, parce qu'on essaie de la traiter comme un instrument qui vient s'intégrer aux autres. Comme un bon guitariste peut raconter une histoire avec sa seule guitare, sa voix cherche d'abord à produire du sens par le son.
Hayden : Et puis on a travaillé d'arrache-pied pendant 3 ans pour que notre musique soit singulière.


Ça doit donc vous agacer que certains trouvent le chant d'Hayden plus original que votre musique, non ?
Tom : Oui. Après c'est sûr qu'aujourd'hui comme la pop est devenue une sorte de standard où tout ou presque a déjà été fait c'est sûr que tu ne peux rien faire de réellement nouveau, mais tu peux encore te démarquer en misant sur des détails.
Hayden : De toute façon les gens comprendront mieux ce que nous sommes quand ils écouteront enfin l'album.
Tom : Oui, parce qu'on ne peut pas se faire une juste idée d'un groupe sur la foi de ses premiers singles. Une chanson ce n'est qu'un acte alors qu'un disque c'est une pièce de théâtre, ça raconte une histoire.


Et quelle histoire raconte votre disque ?
Hayden : Nos chansons parlent souvent des petites tragédies qui arrivent dans la vie de tous les jours, des tragédies souvent liées au fait que nous sommes des hommes. Parce que voilà, nous sommes quatre mecs qui travaillons ensemble et on commence à voir ce que ça implique de travailler uniquement entre mecs...
Tom : Oui, en Angleterre, c'est très ancré dans la culture, les hommes ne communiquent pas entre eux, ils ne parlent pas trop de leurs émotions. On essaie d'aller contre ça en parlant de l'envers de cette mascarade, qui entraîne son lot de moments tragiques et parfois drôles. D'où le titre de notre disque, Limbo, Panto qui désigne a la fois le côté grotesque et cruel de la vie.


Avec vos références littéraires, vos thèmes d'écriture critiques sur la comédie humaine, votre urbanité et votre chant glam, vous me faites finalement pas mal penser aux Smiths. Qu'en pensez-vous ?
Hayden : Je les ai beaucoup écouté. Ce que j'admire vraiment chez eux c'est qu'ils incarnaient une sorte d'utopie pop où musique et mots faisaient parfaitement corps et ils en avaient pleinement conscience, d'où leur arrogance. Ado quand tu écoutais ça, ça t'ouvrais la tête, tu te disais : "Wouah ! Il existe autre chose que cette réalité pourrie."


Vous me faites aussi pensez à Queen...
Hayden : Queen était plus hard rock que nous...
Tom : Oui et Freddy Mercury était une flamboyante icône gay. D'ailleurs ce qui est intéressant chez lui, incroyable même, c'est de voir comment il est passé de ce statut d'icône gay à celui de working class hero.


Mais votre musique est très lyrique et le chant d'Hayden très androgyne alors j'imagine qu'on doit souvent vous prendre pour un groupe gay, non ?
Tom : Peut-être. Ce n'est pas grave. J'ai même envie de dire : tant mieux. Parce que lorsque tu es issu d'un bled du nord de l'Angleterre où l'excentricité n'est pas de mise, ça te libère de pouvoir assumer et exprimer ta différence et ça te donne plus de force pour dire ce que tu as à dire. Et puis franchement, il n'y a rien de pire que la musique et les mecs machos. On essaie de fuir ça tant que possible.
Hayden : Oui, on n'est pas gay, on essaie juste de combiner le coeur et les couilles ! Après comme on passe plus de temps ensemble qu'avec nos propres copines on doit souvent nous prendre pour des gays. Hier soir ça a dû encore être le cas quand on a loué tous les deux une chambre d'hôtel dans cette ville romantique qu'est Paris (rires) !



Photo par Gaëlle Riou-Kerangal


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:02

Double jeu




"Je suis anti-krutt"

 

 

"Pourquoi ne ferais-je pas le premier téléfilm érotique d'Islande ?"


Ghost From The Past s'ouvre sur "The World Is Gray". Ce titre c'est presque une ode au spleen, non ?
Pour ce morceau, j'avais initialement écrit ce texte assez triste et je me suis dit que j'allais essayer de lui coller une musique joyeuse, mais ça ne marchait pas. Les chansons joyeuses ce n'est pas pour moi. Mais bon, en même temps quand tu écoutes de vieux standards des Supremes, par exemple, la chanson a l'air joyeuse mais les paroles sont super tristes. Pareil pour "Stop In The Name Of Love" que j'ai repris sur Something Wrong.


Je ne sais pas si tu connais le rocker belge Arno mais récemment je discutais de ces contrastes musique-texte avec lui. Il me disait par exemple qu'il avait Lui par exemple qu'il avait été étonné de découvrir que sous ses airs de chanson guillerette "
Knowing Me Knowin You" de Abba parlait de choses très triste, d'où son envie de la reprendre en blues guitare-voix.
Oui et c'est marrant parce que parfois des gens demandent cette chanson pour leur mariage, ce qui montre bien qu'ils ne se penchent pas sur ce que ça dit. A un moment avec Craig Walker, le chanteur d'Archive, on voulait reprendre "Sweet Sixteen" de Billy Idol, une chanson adorable. Mais on a déchanté dès qu'on s'est penché sur le texte. Trop pervers (finalement sur Siamese, le premier solo de Craig Walker, ils ont repris "Perfect Day" de Lou Reed, plus politiquement correct - Nda).


Aha. En fait, pour revenir à "The World is Gray", je dirai que sa mélancolie aérienne et pudique m'a fait penser aux Carpenters...
J'aime les Carpenters. D'ailleurs mon batteur préféré est Karen Carpenter. Tu connais l'histoire des Carpenters ?


Non...

Au départ les Carpenters étaient un trio. Ils faisaient du jazz instrumental et Karen était batteur. Ensuite elle s'est mise à chanter quelques chansons et ça a tellement plu qu'on lui a demandé de continuer. Durant les concerts elle passait donc la moitié de son temps à chanter derrière sa batterie et l'autre à chanter au poste de chanteuse attitrée. Elle a fini par ne faire plus que ça, chanteuse attitrée, mais comme elle n'en avait jamais eu le désir ça a commencé à la miner. Elle est tombée en dépression et morte d'anorexie à 32 ans. Voilà,
elle qui souhaitait juste jouer de la batterie, l'industrie de la pop l'a tuée. Et quand tu écoutes les Carpenters tu peux entendre la grâce avec laquelle elle jouait de la batterie. Comme toutes les batteuses, elle est meilleure que n'importe quel batteur. Souvent les mecs tapent fort en pensant qu'ils vont obtenir un son fort, ce qui est le cas, mais ils obtiennent aussi un son plus court. Or ce qui compte, enfin pour moi, c'est la durée de la frappe, sa vibration. C'est pour ça que je préfère les batteuses.


Tu as dit qu'à la base tu voulais faire de Ghost From The Past un disque de rock guitare-basse-batterie. Au final c'est un disque de soft pop. As-tu un problème avec le rock ?
Non, regarde, sur ce disque "I Know" est presque black metal. Et "Black Parade" est lui aussi un peu rentre dedans. J'aime le rock. Vraiment. A un moment j'ai même failli monter un groupe black metal. C'est la musique que j'écoutais ado, beaucoup de death metal, mais aussi Alice In Chains. Alice in Chains c'est très déprimant. Quand tu es déprimé écoutes Alice In Chains. Tu verras. Contrairement à d'autres groupes de cette période j'écoute toujours Alice In Chains. Aujourd'hui en gros mes goûts vont donc de Sepultura à Janet Jackson.


Si tu aimes le hard et le métal en ce moment tu dois être gâté car Alice Cooper, Metallica, Motörhead, AC/DC, tout ce petit monde revient en force. Il paraît même que le nouveau Guns and Roses pourrait enfin sortir courant 2008 !
Vu le nombre de fois où sa sortie a été annoncée puis reportée rien ne nous dit que cette fois-ci sera la bonne. Je doute même que ce disque sorte un jour. Mais s'il sort, je suis sûr d'une chose : il sera mauvais.


En effet, je doute qu'Axl Rose soit le Brian Wilson du hard. Sur le net j'ai vu des extraits de concerts qu'il a récemment donnés avec les musiciens censés former le reste des Guns. Ce n'était pas  super.
Oui, j'ai vu ça et j'ai aussi vu qu'Axl Rose ressemblait à un monstre. Il a pris du poids, son visage est méconnaissable, c'est le Michael Jackson du hard. Un psychopathe. Bref, toute cette histoire de Chinese Democracy est un bon coup commercial, que le disque sorte ou non. D'ailleurs
The Spaghetti Incident, le dernier Guns, était déjà un bon coup commercial puisque c'était un disque de reprises. Je m'en souviens parce qu'à l'époque j'étais fan des Guns. J'apprenais la guitare en essayant de jouer "Sweet Child O'Mine".


Je vois ! Anthony Gonzales est lui aussi fan de hard. En avez-vous discuté ?
Un peu. Mais il m'a surtout dit qu'il écoutait beaucoup My Bloody Valentine...


Et Sigur Ros aussi dont il a choisi le producteur pour son dernier album. Aimes-tu la musique de tes "confrères" de Sigur Ros ? Comme ta musique elle est lente, douce et triste, fidèle à l'image cliché qu'on se fait de l'Islande...

Je ne pense pas qu'il y ait tant de liens que ça entre ma musique et la leur. D'ailleurs je n'ai aucun de leurs disques. Mais je les ai déjà vu sur scène et c'est très chouette... Moi ce que j'aime en ce moment, c'est Duffy. A la première écoute j'ai détesté la voix, tout, puis à la deuxième j'ai trouvé ça ok et à la troisième je m'étais attaché à l'écriture des chansons. Certaines me véhiculaient une impression de déjà vu. J'ai regardé les crédits et j'ai vu que certaines étaient signées Bernard Butler. Et c'est vrai qu'on pouvait y entendre un peu de la griffe guitaristique qui a fait le son de Suede.


Tu aimais la musique de Suede ?
J'ai beaucoup aimé leurs deux premiers albums ainsi que "Stay Together", leur dernier single avec Bernard Butler. Après ils ont pris un guitariste qui essayait de sonner exactement comme Butler et ils ont inévitablement sombré parce que tu ne peux pas égaler quelqu'un en le copiant.


Tout à l'heure on parlait de ton travail musical "alimentaire". Comme Moby tu as fait plein de synchro pub
pour des spot TV Citroën, Lancia, Yves Rocher, TGV, Gaz de France, etc. Cela te rapporte-t-il plus que la vente de tes disques ?
Oui, souvent. Parce que je n'ai vendu que 20 ou 30 000 exemplaires de mon précédent disque, Somethin Wrong. C'est déjà pas mal mais ça ne va pas aller en s'améliorant. Donc, oui, heureusement que je bosse pour la pub, la télé, le cinéma... En fait sur mes disques je dépense plus d'argent que je n'en gagne. C'est en partie dû au fait que je suis stupide et qu'il m'arrive parfois d'essayer deux batteurs sur une même chanson. En plus parfois je fais enregistrer des cordes pour un morceau et au final je ne m'en sers pas. Tout cela finit par me coûter cher. Il m'est donc nécessaire d'avoir d'autres sources de revenus. Dernièrement j'ai fait un court métrage, quelque chose de très surréaliste, pas du tout orienté grand public. Si j'avais plus de temps libre je ferais beaucoup plus de courts métrages comme ça, des choses que personne ne veut voir à part moi et quelques amis.


A ce propos, en lisant ta bio j'ai appris que tu étais l'auteur du premier téléfilm érotique islandais...
Oui. Une fois n'est pas coutume, ce projet s'est fait par accident. Je faisais de la musique pour une chaîne de télé et un jour je discute avec son boss, un vieil ami. On blague et il me fait : "Pourquoi ne ferais-tu pas le premier téléfilm érotique islandais ?" J'ai dit : "Bonne idée ! Si tu me donnes le fric, je le fais." Parti d'une blague, tout cela est vite devenu sérieux. J'ai appelé l'éditeur du seul magazine érotique islandais et on a écrit un script ensemble, une comédie, un truc soft avec de l'absurde, des acteurs amateurs, des blagues à deux balles. C'était marrant. En plus on a fait la meilleure audience historique de la chaîne. Mais je ne réitérerai pas l'expérience parce que je trouve que c'est bien de ne faire certaines choses qu'une fois, juste pour tenter. Mon seul regret sur ce projet c'est que j'étais partout à la fois, à la production, au script, à la B.O. Du coup je n'ai pas pu assister au tournage !


Héhé. On retrouve un certain érotisme triste sur les pochettes de Bang Gang. You faisait un unique plan serré sur un bikini, Something Wrong ouvrait le champ sur une nature féerique et verdoyante avec toi dormant au premier plan et une femme nu dans le lointain, mais aujourd'hui Ghosts From The Past ne montre plus que toi, shooté de face sur fond noir. Pourquoi ?
Au départ pour la pochette je pensais faire un dessin, mais beaucoup trop de groupes islandais choisissent cette esthétique du dessin et de la fantasmagorie. En Islande on a d'ailleurs un mot intraduisible pour décrire ce type de romantisme, c'est "krutt", que les anglais traduisent par "cute". Les analystes islandais parlent même de "krutt generation". Mais moi je ne veux pas être considéré comme un énième groupe islandais. J'ai donc choisi l'option esthétique contraire, anti-krutt, en faisant quelque chose de très sobre en noir et blanc. Par contre je tenais à utiliser du papier glacé et non du papier recyclé.


Cette pochette a le mérite de montrer clairement que Bang Gang c'est un type : toi.

Oui, je développe petit à petit mon identité. Parce que c'est vrai que sur la pochette de mon premier album je n'apparaissais pas et que sur celle du second j'apparaissais mais discrètement allongé dans le paysage.


De même pour le chant : au départ tu ne chantais pas sur tous les titres, alors que maintenant oui, quasiment tous. Pourquoi ce changement ?

En fait sur You j'avais écris des morceaux qui nécessitaient de chanter avec une voix très haut perchée et comme j'ai encore mes couilles j'ai essayé de chanter très aigu mais parfois je n'y arrivais pas. J'ai donc appelé une fille. Mais au-delà de ça, si aujourd'hui je chante sur toutes mes chansons c'est que j'ose m'exposer de plus en plus. Alors qui sait, peut-être que sur mon prochain disque je m'exposerai tellement que la pochette montrera  l'intérieur de ma bouche, de mon nez ou de mon cerveau. Et qu'on verra que je n'ai qu'un petit pois dans la tête !

 


Ma chronique de Ghost From The Past ici

 


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24 juin 2009 3 24 /06 /juin /2009 15:01
Double jeu


Bardi, son truc, c'est la douceur. Plutôt que Carpenters que Black Panthers. Depuis 98, fidèle à cette esthétique spleen et sensualité, luxe, calme et volupté, il multiplie les succès d'estime en solo sous le pseudo de Bang Gang. Mais depuis la sortie de Lady & Bird, son album en duo avec Keren Ann en 2003, on découvre de plus en plus le Bardi producteur, l'esthète pop islandais compagnon rêvé des rêveurs. Le 31 août celui-ci bénéficiera d'une double actu puisque sortira le premier album solo de Craig Walker, l'ex-chanteur d'Archive, qu'il a entièrement produit, ainsi que le second Lady & Bird, enregistrement live du concert qu'ils donnèrent le 5 juin 2008 à Reykjavik avec l'orchestre symphonique d'Islande. Fin mai de cette année, peu de temps avant qu'il ne s'envole pour ce concert, à la terrasse d'un bistro montmartrois, je l'interviewais longuement à l'occasion de la sortie de Ghost From The Past, troisième album de Bang Gang où brillent les collaborations de l'éternelle copine Ann Zeidel et d'un autre français, Anthony Gonzales d'M83.


Ok, mais avant d'en venir à cette interview, comme je viens de vous en toucher deux mots, vous vous demandez peut-être ce que valent ces deux albums prévus fin août. Hé bien pour La ballade de Lady & Bird, ça va être vite vu puisque je ne l'ai tout simplement pas écouté. Tout ce que je pourrais vous dire c'est que, contrairement à ce que j'ai dit plus haut, ce n'est pas juste un enregistrement live me souffle le mail promo parce qu'en fait celui-ci a servi de matière première à la production d'un album qu'ils ont envisagé comme un vrai album studio. J'avoue ne pas trop savoir ce qu'ils entendent par là. Surtout que ce concert mélangeait aux compos du premier Lady & Bird celles solos de Keren Ann et de Bardi Johannsson. Le tout ré-arrangé par un compositeur islandais pour être joué avec l'appui de 80 musiciens classiques. Pour le coup ce concert était un vrai gang bang. Alors quoi ? Ce nouveau disque c'est des nouvelles compos ou pas ? Wait & see.

Bref, et l'album de Craig Walker alors ? Hé bien disons qu'il porte bien son nom, Siamese. La patte de Bardi y est tellement reconnaissable, disons sur la moitié de l'album qui déploie des pop-songs tristes au charme suranné, qu'il aurait pu s'appeler Bardi & Craig. Après c'est un album fidèle au background brit de son auteur, c'est-à-dire aussi convenu que bien foutu, alternant sur des rails spleen céleste et punch citadium. Electro-rock et pop. Décroissance et lyrisme. Pompiérisme et retenue. L'éternel cul entre deux chaises des nineties finissantes. Story from the City, Stories from the Sea. Bester me dit que le projet végétait depuis des lustres dans les tiroirs de Warner, que les premières versions, plus vénères, déchiraient. Soit. Reste qu'en l'état, comme on dit, ça m'en remue une sans secouer l'autre comme on dit. C'est typiquement le genre de galette anecdotique de 2009, sans panache ni réelle prise de risque. L'époque est si faste, saturée, progressiste. Pourquoi faire encore de tels disques ? Pourquoi encore plagier encore le chant de Thom Yorke, ce que fait Craig sur "Black Out" ? Bardi aurait-il tout salopé avec sa prod digne d'un film érotique d'M6 ?

J'aurais bien posé ces quelques questions à Bardi. Ça aurait mis un peu de piment sur le dos de notre première rencontre. Loquace, il avait fait preuve d'un humour pince sans rire charmant contrastant au poil avec son débit vocal atone et sa longue dégaine d'oisillon, qu'on ne croirait que nocturne, autiste. Ainsi, dès le dicta "on", s'était-il amusé à casser sans préambule cette image en disant qu'il chante et prie chaque jour à l'église. Osant lui posant la question casse-burnes du pourquoi de son pseudo - Bang Gang - j'avais d'ailleurs appris qu'il ne jurait pas que par la pop de pleurnicheurs lettrés. Parce que, pour la petite histoire, j'ai appris que c'était comme ça qu'il avait baptisé le groupe d'électro surf qu'il menait à 19 ans, et que c'était un clin d'œil au film Kitty Kitty Bang Gang. Rien de sexuel donc, il ne savait pas ce qu'était un gang bang. Il en a fait son nom d'artiste peu de temps après parce que sur le coup il n'a pas trouvé mieux la première fois qu'il a déposé une chanson. Aujourd'hui, à 34 ans, Bardi vit de son art mais, comme vous allez le voir, celui-ci ne se limite pas à la musique.

 

 



"Je trouve cool qu'on s'endorme avec ma musique"


"A la base je voulais faire

un disque de rock guitare-basse-batterie"


Bonjour Bardi. Je dois t'avouer que ça représente quelque chose pour moi de te rencontrer parce que ton disque est actuellement celui que j'écoute avant de m'endormir !
Vraiment ?

Oui, d'ailleurs il y a quelques semaines à ce moment-là ce n'est pas ton disque que j'écoutais mais le dernier M83
avec qui tu as co-écrit la fin de Ghost From The Past !
Ah oui, Saturday = Youth, je l'ai écouté chez Emi, il est très cool ! J'attends ma copie promo !

Ça ne te dérange donc pas qu'on associe ta musique au sommeil ?

Non. Dernièrement j'ai fait la BO d'un film qui s'appelle Haxan (un film d'horreur scandinave daté de 1922 censuré pendant des années pour son adoration au diable et sa nudité, Nda). Il s'agit de musique classique. Chaque morceau durait environ 8 minutes. Je me rappelle avoir travaillé dessus jour et nuit et pendant le mixage, quand je les réécoutais, ils m'endormaient moi-même au bout de 2 minutes. Vraiment ! Je me retrouvais à me réveiller tout seul dans le studio et en regardant le timer à chaque fois je voyais que j'avais dormi pendant une bonne heure. Je trouve donc ça cool que les gens s'endorment en écoutant ma musique. Mais je pense que la musique de Ghosts From The Past n'est pas si soporifique. Il contient plein de détails accrocheurs, si tu tends bien l'oreille.

Sur ton nouvel album deux titres sont co-composés avec Anthony Gonzales d'M83. Comment vous êtes-vous rencontrés ?

J'aime beaucoup ses disques. Je l'ai découvert avec
Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts, mais mon préféré est Before The Dawn Heals Us parce que c'est juste lui. Bref, du coup j'ai appelé Emi pour leur demander de nous mettre en contact. On s'est rencontré et on a décidé de travailler ensemble chez moi en Islande pour voir ce que ça donnerait.

Apparemment vous vous êtes bien entendus. Ces deux morceaux sont très beaux. Ne t'es-tu jamais dit que tu allais enregistrer un disque entier avec lui comme tu l'as fait avec Keren Ann ? Une sorte de projet à la
Lady & Bird ?
Non, je ne peux pas faire de Lady & Bird avec quelqu'un d'autre que Keren Ann. Mais j'aimerais bien retravailler avec Anthony.

C'est la deuxième fois que tu composes avec un français. As-tu un feeling spécial avec les français ?

Non, c'est juste lié au fait que mon label est français. Quand je travaillais sur Something Wrong, mon précédent disque en tant que Bang Gang, j'ai
présenté mes démos en Angleterre et en France et j'ai fini par accepter une proposition en France. Donc voilà, depuis je suis scotché à la France et tant mieux parce qu'ici on respect mieux l'art mieux que nulle part ailleurs. En Islande si tu es un artiste, on te demandera toujours : "Mais quel est ton vrai job ?" On m'a posé la question il y a deux semaines quand je faisais la promo de mon Ghost From The Past en Islande. Or depuis dix ans je ne fais rien fait d'autre qu'essayer de vivre de ma musique.

Que réponds-tu donc quand on te pose cette question ?

Rien. Ou je retourne la question : "Toi tu es journaliste, mais quel est ton vrai job ?"

La question est effectivement toute aussi légitime...

C'est comme si tu n'étais pas censé pouvoir vivre du métier qui te plait.

Tu peux mais c'est rare.

Oui, mais si tu y arrive c'est super.

Cinq années se sont écoulées entre Something Wrong et Ghosts From The Past. Cela veut-il dire que tu as besoin de beaucoup de temps pour amasser le matériel nécessaire à la réalisation d'un disque ?

Pas vraiment, c'est juste que j'ai toujours plusieurs projets sur le feu. Something Wrong n'est sorti aux Etats-Unis que l'année dernière, j'ai donc tourné là-bas en 2007. Durant cette période, j'ai aussi fait deux BO, celle d'Haxan et celle d'un film islandais avec un groupe d'hard rock du nom de Minus. Et j'ai également produit quelques artistes commerciaux...

Quand as-tu donc mis ce disque en route ?
En 2004. J'avais décidé que j'allais faire un album de rock, chant-guitare-basse-batterie et que ce serait mon nouvel album en tant que Bang Gang. Mais en rencontrant Anthony je me suis remis à sortir les synthés et on a composé un morceau très lent de 7 minutes superposant mille textures. Je me suis donc dit que je n'allais pas faire un disque de rock, mais un album épique et contemplatif gorgé de nappes de synthés. Et puis juste après je me suis retrouvé à écrire une chanson d'amour. Quelque chose qui ne rentrait pas dans le cadre que je venais de poser. Je me suis donc dit que je devais arrêter de penser en terme de cadre et me contenter de faire la musique comme elle me venait. Petit à petit j'ai donc amassé de nombreux morceaux et à un moment j'ai estimé que j'avais de quoi faire un disque. J'ai donc tout peaufiné, je me suis mis aux textes et j'ai commencé le mix.

Seul ?

Non, j'ai appelé Anthony en renfort. Il mixait dans mon studio pendant que je dormais. Avant de partir il me réveillait pour me dire que c'était mon tour !

Ghost From The Past compte donc aussi un morceau co-composé par Keren Ann. Votre collaboration perdure au-delà de Lady & Bird. Comment cela se fait-il ? Est-elle ta muse ?

C'est juste une bonne amie. On continue de faire des chansons ensemble parce qu'on s'amuse. Pour moi c'est une bonne façon de travailler parce que si je ne m'amuse pas, si je me dis que je dois à tout prix écrire des chansons, je bloque. J'essaie de fonctionner comme ça mais rien à faire. Je n'y arrive que s'il s'agit d'une musique pour une publicité.

Tu composes effectivement des génériques pour des pubs, des émissions de télé et des radio. Pour toi est-ce juste un travail alimentaire ?

En fait pour moi c'est 3 choses : 1) un gagne pain 2) un challenge parce qu'on peut te demander de faire une pop-song de bossa nova de 40 secondes, ce qui n'est pas facile et 3) un moyen de me prouver que je peux finir quelque chose en une semaine chrono. Donc voilà ce genre de travail n'est pas très excitant, mais il a quelque chose d'assez récréatif pour un type comme moi qui est capable de passer 5 ans à faire son propre disque. En plus comme j'aime bien tous les styles de musique je peux assez facilement me plier à cet exercice. Et puis ça me donne enfin l'occasion de faire une musique joyeuse.


(Suite et fin.)

Merci au photographe
Jean Horon pour avoir organisé cette rencontre

 


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2 juin 2009 2 02 /06 /juin /2009 19:27
King of the gonzo ?



"On a connu le succès trop tard pour penser comme des stars"

"Souvent on se dit qu'on est des loosers que le caniveau attend"




Certains vous comparent à Muse. J'ai cru comprendre que ça ne te plaisait pas trop.
Avant Ghinzu chacun de nous était dans des groupes à guitares presque punk. On a commencé Ghinzu pour faire quelque chose de plus doux parce qu'ayant un piano chez moi à force d'en jouer j'avais amassé 40 compos et je voulais m'en servir. Ghinzu à la base c'était cette idée. Mais au final l'association de nous tous nous a fait prendre une autre direction.


Mais la comparaison à Muse, tu l'acceptes ?
Ça dépend. Par exemple je comprend qu'une radio grand public la fasse parce que là le raccourci de la référence est un bon outil pour permette aux gens de vite identifier notre musique. Je la comprendrais moins émanant d'un mélomane averti...


Grosse différence entre vous et Muse : on peut twister sur Ghinzu !
Oui, parce que chez nous des éléments renvoient au fifties, au rockab, à Elvis... Ceci dit j'ai vu Muse une fois en live et j'ai trouvé ce trio impressionnant. Et moi c'est souvent live que je juge la crédibilité d'un groupe. Certains groupes, il n'y a vraiment que ça qui les excite... D'ailleurs je crois que les première vraies sensations de proximité que tu as avec un groupe viennent de là : t'as 16 ans, tu fais le mur, t'essaies de trouver une bagnole, tu pars de Cologne, tu fais 300 bornes jusqu'à Paris pour voir les Cramps, tu sais que t'es un gamin et que t'as une chance sur deux de te faire raquetter mais t'y vas et finalement dans le concert n'est qu'une étape d'un périple trépidant du début à la fin. Et c'est ça qui m'intéressait en tant que fan de rock : tout ce qu'il y avait autour.


Aujourd'hui que tu es devenu rocker est-ce que tu continues à fonctionner comme ça avec Ghinzu ? En tournée tripes-tu autant durant le concert que sur les à-côtés ?
Ce serait génial mais non ce n'est pas possible car il y a toujours des trucs à faire... Tu sais, même s'il s'est écoulé beaucoup de temps entre Blow et Mirror Mirror, j'ai toujours eu l'impression qu'on était en retard sur tout, la tête dans le guidon. Là l'album est sorti depuis environ deux mois en France et on n'a toujours pas sorti de clip. On l'a tourné il y a 3 jours. Voilà, tout est tout le temps comme ça. On aime avoir le temps de perfectionner certaines choses.


Comment s'est passée la création de Mirror Mirror ? N'avez-vous pas été paralysé par le fait que Blow avait mis la barre très haut en terme de succès et de qualité, et qu'il allait être difficile de faire mieux ?
On n'a pas raisonné comme ça parce que ça c'est un raisonnement de star or notre culture reste belge et en Belgique l'esprit "star" n'existe pas.


Oui, mais votre succès a dépassé le cadre de la Belgique !
Bien sûr mais tu sais nous on n'a pas commencé la musique en se disant qu'on allait être des stars. On a commencé la musique en se disant qu'on allait être un chouette groupe qui allait pondre de chouettes morceaux et donner de chouettes concerts... Et puis bon, je pense qu'on a connu le succès trop tard pour penser comme ça. Après un concert on rentre chez nous. Et on aime bien sortir les poubelles même si ça tranche avec notre image. Tout ça pour dire qu'après Blow on avait suffisamment de recul pour avoir juste envie de faire un nouveau chouette album.


Penses-tu que le succès de Blow t'aurait plus tourné la tête si tu l'avais eu plus jeune ?
Non, car ce succès est venu progressivement et au final il reste dans des proportions humaines. Je veux dire, on n'est pas Justice, on ne s'est pas retrouvé d'un coup catapulté en jets privés !


Vous c'est plutôt les concerts privés !
Oui, et c'est mieux qu'un jet. Parce qu'on peut y mettre plus de monde !


J'espère juste que ça décollera autant que le jet !
Il y a des chances que oui parce que les bons concerts arrivent souvent dans ce genre d'occasions où tu es cool... Dans une salle comme ça, j'arrive, je souris quoi. Pour ce soir il me manque des connecteurs XLR mais ça me fait marrer ! Ce n'est pas grave. Je suis vachement content de pouvoir jouer ici et d'être décontracté.


Pour en revenir au succès de Blow, ne t'es-tu pas dit qu'il s'agissait sûrement du climax de ta carrière de rocker ? Parce que bon tu as maintenant que tu as 30 ans bien sonnés...
Je tiens à préciser que je n'ai quand même pas 40 ans et 6 enfants, quoique ç'aurait été très bien et je ne demanderais pas mieux ! Tu sais, on ne pense pas trop en ces termes. On se dit que chaque album ou chaque concert peut très bien être le dernier. Souvent on se dit qu'on est des gros loosers et qu'on va finir dans le caniveau.


Ah oui ?!
Oui, et ce n'est pas une question de pessimisme c'est juste que s'engager dans la musique reste une voie à risque même si certaines personnes continuent de voir ça comme quelque chose d'amusant. C'est un dur métier alors quand tu commences à réussir à en vivre tu ne peux pas t'empêcher de culpabiliser en pensant au retour de bâton. Et ce sentiment est d'autant plus présent pour nous qui sommes belges car à Bruxelles est une ville assez bourgeoise où règne un climat un peu terre-à-terre. Mais bon, si tu parles à Greg ou Jean ils te diront qu'ils veulent être sur scène jusqu'à 70 ans.


 


Dans Ghinzu ?
Où pourquoi pas. A un moment donné un groupe c'est un peu plus que de la musique. Je n'aime pas dire ça mais oui il y a l'idée que c'est aussi une famille. Parce que tu vois chacun de nous a des projets à côté. Si l'un de nous dit qu'il veut faire un truc où il se déguise en carotte et en pastèque, ce qui est le cas de Greg, pas de problème. Moi j'ai bien un projet avec une japonaise qui joue de la basse et fait de l'électro... Donc voilà, on a tous nos petits trucs à côté et on se rend compte que c'est chouette d'avoir aussi un groupe dont la dynamique nous cadre un peu plus.


Tu vois donc Ghinzu durer encore quelques années ?

Si on a encore le sentiment de pouvoir faire de bons albums, on continuera. Au jour d'aujourd'hui on a fait 3 albums et je crois qu'ils vont vraiment dans ce sens. Mirror Mirror perfectionne et modifie des choses de Blow de la même manière que Blow le faisait déjà d'Electronic Jacuzzi. Et c'est bien parce que ça laisse de l'espoir à ceux qui pensent qu'on fait de la merde. Qu'ils attendent notre prochain album.


J'ai l'impression que Mirror Mirror n'a pas de single évident comme l'était "Do You Read Me ?" sur Blow. Qu'en penses-tu ?
C'est une question de point de vue : on en rediscutera après la sortie anglaise de l'album. Parce que le choix du single, où il va être, quand il va être, ça dépend de plusieurs paramètres. Par exemple aujourd'hui si je cherche de bons morceaux à guitares à la radio je vais trouver d'excellents singles. Mais si je cherche des singles électro ça ne va pas être la même chose. De même, si Mika sortait dans les années 90, je ne suis pas sûr qu'il vendrait beaucoup de disques. L'environnement est donc primordial pour déterminer ce qui est single ou pas.


Ce qui est sûr c'est qu'il y a plus facilement "singlable" que vos albums car vous ce n'est pas vraiment de simples chansons que vous avez tendance à composer mais plutôt des morceaux qui s'imbriquent les uns aux autres pour former un tout durant l'album.
Je trouve que Mirror Mirror est quand même plus chanson que Blow. Si tu regardes de plus près, en terme de structure, les formats sont plus classiques.


Oui, pour du Ghinzu, mais dans l'absolu tout ça demeure assez complexe !
C'est vrai. Je ne sais pas comment je dois le prendre mais je le prends plutôt bien !


Tu peux, c'en est un. Et ça rejoint ce qu'on disait tout à l'heure : avec Ghinzu plus que de la musique on à affaire à un vrai univers.
Si tu nous compares a de la pop, c'est sûr qu'on n'a pas de single, mais si tu nous compares au rock alors je trouve qu'il y a plein. Par exemple je pense que "Cold Love" est un super single. C'est un morceau qui a énormément de personnalité. Tout notre culture musicale passe en revue dans cette centrifugeuse de 3 minutes 40. Et c'est aussi un morceau qui parle de son époque.


C'est important pour toi de faire une musique qui parle de son époque ?
On est stimulé par plein de choses, moi par exemple j'écoute plein de la musique et je regarde plein de films, aussi bien des choses passées que des choses actuelles, et fort heureusement, tout comme les vieilleries, les choses actuelles rejaillissent dans notre musique. Franchement ce serait con de se dire qu'on n'est pas dans notre époque parce que sur scène ça fait tout bêtement la différence entre les mecs qui jouent parce qu'ils sont encore là et ceux qui ne le sont plus.


Dernière question : de quoi parle "Cold Love" ?
Ça parle d'une espèce de pétasse qui arrive dans une boîte de nuit et, barricadé dans son bimbo look ultra soigné, elle a le sentiment qu'ici personne ne la mérite sans comprendre que certains des codes qu'elle emploie renvoient à des choses très sexes. Le narrateur lui révèle donc qu'en l'état elle est juste prête pour l'amour. Le morceau raconte donc l'histoire de cette femme qui va finir par déraper et s'extraire de son image pour se faire enfin baiser comme il se doit.


Le clip ce sera ça ?
Non, on nous verra déguisés en fleur pour illustrer l'idée d'éclosion qui est la base de cette chanson assez crue.


Tes textes semblent souvent parler de sexe...
C'était plus le cas sur les précédents mais là on a été plus monastiques. Seul "Cold Love" parle de sexe, le reste parle plus de politique...

 

 

Photos de concert par Rod du Hiboo.com


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1 juin 2009 1 01 /06 /juin /2009 21:33
King of the gonzo ?

 


19 mai. 23h. En concert privé au Divan du Monde, Ghinzu a fait table rase avec son Sweet Road To Saïgon II (comprenne qui lira l'interview). Une tuerie d'autant bien venue que l'inertie m'avait frappée deux jours plus tôt devant la belle PJ.


Contrairement à leur dernière prestation parisienne du Bataclan, les belges n'ont pas laissé planer l'ombre d'un doute. Tout le monde a repris forme humaine au contact de leur furie. Issus de leur dernier album, Mirror Mirror, et de son célèbre prédécesseur, Blow, chaque morceau fut énorme, même ceux chantés en français, "Je t'attendrai" et "Chocolate Tube". Ghinzu redevenu roi du rock - "‘til we faint" ! - le critique a retrouvé l'usage de ses jambes pour twister et de ses deux mains pour applaudir. Mêlé dans une même joie à ses semblables, il a même soutenu un type qui se faisait tancer d'être trop expansif. Ok, il beuglait "Come on guys !" toutes les deux secondes, qui plus est un peu trop près de filles maquées, mais merde où va-t-on si on ne peut plus se lâcher à un concert de rock ! Et comment ne pas crier à bord des montagnes russes de Ghinzu ? O joie de suer dans son cuir et de crier à son tour. Ce type donnait l'impression d'être à un concert de brit pop au milieu des nineties. Et le groupe sur scène n'y était pas pour rien. Mais 5h plus tôt, resté sur sa frustration du 3 avril (un bassiste en interview, un concert en demi teinte) animé d'une certaine envie d'en découdre, le critique rencontrait enfin le boss, John Stargasm.

 


"garder le truc sauvage et organique dans la musique et dans l'image"


"l'expression de "blockbuster intelligent" définit bien Ghinzu"



Bonjour John. Le 3 avril à l'occasion de votre concert au Bataclan j'ai interviewé Mika, votre bassiste et comme le média qui m'amenait était Gonzaï, ce qui est encore le cas cette fois, on avait commencé par parler d'Hunter S. Thompson. J'avais d'ailleurs appris que votre premier groupe s'appelait Las Vegas Parano. Si tu veux bien on va donc commencer par là : que peux-tu me dire sur le grand Hunter ?
Ah, Hunter Thompson, le seul, l'ultime, l'auteur de La chasse aux requins ! Je devais avoir 18 ans quand je l'ai découvert, peut-être même moins. J'ai été happé par le côté simulé de ses reportages, cette idée qu'on pouvait faire soi-même l'événement pour se faire sujet et non le chemin classique : faire un sujet sur un événement. Là-dessus, je trouve qu'il a été vachement avant-gardiste, surtout quand tu vois le journalisme d'aujourd'hui. Parce que finalement tout n'est plus que communication : on fait un événement en ayant déjà planifié tout le rayonnement médiatique qu'on pourrait en tirer alors qu'avant on faisait les choses sans trop se préoccuper des médias. Tout ça dépasse de loin le strict secteur de l'industrie du disque.


Là c'est aussi John le publicitaire qui parle ? Parce qu'il paraît qu'en plus de la musique tu travailles aussi dans la pub...
Oui, mais je ne suis pas dans le côté "presse", je ne suis pas dans les mots. Je travaille comme directeur artistique donc je suis plus dans l'image. C'est un boulot que j'ai pris au moment de rentrer dans la vie active. Parce que tu dois savoir que rares sont ceux qui vivent de leur musique et voilà, il me fallait un métier pour bouffer.


En même temps, directeur artistique, il y a pire comme job alimentaire !
Oui, mais certaines personnes font les choses pour les avoir faites, d'autres les font pour les faire et moi je fais partie de ceux qui essaient de faire les choses pour les faire et les avoir faites. Pour moi c'est important d'avoir un boulot qui m'amuse et m'épanouit. Que ce ne soit pas juste un gagne-pain.


(Un membre du staff déboule pour signaler un problème de matos. J'en profite pour switcher sur la question du concert de ce soir.) C'est étonnant de voir qu'un groupe qui fait du gros son comme vous dans une salle aussi petite que le Divan du Monde. Que nous réservez-vous ?
Le set qu'on va faire s'appelle The Sweet Road To Saïgon II. C'est un set qui va crescendo.


Tous vos sets ont un nom ?!
Oui, parce que la set list et la mise en scène sont des choses fondamentales dans un concert. Par exemple notre set de festival sera plus tranchant et s'appellera The Deadly Bite of the Metal Member.


Ah, ok. Et comment s'appelait le set du Bataclan ?
A l'époque il n'avait pas encore de nom. On l'a finalement baptisé The Kamikaze I.


Aha. Je te demande ça parce que ce soir-là vous étiez en sous régime pendant toute la première partie du show. Et ça ne semblait pas voulu, plutôt l'effet de la fatigue...
Ce n'est pas une question de fatigue, c'est juste que c'est bien qu'il y ait un peu de tout dans un concert d'1h10, des passages mélodiques et d'autres plus énergiques, surtout que Ghinzu sait faire les deux. La retenue c'est quelque chose que j'apprécie parfois dans un concert.


Oui mais au Bataclan vous aviez vraiment l'air fatigué ! A la fin du concert tu as même dit au public que c'était plus lui que vous qui avait fait le concert...
Non, je pense qu'au Bataclan on avait un bon set et qu'on avait bien joué... Ce que je veux dire c'est que nos concerts sont tout le temps différents. Parce qu'on a peut-être un gros son comme tu dis, mais contrairement à d'autres groupes qui sont plus produits sur scène et qui avancent sur des rails, nous on laisse plus de place au hasard et à l'interaction avec le public. Ça ne veut pas dire qu'on n'aime pas ce genre de spectacles, au contraire, nous aussi on aime parfois imposer notre truc comme si tu regardais un film ou une pièce de théâtre, mais on aime aussi se laisser contaminer l'attente des gens. Avec Ghinzu les gens savent qu'
ils peuvent participer s'ils le veulent. C'est une affaire d'intelligence de masse.


Ok. Technologiquement, votre rock est assez riche. La pochette de Mirror Mirror, votre dernier album, en témoigne. Votre musique est-elle difficile à retranscrire sur scène ?
Pas vraiment, même si on a toujours besoin d'une période d'adaptation. A nos débuts on jouait dans des petites salles. Aujourd'hui, on ne peut plus trop le faire. L'album fini, on sort du studio et on se retrouve directement devant de vastes audiences. Mais ça ne change rien au fait que nos prestations sont toujours perfectibles car comme je te le dis c'est au contact du public que nos concerts prennent forme.


Tout à l'heure on parlait de ton boulot de directeur artistique. Ghinzu ce n'est pas que de la musique, c'est aussi de l'image. Tout ça c'est un univers qui t'habite depuis longtemps ?
Non, enfin je ne sais pas... On est quand même très loin d'un positionnement de grosse production américaine... C'est-à-dire qu'on n'est pas de très bons musiciens. Si on joue un morceau à la Broadway tout l'intérêt et le côté grinçant de la musique va venir du fait que c'est une composition difficile jouée par des personnes qui sont plus dans l'énergie que dans la technique. Et c'est pareil avec l'image : ici aussi je tiens à certaines maladresses. Ça peut être par exemple de jouer dans un café pourri avec tes costards dont les cols sont un peu usés. Contrairement à d'autres groupes, chez nous les choses ne sont pas parfaites, sophistiquées, et c'est ce que j'aime : garder le truc organique et sauvage tant en terme d'image que de musique. Par exemple je n'ai jamais dit à Greg de faire le clown sur scène. Il fait ce qu'il a envie de faire et c'est fondamental dans la sensation que nos concerts dégagent.

 


Ghinzu est donc un vrai groupe, une vraie démocratie ?
Ce n'est pas une question de démocratie, c'est juste une question de savoir si certaines choses doivent être préméditées et jusqu'où elles l'être. On aime être stylé mais c'est naturel. Sur scène on n'est pas dans un rôle étranger à ce qu'on est.


Récemment une expression Hollywoodienne m'est venue pour qualifier vos disques et vos shows. J'ai d'ailleurs vu que d'autres l'avaient utilisée à votre sujet. Cette expression c'est celle de "blockbuster intelligent". Qu'en penses-tu ?
Bah ça dépend de ce que tu entends par "intelligent" mais si c'est le fait qu'on reste ouvert au hasard et aux maladresses, oui pourquoi pas... Tout à l'heure on parlait d'Hunter Thompson et des dérives journalistiques actuelles où la communication précède l'événement. Hé bien on peut faire le parallèle entre ça et notre musique. Je veux dire, pour nous l'idée de blockbuster est forcément absurde parce qu'on ne s'inscrit pas un industrie musicale comme elle l'est aux Etats-Unis. Aucun moule préalable ne conditionne notre musique. On ne sait pas ce qu'on va raconter avant de nous lancer dans un album. On le fait, tu te prends dans la gueule et après c'est à toi de dire si t'aimes ou t'aimes pas. Alors voilà, comme les interviews ce n'est pas notre job et qu'on ne sait toujours pas trop ce que raconte notre disque une fois fini, on rame un peu pour en parler, mais c'est bien, ça nous amène spontanément à réfléchir à ce qu'on fait. Là encore, rien n'est prémédité. Cette interview, c'est toi et moi discutant à cet instant précis. Je cogite en live pour répondre à ce que tu me dis.


Je vois ça. Pour en revenir à cette idée de "blockbuster intelligent", je trouve qu'elle vous va bien parce qu'elle illustre bien le côté gonzo de Ghinzu, à savoir emprunter les codes du gros rock US tout en les pervertissant avec une approche plus déviante, spontanée...
Oui, c'est culturel. Parce que comme je te le dis la musique belge comporte une certaine maladresse que la musique américaine n'a pas. Par exemple entre nous on ne parle pas anglais mais on chante en anglais parce que les groupes qui nous ont donné envie de faire de la musique chantent en anglais. Donc voilà, chez Ghinzu, dans l'attitude comme dans l'émotion, il y a cette dynamique d'imitation. On absorbe plein d'influences intéressantes mais elles ressortent déformées par le prisme qui nous est propre en tant que groupe. Je ne sais pas si ce que je dis a du sens mais oui, pour ce qui est du mélange de références, l'expression de "blockbuster intelligent" définit bien Ghinzu.


C'est marrant que tu parles souvent de maladresses à propos de votre musique parce que j'ai remarqué que Ghinzu provoquait des avis tranchés. Il y a ceux qui vous adorent et ceux qui ne comprennent pas votre musique, qu'ils trouvent too much, ridicule, pathétique...
Je ne trouve pas que notre musique soit assez subversive ou pointue pour déclencher des avis bipolaires à ce point. J'ai l'impression qu'elle reste relativement facile. Elle s'adresse à tout le monde. D'ailleurs à nos concerts il y a autant des kids de 13 ans que des gens de 50. Si des gens n'accrochent pas à ce qu'on fait c'est donc plutôt lié au fait que notre style de rock alternatif n'est pas le leur, ou que notre image les dérange parce qu'ils n'y trouvent pas certains repères de crédibilité...



(Suite et fin.)

 

Photos de concert par Rod du Hiboo.com


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28 mai 2009 4 28 /05 /mai /2009 10:58
Une croix
sur PJ ?



Concert pourri. Que faire ? Partir et louper l'embellie possible ? Rester et risquer de râler jusqu'au bout ? Franchement, d'habitude je suis curieux, patient, mais là je serais bien parti si je n'avais pas été vissé à un siège et forcé de déranger les gens (Loin de moi l'envie de sortir mes semblables de l'énigmatique ravissement qu'ils semblaient éprouver.) Bloqué, j'hésitais à communiquer mon désarroi aux potes. Eux aussi je ne voulais pas les gêner s'ils avaient la chance d'être dans le show. Ces moments-là me rappellent le fameux "Tu dors ?", vous savez, lorsque gamin on avait eu l'autorisation de dormir chez notre pote et que la nuit venue, dans le silence de la chambre, n'arrivant pas à dormir, interdit par l'heure et la crainte de le réveiller, on hésitait à dire ces mots : "Tu dors ?" On hésitait mais on s'en serait mille fois voulu de ne pas avoir osé parce qu'on aurait loupé un chouette moment d'amitié si le pote dormait pas. Ce soir, au Bataclan pour le concert de PJ, il y avait des chances qu'on soit tous réveillé sans oser se le dire. J'ai craqué quand Julien m'a montré son portable. Dessus, un texto de Bester : "Désolé, je me barre, c'est vraiment insupportable". Ça m'avait tout l'air d'être un "Tu dors ?". Mais comme eux aussi non plus ne pouvaient pas bouger pour les raisons dites, on est tous resté à se triturer le cerveau.

Mince, est-ce normal de rien ressentir devant PJ ? Etais-je devais de mauvaise humeur ? Blasé de ne pas avoir acheté ma place comme tout le monde ? Anesthésié d'être assis et pas debout comme on devrait l'être toujours à un concert de rock ? Non, je ne pense même pas que ça ait joué. Ce concert fut tout sauf rock et avant qu'il ne commence je peux vous assurer que m'étais senti aussi excité et privilégié d'en être que mes potes délestés de 45 euros. Mais peut-être faisais-je fausse route en demandant du PJ alors que ce concert était du PJ-Parish ? (Une PJ du pauvre !) Ça devait être ça. Par exemple je n'ai jamais été fan de Dance Hall at Louse Point. Je dois même dire que je lui préfère même A Woman A Man Walked By. J'ai alors repensé à cette histoire d'évidence triviale. Je veux dire, je suis pas con, je sais bien que PJ n'est plus ce qu'elle chante, si tant est qu'elle déjà totalement été ce qu'elle chantait. Et puis encore heureux qu'elle ait acquis de légèreté après tous ces albums, qu'elle ne crée plus sous, dans et par la torture, sinon... j'allais dire "à quoi bon ?" Wait, tout le problème est là ! Parce que voilà en fait je m'en fous que PJ aille bien. Comme je suis con aussi, quelque part je souhaiterais presque qu'elle continue de souffrir pour continuer ma catharsis avec elle. Vous savez, comme quand vous souhaitez presque que votre pote redevienne célibataire pour pouvoir rediscuter nanas et autres tourments avec lui ? Enfin non, la vérité c'est que je ne souhaite même pas son malheur à PJ et pour cause : je me fous de savoir ce qu'elle traverse parce que je ne lui reconnais même pas son humanité. Pour moi c'est une héroïne, une fiction,
une passion réduc-christ. Aimerait-on Jésus si son destin n'avait rencontré celui de la croix ? Et bien voilà, PJ c'est pareil : c'est sa croix qu'on aime.


Ce soir si PJ était vraiment heureuse, et si je devais vraiment la voir, plutôt qu'un mix de Goya (le peintre) et Goya (la chanteuse), plutôt que cette simulation de noirceur dénaturant l'héroïne (le mythe de la sauvage se découvrant être social), j'aurais préféré que PJ s'assume lumineuse et mutine jusque dans sa musique. Ou s'abstienne. Parfois le silence c'est bien aussi. Comme la mort, ça laisse les choses intactes, grandies. On regrette que Portishead et Radiohead ne fassent plus de Dummy et de The Bends, qu'ils aient cassé leurs beaux jouets cathartiques. On remercie Cobain et Buckley de n'avoir pas eu le temps de s'y mettre. Je remercie les deux de pouvoir prendre chez l'un ce que je n'ai (ou plus) chez l'autre. De pouvoir choisir de grandir comme de retomber ado. Parfois je me dis qu'il serait bon de pouvoir se passer de telles idoles (puisque myth is murder : rid of myth), mais je n'arrive pas à imaginer ce monde. Sans doute serait-il triste... Et j'en viens à penser que ce soir PJ a peut-être déçu à dessein, pour que s'achève cette course cathartique aux idoles. Mais cette fois encore, inconsciente de ce qui s'était tramé, l'humanité a applaudi à tout rompre. Face à cela (était-ce ça l'humanité ? était-ce ça PJ ?), puriste et non puriste étaient d'accord : autant partir. Battre le pavé. Je ne sais pas pour Bester, mais moi sur le chemin du retour, bien qu'en colère, j'avais toujours ce bon vieux "Black Hearted Love" qui me fouettait les sangs et me forçait à le chanter. Et toujours cette question : dois-je croire ou faire une croix sur PJ ?

 

Photos par Robert Gil


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27 mai 2009 3 27 /05 /mai /2009 16:56
Une croix
sur PJ ?




PJ, aucun de nous n'a été sidéré par son dernier album, A Woman A Man Walked By. D'ailleurs aucun de nous n'avait déjà été sidéré par le précédent. White Chalk, on avait peiné pour rentrer dedans. Trop de piano frigide, trop de voix aiguë aux frontières du faux, trop froid, autiste, et coupant une lame de rasoir. Au-delà de l'audacieux geste de réinvention, ce côté "hara kiri, je retourne à l'anorexie", on avait fini par accéder à la beauté intérieure du disque, mais on l'écoutait peu, voire pas. White Chalk : un souvenir sur l'étagère de nos souvenirs, avec cette drôle de PJ en couve, fantomatique, médiévale, théâtrale (Isabelle Huppert) et otage (Ingrid Betancourt). Là-dessus, le 30 mars dernier, est donc sorti A Woman A Man Walked By, son deuxième album composé avec John Parish (Dance Hall at Louse Point, le premier, date de 96). Elle y opère un retour aux grattes, mais contrarié (pas mal de banjo et de piano). Les morceaux ont des climats travaillés, peu pop, tour à tour oniriques, bancals, apaisés, stridents. Ce n'est pas l'extase, mais PJ y redonne un peu de la voix, y reparle un peu au corps. C'était donc déjà ça. Et en un sens on l'a échappé belle : dans cet ancrage americana lynchien (cliché), elle aurait pu opter pour le ukulélé !

Comme Ursula me l'avait dit, ce disque sonne comme un honnête best of de ses différentes périodes, ce qui n'est jamais de bonne augure (sonner comme un côté best of). A l'époque d'Hail To The Thief de Radiohead je me souviens que je m'arrachais les cheveux à chaque fois que je tombais sur un article utilisant cette expression. Mais oui, A Woman A Man Walked By de Parish et Harvey ressemble à ça, une somme hybride de toutes les facettes de PJ. "Black Hearted Love", son rideau d'ouverture, y est un grand grand moment. Depuis que je l'ai découvert ce morceau me trotte en tête, me pousse à le chanter, suivre son rythme. Qu'elle puisse encore, après tant d'années, pondre une telle rock song, lancinante, sexy, parfaite, ça me sidère. Bref, ce n'est pas pour A Woman que nous sommes là, mais The woman - PJ - comptant sur elle pour qu'elle agrémente son set de morceaux phares de sa discographie. 21h : brune oriflamme, profil Excalibur, rouge cylindré aux lèvres (allez savoir pourquoi, j'ai toujours vu ses lèvres comme l'expression naturelle, organique, des courbes d'une Testarossa), là voilà. Toute menue, cheveux lâchés, pieds nus, elle porte juste une petite robe noire, pas de guitare, et s'avance sur le micro. Belle des champs. Dark. Pendu à ses lèvres, j'oublie tout et les amplis se mettent à cracher l'intro désirée : un "Black Hearted Love" ciselé, saignant à souhait. D'entendre ça live, d'entendre sa voix, j'en ai le souffle coupé. Après ? Je n'ai plus rien ressenti.



Pendant une heure (allez, 1 heure 10 avec le rappel) PJ et ses gars ont déroulé des extraits d'A Woman A Man Walked By et de Dance Hall at Louse Point dans le shuffle le plus total. Le son, sa voix, les lights, tout était au poil. C'était genre "Tu la sens ma maturité ?". "Oui, mais qu'est-ce qu'on se fait chier !" Ce que j'ai vu, zappant sans cesse entre ses différentes incarnations (vies antérieures), c'est une PJ courant comme un canard sans tête. Une PJ nulle part à force d'être partout, actrice d'un univers qui n'épouse plus ses tripes. Une PJ tellement maître de son art qu'elle aurait pu s'en passer. Alors, mi Brigitte fon-fon mi Chantal go-go, elle pouvait bien danser, se mettre à hurler après avoir annoncé, pour finir, le morceau "Pig Will Not" (merde, comme si un tel morceau s'annonçait, genre : "Maintenant je vais vous interpréter la colère !"), tout ça ne faisait que surligner cette triviale évidence : PJ simulait. De la voir comme ça, sincèrement, j'avais envie de la baffer. Je me disais "Merde, PJ prends une gratte !" Car ce n'était pas possible qu'elle prenne du plaisir à ça. (Je me refusais à le croire.) PJ a besoin d'une gratte pour prendre son pied, être PJ. Alors à quoi bon ce concert ?

 

(Suite et fin.)


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26 mai 2009 2 26 /05 /mai /2009 19:43
Une croix
sur PJ ?




Qu'on ait 20, 30, 40 ou 50 ans, qu'on préfère ses trois premiers disques ou ceux qui suivirent, on a tous un rapport passionné à PJ. Organe de feu, guitare rugueuse et mots de coeur : de 92 à 2000, l'anglaise au charme trouble a imposé sa griffe dans le rock, devenant, comme Radiohead, une sorte d'institution sans jamais rien renier de son indépendance. Mais le 17 mai, de passage au Bataclan pour défendre A Woman A Man Walked By, son dixième album, PJ a déconné.


A chaque fois qu'un gros concert se profile, cette sensation bizarre : j'arpente Paris conscient qu'un truc fort m'attend, un truc, me dis-je, qui devrait concerner tout le monde (sentiment d'apocalypse), mais non je croise des gens qui n'ont pas la moindre idée de ce qui se trame. Je sais, c'est une pensée bête mais bon, PJ allait embraser le Bataclan. PJ quand même ! Son gros concert j'étais content de m'y rendre parce que ce n'est pas souvent que je vais voir des stars de son calibre (alors que je pourrais le faire chaque soir tellement je suis un critique convoité) et que ce n'était même pas un vrai gros concert puisque ça se passait au Bataclan et pas au Zénith (places : 6200 ; cadre : hangar ; son : merdique). Et quelque soit le lieu et les modalités, comment ne pas être content lorsqu'on peut voir PJ ?


Je mentirais de vous dire que je l'ai toujours aimé. Contrairement à d'autres, par exemple mon pote Bester, je n'ai jamais chéri ses débuts. Je ne l'ai pas découverte en temps réel et même aujourd'hui lorsque je réécoute Dry, Rid of Me et 4-Track Demos peu de morceaux trouvent grâce à mes yeux. Trop brut pour moi. Par contre, à partir de To Bring You My Love en 95, quand elle a commencé à élargir sa palette et à y mettre les formes (ah la jouissance phénixiale de "The Dancer" !), quand elle a enfin arrêté sa musique de petite fille violée, là j'ai marché. A partir de là, Is This Desire ? pouvait même à nouveau me rudoyer, j'étais mordu. Et quand Stories from the City, Stories from the Sea est arrivé, c'est bien simple, j'ai carrément fondu. Les puristes vous diront peut-être que c'est l'album de la maturité, le début de la fin, mais pour moi ce fut l'inverse. Ces chansons aux rondeurs sublimes, tour à tour mélancoliques et rock, crépuscule, accélérateur ; cette voix déliée, sanguine ; cette love story vocale entre elle et Yorke de Radiohead (pâmoison-frisson de chanter avec eux sur "This Mess We're In") : c'est tout ce que je désirais.  

 


S'il faut souffrir pour faire du Beau, il faut s'ouvrir pour être belle, et Stories délivrait les promesses de To Bring You My Love (faire mal tout en s'assumant femme, sonner rebelle tout en se faisant belle), et certaines mêmes qui avaient osé se nicher dans Is This Desire ? (les sommets d'évidence d' "Angelene" et "A Perfect Day Elise"). Ici PJ continuait l'histoire de l'héroïne PJ (le mythe de la sauvage se découvrant petit à petit sex symbol) et se montrait enfin sortable. Fini le côté gore "mate mes tripes", la PJ monstre dans l'eau trouble de ses dernières vidanges, place à la PJ sex in the city, une artiste neuve ironiquement modeuse. Ironiquement car on sent bien que tout ça (maquillage, lunettes, sac à main) cachait quelque chose. Sur Stories, dressed to kill, PJ l'était au sens premier du terme : incognito in town pour perpétrer le carnage. Oui, l'icône n'était toujours pas prête pour une pub L'Oréal. Elle restait l'enragée, l'ultime amoureuse. "I can't believe life's so complex / When I just want to sit here and watch you undress", rugissait-elle, affirmative, sur "This Is Love". Cette PJ les gens ont pu la faire leurre. Résultat : passage grand public, Mercury Prize en 2000, 8e meilleur album de rock féminin selon Rolling Stone et entrée dans le top 100 des meilleurs albums de tous les temps et tous genres confondus du Time. A ce jour un million de copies s'en serait vendu de par le monde.


Le 17 mai au Bataclan, vous vous en doutez, j'ai donc le groupie-mètre à fond. Mes amis aussi. Parce que PJ c'est toutes les femmes de nos vies (en une réunie !), notre Dorothée rock. Attendant qu'elle arrive, on se pose donc plein de questions, qu'on se contente de partager mollement pour me pas se montrer trop fan aux yeux de l'autre (ce qui serait vu comme un signe de faiblesse !), tout en faisant l'appel du pied inverse (et si on vivait enfin notre amour de PJ au grand jour !). Comment va-t-elle se montrer ? Sera-t-elle aussi classe et sexe que lors de sa prestation de 2003 à Rock en Seine où elle était apparue cheveux lissés, mini-jupée et bottée très androgyne gothique façon Lady Oscar ? Ou sera-t-elle aussi bof que lors de son show de 2004 au Zénith où elle s'était marrée en ratant x fois l'intro de "Down By The Water" ? Et par quel morceau va-t-elle donc démarrer ?


(Suite.)


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