Mercredi 9 juillet 2008
Catch him if you can



Après ses prestations charismatiques et déjantées dans le télé crochet de M6, je ne pouvais que croire en l'avenir de Doré. Avec sa culture de rocker des Beaux Arts, celui qui dynamitait "Lolita" d'Alizée, c'était un peu moi, toi, nous : un jeune homme moderne au cœur de la Matrice. J'attendais donc la sortie de son premier album comme j'attendais la performance de Sébastien Tellier à l'Eurovision : avec une certaine impatience. Mais voilà l'auteur de "La ritournelle" s'est gaufré et Ersatz, l'album de Julien Doré, m'a déçu : trop variété, trop propre et trop nulle part à force de vouloir être partout. Et puis humainement Doré, en interview, c'est pareil, il déçoit : à trop vouloir faire le malin genre je suis total aware du système et de ce que je vaux, il donne l'impression d'avoir le melon d'Alain Delon.



Et son album s'en ressent. De la même manière que je n'ai pas eu l'impression d'avoir à faire à un artiste lorsque je l'ai interviewé parce qu'avec ses arguments technico-techniques il se la jouait plutôt Monsieur-je-sais-tout, je n'ai pas eu l'impression d'avoir à faire à quelque chose de pleinement artistique en écoutant son album, le bien nommé Ersatz. Parce que voilà ce disque est trop calculé. Trop conscient des enjeux de l'image et du positionnement qu'il m'est impossible d'y trouver quoique ce soit pouvant m'émouvoir. Je veux dire tout ça manque de folie, d'affranchissement, de mystique.


Le pire c'est que cet album s'accompagne d'une vaste campagne de com qui va à l'encontre de tout ce que défend le jeune homme. Il défend une approche vintage de la musique ? Le 2 juin, 8 titres de son album et 2 inédits étaient vendus en exclusivité avec le téléphone "walkman" Sony Ericsson. Il critique le côté bêtisier des premiers tours de la Nouvelle Star ? Sur le site de l'événement publicitaire (je vous laisse découvrir l'adresse, son intitulé est tordant quand on a tâté la dimension totally under control du personnage), un jeu participatif propose à chacun de s'éclater à se filmer en train de chanter son premier single, "Les limites", et précise qu'on peut chanter bien, très bien ou mal, très mal, ce n'est pas grave, l'important c'est de tout donner, de se lâcher.


Bref, Julien Doré s'envisage comme un électron libre rebelle et le voilà utilisé comme le meilleur homme sandwich qui soit : l'homme sandwich qui se prend pour un rebelle. Ça me rappelle ce que Sébastien Tellier disait dans le Technikart de mai dernier, qui consacrait justement sa couverture à Julien Doré. Parce que oui on peut penser ce qu'on veut de l'auteur de Sexuality mais il n'a ni fait la Nouvelle Star, ni vendu sa musique à un opérateur de portable, ni prétendu être méga aware et faire la nique au music-biz et il dit parfois des trucs intéressants, comme ceci : "Ce qui me dérange avec ces télé-crochets, c'est le mensonge qui vient juste après. On nous fait croire que ces rockeurs peuvent détourner le jeu alors qu'ils n'en sont que le produit." Alors, Julien Doré n'est-il qu'un produit ou pas ?


Je n'ai pas la réponse. Mais Michka Assayas semble l'avoir à ma place. Et sa réponse me parle. Enfin ce n'est pas vraiment une réponse. Les propos que je vais vous citer, il les a tenu dans le numéro d'été des Inrockuptibles en 1990, autant dire à un autre âge, un autre temps. Mais il disait ceci et c'est assez éclairant en ce qui nous concerne : "Notre temps n'a que la création, l'imagination et la passion à la bouche, alors qu'il n'est capable de produire que des produits calibrés et standardisés. Ce qu'il ne sait pas faire, avec la mauvaise conscience qui le caractérise, il le singe. Lenny Kravitz fait du faux Lennon et Terence Trent d'Arby du faux Marvin Gaye, tout comme Chevignon fabrique du faux "classique américain" et les Japonais du faux Vuitton et du faux Chanel. On voudrait nous faire croire que ce sont des éternels et des classiques. Mais, par expérience, nous savons que ceux qui prétendent, de leur temps, à la perfection et au classicisme, et ne laissent pas entrer le brouillon, l'improvisation ou l'incertitude dans ce qu'ils créent sont les premiers à se faire oublier par la postérité. Les Beatles, en leur temps, ne "faisaient pas du Beatles". Ils ne cessaient pas de chercher, d'explorer, de tirer à côté. Leur cible s'étalait sur la voûte céleste. C'est au temps ou l'on ignorait qui ou quoi l'on visait, ou l'on n'avait pas peur de gaspiller son temps et sa vie, que se sont accumulées des richesses éternelles : celles que pompent sans vergogne, comme de vieux rentiers, les auteurs contemporains de "compact-eu-disques" parfaits où la "perfection du son" le dispute à la "pureté de l'émotion"."


Michka enchaîne : "Commémorer, célébrer, rendre pompeusement hommage, nous ne savons faire que cela. Quand nous cherchons à dire du bien d'un disque récent, nous ne savons pas dire grand-chose à part c'est un classique. Comme si nous voulions échapper de toutes nos forces à cette fatalité déprimante : que la plupart des choses que nous voyons, écoutons, consommons jour après jour n'ont pour nous qu'une importance artificielle, et n'en auront strictement aucune dans un an, voire dans six mois. C'est beau de vouloir être classique, parfait et éternel. C'est un peu comme les escrocs qui répètent avec une insistance pressante qu'ils sont sincères, honnêtes, et qu'ils ont le coeur sur la main : personne n'y croit vraiment, à commencer par eux-mêmes."


C'est dit. Et pour en revenir à Technikart, l'ironie de l'histoire veut que lorsque j'ai interviewé Doré je venais initialement en tant que pigiste pour le magazine Park mais, la trouvant que j'y étais trop critique et que Julien Doré y paraissait trop imbitable, ce magazine a finalement décidé de ne pas publier mon interview. Comme Technikart avait déjà tapé sur le jeune homme, c'est à bras ouverts qu'ils ont accueilli mon interview sur leur site. Interview que j'avais intitulée : "Faut-il sauver le soldat Doré ?"


Le papier a suscité pas mal de commentaires. Certains ont trouvé l'interview "intelligente", d'autres "snob et ringarde". J'ai lu toutes ces réactions avec attention mais je n'y ai pas répondu. Je ne voyais pas trop quoi ajouter, même si on me prêtait des intentions qui n'étaient pas les miennes, comme de la "rancune" et de la "vexation" sous prétexte que Doré lance un pique contre Technikart et ses pigistes branchouille (je le rappelle : à ses yeux ce jour-là j'étais un pigiste de Park). Et j'avoue, c'était assez plaisant de voir les internautes se débattre entre eux. C'est Orphée qui a ouvert les festivités, déclarant : "Il faut laisser au poète le champ de ne pas le contraindre aux explications. Il n'y a pas à le sauver, il créée des synergies basées sur le leurre, qui constituent ensemble un dispositif poétique conceptuel. Alors évidemment, le ramener sur le plancher des vaches en le contraignant à des explications naturalistes ou figuratives le transforme en albatros... S'il vit, il sera grand. Il est déjà un grand punk. Le sauver, c'est l'aborder poétiquement soi-même."


Un petit échange salé s'en est suivit entre Orphée et Brugnon. Car Brugnon s'est alors fendue d'un : "Doré, un punk ? Warf ! Les bras m'en tombent. Sérieux, je suis tombée de ma chaise tellement c'est drôle !". Ce à quoi Oprhée a répliqué avec moult smiley que je ne m'amuserait pas à reproduire : "Brugnon ne doit pas être au courant de la consistance du mouvement punk à son origine. Une femme comme Vivienne Westwood en sort. Mais il ne doit pas non plus savoir qui est Vivienne Westwood." Et Brugnon d'asséner : "Orphée est bien présomptueux au sujet de ma culture personnelle. Mais passons cette petite attaque. Doré reste pour moi un arriviste qui jongle avec des idées dont il n'a même pas cerné ni compris la portée et dans lesquelles il s'empêtre. Il a réussi à berner son monde, libre à eux de tomber dans le panneau. Quant à sa musique, elle est bien proprette et insipide, tout à son image. Je suis bien plus enthousiasmée par les faux-culs de Vivienne Westwood que par la musique académique et sans saveur de Doré."


Pas con, Grosse fatigue a dit : "Le punk c'est quelqu'un qui ne calcule pas et ce n'est pas a la nouvelle tare que vous allez en trouver un. Le concours d'entrée à ce genre d'émission ressemble trop à un concours pour devenir fonctionnaire et il ne me semble donc pas en phase avec l'esprit anarcho-libertaire." Conne, Line s'est cru obligé d'ajouter : "La critique c'est une sorte de censure. Chacun a le droit à sa création et qu'importe si elle te touche ou pas, l'essentiel c'est qu on puisse être libre de créer." Minimaliste mais percutant Idontcare a pondu un haïku qui me touche : "L'album est vraiment chiant. Ce n'est pas nul mais c'est chiant." Carla s'est faite plus nuancée, parlant d'un album "très bon.et nettement moins chiant que tout ce qu'on entend en français d'habitude !" Et Kevz a clôt ce débat chiant / pas chiant en y allant franco : "Album chiant, personnage chiant, pas étonnant qu'il aime Philippe Katerine."


Bicet trouve que Doré "défend son disque plutôt intelligemment". Sidd acquiesce, louant le "bon goût" d'un garçon qui "sait parler" et qui "est peut-être un imposteur mou du gland mais certainement pas un guigou". Avant de céder la place à l'interview proprement dite et histoire de vous donner envie de poursuivre la lecture, je me fais mousser une dernière par l'entremise de Sidd qui me fait ce joli compliment : "Quoiqu'il en soit, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette interview. Ces questions intelligentes secouent le Doré, elles le poussent à avoir quelque chose à raconter et montrer qu'il est autre chose qu'un rockeur H&M."


(Suite.)


par Sylvain Fesson publié dans : MEDIAlogue
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Mercredi 2 juillet 2008
Catch him if you can


Le 28 janvier dernier les journalistes ne s'étaient pas uniquement déplacés à la conférence de presse de la 6e édition de la Nouvelle Star pour boire du champagne et les propos du nouveau jury. Ils étaient aussi venus pour Julien Doré, sa barrette, sa gueule d'ange, ses tatouages, son ukulélé et ses nouvelles chansons. Parce qu'alors en pleine phase d'enregistrement il avait accepté de sortir du studio pour nous livrer 4 extraits de son futur album. J'en avais profité pour lui voler illico presto dix minutes sur son agenda de Ministre afin de faire le topo sur son épopée médiatique.

 




"la Nouvelle Star m'a changé au même titre que les Beaux Arts"


"je n'ai aucun rapport avec M6"

 

 

 

 


 


Regardais-tu la Nouvelle Star avant d'y participer ?
Non, donc malheureusement je ne savais pas trop ce que je pouvais en tirer. J'avais uniquement en tête les castings que je regardais avec mes potes comme si c'était des concours de patinage artistique. En même temps, il y avait un truc touchant qui me plaisait là-dedans. Et je me suis dit que si j'avais la chance de passer à l'image au moment des castings ce serait l'occasion de montrer le nom de mon groupe inscrit sur mon ukulélé. Il se trouve que ma candidature a fait basculer pas mal de choses. Mais franchement, jusqu'à la première émission en direct, je n'ai jamais pris conscience de ce dont il s'agissait.


Si tu participais à l'émission avec la connaissance que tu en as aujourd'hui, te comporterais-tu différemment ?
Non, parce que je m'y suis comporté de manière très naturelle. Je respectais vraiment les gens avec qui je travaillais et je pense avoir essayé de le dire à la fin. C'est hyper important pour moi car c'est vraiment des gens qui m'ont permis de faire la musique que je voulais. C'est-à-dire de chanter les Kinks, de parler de Duchamp. Je n'étais pas contraint, j'ai pu y exprimer des choses. Rien que pour ça c'était super. Car mine de rien c'est quand même l'endroit rêvé pour faire ce genre de choses. Aujourd'hui si devais refaire l'émission je la referais donc de la même façon. Elle m'a changé au même titre que mon expérience des Beaux Arts.


Penses-tu, comme l'a dit Philippe Manœuvre, que ce genre d'émissions tient le rôle dénicheur de talents que les maisons de disques ne tiennent plus ?
Oui, mais ça ne veut pas dire que c'est plus facile pour autant. On le voit très bien. Ça va être la 6e édition de l'émission et - je vais te dire un chiffre au pif - on se souvient à peine de 12 candidats. 12 candidats qui ne vivent pas de ce qui s'est passé.


Mais toi, sans cette émission, tu n'aurais sans doute jamais pu enregistrer un disque.
Je ne sais pas. Parce qu'à ce moment-là, avec mon groupe, on commençait vraiment à percer. Grâce à Myspace des portes s'ouvraient. On est par exemple parti en Belgique faire des premières parties d'un groupe qui s'appelle
Sharko et personne n'est venu me dire : "Ah, c'est le Julien de la Nouvelle Star !". Tout le monde s'en foutait. Après sans cette émission peut-être que je ne serai jamais vraiment sorti du lot. Je ne sais pas. Mais dans cette société qui est la nôtre, je pense que c'est important qu'une émission comme ça existe. Une émission qui respecte ses candidats et leur permet d'être fidèle à eux-mêmes, il n'y en n'a pas 200, il n'y en a qu'une. Et parce que j'ai une certaine éducation, je trouve ça important de dire à certaines personnes que j'ai sincèrement apprécié la qualité de ce programme.


Tu ne t'attendais pas à cette "qualité" ?
Non, j'ai beau savoir que des choses sexy peuvent se faire dans le domaine de la variété, j'ai mis du temps à me sentir totalement à l'aise parce que j'avais peur de la télévision.


A ce stade de l'aventure qu'elle est la nature de tes liens avec M6 ?
Je vais te dire un truc tout simple : je n'ai aucun rapport avec la chaîne. Aujourd'hui les gens qui m'entourent pour l'album viennent du milieu indé. C'est des musiciens que j'écoute et que j'ai contactés moi-même. Mon directeur artistique c'est le mec qui dirigeait les albums de Manu Chao et de Brigitte Fontaine. Aucune major ni quelqu'un de chez M6 n'est venu m'emmerder. Jamais. Si c'était le cas je ne me gênerais pas pour le dire. Mais non, le seul truc que la chaîne me demande c'est de savoir un peu comment se passent les choses, comme ce fut le cas ce soir. Et ça veut dire aussi que quand j'aurai sorti l'album qui me ressemblera j'aurai la chance d'aller chanter mon single sur le plateau de la Nouvelle Star et je serai ravi de le faire comme si on m'invitait à Taratata ou sur la TNT.


(Suite.)


par Sylvain Fesson publié dans : MEDIAlogue
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Mardi 24 juin 2008
La Star Ac' des indés ?






"On n'est pas parisianiste contrairement à ce que beaucoup pensent"


"Initialement on voulait faire CQFD sur Internet"

 

 


Financièrement, vous toucher quelque chose avec l'opération CQFD ?
Non, rien. Ce serait trop facile sinon. Ce serait même scandaleux. Non, ce sont les groupes qui touchent. On essaie de leur trouver le maximum de concerts, du temps de studio, des contacts, on les fait tourner dans le cadre du Festival des Inrocks sponsorisé par Motorola et dans le cadre de nos soirées Inrocks Indie Club sponsorisées par Jack Daniels. Voilà, on essaie de les coacher autant qu'on peut, après il y en a qui ça sert et d'autres qui se débrouillent très bien sans nous. Mais nous on ne touche rien, les groupes nous remboursent juste les droits SDNM qu'on paie à leur place pour pouvoir presser les CD et que personne ne puisse les escroquer. D'ailleurs ces dispositions ont permis à 2-3 groupes de gagner beaucoup d'argent parce que dans les semaines qui ont suivis la sortie de la compile CQFD ils ont été démarché par des boîtes de pub qui voulait leur morceau pour illustrer une pub.


Du coup CQFD vous apporte juste un gain d'image ?
Oui. Comme les deux tiers des groupes choisis pour CQFD sont de province à l'image de notre lectorat, ça rappelle aux gens qu'on est vraiment sur le terrain et qu'on n'est pas du tout parisianiste contrairement à ce que beaucoup pensent. Il y a aussi un peu de cynisme bien entendu, un peu de récupération mais il y a surtout cette excitation de faire partager tous ces démos qu'on recevait et de les aider à grandir. Là les derniers gagnants de CQFD c'est
The Dodoz, un groupe de Toulouse. Ils étaient lycéens à l'époque où on les a choisi et ils ont quand même signé avec Nude, le label anglais qui a découvert Suede.


Depuis juillet 2007 CQFD a muté en reposant dorénavant sur un site communautaire qui ressemble à une sorte de gros Myspace collectiviste. Depuis vous n'élisez plus un gagnant par an mais un tous les trimestres. Pourquoi ?
CQFD, initialement on voulait le faire sur Internet mais c'était très compliqué pour nous parce qu'à l'époque les outils étaient encore durs à manier. Donc voilà dès qu'ils ont été plus accessibles on s'est lancé. Et sur Internet on s'est dit que le concours annuel n'avait plus grand sens parce que c'est un média qui va tellement vite qu'il faut qu'il y ait du changement constant. On a donc adapté le rythme du concours à celui de la blogosphère. Aujourd'hui sur ce site il y a une vie phénoménale : des centaines de groupes s'inscrivent chaque semaine.


Mais vous n'avez pas peur de perdre en qualité en gagnant en quantité ?
Pour l'instant non, on est vraiment très content des gagnants qu'on a et je pense que ça va aller en s'améliorant. J'écoute tout ce qui arrive au fur et à mesure pendant des heures et des heures et je trouve que le niveau ne cesse de monter. Au départ notre inquiétude c'était de penser qu'on allait retrouver chaque année le même stock de 7000 groupes et qu'on serait petit à petit amener à élire celui qui avait fini deuxième tel année, puis celui qui avait fini troisième telle année, etc. Mais ce n'est pas le cas. Par exemple,
Cascadeur qui a remporté le prix CQFD de l'automne 2008 c'est quelqu'un qui est arrivé tout récemment.


En devant un site communautaire, CQFD a changé son processus de vote puisque maintenant, mode participatif du web 2.0 oblige, les internautes sont amenés à voter. Cela n'est-il pas source de filouteries ?
En fait le vote des internautes sert à présélectionner 200 groupes parmi lesquels nous allons ensuite sélectionner le gagnant. On a fonctionné comme ça jusqu'à présent mais le règlement va peut-être évoluer parce qu'on se rend effectivement compte qu'il y a des petits truands qui détournent les votes. Ils créent 20 ou 30 profils avec des faux noms et ils votent les uns pour les autres, ça fausse le jeu et il nous est assez difficile de repérer ces truands. Il nous faut donc mettre en place une espèce de garde-fou à ce stade du concours pour que ce ne soit pas seulement les internautes qui votent mais qu'intervienne aussi un jury de professionnels.


Dans A Nous Paris, Syd Matters a déclaré que CQFD c'était "la Star Ac' des indés". Au-delà du bon mot qu'est-ce que cela t'inspire ?
Ça me fait plutôt marrer. On est fier du coup de pouce qu'on donne aux indés mais c'est vrai qu'on a aussi conscience qu'ensuite ça peut être un fardeau à porter. Il ne faut pas que ce soit le cas. Au journal on a tendance à parler des artistes qu'on a aidé comme des "anciens CQFD" parce qu'on a cette fierté de les avoir pousser sur le devant de la scène...

Et parce que dans votre esprit comme dans l'esprit de beaucoup ils restent et resteront des "enfants des Inrocks"...
Oui mais c'est un peu injuste parce que ce qu'on a fait c'est juste de les mettre un petit peu en avant à un moment ou personne ou presque ne s'intéressait à eux. CQFD aurait un côté Star Ac' si on intervenait sur leur musique comme peuvent le faire des directeurs artistiques mais ce n'est pas le cas. Je n'ai jamais appelé un groupe en leur disant : "On vous sélectionne si vous changez tel truc". Au contraire sur CQFD on a sélectionné des morceaux très mal produits mais qui nous plaisaient. En plus on n'a pas de barrière de style. Le prochain groupe qu'on élira fera peut-être du hip hop martiniquais, qui sait ? A CQFD on est donc plus dans le radio crochet que dans la Star Ac'. On se fiche du potentiel commercial des groupes.


En même temps pour vous c'est mieux qu'ils aient un bon potentiel commercial parce que ça veut dire plus de notoriété pour Les Inrocks.
Il y a des groupes qu'on n'a pas choisis pour CQFD parce qu'ils ne nous plaisaient pas et par la suite ils ont été signés et ils ont très bien réussi. A côté de ça on était les premiers à publier une chanson de
Pauline Croze à une époque où les maisons de disques lui riaient au nez. Elle nous a plu mais jamais je n'aurais cru qu'elle ferait cette carrière. Je suis content pour elle. Par contre quand j'ai reçu Florent Marchet, non seulement il m'a beaucoup plu, mais je me suis dit : "Ce type va être énorme". Bon, il n'est pas encore énorme mais il plait toujours.


Dernière question : que penses-tu de la présence de Philippe Manœuvre dans le jury 2008 de la Nouvelle Star ?
Ah je suis hyper content, ça va être très drôle parce qu'il est très bon dans ce genre d'exercice. C'est quand même un mec qui dégomme des groupes derrière sa machine à écrire depuis plus de 30 ans et là il va avoir la possibilité de le faire en direct, sans aucune retenue, avec des critères d'une mauvaise foi absolue parce qu'il ne les jugera pas sur des critères complètement idiots de technicité. Beaucoup de gens ont dit que cela allait porter atteinte à sa crédibilité. Je ne suis pas d'accord. Je trouve que c'est inespéré pour une émission comme ça d'avoir quelqu'un avec cette verve, cette culture et cet humour. Je pense donc que c'est un excellent choix et je suis impatient de voir ça.


par Sylvain Fesson publié dans : MEDIAlogue
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