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  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 20:12
Le diable au corps



"Patrick Fiori, faut pas le faire chier !"

 

"Luke, les enfants du Tostaky ? ça me fait bien marrer !"

 



Au-delà du hasard de votre rencontre, rester à trois guitare-basse-batterie pour Solas, c'est un choix musical, l’envie de sonner frontal ?
Denis et Paul : Ouais, carrément !
Paul : C'est plus exigeant encore, c'est un peu notre ligne de conduite. On ne veut pas rentrer dans le côté 3-4 à l’arrache. Au contraire, on se prend la tête pour faire sonner le truc à trois. C'est une autre démarche que si on avait un deuxième guitariste, un clavier ou je ne sais quoi. C'est mieux comme ça. Et c’est un challenge car ça ajoute de la difficulté à l'interprétation des chansons sur scène tout en apportant énormément d'émotion dans l'instant joué. Pour nous le but c’est d’amener quelque chose de brut à quelque chose de beau, percutant, nickel.

Vous ne faites donc pas l'apologie du son vintage comme les White Stripes ?
Paul : Non, rien à foutre. Là on enregistre live, mais on ne couche pas ça sur bande, on le rentre dans le disque dur et pour le mixage en analogique y’aura un ordi derrière. Mais bon, être vintage ou pas, ce n'est pas trop le problème parce que les White Stripes ce n'est pas nouveau. Nirvana sonnait déjà hyper brut. Pareil pour plein de groupes punk : ce n'est pas nouveau. Tout ça pour te dire qu’on ne s'identifie pas à la mode actuelle de ces groupes célébrés parce que certains se disent : "Ah ! ça alors c'est brut, à l'ancienne ! ça change des productions modernes." Surtout qu’il n'y a pas qu’on ne fait pas que des morceaux rock, on a aussi quelques chansons "chanson".

Oui, d’ailleurs votre rock m’évoque des choses très françaises comme Noir Désir, Téléphone, Renaud, La Mano...
Denis : Niveau textes, je ne me prononcerais car c'est Paul qui les écrit, mais moi musicalement je ne peux pas dire que j'ai été influencé par des groupes français.

C’est peut-être vrai pour toi, Denis, mais pour ce qui est de Solas vous ne pouvez pas nier que ces influences ressortent dans vos compos, même si ce n’est qu’inconsciemment...
Paul : Complètement. Je pense que le lien par rapport à ces références, c'est que tous ces gens sont des artistes. C'est-à-dire qu'au-delà de toutes considérations rock ou pas rock c’est sûr qu’on a été marqué par des artistes comme Renaud, Noir Désir, La Mano et même les Rita et NTM à leurs grandes époques, quand ça pétait vraiment, qu'on se demandait : "C’est quoi ce truc ?!". Nous, c'est clair qu’on s'identifie à l’émotion que procuraient ces groupes. C'est peut-être prétentieux comme démarche, mais je trouve que c'est prétentieusement beau. Du moins ça a le mérite d'être honnête. Après pour ce qui est du chant dans le rock français, c'est très simple : si tu prends un morceau rock anglais et que chantes en français dessus à la manière anglaise, c'est de la merde. Inévitablement. A 99%. Beaucoup ont essayé, on ne les citera pas, mais ça ne le fait pas, c'est tout. C'est une question de voix, de phonétique, de figures rythmiques. Si tu essaies de chanter en franglais, comme on dit, c'est insupportable.

Pour toi, Paul, écrire en anglais, c'était donc inenvisageable ?
Paul : Si tu aspires à de grandes choses tu ne peux pas t'exprimer avec un outil que tu ne maîtrises pas. C’est juste ça. Est-ce que les anglais chantent à "la manière de" ? Non, ils chantent en anglais parce qu'ils sont anglais et c’est pour ça que ça le fait. On doit faire pareil.

ça te demande un vrai effort d'écriture ?
Paul : Ouais, vachement, c'est important.

Depuis combien écris-tu de tels textes ?
Paul : Depuis que le groupe existe. L'un ne va pas sans l'autre. Au fur et à mesure des compos et de l'évolution du groupe, une identité s'est forgée et j'ai besoin de me nourrir de l'émotion et du feeling qui naît entre nous pour générer des mots et écrire quelque chose qui soit à nous. Je n'écris pas que pour me faire plaisir. Si j'avais dû écrire tout seul, je n'aurais sûrement pas écrit la même chose.

Paul, tu dis que tu tentes au max d'écrire d'après ton vécu. Tes textes s’inspirent-ils parfois de lectures ?
Paul : Non, je ne lis pas trop, c'est la merde ! J’aime bien Herman Hesse, il a une écriture assez expressionniste. Pareil en peinture, j'aime bien l'expressionnisme. Et pareil en musique !

 

Votre dossier de presse mentionne que vous n'hésitez pas à "assumer l'émotion". Ça veut dire quoi "assumer l'émotion" ? C'est ça le côté "expressionniste" ?
Paul : Ouais et je pense que c'est une force. Quand tu n'as rien à perdre, il ne faut pas avoir peur d'être ridicule sur scène (rires) !

On est d’accord ! Dans certains de vos morceaux il y a un côté glam kitch et kamikaze que tu lâches à bloc sur scène ! On se dit un peu : le mec en fait des tonnes !
Paul : Ouais, mais c'est parce que je suis content d'être là (rires) ! La scène, c'est un terrain de jeu. Il faut donc essayer de donner le plus d'énergie et d'émotion possible. Et puis ça ça vient aussi de nos références parce que je pense qu'il faut que tout ça soit un peu sexe, dérangeant : c'est l'aspect rock'n'roll du truc.

Tu n'as pas peur que les gens ne voient que ça ?

Paul : Non, il faut les deux : qu'ils voient l'attitude et qu'ils entendent les chansons.

Vocalement, tu pousses...
Denis : C'est son côté tantouse (rires) !
Paul : Ouais, je suis une grosse salope ! C'est vrai, j'ai envie de pousser.

Etre grandiloquent ?
Paul : Ouais parce que c'est marrant la grandiloquence, l’exagération. Il ne faut pas hésiter à mettre certains trucs en avant...

Les tripes ?
Paul : Ouais, je ne sais pas comment expliquer, c'est vachement abstrait. Mais regarde, c'est toujours pareil, les mecs qui te marquent au chant, ils y sont allés à fond. Freddy Mercury, il rigolait pas, quand il se mettait à chanter ça chantait ! Il a complètement extrapolé son délire. Pareil pour Bon Scott d'AC/DC. Et Jeff Buckley ! Lui, il t’a carrément remis au goût du jour un truc qui était d'une autre période. Putain, merde, trop beau ! Le mec s'est lâché, il a osé. De toute façon à moins de s'appeler Gainsbourg peu de personnes peuvent oser chanter très clean, avec peu de choses. Ce n'est pas Marc Lavoine qui me contredira (rires) !

Et tous ces chanteurs qui poussent sont anglo-saxons…

Denis : Oui, alors bien sûr, dans le genre emphatique français, on va te dire Brel, mais c'est toujours facile de le citer.
Paul : Mano Solo aussi, des fois, ça pète.

Mais ça reste Brelien, il roule les "R".
Paul : Pas faux.
Denis : Bah Cantat, il a une pure voix.

Enfin voilà, y’en a pas 36 000 !
Denis : Attends, y’a Florent Pagny : "Baryton" !
Paul : C'est de la balle ça ! ça te retourne ! T’écoutes ça, bon bah voilà, un vrai de vrai (rires) !

Obispo ?
Denis : Ah oui, y’a Obispo ! C’est vrai qu’il pousse lui aussi.
Paul : C'est sûr. Et l’autre là, comment il s'appelle ? Le corse-là ? 

Denis : Ah ouais : Pat !
Paul : Bam ! Bam !
Patrick Fiori ! Lui, il pousse. Ah ! faut pas le faire chier Patrick. Il est malin, il te fait les chœurs, il écarte le micro, technique, quoi ! Mais le problème c'est : pourquoi je chante ? Est-ce que j'ai besoin de mélodie sur quelque chose à chier ?

 



En ce moment, le rock est de nouveau tendance. Ça ne vous fait pas peur de débarquer dans ce contexte de surabondance ?
Paul : Non, au contraire, car ça veut dire qu'il y a une demande et franchement il n'y a pas beaucoup de bon rock en France.

On voit s’avancer une scène baby rockers genre The Naast, The Brast, The Parisians... Une certaine presse branchée ne manque pas de relayer son éclosion. Comment vous voyez ça ?
Denis : Ce truc, j’ai un peu l’impression que c'est le phénomène Star Academy version rock.
Paul : Non, franchement, c'est bien, je suis content pour eux, mais tu ne t'exprimes pas de la même façon à 16 ans que lorsque tu en as 30. Et pour ce qu'on fait, je préfère largement en avoir 30. Il faut prendre les gens à contre-pied, les bousculer, ne pas hésiter à trop en faire.

A propos de trop en faire – votre credo de toute évidence – j’ai l’impression que tes textes, Paul, vont aussi dans ce sens. Ils sont sulfureux, engagés…
Paul : Oui, c'est un mélange de tout ça. A part le morceau "Je ne sais plus", qui est un brin ironique, mon écriture est lisible. Enfin je l’espère. Mais elle n'est pas du tout sympathique, second degré et plan rime facile.

Par contre tu oses quand même quelques "gros mots"...
Paul : Ouais et encore c'est le minimum par rapport à ce que j'ai des fois envie de dire.

Tu n'as pas peur de leur connotation "rebelle fake", du cliché de l’"écorché vif" ?
Paul : Non. Le truc encore une fois c'est qu’il ne faut pas parler de ce que tu ne connais pas. Dans le rock, c'est facile de dire : "Merde, c'est la merde, vas-y, défonce tout, mortel !". Mais en vérité ils sont peu à pouvoir le dire tout en étant crédible.  .

Euh tu penses à Luke là, non ???
Paul : Ah non pas du tout, je pensais à ce que j'étais en train de raconter. J'essaie de me concentrer pour ne pas zapper ta question. Non, on n'est pas là pour descendre qui que ce soit.
Denis : En plus, Luke, moi je ne connais pas.

C’est impossible, en ce moment Luke est partout !
Denis : Bien sûr, j'ai entendu un morceau d'eux à la radio.
Paul : Allez arrête, on les a vus en concert (rires) !
Denis : Non, mais ce que je veux dire c'est que je ne peux même pas dire si j'aime ou pas, car je ne connais pas assez. En musique, il y a des trucs immédiats, mais il y a aussi des trucs qui ne sont pas tout le temps immédiats et d’autres qui le sont moins. Donc si un truc ne te saute pas à la gueule, ça veut peut-être juste dire qu’il demande un temps de réflexion. Mais bon, à la limite pour Luke, c'est volontaire : je n'ai même pas envie d'écouter. Pour faire de la musique, il faut écouter énormément de choses sinon tu t'enfermes dans ton truc. Donc autant écouter celles qui te boostent tout de suite. Qui te font dire : "Wouah, j'ai envie de faire encore mieux !"
Paul : Pourquoi, tu aimes bien Luke toi ?

J’aimais beaucoup leur premier album mais c’est sûr que leur soudaine imitation de Noir Désir me laisse perplexe. Même si je reconnais que dans le genre c’est bien fait.
Paul : Je pense que c'est du marketing. Pas pour lui (Thomas Boulard – NDA), je pense qu'il le fait d'une manière honnête et qu'il doit d'ailleurs se prendre la tête, mais je pense que dans le fond c'est ça. Et s'il suffit d'être dans une maison de disques, d'avoir des attachés de presse, tourné pendant deux ans et vendu 200 000 disques pour respecter son travail alors ouais, moi je le respecte, mais ça s'arrête là, quoi. Ce n'est pas parce que Mariah Carey a vendu 20 millions d'albums que c'est bien. Luke c’est comme ça que les gens du circuit l'ont senti. Et je suis désolé, ces gens-là tu ne la leur fais pas... On a fait un festival où ils jouaient et on a vu la réaction du public et celle des organisateurs de festivals, c’était sans ambiguïté... Alors quand je vois que Rocksound les célèbre comme"Les enfants du Tostaky" au moment où l'autre (Bertrand Cantat – NDA) est en prison… Bam ! Deux mois après, plus de Noir Désir, on enchaîne ! Je suis désolé, il ne faut quand même pas nous prendre pour des cons.

Vous seriez donc prêts à refuser une interview si ce magazine vous la demandait ?

Paul : Franchement on s'en fout. Tu as le droit de dire non. Tu n'es pas obligé d'être dans tous les magazines. Surtout que la plupart attendent que tu sois signé pour dire "Ouais, mortel, je kiffe ton son !". Au bout d'un moment ça saoule, surtout de la part des magazines qui ont entre guillemets "L'esprit rock". Pareil pour Oui FM, "La radio rock". Voilà, on est là, on est dans ce monde-là. Donc je ne sais pas. Moi je vois que dans la presse chacun à sa ligne éditoriale par rapport à ses petites fréquentations, son milieu, ses pages publicitaires et tu es dans les papiers de certains et pas d'autres. Donc franchement, on verra. On n’a pas envie d’être sponsorisé par qui que ce soit ni de nous retrouver un jour, sans notre accord, en couverture d'un magazine qui titre un truc hallucinant du style "Le renouveau rock". La plaisanterie a assez duré.
Denis : Les pubs à chaque fois c'est "Le meilleur groupe de rock de l'année !". Des meilleurs groupes de l'année, il y en a 20 par an. C'est ridicule, de quoi ils parlent ?

Vous vous méfiez du circuit. Vous voulez suivre votre truc d’A à Z. Mais si une major vous signe ?
Paul : Dans ce cas on sait qu'on devra composer avec certaines choses, mais on n'est pas obligé de dire amen à tout. On aura peut-être des envies qu'une major n'aura pas envie de satisfaire mais bon… On verra ça quand ça arrivera !
Paul : On a envie de faire parler de nous à travers nos chansons et nos concerts donc après, si cette base fonctionne et qu’on se retrouve sur une major, elle aura juste à poser le truc et voilà. Le reste, télé ou pas... On contrôle notre image, c'est à prendre ou à laisser. On ne va pas se mettre à jouer des castagnettes parce que c'est la mode dans les milieux berlinois !

Quelques magazines commencent à parler de vous. ça vous met la pression ?
Paul : Non, pas du tout. Enfin, je ne sais pas comment expliquer ça d'une manière simple... Je veux dire, c'est un peu ultime le délire du groupe. C'est très simple : faut que ça le fasse.

C'est-à-dire ?
Paul : C'est-à-dire qu'on ne peut pas se planter. On est à fond dans le truc donc on n'a pas envie de nous décevoir, de décevoir les gens qui nous écoutent, donc on y va vraiment à fond et on se dit que ça va le faire, qu'on va nous écouter de plus en plus, qu'on va pouvoir jouer de plus en plus sur des grosses scènes, qu'on va pouvoir se lâcher à fond dans le truc. Ce n'est pas quelque chose de malsain, d'égocentrique ou de vaniteux, enfin si, un petit peu, mais comme toi, comme tout le monde à ce niveau-là.

Sans ego, rien de bon ne sort ?
Paul : Il faut de l'inconscience à fond. Donc (silence)... Ce serait trop con que les gens ne s'intéressent pas à ce qu'on fait (rires) ! Qu'on soit à côté de la plaque et qu'on ait beau parler, que tout le monde s'en foute.

C'est toujours un risque.
Paul : Ouais, mais là ça se passe bien. Il y a des concerts derrière. On a un avis du public. C'est cool.

 

Comment s’appellera le disque ?
Paul : On a un morceau qui s'appelle "La petite inconscience". La petite inconscience, c'est bien.

Denis : Voilà, La petite inconscience : formidable !

 


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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