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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 19:17

Le diable au corps

 


Solas c’est Paul Solas (chant / guitare), Denis Richard (basse) et Arnaud Queudeville (batterie), un trio qui dépote dans son genre (rock français / chanson rock). Après un premier album injustement passé sous silence à sa sortie en avril 2006 (Viens sur moi), ils reviennent, fort d’une pelletée de concerts en première partie d’aînés qui leurs sont proche (Matmatah, Cox, Dolly, Romain Humeau, Blankass, Maximum Kouette…) et d’une tournée en Pologne en avril 2009. Leur deuxième album, La luna, sortira en février 2010. Ils seront le 22 octobre à l’Alimentation Générale. En attendant vous pouvez voir le clip de leur nouveau single, "Perdu le nord", et lire cet entretien daté sur le papier mais toujours chaud / d'actu dans le propos !

 

13 juillet 2005. Studios Midi Live, anciens mythiques studios Vogue. Depuis quelques jours dans ce décor tout de bois, de matos et de tentures tigrées revêtu Solas enregistre et trie les 13 titres qui figureront sur leur premier album, sans nom pour le moment. Pour ça ils sont aidés de Jérôme Ben Soussan, réalisateur, entre autres, de Miossec et Bashung. Ainsi, jugés trop "rock à donf", les hot hot hit que sont "Kamikaze", "Les crevards" et "Les nénuphars" se feront exclure du lot. Du compromis dans l’air ? Non, dit Paul, "il s’agit juste de choisir les morceaux qui s'enchaînent le mieux possible pour construire quelque chose où tu ne peux pas t'ennuyer. Et il ne faut pas que ce soit éprouvant à écouter, il faut que ça reste ouvert et de qualité." De leur côté des morceaux comme "L'ivresse " et "Desperado" sortiront donc coiffés d’arrangements de cuivres.

 

Alors bien sûr, même au stade du deuxième album, alors que l’influence s’estompe de plus en plus, y’en aura toujours pour résumer l’affaire en disant qu’ils sonnent Noir Dez’ et que… Et que quoi au juste ? Bien sûr qu’ils ont ce truc qui rappelle le combo de Cantat. A 30 ans, dans le rock français, qui n’affiche pas quelques sains stigmates liés à la découverte de ces célèbres bordelais ? Solas ne doit pas en rougir et... n’en rougit pas ! "Les Tumultes", "Quand la ville dort", "L’ivresse", "Viens sur moi", "L’Ame en furie", "Desperado" et les trois nouveaux, "In the cold", "Perdu le nord", "La luna", pour ne citer que ceux en ligne sur Myspace : comment résumer ainsi l’affaire à l’écoute de morceaux aussi bien troussés qu’ils soient brûlots ou ballades ? Comment ne pas sentir qu’ils ont la flamme, la vraie, innocente, too much, engagée ? Comment ne pas sentir qu’ils ne sont faites pour légumer dans les bacs mais pour gicler dans les tuyaux de l’industrie à la place de petits joueurs comme… je ne préfère pas les nommer !


 


"habiter un groupe, c'est de la jouissance pure"`

 

"le but ? Amener quelque chose de brut à quelque chose de beau"


 

Salut les gars. Si je suis là c’est que vous m’avez conquis lorsque je vous ai découvert sur scène à la Scène Bastille. Et je dois dire que l’écoute du maxi que vous m’avez donné à l’issu du concert n’a rien gâché. Dites-moi, à ce soir-là vous étiez super chaud vu l’ambiance du lieu…

Paul : Dans ce genre d'endroits l'ambiance est froide, surtout quand tu n'es pas connu, car les gens ne se déplacent pas. Et la Scène ce n'est pas non plus une salle où les gens délirent. Ce n'est pas super underground. Pour réchauffer l'atmosphère, il faut donc ne pas avoir peur d'y aller, de se donner. De prendre plaisir à jouer.

 

La Scène c’est entre la salle et le bar concert. Les bars, vous avez l’habitude d’y jouer ?

Paul : Ouais, on en a fait pas mal. On aime bien. On a appris à faire de la musique comme ça. Mais bon, après on ne va pas jouer dans les bars toute notre vie, ce n'est pas le but.

 

Solas le groupe est né dans les bars ?

Denis : Oui, en fait j’ai rencontré Paul dans un bar y’a 5 ans. J’y faisais un concert de reprises. Il m’a appris que de son côté il faisait pareil pour gagner sa vie.

Paul : Comme on s’est tout de suite bien entendu on a décidé de monter un groupe de reprises. On avait trouvé un batteur, on était donc trois, on a sorti un album de reprises blues à notre sauce. On a tourné deux ans avec ça. Après on s'est dit qu'on allait faire des compos donc fallait s'y mettre. On n'avait rien !

 

C’était la crampe d’un coup de vous mettre à vos propres compos ?

Paul : Ouais, parce qu’à priori rien ne relie le rock français au blues d'avant-guerre, au niveau de la voix par exemple. On s'est donc un peu cherché. C'est en rencontrant notre manager de l’époque qu'on a rencontré Arnaud. Ça tombait bien parce qu’à notre premier batteur venait de nous lâcher.

Arnaud : Moi aussi je viens de la reprise rock. J’étais à Caen. J’ai rejoint Paris pour jouer dans des groupes, tout ça, mais une fois là-bas je n’avais rien avant de rencontrer Paul et Denis. Faut dire que c’est dur quand t’arrives sur Paris et que tu ne connais personne…

Paul : Maintenant ça fait un an et demi qu'on se connaît et que le groupe existe. Enfin un an et... huit mois ! Je compte parce qu'on ne sait jamais, tout ça va tellement vite ! Pendant un an on a bossé à fond les morceaux en répét', fait beaucoup de concerts, avec les moyens du bord : notre matos, notre sono, nos voitures et Nico, le manager, qui s'occupe de tout ce qui est com', putes et plans avec les mairies.

 

Et ce passage du blues au rock, comment ça s’est fait ?

Denis : On n'est pas passé du blues au rock, on a toujours écouté du rock. On aimait juste jouer du blues ensemble.

Paul : Ouais, du blues vachement rock quand même.

 

C'était quoi votre répertoire blues ?

Paul : Des reprises de Robert Johnson, d’Hank Williams, des Stones… On a toujours été vachement rock en fait. La difficulté c'est qu'on ressentait le truc en tant qu'instrumentistes. Je veux dire qu’ensuite, niveau chant, j’ai dû batailler pour trouver un truc aussi percutant en français. On a essayé plein de trucs avant de se dire à un moment : "Hop ! c'est ça, ça le fait". Ce n'était jamais réfléchi, maîtrisé. Mais ça le fait aussi parce qu'on s'apprécie, qu’on bosse beaucoup et qu’on a le même but. C'est pour ça que ça fonctionne. On ne fait pas du tout de la musique "à la manière de". Non, notre musique est un prolongement de notre expérience dans la musique depuis notre rencontre... jusqu'à aujourd'hui !

 

Paul, tu dis que vous ressentiez la musique "en tant qu'instrumentistes". Tu veux dire que vous êtes des virtuoses de la musique ?

Denis : Non, moi je suis autodidacte.

Paul : Pareil.

Denis : On a appris à jouer en écoutant de la musique. Le truc tout bête quoi : t’es môme, t’écoutes de la zique, tu kiffes et un jour tu te dis : "Tiens, si je m'achetais une gratte !" Tu commences donc à jouer avec le premier groupe qui passe, tu fais des rencontres, tu changes, tu changes, avant peut-être de trouver le bon. C’est ça pour moi la musique : un truc instinctif. C'est pour ça que pour moi ça ne collait pas de devoir "apprendre la musique".

 

Après lentement le fan deviens musicien, le spectateur acteur...

Denis : Oui, après tout dépend d'où tu viens. Moi je viens de Saint Denis, un endroit où à l'époque faire de la musique c'était comme aller sur la lune. Dans ma famille personne n’en faisait. On ne m'a pas apporté la musique, il a fallu que j'aille la chercher. Vu que ça me touchait j'en ai beaucoup écouté et voilà, en jouer pour moi c'était normal, un prolongement complètement naturel. Après, le plus dur, c’est de trouver les bonnes personnes avec qui jouer. Mais c’est super important car en musique si le courant ne passe pas humainement ça devient vite infernal vu le temps que tu passes avec les mecs (rires) ! Une fois que t’es méga célèbre et que chacun à sa chambre d'hôtel, passe encore, les mecs se voient sur scène sans se calculer, mais c’est impossible dans une petite structure comme la notre. Regarde, nous on dort dans les mêmes voitures (rires) ! On a donc intérêt à se supporter. Surtout qu’on joue de manière très traditionnelle, guitare-basse-batterie, et qu’on se refile plein d’idées que ça touche notre instrument ou pas.

Paul : On enregistre et au fur et à mesure tout ce qu’on fait et hop qu’on garde ou pas moi je chante en yaourt sur la mélodie. Parfois j’apporte une chanson toute faite mais à la plupart du temps du temps tout vient ensemble, instinctivement.



   

Vous répétez souvent ?
Paul : 4-5 fois par semaine. On ne fait que ça.

Vous n'avez pas d'autre boulot ?
Paul : Non. C'est à fond.
Arnaud : Il n'y a pas de plan B !
Paul : Moi, ça fait 5-6 ans que je ne bosse plus et que je ne fais que de la zique. Denis et Arnaud ça fait un peu plus longtemps…
Arnaud : On n'est pas venu à la musique par hasard. On ne s'est pas dit un jour : "Tiens, on va changer de métier".

Chacun de vous a toujours envisagé de vivre de la musique ?
Paul : Ah ouais ! Dès ma première seconde sur terre (rires) !
Denis : Ouais, on va dire ça.

 

Paul, tu dis que vous ne faites pas de musique "à la manière de"...
Paul : Un petit peu quand même, il ne faut pas négliger les références, les choses qui nous ont marquées...

Hé, j'ai pas fini ma question (rires) ! Je voulais dire : comment avez-vous réussi à vous entendre tous les trois sur un style de musique ? Vous avez abandonné des options en cours de route ou ça s’est fait naturellement, comme une parfaite symbiose ?
Denis : Il y a la réponse dans ta question ! C'est horrible, mais c'est ça (rires) ! "Une parfaite symbiose" (rires) !
Paul : En fait, on a toujours avancé coûte que coûte, c'est-à-dire qu'au bout de deux mois, on avait déjà commencé les concerts et entre temps on a jeté 70% du répertoire. A part quelques réglages scéniques, on n'a jamais calculé notre musique par rapport aux gens, on l'a toujours fait par rapport à nous. En musique, le truc c’est de toujours être fidèle à l'imaginaire que t’en a. C'est aussi ça être autodidacte : tu te crées tellement un imaginaire de la musique qu’il en  devient presque inconscient. Au moment de composer tu sais donc instinctivement ce qui te correspond et ce qui te correspond pas.


Comment définirais-tu ton imaginaire de la musique ?
Paul : Je n'en sais rien. Si je pouvais te le dire, ce serait nul.

C'est un imaginaire basé sur des albums phares ?
Paul : Ouais, nan, même pas parce que je crois que c'est les mêmes pour tout le monde...

 

Euh pas sûr ! Je pense que tu dis ça parce que tu as oublié que tu vivais dans un imaginaire musical précis !
Paul : Peut-être…

 

Par exemple en ce moment qu’est-ce que vous écoutez ?

Bah à part la radio peu de choses car on passe tout notre temps fourré en studio à enregistrer notre premier album. Ah si, on écoute les Stray Cats ! Leur premier album : mortel ! Eh ouais, les Stray Cats : attention ! Sinon ouais, c'est la radio et faut dire ce qui est : c'est souvent de la merde (rires) !
Denis : Enfin ça ne nous plait pas !
Paul : Nan, mais faut le dire : sur les grosses radios, à part si tu les écoutes la nuit, c'est vraiment l'enfer ! Ah, et j'aime bien les Hot Hot Heat aussi. Ouais, j'adore, je trouve que ça joue grave. Et puis Queen of the Stone Age. On écoute des trucs qui sortent mais on revient tout le temps aux dinosaures encore en vie : U2, AC/DC, Stones, Muse, Radiohead… Mais sinon, pour revenir à ce que je te disais, au sens d'imaginaire, la musique, c'est très large. Il y a tellement de trucs excellents dans chaque style que ce serait dommage de se limiter à un seul. Nous, dans notre discothèque on n'a pas de collection sur les meilleurs moments du rock. Par contre, nous ce qui nous habite vraiment c'est d'avoir un groupe, d’être un groupe. ça dans l'imaginaire, c’est capital car t’imagines l'énergie que tous ces mecs dégagent, pourquoi ils créent ça à ce moment-là, l'émulation qu'il y a entre eux, sur scène...

Musicalement ce qui te motive c’est la notion de groupe ?
Paul : Ouais, c'est de la jouissance pure.
Denis : C'est d'être à trois, de créer un truc à trois.
Paul : On a toujours plus kiffé des groupes que des artistes solos. Et on veut être à la mesure de ceux qui nous ont influencé et qu'on aime encore.


 

(Suite.)

 


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

the unofticial fan 07/11/2009 12:36


Superbe blog très intéressant et bien fourni. J'aime beaucoup le style.
bravo !!!


SYLVAIN FESSON 08/11/2009 01:43


Merci du commentaire "fan non officiel de Coralie Trinh Thi !
C'est important le style.
Je vais tacher de ne pas le perdre, voire mieux, de l'affiner.
Pour ma part, à regret, je ne connais ni les films ni les livres de Coralie.
Faudrait que je comble ces lacunes à l'occase ;-)
A+