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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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10 octobre 2009 6 10 /10 /octobre /2009 20:36

L'entre-vie


 


"je vénère Prokofiev"


"construction et futur"
 

 


Ok. Revenons aux chansons de The art of the démo. Je me souviens qu’une amie m’a dit qu’elles lui faisaient penser à du Michel Berger. Qu’en penses-tu ?

Bah même s’il utilise sûrement des harmonies plus complexes que les miennes, ça reste un gars qui se met au piano et fait des chansons…

 

D’amour…

Oui, sauf que moi ça parle souvent d'amours impossibles, ou de la difficulté de la rencontre… Bref chez moi l’amour est toujours lié à la mort.

 

La chanson qui ouvre ce 4 titres s’intitule d’ailleurs "Les amants morts".

Celle-là m’a pris du temps…

 

Pourquoi ?

Parce que ce n’est pas simple d’écrire sur l'amour. Faire rimer amour est un vrai combat. Faut éviter "toujours", ça une amie me l’a bien fait comprendre, très tôt (rires) ! Il m'a donc fallu attendre d'avoir assez confiance en moi et d'avoir plus d'assurance par rapport à l'écriture pour oser écrire sur l'amour. Je m'y suis mis récemment. C'est peut-être un signe de maturité... Avec celle-là, "Les amants morts", je crois vraiment avoir fait une chanson classique de chez classique. Le texte est un clin d’œil à Baudelaire. Il renvoie à un de ses grands poèmes, La mort des amants. Voilà, mais je vais pas non plus me mettre à te le réciter (rires) !

 

A propos de poème, il parait que tu en as mis un de Houellebecq en musique...

Oui, c’est une chanson que je chante parfois à la guitare. Elle fait : "Êtes-vous mon amie ? Me rendrez-vous heureux ? La nuit n'est pas finie. Et la nuit est en feu. Où est le paradis ? Où sont passés les dieux ?..." Je ne l’ai jamais enregistrée... En fait il y a toute une série de poèmes de Houellebecq qui n’ont jamais été publiés. Il s'agit de poèmes qu’il a publiés sur son site à peu près en même temps que La Possibilité d’une île. Je me souviens d’ailleurs que Carla Bruni a elle aussi mis en musique un texte magnifique issu de cette série, dont certains ont nourri La Possibilité d’une île. Un jour, si j’ai le temps, j’aimerais bien faire quelque chose autour de cette série de poèmes. Mais là je ne crois pas que ce soit le moment. Pour l’instant, comme tu le vois, je n'arrive même pas à faire exister mes propres projets à plus de 22 exemplaires !

 

22 exemplaires ! C’est dingue quand même...

Bah oui les CD vierges sont vendus par paquet de 25...

 

Tout ça est très minimal. D’ailleurs tu n’apparais même pas sur la pochette, griffée d’un sobre "The art of the démo". Pourtant sur ton Myspace figure un chouette dessin de toi dont le graphisme, je trouve, aurait bien reflété la ligne claire de ces morceaux…

Peut-être… Ce dessin c'est une amie dessinatrice qui me l’a offert. Une surprise. Elle l'a fait à partir d’une photo récemment prise au Cercle Pan ! D'ailleurs, pour la petite histoire, sache que l’espèce de vieux chauve en habit de colonel qui me touche l’épaule sur ce dessin est le type qui posait en pochette du premier No One. Ça faisait plus de 15 ans que je ne l'avais pas vu et voilà que je l’ai croisé par hasard, au Cercle Pan ! C'est pour ça que j'ai demandé à cette amie de nous photographier.

 

Etrange coïncidence ! Au fait, pourquoi n'avoir mis que des piano-voix sur ce disque ? Tu penses que c'est ce qui te symbolise le plus ?

Non, sans vouloir parler d’argent, c’est une question de budget. Je rêverais d’avoir les moyens d’enregistrer des chansons avec de jolies cordes magnifiquement écrites, quelques vents, une orchestration classique écrite au laser…

 

Genre Pierre et le loup ?!

Ouais, Prokofiev. Je vénère Prokofiev. J’en rêverais mais je ne peux pas...

 

T'es tant en galère de thunes que ça ? Tu vis de quoi au fait ?

Du RMI (silence). Du RMI (rires) ! J'ai donc une vie super ascétique... C’est curieux un jour j'ai réécouté une interview que j'avais acceptée de donner pour livrer ma version des faits à propos de mon départ de No One et en réécoutant le truc je me suis aperçu que je parlais vachement de fric en fait ! De manque de fric ! J’étais vraiment dans le merdier. A la réécoute je trouve ça super énervant ce type qui se plaint tout le temps. Bref, tout ça pour dire que je ne peux pas trop faire de choix esthétiques. Je fais avec ce que j’ai. Mes maquettes précédentes n'étaient même pas piano-voix, c’était des sons de synthés et de petites boites à rythmes. Le synthé je l’avais acheté au Cash Converter en bas de chez moi ! C'est donc déjà quelque chose que cette fois j'ai pu faire ça piano-voix. D’ailleurs, pour répondre à ta question, au départ sur ce disque je voulais y faire figurer un morceau avec de la guitare électrique. Sur les 7-8 chansons que j'avais sélectionnées pour l'enregistrement, y'en avait un comme ça. Mais le jour J je n'ai pas pu le jouer car mon ampli est tombé en panne et je n'ai pas pu le réparer car ça m'aurait coûté trop cher. Alors je pense pouvoir faire des disques avec peu de choses mais disons qu’avec rien ça commence à devenir difficile. J’exagère un peu mais je ne me plains pas hein car en même temps tout ça a un sens. Un sens hyper humain. Je ne suis pas cinéphile mais je vois là-dedans un côté un peu Nouvelle Vague dans le sens qu'on fait avec ce qu'on a ("Vous prenez les tickets restaurants ?" demande-t-il au serveur. "Vous devriez.") On me paie en tickets restaurants. Bref, tout ça vient de là. Mais bon, en même temps je me dis que tout ça n'est qu'une démo, ce qui me ramène à ce que je disais tout à l’heure sur la mort du disque : que vaut une démo à l'heure où le disque se meurt ? Dans ce contexte y a-t-il encore une réelle différence entre une démo et un vrai disque ou suffit-il de mettre un numéro de vente officiel sur l'objet pour que ça devienne un vrai disque ? En même temps le disque fige les chansons et moi j’aime qu'elles soient vivantes, pouvoir en faire plusieurs versions, plus ou moins rock'n'roll selon le moment...

 

Ce côté vivant, tantôt rock’n’roll tantôt moins, c'est ce qui va embêter les labels car ça te rend dur à cerner !

Ouais, je sais pas trop.

 

Déjà te sens-tu prêt à quitter l’underground parisien ? Parce que tu as quand même l'air de t'y sentir bien. Ça ne te fait pas vivre mais je vois que ça te permet de faire régulièrement des concerts dans des lieux où tu as une sorte de petite cour des miracles. Il y a un confort là-dedans, non ?

J'ai pénétré une sorte de cercle... C'est dû aux quelques articles écrits sur moi il y a un an sur Gonzai, ça m'a fait rencontrer des gens comme Thierry Théolier du Syndicat du Hype et Alister, quelqu’un que je connais encore peu mais que j’apprécie, que je trouve charmant alors qu’au début j’étais assez méfiant. J’ai rencontré ces gens un peu visibles sur Paris au moment où moi je ne l’étais plus car ça faisait 4 ans que je m’étais un peu retiré de cette vie mondaine…

 

Pour aller où ?

En banlieue un peu lointaine, à Saint Denis. J’y avais une vie qui me plaisait bien mais en même temps qui ne m’allait pas non plus.




Il te manquait quelque chose ?

Bah le truc c’est que j’ai arrêté de boire quand j’ai arrêté de sortir. Une fois là-bas je sortais plus.

 

Tu veux dire que t’es parti là-bas pour fuir l’alcool des soirées parisiennes ?

Non, j'y suis allé car j’étais amoureux d’une nana qui y habitait. ("Deux bières s’il vous plait", demande-t-il.) Maintenant que je suis réveillé je peux y aller.

 

Ok, mais quand même, ça ne doit pas être pour rien qu'on te décrit parfois comme un clochard céleste…

L’alcool, j'ai été obligé de m'en éloigner : j'ai bien aimé l'hôpital mais à un moment si tu ne veux pas replonger tu dois prendre tes dispositions...

 

T’as carrément dû aller soigner ça à l’hosto ?

Oui, j’y suis allé deux mois en 2002. Il était grand temps que je me soigne d’une dépression que j’essayais de soigner moi-même depuis longtemps à travers l’alcool…Tu sais, bassiste, à la base, c’est le poste du mec timide et moi je l'étais tellement que quand je buvais après les concerts j'y allais à fond pour être sûr que personne ne puisse venir me parler et rentrer seul et mourant à l’hôtel. Voilà. Ces deux mois de calme m’ont fait du bien. J’avais l’impression d’être au couvent. Ça me faisait bien délirer parce que parfois j’y écoutais du Katerine. J’en suis ressorti avec une petite copine. Aujourd’hui j’ai donc progressé dans mon rapport à l’alcool mais ça reste quand même neuf pour moi, je dois faire gaffe. C’est un combat. Par exemple en 2006, clairement, j'ai eu des moments de flou. C’était une période noire. Je bloguais, je travaillais comme roadie... On ne savait pas trop ce que je faisais. En fait je m'autodétruisais pas mal. Je faisais tout pour me griller, sciemment, scientifiquement, un peu partout. J'étais Jérôme le loser roadie et j'en pouvais plus qu'on me voie comme ça. Je l’ai dit à mon pote : "J’arrête. J'en peux plus. Je suis musicien, pas roadie." Et à partir de ce moment-là, j’ai un peu quitté une sphère de vieilles connaissances où je patinais.

 

A cette époque tu avais encore quelques bons contacts de ta période No One ?

Non, dès que j’ai arrêté No One j’ai assez vite compris que je n’en avais plus. J'étais celui qui avait tué la poule aux œufs d’or. Je passais pour le réfractaire, celui qui disait "Non". Le type qui, pour le coup, n’était pas prêt à tous les compromis. C'est la rencontre des gens de Gonzaï et de Théolier m’a remis en selle.

 

Parce qu'ils croient plus en toi que toi-même ?

Oui, sans doute… Si, ouais. Ces gens-là c’est pas mal d’âmes seules qui se réchauffent. Une petite famille s’est donc formée, qui va durer un temps. Certains vont partir, d’autres arriver... C’est un peu une cour d’école aussi. Oui, une petite cour des miracles. J’aime bien y être, j’aime bien m’en éloigner, j’aime bien l’observer… On essaie tous de s’en sortir. Tu vois par exemple pour moi le truc de signer sur un label et de sortir un vrai disque ce n'est pas tant pour vendre des disques, mais plutôt pour partir en tournée hors de Paris en espérant que quelques personnes viendront me voir et qu'on me paie l'hôtel et le transport. Voilà, sortir de Paris, partir en tournée, jouer devant des gens.

 

Je comprends. Mais es-tu prêt à faire les compromis nécessaire qui t'aideront sans doute à signer sur un label ?

Je ne suis pas prêt à compromettre une certaine liberté artistique mais, comme la liberté c’est justement quelque chose d’ouvert et que je n'ai pas un truc arrêté en tête, je suis prêt à discuter et à accepter certains compromis, après tout dépend lesquels. En même temps comme aujourd'hui on n'a plus trop de moyens et que l'artiste doit lui même penser son disque artistiquement et économiquement, se demander à chaque fois ce qui est possible et ce qui ne l'est pas, bah voilà moi les limites de ce que je peux demander je les connais. Je suis réaliste donc j'essaie de segmenter mes projets en fonction. Là par exemple j'ai des désirs plus rock'n'roll, j'ai envie de monter un groupe, et je me demande si c'est possible…

 

Tu veux monter un groupe autour de toi ?

Ouais, ça s’appellera White Horse Experience. Je l’ai un peu élaboré lors de mon concert au Baron en mars dernier. J'ai commencé en Cheval Blanc et j'ai fini en Cheval Experience. Il y avait Andreas Black Sun à la basse, Juan Trip à la batterie, Mathias Durand aux claviers, Michel Thiboult à la flûte et au grigri et Maxime Chandelier à la flûte traversière. Pour ce premier concert d’ailleurs on n'avait pas répété, c'était une expérience d'impro autour de vieilles chansons à moi. Donc voilà, dès à présent je me sépare en deux : d’un côté il y a Cheval Blanc, c’est-à-dire moi et mes chanson en français et de l’autre côté il y a White Horse Experience, toujours moi mais en anglais et dans une démarche de laboratoire, plus informelle, communautaire. Mon underground perso en un sens.

 

C'était donc du White Horse Experience ces longs morceaux psyché qu’on a pu entendre au Baron ?

Oui, des morceaux basés sur l’improvisation pour changer de mes chansons solo.

 

Ça rappelle aux gens que tu es aussi un musicien, un homme de son...

Oui, la musique j'aime la faire, la pratiquer...

 

Je me suis d’ailleurs laissé dire que dans ta jeunesse tu avais suivi des études de jazz à Montpellier…

Des études, c’est un bien grand mot ! Un très très grand mot (rires) ! Vers la fin des années 80, comme j'avais des velléités de jazzman, j’ai fait une petite école qui est devenue le Jam mais à l’époque c’était juste une petite association. J’ai fait ça là-bas parce que c’était l’école la moins chère et que, désespérant de me voir ne faire que de la musique, mes parents ont accepté de m'y payer des cours pendant un an. Je n'y ai rien fait d'extraordinaire si ce n'est apprendre à lire la musique et surtout jouer avec des gens. Aujourd'hui c'est ce qui me permet par exemple de faire ce que je fais avec White Horse Experience, c'est-à-dire improviser à plusieurs. Et voilà, l'idée de ce groupe c'est de faire du rock en fonctionnant un peu comme des jazzmen, de produire quelque chose d'humain dirigé et variable. Mais pour vraiment le faire j’aurais besoin d’un local de répète, et donc d’un label.

 

Je te sens vraiment d'humeur constructive. Je me trompe ?

Non, non. Tu sais, tout à l’heure on parlait d’anti punk : et bien je pense qu’une des premières chansons conséquentes que j’ai écrite c’est "Du chaos" et le refrain dit ça : "construction et futur". Le côté destroy, no futur qui se bouffe lui-même au bout d’un moment je ne supporte pas. Je ne supporte plus. Enfin moi je ne suis pas du tout là-dedans. Je veux sortir de ça. C’est assez dur d’en sortir seul, enfin pour moi ça l’est. Je commence plus ou moins à voir un peu de lumière et je pense à construire quelque chose d’un peu plus général. Générationnel, je sais pas. Mais général oui. Alors on verra avec le temps ce que ça donne.

 

 

Photo par Jean-Philippe Albe


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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

juko 11/10/2009 18:47


lapsus? faute de frappe, gant de boxe mal ajusté, ring obstrué.
Stade de france? oui c prévu, je jouerais dans les chiottes 345. ET DM les y ai déjà vu, impressionnant jamais fait de concerts maousse, mais artistiquement bof bof.
Tu sais que j'ai croisé ton frère sur une pochette de cd demo? dingue.


SYLVAIN FESSON 03/12/2009 10:46


Le monde est petit quand les grands esprits se rencontrent !


juko 11/10/2009 18:09


mais non c'est moi qui est mal frappé!
sinon c'etait un jeu de mot 3eme degré un brin naze


SYLVAIN FESSON 11/10/2009 18:30


Ah le lapsus venait donc de toi ;-)
J'espère que tout roule pour toi, musique, mifa, etc., etc.
Tiens-moi au courant de ton prochain concert au Stade de France.
Au fait, t'iras voir Depede Moche ?


juko 11/10/2009 17:49


c marrant et pas tout à fait innocent d'écrire "a propose de no one", qui peut sonner comme "à propos de personne" au sujet de qqn qui n'a pas trop confiance...(ouah la joke!).
Mais qqn qui fait de la chanson sans se sentir trop d'affinités avec ce milieu tout en voulant garder u pied dans le rocknroll, bah ça me murmure bien.
Décidément le monde immédiat est remplis de personne.


SYLVAIN FESSON 11/10/2009 18:05


J'ai marqué "à propose de No One" ?
My god, une faute de frappe si c'est le cas, je m'en vais corriger ça !!! ;-)
J'aime bien l'idée que tu trouves régulièrement des gens qui te parlent sur Parlhot...