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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 23:05

L'entre-vie

 



 

"le SMS m’a aidé"


"Je suis Rubik’s cube à mort"

 

 


D'enfant du punk tu es donc devenu Cheval Blanc, une entité chanson française plus littéraire que rock’’n’roll, plus coeur d'artichaut que no future je casse tout. N'est-ce pas dur de faire le lien entre les deux ?

Bah je pense qu'on peut communiquer quelque chose d'intense par le sentiment pur... Et puis je ne sais pas, on dit que pas mal d’écrivains sont des musiciens frustrés, mais moi je crois que si j’ai fait de la musique c'est parce que je n’osais pas écrire. J'ai commencé par oser chanter, puis écrire en français. Tout ça ne sont que des verrous psychologiques que j’ai réussi à faire sauter les uns après les autres.

 

Créer un blog, te mettre sur le net, ça a été capital pour t'aider à faire sauter le verrou de l'écriture en français ?

Complètement. Si on remonte, on peut même dire que le SMS m’a aidé.

 

Carrément !

Oui, parce que c'est comme une sorte de laboratoire d'écriture super accessible. Tu y tentes des choses sans même t'en rendre compte. Pareil pour le blog. J'envisageais ça comme des carnets de notes à coeur ouvert. Et quand j'arrivais à la fin de la mémoire allouer, j'attendais un peu et j'en ouvrais un autre en lui donnant un autre nom. Après Antipunk Cheval Blanc il y a donc eu Outremer Cheval Noir et Cheval Rouge.

 

Chaque carnet-blog s'accompagne-t-il d'une sorte de rupture esthétique ?

Ça peut mais ce n'est jamais si conscient et tranché. C'est plus une vue sur un cahier de brouillon. Le côté exhib fait que tu suis mes évolutions en direct. Et dans cette exhib il y a aussi un côté discipline : le postulat de cette notion de partage m'incite à me mettre au travail pour finir les choses, ce qui me permet de clarifier mes idées.

 

Sur The art of the démo, que tu décris toi-même comme ta première vraie démo officielle, les 4 morceaux présentés sont très calmes, smart et dépouillés. Tu voulais te faire propre ?

Oui, d'habitude j’enregistre tout tout seul avec mes gros doigts mais là, avec le cachet d'un concert, j’ai payé un gars qui m’a enregistré proprement sur un vrai piano pendant deux après midi et demi.

 

On sent que tu as aussi fait un effort dans ta manière chanter. Elle est moins "drunk" qu'elle peut parfois l'être…

Oui, je suis un autodidacte permanent, je débute un peu tout, tout le temps. Ma dernière découverte c’est le piano. En juillet ça fera deux ans et demi que j'en ferai.

 

La musique, comme le français et le chant, tu t'y es mis tard ?

Oui, à 17 ans. J’ai arrêté l’école et commencé la basse, également seul.

 

Tu fais toujours les trucs… seul ?

Bah disons que j’ai longtemps été un enfant unique alors j’ai très tôt développé de l’intérêt pour les activités solitaires. Par exemple j’adore les mots croisés et jouer au Rubik’s cube. Je suis Rubik’s cube à mort. Plus jeune je m’entraînais à trouver des algorithmes pour le finir le plus vite possible ! En général je tournais autour de 1’10’’ et dans mes moments forts 55’’.

 

Ah oui ?! Marrant ! Dis moi j’ai l’impression que tu ne viens pas trop d'une famille France Inter / Télérama, je me trompe ?

Non, non, parce moi ma culture c'était plutôt l’AS Saint Etienne. J’avais ça sur place. Du coup le foot j’en ai fait de 5 à 15 ans… Je me rappelle que dans le premier texte que tu m'avais consacré tu te demandais si j’étais prolo ou aristo...

 

Oui, je m’étais bêtement posé la question…

Oui mais ça m’a fait sourire. J’ai bien aimé cette question. Je comprends. Eh bien sache que je suis complètement prolo ! Hyper prolo ! Racines prolétaires de chez prolétaires ! J’habitais une cité à côté de Saint Etienne. Ma famille est de là-bas : mineur, soudeur, tourneur-fraiseur, primeur…

 

Frères et sœurs finalement ?

Ouais, deux frères. Enfin à l’époque ma vie de famille était vraiment compliquée. Là on ouvre le chapitre Causette. En fait ma mère m’a eu tellement jeune que j’ai grandi avec elle chez mes grands parents avec ses frères et sœurs. Plus tard elle a rencontré celui qui est devenu mon beau-père et mon père adoptif.

 

Et donc pas de musique à la maison ?

Non. Enfin si mais c'était plutôt ambiance baba. Mon beau-père, qui avait une culture politique, mais qui n'était pas un idiot, qui avait une sensibilité aux choses, jouait un peu de guitare. On chantait donc dans notre ancienne ferme en Ardèche. C’était curieux.

 

C'est donc de là que vient ton côté mystique !

Mystique ? J’ai eu une petite phase comme ça, curieuse, mais euh explicite s’il te plaît.

 

C'est dur à expliquer mais disons que j’ai trouvé que certaines de tes chansons avaient un côté assez coulant, psychotrope, un côté ésotérique fait de cut up, de lenteurs, d'images... The art of the démo n’en contient pas de ce genre, mais je pense par exemple à des morceaux plus vieux et nébuleux comme "Aclarté", "Du Chaos"…

Alors on pourrait croire qu’ "Aclarté" est mystique mais en fait non, parce que je n’y emploie que des termes de sciences dures. L’énergie noire, tout ça, ce sont des concepts de sciences physiques donc ça paraît incroyable et magique mais ce n’est pas mystique, au contraire !

 

Ça semble mystique parce que ces termes sont des mots assez naïfs qui incitent au rêve.

Ça peut paraître naïf, surtout la fin quand je dis "et toi ma chrysalide dans la clarté du soir". Le mot chrysalide est peut-être un peu naïf mais l’énergie noire et la matière, qui sont deux choses différents, c’est tout simplement des choses dans l’univers dont on sait qu'elles existent mais on arrive pas à en avoir la preuve totale parce qu'on échoue à déterminer leur nature, alors on imagine... Enfin je ne suis pas un spécialiste de ça, mais ce qui est sûr c'est que ça me nourrit émotionnellement et poétiquement car ça embrasse des choses gigantesques, universelles, infinies. L’infini et la métaphysique m’intéressent, mais d’une façon athée…

 



D’une façon athée ?

Oui, je ne suis pas croyant mais je ne suis pas athée haineux. Je n’ai juste pas de certitudes puisque je suis ouvert à l’infini, l’inconnu. Par exemple j’aime bien passer devant la basilique Saint Denis. Je passe devant tous les jours, parfois je m’y arrête. J’aime contempler… C’est d’ailleurs dans le parc de la basilique que j’ai écris "Le Baiser". Au milieu des jeux pour enfants, des balançoires et des toboggans, il y avait cette statue de Robespierre. Voilà, "la révolution est un jeu d’enfant" car quoiqu’on fasse on en fini toujours à la guerre, aux tête coupées. L’apocalypse, athées comme croyants, on attend tous ça… Mais non en fait si j’ai un côté mystique il ne vient pas de mon beau-père anarcho-mao, il vient de ma grand-mère. Elle était comme ça : contemplative, mystique, drôle aussi. D’ailleurs, c’est bien simple, dans la chambre où j’ai grandi il y avait deux choses : une vierge Marie fluo et une anthologie sur l’anarchisme. Je ne comprenais pas tout mais ça m’a marqué et voilà je crois que tout vient de là. Ma nature bipolaire vient de là… Mais c’est vrai qu’en ce moment je ne suis plus trop dans cette inspiration assez perchée, rêveuse, je suis plus dans le quotidien, la promenade, l’observation.

 

Oui, j’ai l’impression que tu es plus à "échelle humaine". Par exemple quelque chose comme "Le poème lent" c’est une chanson très simple, humaine mais bouleversante.

Celle-là a été improvisée complètement bourré en partant de chez quelqu’un. J'ai eu la chance de m'en souvenir.

 

Coup de pot parce qu’en général bourré on ne fait que de la merde et on ne s’en aperçoit souvent que le lendemain ! Mais bon ça a permet quand même de débloquer certains trucs...

Ce n'est pas moi qui vais te dire le contraire : j’ai commencé à écrire bourré tellement je faisais un blocage. Mais maintenant je n’écris que quand je suis clair, en plein clarté, en phase avec le réel.

 

J'ai vu sur ton blog que tu écrivais aussi des poèmes. Tes chansons naissent-elles parfois de là, de poèmes et de textes avant toute chose ?

D’une certaine façon oui mais plus je réfléchis à ça plus je me rends compte que chanson et poème sont deux formes d’expression bien distinctes. Je n'y mets pas les mêmes choses. D'une certaine façon je ne mets pas ça au même niveau. Etant actuellement capable d'être chanteur, la chanson c’est ce que je fais. Pour ce qui est d’être poète, disons que c'est plus ambitieux et que je fais mes classes, même si, en marge des chansons, ça me détend un peu d'écrire des poèmes.

 

Ecrire une chanson, ça te prend du temps ?

Non, je vais assez vite, mais je n’en fais pas tous les jours.

 

Combien en as-tu composées depuis 2006 ?

Entre 40 et 50. Après, vu que j'ai évolué, il y en a que je ne chanterai plus aujourd'hui, notamment celles des tout débuts qui, pour le coup, avaient une écriture beaucoup trop poétiques.

 

La plus vieille que je connaisse doit être "Aclarté".

Il s'agit de chansons antérieures à celle-ci parce que sur "Aclarté" je commençais justement à atteindre une sorte de clarté et de simplicité que n'avaient pas mes premières compos. Les textes étaient encore trop alambiqués car je les voulais justement trop pseudo poétiques.

 

L'épure dont tu fais preuve sur The art of the démo m’a rappelé celle super ciselée que Daniel Darc arborait sur Crèvecoeur...

Je connais peu Daniel Darc mais ce que j’ai entendu de lui m’a plu. Je vois donc ce que tu veux dire. C’est de la chanson française qui me plait ça.

 

Qu’est-ce qui plait d’autres en chanson française ? Je me rappelle qu’une fois par mail on avait un peu parlé de Sébastien Tellier et tu me disais que tu n’aimais pas trop son Sexuality

Je ne connaissais pas vraiment ce qu’il avait fait avant ce disque-là mais Tellier on m’en parlait depuis longtemps parce qu’à l’époque de Collage j’avait fait une petite maquette tout seul dont j’avais effacé tous les enregistrements avant de pouvoir faire les voix, donc il n’était resté que les voix témoins, et on m’avait dit que ça ressemblait à du Tellier. Depuis j’ai écouté ses disques. Sexuality n’est pas mon préféré, mais ça reste néanmoins un artiste vraiment intéressant. Il y en a un qui me paraît très très intéressant en France, très fort d’une certaine façon, peut-être le grand de la chanson actuelle, tout en étant très particulier, iconoclaste, c’est Katerine. Au-delà du fait que j’aime ou non, je pense qu’il marquera notre temps. Il me semble vraiment au-delà. Après je suis moins sensible à toute la scène un peu romantique, cold, noire. Par exemple je suis un peu gêné de dire ça parce qu’il vient de mourir mais moi Bashung je n’ai jamais accroché. En fait j’ai toujours été dérangé par l’engouement qu’il suscitait…

 

Sa dimension d’icône du rock littéraire ?

Oui, j’ai toujours trouvé que ça le cryogénisait, ce romantisme noir, que ça le rendait un peu surfait… Mais bon je suis peut-être passé à côté de quelque chose. Et puis je crois que je n’aimais juste pas sa voix…

 

En même temps tu as aimé Cure et Joy Division or, en terme de romantisme noir, ça se pose là quand même !

Ouais mais là c’est différent, j’avais 16 ans... Je garde une certaine tendresse et mélancolie pour Joy Division mais je n’en écoute plus chez moi et heureusement.

 

A propos d’icône du rock littéraire, j’ai cru comprendre au vu d’un de tes derniers « statuts Facebook » que tu avais une dent contre Dominique A. Que lui reproches-tu ?

Il joue un peu trop au professeur la morale à mon goût (rires) ! C’est-à-dire qu’il est presque devenu une institution, celle du "nouveau grand chanteur français". D’ailleurs pour moi s’il y en a un qui va prendre symboliquement la place de Bashung c’est lui et c’est ce qu’il est en train de faire. Je l'avais prédit à ces producteurs il y a 2-3 ans. « A la mort de Bashung Dominique A prendra sa place ». Que je dise ça, ça les avait médusé. Perso artistiquement je préfère encore Dominique A à Bashung. Il est plus fort. Je lui promets une belle médaille gouvernementale s’il est encore là dans 5 ans.


(Suite.)


Collages Corinne Julien


 

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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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