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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 21:17

L’entre-vie

 



Première démo propre en mars dernier (The Art Of The Demo), premier satellite de Cheval Blanc dans la foulée (le side project psychée-jazz White Horse Experience), premier vrai EP pour novembre prochain (titre non communiqué) : après 10 ans de galère, réincarné depuis 2006 en auteur-compositeur-interprète, l’ex-bassiste de No One commence enfin à voir un peu de lumière au bout du tunnel. Et quelle lumière, quelles chansons, quelle renaissance (française) ! Ça valait bien une rencontre.

 

10 avril 2009. 17h. Gare de l’Est. Une certaine émotion me saisi quand je le vois enfin sortir de la bouche de métro. A notre poignée de main je vois qu’elle tient aussi son regard. Emu comment ne pas l’être ? Cheval Blanc c’est le type d’ "Aclarte", "Le baiser", "Le poème lent", des morceaux comme on en rencontre peu dans sa vie, et je vais enfin l’interviewer.

 

Cheval Blanc, je m’en rappellerai toujours, c’est Stéphane qui me l’a fait découvrir. C’était l’été 2007. Il venait de le croiser dans un bar. "Ecoute qu’il m’avait dit, ça devrait te plaire". Sous-entendu : textes en français, poésie à se pendre. Thomas avait suivi. Sur Gonzai pour le décrire il évoquait le télescopage de L’Imprudence et de Dreams That Breath Your Name. Perso j’avais plus pensé à celui de Crèvecoeur et de Rock Bottom, mais nous étions d’accord : ce type était clairement au-dessus de tout. Comme on dit dans ce cas-là pour pas trop se fouler : nous avions un "OVNI".

 

Spirituellement, sentimentalement, c’est comme si tout ce que les autres rejetaient se retrouvait dans ses textes. Qu’il pensait trou quand tout le monde ne pensait que fromage. Comment expliquer autrement le côté space auditif de ses chansons ? Leur sang de montre molle, millésime, médiéval ? Quand il parle d’amour, d’anti-monde, de matière noire, tout ça me décalque tellement, je voudrais le prendre dans mes bras ! Mince, de tels morceaux combien en écoute-t-on dans sa vie ? Plus tard je parlerai de "tendresse effondrée", je trouverai la phrase taillée pour lui*. Là, en commentaire, je me contenterai de louer ses "maladresses", "bigger than life".

 

Je crois que c’est ça qui nous a présenté. Cette histoire de maladresses qui "dépassent l’entendement". Ça voulait dire que je n’étais pas là pour la chose entendue, la tuyauterie, mais que je l’étais pour ce qui l’éclate, "l’incroyable", "ce qu’on ne voit pas" disait Ferré.

 

10 avril 2009. 17h. Gare de l’Est. Nous cherchons le bar qui fera rimer terrasse, soleil, silence, jolies filles. En route, bous rapprochant de République, on parle de travail, de comment ses journées s’organisent, de ce temps qu’il aimerait avoir pour flâner dans les rues de Paris. C’est sa première interview en tant que Cheval Blanc. Il a l’air fragile, et moi je fais le type calme, genre je connais mon taf, tout va bien se passer, mais en réalité j’ai l’impression de le conduire à l’abattoir, d’être le bourreau, masqué du masque de la victime collatérale. Car je n’en sais rien si ça va bien se passer ! On va jouer à l’intervieweur et l’artiste et comme ce n’est ni un jeu ni un métier, que c’est de l’humain de part et d’autres, on a beau se connaître un peu, là, seuls autour du dictaphone, je ne sais vraiment pas ce que ça va donner.

 

J’ai des scrupules** mais ce bazar (jeu pas jeu, moi pas moi, bien pas bien) m'a toujours fait toujours bander. Dans le livret de son CD live Mistery White Boy Jeff Buckley dit "The only goal is in the process. The process is the thing – with little flashes of light – those are the gigs, the live shows... It's the life in between. That’s all I’ve got." Il va loin le bougre et parce que c’est lui parce que je suis moi, je ne devrais pas l’y rejoindre. N’empêche, comment ne pas me voir dans ce qu’il dit ? Ce partage, cette énergie, cette "vie entre", cette "entre-vie", dans ces moments (les interviews) j’ai l’impression de m’y donner à fond.

 

17h30. La bande tourne. Je viens de sortir le disque du sac. Il est sur la table. D’y avoir trop traîné, je constate que son encre a bavé, rouge sur blanc (tout fout le camp ?). La pochette a cet air mi-couperose mi-Perceval devant trois gouttes de sang sur la neige. Il s’y noie, un temps. Café pour lui, Amstell pour moi.

 



 

"La religion pop me passe complètement au-dessus"


"je cherche à sortir du faux semblant d’une contre culture qui ne sait même plus contre quoi elle est"

 

 

 

Jérôme, tu as sorti The art of the démo, 4 titres piano-voix à l'attention des tourneurs et labels. Alors, ça mord ?

Il y a 1 ou 2 pistes. Rien de chaud. On attend.

 

J'imagine que cette démo n'est pas ta première en tant que Cheval Blanc...

Bah presque. A part mon Myspace j’ai sorti une démo en novembre, mais comme celle-ci est la première que je numérote en un sens elle est donc plus officielle, comme si c'était ma vraie première. Pour moi c'est juste un nouveau projet artisanal. Faut dire que cette histoire de chercher un label, c’est quand même un moment vraiment particulier, très troublant pour eux comme pour nous…

 

"Nous" ?

Oui, nous, les artistes. C'est-à-dire que je cherche des partenaires financiers tout en n'étant pas hyper sûr du truc. J’aimerais avoir un label mais d’une certaine façon, au fond de moi, tant que l’objet disque existera dans sa forme commerciale la plus dure, vendue dans les Fnac et Virgin, je sais qu'il n’y aura pas de renaissance du milieu dans ses façons de faire. Faire mourir l’industrie musicale à petit feu empêche les nouveaux modèles d’émerger…

 

Mais toi, dans l’absolu, tu te verrais sortir un 12 titres "à l'ancienne" ? Je veux dire : tu te reconnais encore dans ce format ?

Je me pose la question... Ce format va continuer à exister mais il dominera de moins en moins… C’est une vieille forme. On en a la preuve quand on voit des groupes comme Sonic Youth et les Young Gods rejouer tel quel leur chef d’œuvre des années 90. Il y a là l'idée de sauvetage, de musée, d'espèce en voie de disparition. Aujourd'hui il s'agirait plutôt de concevoir des œuvres de 4, 7, 8, 10 parties, c'est-à-dire de faire du morceau par morceau, ce qui signifie de revenir à une forme hyper classique : la chanson. Avec Cheval Blanc pour l'instant c'est ce que je fais : de la chanson française.

 

Tu l’assumes ?

Oui, à part que je suis un peu perdu ! La chanson française, je ne maîtrise pas trop, ce n’est pas du tout mon milieu. Globalement, à part ce qui passe en radio, je ne sais pas trop ce qui se fait en pop en ce moment, en chanson encore moins, mais oui je l’assume. Je dirai que j’assume un certain retour aux sources.

 

Faire de la chanson française c'était l'idée maîtresse du projet Cheval Blanc ?

Non, au départ Cheval Blanc c’est quelqu’un qui s’est mis à écrire en français sur un blog.

 

Depuis quand ?

J'ai ouvert mon premier blog le 1er janvier 2006 à minuit. A l’époque j’avais un groupe qui s’appelait Collage.

 

C'était ton tout nouveau projet après l'aventure No One ?

Non, avant pour me nettoyer de cette période dont j’étais sorti assez fatigué, détruit, j'avais fait Mezzo Litro. On était deux, on a fait un 6 titres tiré à 50 exemplaires. C'était déjà un truc artisanal, offert. Aujourd'hui tu peux trouver ce 6 titres sur Myspace. Pardon d'avance pour le fond d’écran, il est horrible mais je n'ai plus le code d'accès pour le changer (rires) !

 

Dans Collage, si je te suis, tu chantais donc en anglais...

Oui, parce qu'avant de m'attaquer au problème de l'écriture en français je me suis attelé à celui du chant. J’ai eu beaucoup de mal à m'y mettre. Je m’y suis mis très tard. J'avais un vrai blocage. J'ai donc commencé à le faire en anglais. Victoria Davis, une amie anglaise, m’avait écrit des textes. J'en chante encore certains, "Run Red" par exemple. J'ai fait plusieurs albums comme ça qui ne sont jamais sortis, dont toute une série de chansons sur les textes oubliés de Ian Curtis.

 

Où les as-tu trouvés ?

Dans la biographie que sa femme a écrite. Tous ses textes de chansons y figurent et en toute fin tu as tout une série de textes inédits. C'est des textes préparatoires pour des chansons qu'il n'a jamais finies. Je les ai partagé pendant quelques années... C’est assez curieux mais y’avait tout un délire assez messianique chez Ian Curtis, une sorte de message de fond comme ça, dont on parle peu, mais que moi j’ai ressenti.

 

Un message messianique ?

Oui, c’est dans ses textes, suffit de les lire, c’est là, en trame de fond…

 

Tu veux dire messianique à la Jim Morrison ? Perso j’ai toujours perçu Curtis comme un Morrison de l'ère cold…

Je sais pas je connais pas les textes de Morrison. A vrai dire j’ai une culture rock assez terne.

 

Tu écoutes peu de pop ?

Oui, chez moi j’en écoute très peu et quand j’en écoute c’est majoritairement du classique. J'en bouffais un peu en live quand j'étais roadie chez Radikal, de très belles choses d'ailleurs, et je continue de garder un oeil sur ce qui se fait en pop, ça m’intéresse. D'ailleurs même si je voulais pas j'en entendrais car maintenant tu ne peux pas y échapper, il y en a partout, mais comment dire ? Je ne suis pas un consommateur passionné de pop. Cette religion me passe complètement au-dessus. Les références pointues, obligatoires, tout ça me saoule assez vite. Regarde, par exemple, il y a peu il était de bon ton d'honnir les années 90 et là tout d’un coup tout le monde semble retrouver ça génial, ce mécanisme m'insupporte…

 

La mode ?

Oui, voilà : la mode. La mode a tout avalé. Ça me rend un peu triste cette idée que le groupe de rock soit devenu une sorte d’accessoire de mode. Pas la musique finalement, mais le groupe de rock, l’image, c’est terrible ça. Ça a toujours été un peu ça, mais là on en est au stade où ça c'est tellement radicalisé qu'on a perdu toute substance. On vit une drôle de période qui pense être originale alors que finalement dans la pop culture peu de choses s’inventent.

 

Mais toi non plus musicalement tu n’inventes rien…

Non, non, justement…

 

Tu me diras : tu as peut-être passé l’âge !

Oui, je suis dans une autre logique, je cherche à revenir à des espèces de fondamentaux, à justement sortir de cet espèce de faux semblant de la contre culture ne sait même plus contre quoi elle est, qui est devenue la culture dominante, une espèce de marionnette. Revenir à un truc très basic : des chansons. En français.

 

Mais avant que tu ne fasses ça sous l’entité Cheval Blanc, il y a donc eu Collage où tu chantais en anglais.

Oui, et au départ c'était juste moi, puis une formation s’est montée autour de ces chansons, on a fait un concert au Batofar… et tout s’est arrêté.

 

Pourquoi ? Conflit humain ?

Un peu, ouais.

 

Comme chez No One ?

Oui, le chanteur et moi ça faisait trop longtemps qu'on s'entendait plus. Conflit humain puis politique…

 

Quand on voit combien No One était une sorte de Rage Against The Machine en V.F., un groupe énervé, militant, et combien tes chansons de Cheval Blanc sont sentimentales, poétiques, on a du mal à croire que tu aies pu en faire partie…

Tout ça nous a un peu pété à la gueule en fait. Ça a marché hyper vite et on s’est retrouvé piégé. Moi je me suis vite senti mal là-dedans mais bon, voilà. Et donc début 2006 c'est là que je me suis mis à écrire en français, en ouvrant un blog, et c’est là que les gens se sont mis à m’appeler Cheval Blanc.

 

Pourquoi ?

Parce que le blog s’appelait Antipunk Cheval Blanc.

 

Pourquoi ce nom d’Antipunk Cheval Blanc ?

Bah je me voyais pas évoluer sous mon propre nom et ma petite idée de départ (et ça rejoint ce que je te disais sur ma vision de la culture rock) c'était de revendiquer un certain rejet du punk. Moi, d'une certaine façon, le punk m’a éduqué. On peut dire que je suis un enfant du punk, plus exactement du post punk européen puisqu'à j’avais 14 ans en 81 et que j’ai connu en direct la sortie de Pornography de Cure, que j'étais là-dedans à fond, mais en même temps maintenant j’aimerais bien en voir la fin de cette espèce de…

 

Mythologie ?

Oui, voilà. Je veux dire : c’est bon, maintenant c’est vieux tout ça, c’est fini. Or ce truc n’en fini pas de mourir depuis 30 ans…

 

Donc "anti punk" : table rase.

Oui, mais avec tendresse...

 

Ça c'est le côté "cheval blanc" !

Oui, qui évoque une mythologie quasi universelle par son côté conte de fée...

 

A force d'exister sous ce nom par le biais d’internet (blog, Facebook et Myspace) la plupart des gens t’appellent Cheval Blanc comme si tu avais fusionné avec ton avatar…

Oui, quelque part ce nom a été validé par d’autres et voilà, mon prénom est devenu Cheval.


 

(Suite.) 

 

*"L’obsession de l’ailleurs c’est l’impossibilité de l’instant et cette impossibilité c'est la nostalgie même" Cioran

** "L'homme qui agit n'a jamais de scrupules ; seul est scrupuleux le contemplatif." Goethe

 

Dessin par Magali Brien

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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

JaY 08/10/2009 23:14


Ah, cette rencontre dans un bar avec Stéphane en 2007, je m'en souviens aussi. C'était au Pop In et alcool aidant, la discussion était particulièrement absurde...


SYLVAIN FESSON 08/10/2009 23:40


Tu étais donc là à ce moment historique ! WAOUH ;-)
Raconte ! tout !


disso 08/10/2009 22:28


C'est vraiment bien, je retrouve à la fois le personnage et sa musique. Bravo.


SYLVAIN FESSON 08/10/2009 23:39


Effet 2 en 1 : cool !


juko 08/10/2009 22:21


a peine publié je saute dessus. Evidemment il me parle ce cheval ..;)


SYLVAIN FESSON 08/10/2009 23:39


Le cheval qui murmurait à l'oreille des hommes... ;-)