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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 00:45
Blossom girl &
fake Bisounours

 


"nous vivons une époque où la musique n’est plus que bruit de fond"


"on trouve la beauté dans les vestiges d’un monde pop perdu"


 

Si "Bruises" s’est retrouvé à illustrer une pub iPod c’est surtout pour sa vibe Bisounours. Ça vous fait quoi d’avoir été massivement promu par ce morceau ? Ne craignez-vous pas d’être vu comme un groupe gentil, inoffensif, alors que votre musique s’aventure sur des terrains autrement plus noirs que ceux de "Bruises" ?

Patrick : Je pense qu’avec le temps notre véritable identité apparaîtra.

Caroline : Oui, je ne m’en fais pas. "Bruises" fait partie de nous et je suis contente qu’il ait permis aux gens de nous découvrir. Ainsi ils savent que nous sommes surtout un groupe de pop. Parce que tu parles de noirceur, mais on ne cherche pas la noirceur. On aime l’indus, la noise, le gothique, le gangsta rap et ça influence sans doute notre musique, mais je ne pense pas que nous soyons un groupe dark. On ne cherche pas à l’être. Je n’ai donc pas envie que les gens nous voient comme tel ! Chaque chose en son temps. On le sera peut-être plus sur nos prochains disques. On n’a pas fini de faire des chansons.

 

J’espère ! A propos d’identité, un de vos morceaux a servi pour un spot de pub iPod, cela vous a-t-il posé un cas de conscience ? Comme quoi ça pouvait transformer votre musique en un accessoire de communication, papier peint sonore…

Caroline : Non, ça ne nous a pas dérangé. Si la publicité était le seul moment où la musique était relégué au second plan, oui, ça me dérangerait mais nous vivons dans un monde où toute musique médiatisée est traitée en bruit de fond. Il n’y a guère qu’aux concerts où la musique ne passe pas en second plan ! Et encore, tu pourrais même dire qu’elle l’est aussi, qu’elle passe après les costumes, l’attitude, les spotlights et le phénomène de masse… Mais voilà, en gros, à part en concert, à chaque fois que tu entends de la musique elle est traitée en bruit de fond. C’est le cas quand elle illustre un film, c’est le cas quand tu passes des morceaux en soirée… La plupart des gens n’écoutent plus de disques mais des morceaux noyés au milieu d’autres morceaux. En 30 secondes jugent s’ils aiment ou pas et si oui, ils vont le télécharger gratuitement en MP3… Partant de là la pop est-elle toujours un art ?

 

En tous cas ce n’est plus une expérience en soi…

Caroline : Il y a 6 mois on a été nominé aux MTV Video Music Award et à cette occasion je me suis rendu compte que je ne savais pas à quoi ressemblaient les vidéo-clips d’aujourd’hui. A cette soirée j’ai rattrapé mon retard en visionnant tous ces vidéo-clips d’un coup. Je n’en connaissais vraiment aucun à part celui de Beyonce. Et je me rappelle que dans le lot il y en a un qui m’a marqué : celui de Gnarls Barkley. Il m’a choqué car dans ce clip le groupe montre qu’il envisage lui-même sa musique comme musique de fond ! Dans ce clip la musique est totalement tributaire de l’action à l’image. Elle va jusqu’à se figer quand l’action se fige. Or normalement c’est l’inverse, c’est la vidéo qui doit s’adapter à la musique. J’ai donc réalisé que les vidéo-clips d’aujourd’hui n’étaient plus des vraiment vidéo-clips mais des supports visuels promouvant l’artiste en producteur de musique de fond. C’est : "Oh, regardez comment vous pouvez manipuler notre musique, la stopper, la séquencer, parler par-dessus, la relancer…" C’est d’ailleurs comme ça que beaucoup de musiciens font de la musique aujourd’hui. Nous c’est différent : en associant notre musique à cette pub on ne montre pas qu’elle est servile, infiniment séquençable selon n’importe quelle image, on promeut juste notre musique comme produit.

 

En écoutant votre disque autre chose m’a frappé : ses accointances avec la pop de MGMT

Caroline : Ah (rires) !

 

Je sais, on a déjà dû vous bassiner avec ça ! Mais je suis sérieux, ce doit être quelque chose de générationnel, je trouve que vos musiques reposent sur le même mélange d’électro, pop, prog et qu’elles assument toutes une sorte d’esprit kitsch, décomplexé, candide, régressif…

Caroline : Régressif ?

 

Oui, c’est dur à expliquer mais voilà, disons ça : vous ne faites pas une pop dogmatique. Votre pop n’obéit à aucun genre, surtout pas à l’esthétique "dark cool" du rock. Au contraire, comme on le disait tout à l’heure votre musique assume un côté Bisounours, rêveur, innocent, enfantin. Elle est portée par toutes ces choses que l’esthétique rock jugerait volontiers de mauvais goût…

Caroline (réfléchit et ça se remet à cogner si fort à la porte que j’ai l’impression qu’elle va céder) : Tu as utilisé le mot générationnel et je crois que tout est là. On vit dans un "mash up world", tout mélanger est donc symptomatique de notre génération. On trouve la beauté dans les vestiges d’un monde pop révolu, des choses dévaluées, sorties des poubelles. ("Boum ! Boum !". La porte va vraiment céder !). Dans l’inconfort de la musique d’hier !

 

Vous connaissez Empire of the Sun ? Ils sont un peu plus âgés et ironiques que vous et MGMT mais je trouve que leur démarche pop se rapproche de la votre…

Caroline : Pour tout te dire, à part leur morceau intitulé "Walking on a Dream", qui ressemble beaucoup à du MGMT, je connais mal leur musique. C’est d’ailleurs marrant de voir comment ils ont réussi à capter le feeling de MGMT. Mais oui, comme tu le dis, nos musiques ont ceci de commun qu’elles ne sont pas dogmatiques, radicales, "in your face" ! Elles sont plus joueuses, malicieuses, inclassables. Nous même on s’y perd…

Patrick : Dis-moi, je peux te poser une question ?

 

Bien sûr !

Patrick (dit ça à deux à l’heure, comme un robot, haché, stone) : Penses-tu qu’on nous compare si souvent à MGMT parce que nous sonnons comme eux, parce qu’on est pote ou parce qu’on vient du même coin ?

 

A mon avis tout ça est lié mais ce qui vous lie vraiment tient à la dimension générationnelle qu’on évoquait, le fait que vos musiques parlent des mêmes choses, la jeunesse, ses espoirs, ses peurs, et le fait en opérant le même mélange musical entre lumière et noirceur, electro et pop, mainstream et indie. Tu vois ?

Patrick : Ok, c’est ce que tu veux dire quand tu dis que nous sonnons comme eux ? Non pas que nous sonnons concrètement comme eux, mais qu’on partage un même état d’esprit ?

 

C’est ça. (L’attaché de presse déboule dans la loge. Ce n’était donc pas Aaron qui tapait tout ce temps là comme un forcené. Il est furax, me somme d’abréger.) Bon, dernière question et je vous laisse. Sur Wikipedia j’ai lu qu’Aaron et toi auriez initialement créé Chairlift pour faire de la musique dans les maisons hantées. Info ou intox ?

Caroline : Non, c’est vrai. On voulait faire une musique atmosphérique inquiétante, quelque chose qui n’aie rien à voir avec le gothique, l’effroi, mais qui se rapproche des climats troubles et tendus que tu peux trouver dans des films de David Lynch, par exemple Mulholland Drive. Dans ce film les moments les plus effrayants ne sont pas ceux où tu vois quelque chose mais ceux où justement tu ne vois rien, et où la musique est absente. On voulait développer ce genre d’ambiances qu’on aurait pu laisser planer toute seules pendant des heures dans une maison, imaginant que ça la hanterait. Ce qu’on aime toujours faire.

 

Interview de Chairlift sur Arbobo.fr

(Suite et fin.)


 

 

 

 

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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

arbobo 05/12/2009 15:17


uh uh oui c'est ça ^^
mais ausi parce qu'elle m'a tout de suite proposé de faire l'itw en français malfgré la présence d'aaron (elle adore parler français, visiblement)

voilà le lien, merci :-)
http://www.arbobo.fr/chairlift-une-idee-derriere-la-tete-interview/


SYLVAIN FESSON 05/12/2009 15:22


Hop, je m'en vais donc linké ça, merci / de rien !
Si tu peux faire de même de ton côté, c'est cool ;-)


arbobo 05/12/2009 15:03


ah le charme de Caroline :-)
et toujours aussi futée, y'a de matière grise derrière ces yeux de féline

elle m'a fait le coup aussi, finalement on l'a faite entièrement en anglais mais mon ego en a pris un coup ^^


SYLVAIN FESSON 05/12/2009 15:10


Salut Arbobo !
Vas-y propose ton lien d'interview dans les commentaires.
Comme ça je pourrais aussi le mentionner en bas de mon article.
Elle t'a fait le coup, c'est-à-dire ?
De te rendre amoureux d'elle ? ;-)
"de la matière grise derrière ses yeux de féline"
Faut être tout chose pour écrire des trucs pareils héhé


hélène 04/12/2009 22:30


j'aime beaucoup l'interview, le fait que les questions ne sont pas posées que par le journaliste, m'a fait bien rire ^^


SYLVAIN FESSON 04/12/2009 23:21


Cool alors.
C'est mon but en fait : qu'au moins une fois pendant chaque interview les rôles s'inversent !
Suis passé voir ton blog tiens.
C'est un foutoir beau dis donc.
Bravo.
Surpris de me voir dans les liens.
A moins que tu ne "me" lises depuis quelques temps déjà.
Biz, a+
Sylvain


Agnès 03/12/2009 09:43


Très bien cette petite! Elle est pointue et elle a raison.


SYLVAIN FESSON 03/12/2009 10:42


A croire que j'ai un truc avec les musiciennes fan de Paddy dis donc ;-)