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  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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INTERVIEWS

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 23:09
Blossom girl &
fake Bisounours

 


Au départ je me disais que j’avais été con d’accepter l’interview de Chairlift. J’avais aimé leur premier album, Does You Inspires You ?, parfait dans le genre rêveur eighties, entre MGMT et Au Revoir Simone, mais cela méritait-il vraiment que je me je casse le tronc à leur taper la converse en anglais, à trouver des questions futées ? N’avais-je pas déjà 36 000 interviews à dérusher ? Et puis franchement, au-delà de sa jolie musique, ce groupe-là avait-il tout simplement des choses à dire ?

 

Chairlift c’est comme ces filles qu’on trouve belles et attirantes et qu’on ne trouve que belles et attirantes : on devrait les laisser à leur place, ne pas trop leur en demander. Je m’étais dit ça après coup. Trop tard donc. Par habitude, attitude compulsive, et parce que l'attachée de presse, mignonne, avait su m’attendrir, je m’étais engagé, mis tout seul dans le merdier. Mince, j’allais avoir l’air de quoi pendant l’interview ? D’un rigolo ! J’allais tenir quoi : 5 questions ?

 

Pour me sortir d’affaire, m’était venue une pirouette. L’idée de commencer l’entretien ainsi : "Salut Caroline, salut Aaron, salut Patrick. Bon, je suis un peu embêté parce que vous faites partie de ces groupes dont la musique me plait mais ne m’inspire pas de questions." Partir là-dessus me semblait un brin risqué. Me trouveraient-ils goujat ? Effronté ? Inspirant ? Car ça pouvait être marrant aussi, plein de promesses. Ah, j’aurais mieux fait de m’abstenir ! Enfin je dis ça, c’était avant leur concert du 19 octobre dernier. Une fois au Zénith, je n’aurais échangé ma place pour rien au monde.

 

Oh pas que le show était à se taper le cul par terre. C’était même un peu brouillon à cause d’un problème sur leur kit de batterie électronique, mais fallait la voir, elle, Caroline. Superbe. A la regarder virevolter dans sa petite robe noire, je planais total. Impossible de décrocher mon regard. Pour un peu, si je m’écoutais vraiment, je vous parlerais d’elle en convoquant un champ lexical neu-neu fait de fleurs, d’anges, de cœurs alors que, sérieux, faut se calmer, c’est juste une très belle nana de 23 ans qui cite "Wild Horses" de Prefab Sprout en guise de chanson préférée parce qu’elle trouve ça à la fois trop cool, sophistiqué, vicieux et fleur bleue.

 

A cet instant comment vouloir autre chose qu’être seul avec elle ? Tout homme normalement constitué ne devait avoir que ça en tête. Et je planais d’autant plus à la voir que j’avais cet immense privilège. Parmi tous les gens de cette salle je serai le seul à pouvoir la voir quand les lumières se seraient tues. J’en chérissais comme jamais les "raisons" qui m’avait fait faire ce "job", l'attachée de presse qui m’avait envoyé le "skeud", proposé l’interview, invité au show. Et l’alibi de mes questions.

 

Oui, car en plus, Caroline j’avais milles choses à lui dire. Sachant que j’allais l’interviewer j’ai replongé dans son disque et derrière sa Feistitude j’avais fini par voir des choses, tellement que plein de questions m’avaient assailli. Un "angle" Tout.

 

19 octobre 2009. 21h. Mon fantasme de Caprice des Dieux avec la chanteuse de Télésiège semble légèrement compromis. Dans leur loge c’est un peu le bordel. Alors qu’elle mangeait un brownie, Caroline vient de le jeter sur Aaron et de quitter la pièce, furax, lui la suivant. Manageuse, photographe, on en reste comme deux ronds de flanc. S’ébauche l’idée de faire ça après le concert de Phoenix, le temps que ça calme, si c’est ok pour nous. Mais revoilà Caroline dans l’embrasure de la porte, détendue, fraîche, dispo, comme si rien ne s’était passé. Du reste, on ne s’est pas ce qui s’est passé. On n’y comprend que dalle. Je lui demande si tout va. Dans un mélange de distance et de douceur qui me scie total, elle me répond "Oui".

 

Caroline parle un français à faire pâlir Jodie Foster, d’une voix grave, posée, sans accent où tout semble mûrement réfléchi, et dans la pure symétrie de son visage de belle brune aux yeux bleus, de belle brune aux sourcils épais, charismatiques, parfaitement dessinés, tout exprime sérieux, angélisme serein. J’en profite : "Ça te dérangerait pas qu’on fasse ça en français, surtout vu mon anglais ?" Elle me répond que "Non", elle traduira mes questions à Aaron (guitare) et Patrick (batteur).

 

Aaron n’est pas revenu, la manageuse non plus. Un type est vautré dans le canap. Caroline nous dit que c’est John Maus, un ex-membre d’Animal Collective. Il les accompagne sur scène pour faire les claviers. "Il est génial !". Une nana commence à les shooter, Patrick et elle. J’apprendrai qu’elle aussi est journaliste, pour Puretrend.com. Je laisse faire, me demandant quand mon tour doit venir, et si je suis pas en train me faire cramer mes 20 minutes d’interview. Patrick : "T’es prêt ?"




 

"ce morceau a aussi un côté croque-mitaine"

 

"quand on tombe amoureux il est souvent plus question de chute que d’amour"

 


 

Oui, c’est quand vous voulez !

Patrick : Alors viens donc t’asseoir près de nous (ils sont perchés sur un bout de table) et faisons ça pendant qu’elle nous prend en photo.

 

Ok. Alors comment avez-vous vécu ce concert ? Vous avez juste joué 30 minutes…

Caroline : Ça te va s’il répond en anglais ?

 

Oui, bien sûr.

Caroline : Patrick, tu peux répondre en anglais. Qu’as-tu pensé du concert de ce soir ?

Patrick : Je dois répondre en français ?

Caroline : Non, c’est ok, il traduira après ! Il préfère juste poser les questions en français, c’est plus pratique pour lui.

Patrick : Ah, ok ! Donc comment était le concert ? Hum… le concert était… hum… Disons que la question est soudaine. Je n’y ai pas encore pensé ! Mais je pense que c’était un bon concert. (Ça toc à la porte. Je comprends que tout à l’heure l’un deux à dû la fermer à clef en rentrant.)

Caroline : Fais-le rentrer.

Patrick : Non, ça va.

 

Qui est-ce ?

Patrick : Ce doit être Aaron.

 

Pourquoi ne veux-tu pas qu’il rentre ?

Caroline : Je ne sais pas, je veux bien le laisser entrer moi !

Patrick : Non (rires) !

 

Que se passe-t-il ?

Caroline : On vient de faire un "food fight" avec les brownies, au départ c’était amusant…

 

Et ça a dégénéré ?

Caroline : Voilà ! (Ça toc de plus belle à la porte. Si fort que ça nous interrompt.)

 

Wouah, si ça continue je ne sais pas si on va y arriver !

Patrick : Si, si, vas-y.

Caroline : En fait ce soir c’était un drôle de concert car notre kit de batterie électronique s’est soudainement déréglé si bien qu’à chaque frappe tous les rythmes se déclenchaient en même temps. Bref, tout partait de travers. On sentait que ça déstabilisait le public, qui était calme, à l’écoute. Mais nous sur scène, tous ces problèmes nous faisaient rire !

 

Du coup le son était assez brouillon !

Caroline : Oui, mais ça a aussi généré une tension, une électricité, et vu la foule qui nous faisait face, une foule énorme qui n’attendait que le concert de Phoenix, ce n’était pas si mal d’avoir ce genre de défi à relever. Nous qui avions l’impression de jouer dans un stade ça nous a réveillé et eux bah je pense que ça les a un peu déçu, dérouté, mais ce n’est pas grave. C’était quand même un bon concert. Intéressant.

 

Vous n’avez donc joué que 30 minutes. Ce n’est pas trop dur de sélectionner quels morceaux jouer pendant un si court laps de temps ?

Caroline : Bah on n’a qu’un album…

 

Oui, mais sur votre premier album vos morceaux sont musicalement tous très différents les uns des autres. N’est-ce donc pas dur de bâtir une set-list de 30 minutes cohérente ?

Patrick : (Ça retape à la porte, de manière répétée, assourdissante.) Oui, c’est dur. Notre disque doit durer seulement 45 min…

Caroline : Oui, c’est un disque très court…

Patrick : Et nous n’avons qu’un disque donc…

Caroline : Enfin non, la première édition de notre disque dure 45 min mais la seconde doit durer environ 52 min...

Patrick : On a donc dû couper… 52 min – 30 = 22 min… (Je me dis que j’ai bien fait d’opter pour le français, ça laisse l’ascendant de parole à Caroline et relègue Patrick au second plan qui, la tête ailleurs, a du mal à percuter.)

 

Oui…

Caroline (reprenant les rennes, ferme) : En fait ce qu’on joue dépend du contexte. Là on devait jouer devant 6000 spectateurs. Parmi nos morceaux on a donc choisi ceux qui se prêtaient le plus à ce genre d’ambiance, c’est-à-dire nos morceaux dansants et nos morceaux planants. Par exemple "Territory" est un morceau sur lequel tu ne peux pas danser, mais ses sonorités son si "space" que c’était super de la jouer dans une grande salle comme celle-là.

Patrick : Oui, c’était super de jouer "Territory" dans une grande salle, surtout dans une grande salle pleine de gens.

 

Comme je vous le disais, ce qui m’a frappé à l’écoute de votre disque, c’est qu’en terme de musique et de chant j’ai presque l’impression d’avoir un groupe différent à chacun plage. Cet éclectisme c’est quelque chose de voulu ?

Caroline (traduit pour Patrick, qui comprend, rigole) : Oui, sur disque nous sommes parti dans plusieurs directions mais je crois que tout ça converge en live. Qu’en penses-tu ? Sur scène as-tu toujours l’impression de voir un groupe différent à chaque morceau que nous jouons ?

 

Non, j’ai justement trouvé que votre son y gagnait en cohérence, que vous vous y montriez globalement plus "space", "rock"…

Caroline : Oui, et je pense que c’est pour ça que ça vaut le coup de nous voir live quand on connaît notre disque, parce que sur scène ce n’est pas la même chose. Après, ce que tu pointes là, notre diversité musicale, c’est ce que certains n’arrêtent pas de nous reprocher, mais voilà nous c’est ce qu’on aime. A la base Aaron et moi on est DJ, enfin "selector", on aime bien les musiques de films, le côté juke box, partir dans toutes les directions…

 

Je vois. C’est pour ça qu’il y a par exemple un monde entre "Territory" et "Bruises", qui est d’humeur très "Bisounours" ?

Caroline : D’humeur quoi ?!

 

"Teddy bear" !

Caroline : Oh ! Il trouve que "Bruises" a un côté "ours en peluche" !

Patrick : Euh, oui, un peu ! Pour moi ce qu’il y a de bien avec cette chanson, entre autres choses, c’est le fait qu’elle puisse sembler Bisounours tout en ayant un côté très déprimé dans le fond. Je veux dire : elle a aussi un côté "Boogey man".

 

"Bruises", un côté croque-mitaine ?! C’est-à-dire ?

Patrick : Hé bien ça dépend de l’auditeur qui l’écoute. Certains vont plus voir le côté Bisounours et d’autres le côté Boogeyman.

 

Qu’est-ce qui t’évoque le croque-mitaine dans un morceau aussi sucré que "Bruises" ?

Patrick : Je trouve que la chanson charrie quelques lignes harmoniques bien sombres…

 

Ah ? Moi j’ai plutôt retenu son rythme de basse sautillant qui me la rend proche de certains morceaux joyeux de The Cure !

Caroline : Nos chansons parlent beaucoup de ce que c’est qu’être jeune et être jeune c’est aussi une certaine tristesse... "Bruises" est une chanson d’amour. Elle parle du fait que dans tous les cas tu souffres quand tu tombes amoureux. Et que dans le fait de tomber amoureux il est d’ailleurs souvent plus question de chute que d’amour... En écho à ça, on a passé pas mal de temps en studio pour que la chanson reste légère, entraînante tout en ayant un son spacieux qui incorpore quelques nappes plus sombres, mélancoliques.

(Suite.)


 

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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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