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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 février 2008 3 13 /02 /février /2008 01:49
Le mal
par le mal





"Mais comment font les gens ?"


"J’aime faire du bruit"



Denses, longs, traversés de voix multiples, les textes sont capitaux chez Mendelson. Comment les écris-tu ?
Tout est possible. Ou je bosse pendant 6 mois, ou le texte arrive tout de suite. Ou je l’écris avant la musique, ou je l’écris sur la musique. Je n’ai aucune méthode en fait, mais seule méthode c’est qu’il faut que j’aie du temps à ne rien foutre.

Ça arrive ???
Oui et quand ça n’arrive pas, j’écris la nuit. Dans des états un peu seconds liés à la fatigue, il y a des trucs qui viennent… A une époque j’écrivais sans manger. A force ça finissait par faire un truc bizarre dans le cerveau. Ça marchait bien. Sur cet album un texte m’est venu d’un coup au sortir de la douche. Je l’ai écris d’une traite, j’ai fait une coupe et c’était fini. Je crois bien que c’était la première fois que ça m’arrivait.

L’écriture c’est quelque chose que tu as beaucoup bossé ?
J’ai beaucoup travaillé les textes, oui, tellement que maintenant je crois que je n’ai plus tellement besoin de travailler. Au début tu travailles beaucoup, tu pars dans des fausses pistes, parce que tu ne sais pas bien ce que tu es, où tu es, mais après ça va beaucoup plus vite, tu sais tout de suite quand c’est la mauvaise idée au mauvaise endroit.

Dans tes textes tu dis "je", c’est toi ?
Disons que peu importe. Si ça avait de la valeur uniquement parce que c’était autobiographique ça n’aurait strictement aucun intérêt et ce serait poubelle donc la question c’est surtout : "Est-ce que ça fait quelque chose aux gens ? Est-ce que c’est une bonne histoire ?" Après on peut faire semblant que c’est autobiographique. Dans un article qui nous était consacré j’ai lu cette formule : "Raconter sa vie comme si c’était celle des autres ou raconter celle des autres comme si c’était la sienne." Ça me parle.

Le thème des gens semble beaucoup te préoccuper…
Oui. Dans une de ses chansons Murat a une phrase qui me plait bien. Il raconte qu’il est à la poste et il dit : "Mais comment font les gens ?" Et ça pour ça je crois que c’est l’interrogation fondamentale. Mais depuis tout môme… Moi j’habitais au-dessus d’une grosse nationale, la 4, et tous les dimanches soirs je voyais tous ces gens dans leur voiture et je me demandais où ils allaient, qui ils étaient, qu’est-ce qu’ils faisaient, pourquoi ils roulaient si tard la nuit…

"All the lonely people, where do they all come from... "
Oui (rires) ! Il y a un truc comme ça. Comment font les gens ?

Sur Robot après tôt Katerine traite lui aussi abondamment ce thème des gens, à travers la figure du gourou, l’attraction-répulsion pour la foule… En apparence il fait ça avec beaucoup d’humour, de dérision mais au fond il y a beaucoup de noirceur chez lui, derrière le personnage…
Oui, il écrit des paroles d’une noirceur… Parfois je le trouve vraiment déprimant. Il y a des chansons magnifiques sur son dernier album. Si les gens s’arrêtaient deux secondes pour essayer de comprendre ce qu’ils écoutaient, ils se tireraient une balle. C’est ça qui est génial avec ce qu’il a fait, c’est que ce n’est pas identifié "noir"…

Ça lui a d’ailleurs permis de passer à la Star Ac’. Un personnage aussi ambigu en prime time sur TF1, c’est fort !
Je ne connais pas cet aspect-là car je n’ai pas la télé mais sur un strict plan de la musique et des textes je trouve son album incroyable. Au pire moment de nos recherches de maisons de disques, ça m’a fait un bien fou de voir ce disque sortir. En plus il a eu du succès. Le succès des autres, quand il arrive pour de bonnes raisons, ça te venge car ça te fait presque autant de bien que si c’était le tiens.

Katerine et toi donnez l’impression de parler d’une "France invisible". La "France d’en bas" ?
Moi je ne fais pas une mission socioculturelle, je n’ai pas d’ambitions politiques, de discours, d’engagements. Je n’ai pas du tout l’âme militante. Vraiment, il n’y a rien qui me fait plus horreur qu’une manifestation. Après je ne pourrais pas parler d’autre chose que des gens avec qui je vis. Je ne vais pas te raconter des histoires sur des traders de Wall Street, je ne sais pas comment ils vivent et comme mon truc c’est de raconter des histoires, je vais raconter les histoires des gens qui me sont proches.

Ça donne une approche froide, frontale.
Mais la vie des gens est frontale. Moi c’est vrai que je n’aime pas trop la poésie et le lyrisme. Hier soir j’ai vu Romanzo Criminale. Et tout le film te dit : "Finalement, quelle vie !" Moi si je raconte une histoire de gangsters à aucun moment tu ne vas éprouver du plaisir parce que le mec cogne un type contre le comptoir. Or tous ces films te font précisément éprouver du plaisir à ce moment-là. Mais moi non, je vais plutôt me mettre à la place du mec qui se fait tabasser. Comme Katerine d’ailleurs. "Pendez-moi la tête en bas, comme la dernière fois."

Tes textes procèdent souvent par une sorte de logorrhée. Je pense par exemple au dernier morceau de Seuls au sommet. Son texte déboussole car autant chaque phrase prise isolément est basique de chez basique, autant dans son assemblage avec les autres elle aboutit à une narration éclatée, à un effet mosaïque…
Oui, c’est une belle formule. Le truc c’est que sur ce morceau, "Les petits frères des pauvres", il y a 15 000 personnages. Des fois tu es avec eux et des fois tu es dans leur tête, des fois tu les vois. Après je ne sais pas quoi te dire là-dessus… Il y a une chanson de Mendelson que tu ne connais peut-être pas. Elle est sur notre deuxième album, elle s’appelle"Le brouillard". Elle s’ouvre sur un paysage, puis tu vois une femme qui descend dans le fleuve et pouf tu es dans le train et dans le train tu es dans la tête du cheminot et le cheminot voit une fenêtre et tu rentres dans la fenêtre et derrière la fenêtre tu vois ce qui se passe, tu vois un immeuble et tu rentres dans la tête du mec qui est assis dans sa cuisine à tel étage, etc. C’est un peu comme ça que je vois l’écriture. J’ai envie de rentrer dans les choses, de voir qui vit derrière la fenêtre allumée là-bas. C’est encore le truc du môme qui regarde les voitures qui passent…





A part Katerine qui aimes-tu dans la scène pop française ?
Pour moi il y a des trucs de Brigitte Fontaine qui resteront au Panthéon. Par exemple son album Comme à la radio, encore maintenant, ça reste indépassable. Gérard Manset. Pas tout parce que des fois c’est complètement insupportable mais il y a des albums quasi parfaits.

Lesquels ?
2870. Sinon, j’aime Bashung aussi. Mais ce que j’aime chez lui ce n’est pas tellement l’écriture. C’est plutôt la recherche sonore, la voix. Pour moi c’est un mec qui a un courage incroyable.

Dans "Les petits frères des pauvres" tu glisses d’ailleurs une phrase…
De Bashung, oui.

"Aujourd’hui c’est vendredi et je voudrais bien qu’on aime"
Voilà.

C’est une de ses phrases cultes, belle et bête à la fois.
Oui, il a des belles phrases quand même. Surtout à l’époque où il bossait avec Bergmann. Dans mes contemporains, j’ai adoré Diabologum. A une période les voir en concert c’était une expérience, ça te libérait des complexes qu’on a trop souvent en tant que français. Aujourd’hui encore j’aime beaucoup ce que fait Arnaud Michniak. Il est très fort. Des fois il a lui aussi le complexe Léo Ferré. Quelque chose de l’ordre de la posture qui me gène un peu. Mais il est tellement fort qu’il peut se permettre beaucoup de choses. Après il y a plein de nouveautés que je découvre sur Internet parce que des gens me font des demandes Myspace. J’ai notamment découvert un groupe français appelé Le manque qui me fait beaucoup rire. Le mec a écrit une chanson qui s’appelle "Mourir à Chartres" que j’aime beaucoup.

Eric Arnaud, tu connais ?
Le mec m’a envoyé un mail il y a très longtemps mais je n’ai pas fait l’effort de répondre.

Et Florent Marchet ?
Je n’ai pas écouté son dernier album parce qu’on m’a dit que ce n’était pas bien.

En fin de compte, ton héritage musical c’est plutôt français ou anglo-saxon ?
Si tu demandes ce que j’aime en France, je te sors des noms, mais sinon moi je suis à fond dans les américains.

Des internautes ont soigneusement décrypté l’étalage de références musicales que tu as cachées dans la photo qui orne Seuls au sommet. Il y a Roxy Music, Miles Davis…
Arab Strap aussi avec Philophobia, un grand album, Hendrix, Talking Heads, J.J. Cale, Can. J’ai fait ça exprès, parce que cet album c’était aussi un peu une déclaration d’intention. Et je trouve qu’entre Can et les Talking Heads, c’est pas mal ce qu’on a essayé de faire.

Tu vis de la musique ?
Non.

Tu as un boulot à côté ?
Oui. Enfin non. J’ai longtemps tenu en faisant tout et n’importe quoi : de la régie, du son, du mastering, etc. J’ai abandonné il y a maintenant 3 ans. De toute façon même avant je n’en vivais pas de cette galère. Je ne vis toujours pas très bien maintenant mais au moins je n’ai pas la banque qui m’appelle tous les lundi matins. Je ne sais pas comment font les autres. Mais c’est dur. Très dur.

Hors Mendelson sur quels projets as-tu déjà bossé ?
J'ai fait pas mal de musiques de films, une collaboration avec Michel Cloup à la fin de Diabologum, qui sortira peut-être un jour, mais en tant que parolier je n'arrive pas à croire que quelqu'un puisse chanter une de mes chansons, quoiqu'il y a eu des reprises de Mendelson.

Par qui ?
Des groupes Lithium : Bertrand Betsch, Experience. Et puis à une époque, surtout quand je ramais pour gagner de l’argent, j'aurais adoré être guitariste rythmique dans un groupe, être sur scène et ne m'occuper que de mon ampli, comme ce qu'a fait Robert Smith avec Siouxsie. Ça j’aurais vraiment beaucoup aimé. Jouer de la guitare c'est un plaisir important pour moi.

Tu aimes écrire des chansons. Tu n’as jamais eu envie d’écrire un livre ?
Si j’ai commencé à écrire c’est pour faire des chansons. Peut-être qu’en vieillissant je vais finir par me dire que j’en ai marre de tenir ma guitare, mais pour l’instant non, je n’ai jamais eu envie d’écrire autre chose que des chansons. Mais il faut dire qu’à l’époque où je m’y suis mis c’était le Far West, enfin ça l’est toujours vu le peu de disques français vraiment bien qui sortent. Donc voilà, il y a tellement de choses à faire que je n’ai pas encore eu envie de faire autre chose. Et puis moi j’aime ça jouer de la guitare fort sur scène, j’aime jouer avec des batteurs qui jouent fort, j’aime faire du bruit, je n’ai pas envie de me retrouver tout seul chez moi à ruminer un roman pendant trois ans. Mais peut-être que dans 10 ans j’aurai une hernie discale. Alors il faudra bien que je m’y mette.

Quels sont les écrivains qui te tiennent à cœur ?
Je lis beaucoup les écrivains japonais. Kenzaburō Ōe par exemple. En France, Jean Rolin avec Zone m'avait vachement plu. En Espagne, il y a Antonio Lobo Antunes. Il parle beaucoup des gens justement, de rentrer dans la tête des gens, de voir comment ils parlent. Les américains, je ne lis plus tellement. J'ai fait une overdose.

Houellebecq, non ?
Je crois que je n'aime pas ses romans. J'ai essayé d’en lire un ou deux, durant les 50 première pages, je me suis dit : "J'aime bien comment c'est mordant" et après je me suis ennuyé. Il a ce côté Gainsbourg qui me pète un peu les couilles. Je préfère ses poèmes. Le sens du combat, Rester vivant. C'était bien ça. Je n'ai pas écouté son album, mais j’aimerais bien voir ce que ça donne.

Il est plutôt réussi.
Philippe Murray qui est mort il n'y a pas longtemps s’est aussi essayé à l’exercice des poèmes mis en musique. J'aime beaucoup ses livres mais je trouve que cet album est un peu raté.

Ça fait 10 ans que Mendelson existe. La suite, tu la vois comment ?
Ecoute, on n’a jamais vu longtemps à l’avance. Moi je me souviens, à la sortie du premier album, j’étais dans la voiture avec Olivier, le mec avec qui j’ai commencé et Vincent, le patron de la maison de disques, et puis je me retourne, je leur dis : "C’est fini, je n’arriverai plus à écrire de chansons". Donc depuis le début j’ai l’impression que je n’arriverai plus à écrire de chansons. Donc on verra, je ne sais pas ce qui se passera. Je n’ai pas de contrat, rien ne m’oblige à continuer. Mais j’aimerais bien faire un cinquième album. J’entends déjà le son dans ma tête, un son précis qui me donne envie de me retrouver en studio et de me mettre à chercher dans cette voie-là avec d’autres musiciens. Un truc encore plus froid. Plus dur.


Chronique concert de Mendelson.




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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

callivero 26/04/2009 22:50

un groupe que je découvre, avec des trucs que j'ai du mal à supporter (j'aime pas les gens), et d'autres que je trouve très chouettes (scanner)...Là, j'ai écouté que trois chansons...ça peut pas laisser indifférent !

SYLVAIN FESSON 27/04/2009 00:05


"J'aime pas les gens" est dur au premier abord (le côté "paradis ardu" de Mendelson") mais tu verras, si tu t'accroches un peu, ça révélera tous ses charmes. Non faut aimer le rock rock. Car c'est
morceau c'est leur versant bien rock. Mais j'aime aussi le texte de ce morceau, son ambiguité anti-cliché, sa cruauté, sa tendresse aussi, la... vérité qu'il porte sur l'humain, comme un témoignage
rare sur notre complexité, notre dualité. C'est... beau je trouve. Tu me diras si tu vas au-delà de 3 chansons. Mais surtout, je te la conseille, écoute "1983 (Barbara)".


perros 16/02/2008 20:57

 
 
Merci pour cette longue interview de Mendelson.

Sylvain Fesson 17/02/2008 04:13

Merci de ton intérêt perros, en espérant te revoir dans les parages.

eric [lonah] 14/02/2008 19:33

Serviteur, pour le coup. Je suis fou de ces cracheurs de mots depuis être tombé à l'improviste il y a un certain temps de cela sur "je ne veux pas mourir", qui m'avait proprement décollé l'âme pour en faire un patchwork curieux et stupéfiant.(s'installe avec son martini en attendant la cinquième page)

eric [lonah] 13/02/2008 23:22

Wooh.Général Fesson, vous êtes décorés de l'ordre du mérite des fous pour vous offrir le luxe incroyable et complètement jouissif de prendre 4 pages pour une interview de ces vieux diables de mendelson (à qui je fais des bisous, I'm you'w fi'wst fan tout ça)(lève son chapeau)

Sylvain Fesson 14/02/2008 14:04

Ah Eric ! j'ai envie de dire que ce genre de commentaires me "sort du trou", que c'est un peu la lumière au bout du tunnel... Merci de reconnaitre ma folie ! et de jouir en lisant du Mendelson ;-) Et attention, une cinquième page s'annonce très bientôt, qui racontera le concert de Mendelson au Divan du Monde...