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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 01:19
Le mal
par le mal



Sorti en autorprod digital fin août 2007, Personne ne le fera pour nous est le quatrième album de Mendelson, groupe culte et confidentiel issu de l'écrurie Lithium (Diabologum, Dominique A...). Fin janvier 2008, après avoir été célébré par la presse spécialisée comme "l'allbum de rock français de la décennie" et s'être vendu à 800 exemplaires, ce double album aussi beau que peu facile d'accès a enfin gagné le droit de sortir dans les bacs. Une petite arrachée de haute lutte qui promet un concert intense le 12 février 2008 au Divan du Monde. Avec tout ça Pascal Bouaziz, le leader de Mendelson, méritait bien un entretien aussi long que son disque.




"En mettant les deux pieds dans la marge on a vu qu’il y avait plein de monde"

"
Ce double a failli être un triple"




Bonjour Pascal. Votre dernier concert parisien fut une White Session chez Bernard Lenoir. Comment ça s’est passé ?

Bien. J’ai mis le podcast en ligne. J’ai un peu retouché le son de manière à ce que ce soit un peu plus rock’n’roll et moins chanson. Ce sera accessible avec un petit code qui figure sur l’album, pour que seul les gens qui l’ont acheté puissent en profiter.

Ce n’est pas déstabilisant le principe des White Session, qui consiste à jouer dans une salle vide ?
Non, ce n’est pas la première fois que Mendelson fait un concert où il n’y a pas de public.

C’était la première fois que Bernard Lenoir vous invitait ?
Non, il nous avait interviewé en 2001 pour la sortie de Quelque Part. Un album sur deux, il réagit.

Il a la liberté de pouvoir vraiment défendre les groupes qu’il aime au point d’en suivre certains tout au long de leur carrière.
Quand il n’aime pas il programme un titre pour annoncer la sortie de l’album et quand il aime il fait un peu plus.

Là il a fait un peu plus.
Pour celui-ci il n’a pas fait un gros truc, mais il a suivi l’album. C’est bien. A l’échelle de notre carrière il nous a filé un gros coup de main. Heureusement que des gens réagissent comme ça.

Pour Personne ne le fera pour nous j’ai l’impression que beaucoup de gens réagissent comme ça.
Oui, surtout sur le net. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de gens bien sur le net.

Tu parles des blogs et autres webzines ?
Oui, je suis surpris par la qualité littéraire des articles qu’on a eus. Ces gens ont la place de s’étendre et d’expliquer le pourquoi et le comment de leur coup de cœur. Finalement c’est le retour du fanzine. Donc oui je suis très content. En mettant les deux pieds dans la marge on a vu qu’il y avait plein de monde.

Pourquoi avoir sorti cet album en "digital" ?
Il y a une dépression générale dans le monde de la musique, que ce soit chez les indépendants ou les majors. On a beaucoup ramé pour trouver un interlocuteur. On en a trouvé un qui nous a fait patienter pendant 6 mois et comme on est encore assez naïf et qu’on croit aux poignées de mains on s’est fait avoir car au bout de 6 mois le type nous a dit : "Finalement je ne le fais pas". Comme j’avais fait beaucoup de recherches avant ça, je n’ai pas eu le courage de repartir au charbon auprès des maisons de disques. J’ai donc directement cherché des distributeurs, et à la limite c’était encore pire. Les mecs n’ont absolument aucune énergie, aucune ambition. Ils sont là : "Ah, tu ne te rends pas compte à quel point c’est une catastrophe ! Ton disque je veux bien le sortir, je vais en mettre 200 en France et puis c’est toi qui me paies le retour et puis c’est toi qui me paies le stock…" Concrètement ils prenaient zéro risques… On s’est donc dit qu’on allait le faire nous-même et comme ça fait 4-5 ans que le site de Mendelson fonctionne bien, qu’on a pas mal de retours, des gens très fidèles, on s’est dit : "Ras-le-bol de tous ces cons. Le disque, on va le mettre là à disposition des gens que ça intéresse."  Et en fait ça a très bien marché.

C’est-à-dire ?
On n’a pas encore remboursé les dettes mais petit à petit on y arrive, on refabrique. Pour nous c’est une grosse victoire. Notre premier stock est écoulé. Je n’aime pas trop donner de chiffres parce que si j’en donne le mec en maison de disques va dire : "Pas mal" et le mec qui n’y connaît rien : "C’est tout". Mais en gros pour un indépendant de chez indépendant comme nous c’est une grosse claque dans la gueule de tous ces gens qui nous ont dit qu’on allait en vendre 250 exemplaires. Vraiment, là on peut revenir vers eux fiers de nous.

A combien d’exemplaires c’étaient vendus vos précédents albums ?
On a commencé vers 5000 exemplaires et puis chaque album n’a cessé de faire moins.

En tous cas pour votre dernier les critiques sont unanimes. On a des mots comme "chef d’œuvre", du lourd !
Ce n’est pas de trop. Jetez-en encore (rires) ! Il n’y en a jamais trop. Quand tu es 3-4 contre le monde entier et que d’un coup on te dit que ça valait le coup de le faire, ça valait le coup d’insister, de continuer, ça fait du bien. De même que le retour des gens que tu admires, comme Katerine.

Ce genre d’accueil dithyrambique est souvent pervers. Les gens célèbrent la radicalité du geste, mais par la suite ne mettent plus le disque sur la platine.
Ce n’est pas grave si la personne qui s’en fait l’écho ne l’a écouté que deux fois parce que ça peut tomber dans les mains de quelqu’un qui va l’écouter 10 000 fois. Après je ne peux pas faire un procès d’intention pour savoir si les gens en parlent bien pour les bonnes raisons. Non, tant mieux. Quand ils en parlent mal je suis déjà un tout petit plus tatillon.

Des gens en ont mal parlé ?
Il y a eu Rock&Folk. Mais parfois les critiques de certains journaux font plaisir. Je veux dire : tu ne peux pas défendre les Naast et Mendelson, ça ne serait pas très cohérent. Mais bon, ils ont publié une chronique, qui exprime un point de vue, on sent que le mec a écouté l’album, moi ça me va. Ce qui m’aurait foutu les glandes, c’est le mépris.

Sur un webzine parlant de vous quelqu’un a laissé cet étrange commentaire : "Wouah, Barbara, génial ! Je n’écoute pas, mais je rêve Mendelson."
Veut-il dire qu’il n’écoute plus l’album mais qu’il continue de triper dessus ou qu’il ne fait pas qu’écouter Mendelson, mais mieux qu’il rêve Mendelson ? Faut voir les choses du bon côté : je penche pour la seconde solution !

Beaucoup de gens semblent avoir été particulièrement touché par "Barbara".
Oui, beaucoup m'en parlent. Beaucoup de gens s'y retrouvent et ne s'y retrouvent pas pour les mêmes raisons. Chacun relève un détail de la chanson…

Qui se déroule comme une grosse digression sur l'enfance et son cortège de souvenirs. C'est un thème qu'on retrouve beaucoup chez toi, l'enfance, perdue, broyée…
Oui, ce n'est pas rigolo l'enfance. J'ai très peu de bons souvenirs. Si il y a un combat de Mendelson c'est d'aller un peu à l'envers des clichés.





Je connais surtout vos deux derniers albums. Peux-tu me résumer les débuts de Mendelson ?

Notre premier album est sorti sur Lithium en 1997. A l’époque j’envoyais des cassettes au monde entier et c’est les seuls qui ont répondu. Et tant mieux, parce que c’était les seuls avec qui j’avais envie de travailler. Je me souviens d’ailleurs que Katerine était tombé par hasard sur une de mes cassettes et qu’il avait appelé sa propre maison de disques pour leur dire que c’était bien mais ça n’avait pas fait suite.

Qu’est-ce qui te plaisait tant chez Lithium ?
Depuis 10 ans que je suis dans le milieu j’ai rencontré beaucoup de monde et la direction artistique de Lithium c’était quelque chose. Vincent de Lithium pour moi c’était vraiment un mentor et je pense que Diabologum te dira la même chose. Un producteur comme ça je suis très content d’en avoir rencontré au moins un dans ma vie. J’ai adoré bosser avec lui car il aimait la musique autant que moi, il la connaissait autant que moi voire plus et il avait assez de recul et de regard pour me pousser. Cela dit cette démarche a eu ses limites puisqu’il y a eu un moment où j’en ai eu marre et où j’ai décidé de tout faire moi-même. C’est pour ça que je suis ensuite parti chez Prohibited Records.

A l’époque Mendelson c’était un groupe ou juste toi ?
Moi j’ai toujours voulu que ce soit un groupe, après les gens ont souvent moins d’envie que moi. Là le groupe n’a pas trop bougé depuis 99. Il n’y a plus la personne avec qui j’ai démarré, mais tu sais quand les gens t’ont accompagné longtemps, dans l’esprit, ils t’accompagnent encore après leur départ. Un jour McCartney a dit qu’il continuait d’écrire avec John Lennon parce qu’il continuait à lui parler dans sa tête.

La symbiose continue avec les membres fantômes ?
Oui et en ce qui me concerne ça commence donc à faire beaucoup de monde dans le groupe. Mendelson c’est une sorte de projet. Les gens arrivent, ils accompagnent le truc et puis si à un moment ils ont envie de s’en aller parce que ça ne les fait plus rigoler et bien ils s’en vont. Mais le projet, lui, continue.

A l’heure actuelle qui sont les musiciens de Mendelson ?
Au clavier il y a Charlie O, un mec qui joue avec tout le monde et qui arrive à te faire des trucs hyper drones free jazz et des trucs aussi hyper pop. Il joue avec Peter Von Poehl. A la guitare il y a Pierre-Yves Louis qui joue actuellement avec plein de groupe à San Fransisco. A la batterie il y a Jean-Michel Pirès. Lui, il joue avec la terre entière, tout ce qui est indé, il en est. Il joue avec Ben's Symphonic Orchestra, NLF Trio, Sébastien Schuller et son groupe qui s’appelle Headphone. A la batterie on a aussi Sylvain Joasson, qui joue aussi avec la terre entière, mais de l’autre côté du globe. Lui c’est plus Bertignac, Fersen, donc il est aussi tout le temps en tournée. Voilà, en ce moment notre groupe c’est un peu Pavement, un truc très éclaté.

Personne ne le fera pour nous est un double album. Pourquoi ?
On sort tellement peu d’albums qu’à chaque fois on a beaucoup de matière. Après c’est toujours un peu difficile de mettre trop de choses sur un seul CD parce que les gens ne sont pas habitués. Pour celui-ci, au départ on était parti pour un triple album. Ça nous a pris un temps fou pour épurer et arriver à un bon double album, avec deux ambiances différentes. Suivant l’heure ou l’humeur tu mets le disque jaune ou rouge. Ça reste un double album, quelque chose de lourd, dense. Si tu t’enfiles les deux d’affilée le matin avant de partir au boulot c’est sûr que tu vas être en retard, mais comme on ne l’a fait que pour nous et pour les gens que ça intéresse, on s’est dit qu’il ne pouvait pas y en avoir trop si c’était guidé par "la cohérence de l’œuvre". Et puis voilà, on est un groupe qui aime tellement de choses qu’on n’a pas envie de se limiter à un style, une humeur. On a envie que tu puisses faire tes nouilles en écoutant Mendelson, écrire une lettre en écoutant Mendelson, lire un bouquin en écoutant Mendelson. On veut que tout ça soit possible.

Seuls au sommet n’était-il pas déjà une tentative de double album avec son silence symbolique entre la plage 6 et 7 ?
Non, le précédent était plus un fantasme album vinyle, avec l’instrumental de rigueur. Les trente secondes de silence au milieu correspondent à l’intervalle de temps qu’il faudrait pour changer de face. A côté, Personne ne le fera pour nous est plutôt un fantasme de double album vinyle parce que quand la pochette fonctionne comme celles des magnifiques doubles albums vinyles de Genesis.

Personne ne le fera pour nous c’était le titre d’un instrumental sur Seuls au sommet. Pourquoi l’avoir repris ?
Ce titre est tiré d’un poème de Bukowski intitulé Le Ragoût du Septuagénaire, qui dit : "Il faut apporter sa propre lumière dans les ténèbres. Personne ne le fera pour nous." Et cette phrase, elle me restait. On a donc fait cet instrumental un peu bizarre sur Seul au sommet, en se disant : "Il n’est pas aussi sérieux que les autres chansons, mais voilà il faut apporter sa propre lumière". Et là, vu comment ça se passait pour sortir ce nouvel album, cette phrase a pris sa pleine signification et ça faisait un tel beau titre qu’on n’allait pas s’en priver.


(Suite.)


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Sfar 20/02/2008 21:19

Ah tiens c'est avec surprise que je découvre la question sur l'étrange commentaireen me disant tiens tiens ça me dit quelque chose ces mots ! Donc je tenais à préciser, car je suppose que l'humanité entière attend de savoir, que Monsieur Bouaziz a raison de penser à la seconde solutionsinon je suis une femmevoilàet au passage je découvre votre blog, passionnant vraiment

Sylvain Fesson 20/02/2008 22:51

Le commentaire sur "Barbara" c'était donc toi !Voilà, Sfar, on ne sait jamais comment quelques mots vont finir, est-ce qu'ils vont toucher, être repris, mystère, mystère...

Billy HP 08/02/2008 18:05

Je ne connais pas (et je ne pense que je n'écouterais pas, pour de basses raisons de goûts) mais j'applaudis la remarque sur Rock&Folk.Rarement les artistes ont cette attitude et cette présence d'esprit, cette distance qui permet de se dire :"c'est bien qu'on n'aime pas ce que je fais. Cela veut dire qu'on a pris le temps d'écouter et de réfléchir à un raisonnement, une critique".J'applaudis cette intelligence.

Sylvain Fesson 08/02/2008 18:37

Tu ne veux même pas jeter une oreille histoire de voir à quoi ça ressemble ? Franchement même si au bout du compte tu n'accroches pas, Mendelson c'est bien de connaître un peu, de s'y être confronté rien qu'une fois... En tout cas j'espère que ça t'intéressera de lire le reste de cette interview. Si ce premier chapitre t'a plu, la suite devrait pas te laisser insensible ;-)A+ !