Vendredi 8 février 2008
En route pour la joie ?

Personne ne le fera pour nous, le quatrième album de ce groupe culte et confidentiel issu de l’écurie Lithium a été célébré partout comme L'allbum de rock français de la décennie. Après être sorti en digital fin août et s'être vendu à 800 ex., ce double album pas drôle pour deux sous renaît en sortant dans les bacs fin janvier. Un contexte de fête qui promet un concert de fou le 12 février au Divan du Monde. Avec tout ça Pascal Bouaziz méritait bien un entretien long comme son disque.




"En mettant les deux pieds dans la marge on a vu qu’il y avait plein de monde"

"Si il y a un combat de Mendelson c'est d'aller un peu à l'envers des clichés"






Votre dernier concert parisien fut une White Session chez Bernard Lenoir. Comment ça s’est passé ?

Bien. J’ai mis le podcast en ligne. J’ai un peu retouché le son de manière à ce que ce soit un peu plus rock’n’roll et moins chanson. Ce sera accessible avec un petit code qui figure sur l’album, pour que seul les gens qui l’ont acheté puissent en profiter.

Ce n’est pas déstabilisant le principe des White Session, qui consiste à jouer dans une salle vide ?
Non, ce n’est pas la première fois que Mendelson fait un concert où il n’y a pas de public.

C’était la première fois que Bernard Lenoir vous invitait ?
Non, il nous avait interviewé en 2001 pour la sortie de Quelque Part. Un album sur deux, il réagit.

Il a la liberté de pouvoir vraiment défendre les groupes qu’il aime au point d’en suivre certains tout au long de leur carrière.
Quand il n’aime pas il programme un titre pour annoncer la sortie de l’album et quand il aime il fait un peu plus.

Là il a fait un peu plus.
Pour celui-ci il n’a pas fait un gros truc, mais il a suivi l’album. C’est bien. A l’échelle de notre carrière il nous a filé un gros coup de main. Heureusement que des gens réagissent comme ça.

Pour Personne ne le fera pour nous j’ai l’impression que beaucoup de gens réagissent comme ça.
Oui, surtout sur le net. J’ai l’impression qu’il y a de plus en plus de gens bien sur le net.

Tu parles des blogs et autres webzines ?
Oui, je suis surpris par la qualité littéraire des articles qu’on a eus. Ces gens ont la place de s’étendre et d’expliquer le pourquoi et le comment de leur coup de cœur. Finalement c’est le retour du fanzine. Donc oui je suis très content. En mettant les deux pieds dans la marge on a vu qu’il y avait plein de monde.

Pourquoi avoir sorti cet album en "digital" ?
Il y a une dépression générale dans le monde de la musique, que ce soit chez les indépendants ou les majors. On a beaucoup ramé pour trouver un interlocuteur. On en a trouvé un qui nous a fait patienter pendant 6 mois et comme on est encore assez naïf et qu’on croit aux poignées de mains on s’est fait avoir car au bout de 6 mois le type nous a dit : "Finalement je ne le fais pas". Comme j’avais fait beaucoup de recherches avant ça, je n’ai pas eu le courage de repartir au charbon auprès des maisons de disques. J’ai donc directement cherché des distributeurs, et à la limite c’était encore pire. Les mecs n’ont absolument aucune énergie, aucune ambition. Ils sont là : "Ah, tu ne te rends pas compte à quel point c’est une catastrophe ! Ton disque je veux bien le sortir, je vais en mettre 200 en France et puis c’est toi qui me paies le retour et puis c’est toi qui me paies le stock…" Concrètement ils prenaient zéro risques… On s’est donc dit qu’on allait le faire nous-même et comme ça fait 4-5 ans que le site de Mendelson fonctionne bien, qu’on a pas mal de retours, des gens très fidèles, on s’est dit : "Ras-le-bol de tous ces cons. Le disque, on va le mettre là à disposition des gens que ça intéresse."  Et en fait ça a très bien marché.

C’est-à-dire ?
On n’a pas encore remboursé les dettes mais petit à petit on y arrive, on refabrique. Pour nous c’est une grosse victoire. Notre premier stock est écoulé. Je n’aime pas trop donner de chiffres parce que si j’en donne le mec en maison de disques va dire : "Pas mal" et le mec qui n’y connaît rien : "C’est tout". Mais en gros pour un indépendant de chez indépendant comme nous c’est une grosse claque dans la gueule de tous ces gens qui nous ont dit qu’on allait en vendre 250 exemplaires. Vraiment, là on peut revenir vers eux fiers de nous.

A combien d’exemplaires c’étaient vendus vos précédents albums ?
On a commencé vers 5000 exemplaires et puis chaque album n’a cessé de faire moins.

En tous cas pour votre dernier les critiques sont unanimes. On a des mots comme "chef d’œuvre", du lourd !
Ce n’est pas de trop. Jetez-en encore (rires) ! Il n’y en a jamais trop. Quand tu es 3-4 contre le monde entier et que d’un coup on te dit que ça valait le coup de le faire, ça valait le coup d’insister, de continuer, ça fait du bien. De même que le retour des gens que tu admires, comme Katerine.

Ce genre d’accueil dithyrambique est souvent pervers. Les gens célèbrent la radicalité du geste, mais par la suite ne mettent plus le disque sur la platine.
Ce n’est pas grave si la personne qui s’en fait l’écho ne l’a écouté que deux fois parce que ça peut tomber dans les mains de quelqu’un qui va l’écouter 10 000 fois. Après je ne peux pas faire un procès d’intention pour savoir si les gens en parlent bien pour les bonnes raisons. Non, tant mieux. Quand ils en parlent mal je suis déjà un tout petit plus tatillon.

Des gens en ont mal parlé ?
Il y a eu Rock&Folk. Mais parfois les critiques de certains journaux font plaisir. Je veux dire : tu ne peux pas défendre les Naast et Mendelson, ça ne serait pas très cohérent. Mais bon, ils ont publié une chronique, qui exprime un point de vue, on sent que le mec a écouté l’album, moi ça me va. Ce qui m’aurait foutu les glandes, c’est le mépris.

Sur un webzine parlant de vous quelqu’un a laissé cet étrange commentaire : "Wouah, Barbara, génial ! Je n’écoute pas, mais je rêve Mendelson."
Veut-il dire qu’il n’écoute plus l’album mais qu’il continue de triper dessus ou qu’il ne fait pas qu’écouter Mendelson, mais mieux qu’il rêve Mendelson ? Faut voir les choses du bon côté : je penche pour la seconde solution !

Beaucoup de gens semblent avoir été particulièrement touché par "Barbara".
Oui, beaucoup m'en parlent. Beaucoup de gens s'y retrouvent et ne s'y retrouvent pas pour les mêmes raisons. Chacun relève un détail de la chanson…

Qui se déroule comme une grosse digression sur l'enfance et son cortège de souvenirs. C'est un thème qu'on retrouve beaucoup chez toi, l'enfance, perdue, broyée…
Oui, ce n'est pas rigolo l'enfance. J'ai très peu de bons souvenirs. Si il y a un combat de Mendelson c'est d'aller un peu à l'envers des clichés.


(Suite.)

par Sylvain Fesson publié dans : DISCussion
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