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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 00:31
Têtes de gondoles ?

Les Têtes à Claques, vous ne pouvez pas ne pas connaître. Surtout depuis ces petites "capsules" concentrées d’humour made in Québec servent de pubs pour SFR. Mais connaissez-vous l’homme qu’il y a derrière ? Celui qui leur donne ses yeux globuleux et ses expressions tordues ? Je l’ai rencontré. C’était fin décembre à l’occasion de la diffusion des Têtes à Claques sur Canal dès le 6 janvier. Il s’appelle Michel Beaudet, 48 ans, ex-publicitaire. Nous dévoilant l’histoire de "la grenouille qui pète", il nous raconte l’envers d’une plaisanterie qui commence à lui rapporter gros après avoir séduit des millions d’internautes pour pas un rond depuis un an et demi.



"Je voulais une série éducative pour enfants"

"Grâce à nous les ventes de Pop-Tartes ont doublé"





Bonjour Michel.

Bonjour !

Comment allez-vous ?
Ça va très bien et vous ?

Bien. Depuis quelques jours vous êtes en promo. Ça n’a pas l’air de tout repos.
Oui, depuis le début c’est de la folie toute cette histoire. De plus en plus ça m’étonne de moins en moins ! C’est quand même un phénomène étrange nos petites capsules. Un phénomène à travers la francophonie et à travers le monde. Pourtant ça a commencé sans prétention.

Justement, pouvez-vous dire comment tout cela a commencé ?
A la base, moi je suis un publicitaire de métier, concepteur-rédacteur. Mais dans mes dernières années je m’étais mis à la pige car je voulais avoir du temps libre pour faire de l’animation image par image, ce qu’on appelle du "stop motion animation". Au départ, je m’étais donné comme objectif de faire une petite série éducative pour enfants.

Comment ça, "éducative" ?
Je ne sais pas, j’imaginais montrer des petits animaux parlant de leur habitat naturel, dire comment ils vivent et mettre une petite touche d’humour là-dedans. Mais je me suis vite rendu compte que ça nécessitait beaucoup de travail d’animer des poupées image par image et comme je suis paresseux de nature, je me suis dit : "Tiens, je vais filmer mon visage et incruster mes yeux et ma bouche sur les poupées". Au départ je ne me souciais pas vraiment du texte, je voulais surtout voir si cette technique fonctionnait. Mais quand j’ai vu que ça fonctionnait je me suis mis à improviser des textes rigolos en me filmant et j’ai envoyé 50 mails à des amis en disant : "Voilà, j’ai 16 capsules que vous pouvez visionner sur www.tetesaclaques.tv." Et ça a circulé super vite. Au bout de trois jours les 30 premières personnes qui avaient reçu mon mail le recevaient déjà d’autres personnes. Et rapidement mes amis m’ont dit : "Il faut que tu continues à nous faire rire, on n’en a rien à foutre des capsules éducatives, on veut la grenouille qui pète !"

A partir du 6 janvier Canal+ diffusera tous les dimanches une "capsule" des têtes à claques en clair à 14h20. Pour vous, c’est la consécration, non ?
C’est sûr que c’est absolument fabuleux. On a mis le site en ligne le 16 août 2006 et à la fin du mois de septembre Canal+ est venu nous solliciter. Ils voulaient acheter les capsules mais pour moi à cette époque c’était beaucoup trop tôt. Ce que j’avais créé commençait à peine à se définir dans mon esprit donc je ne voulais pas que ce soit tout de suite diffusé à la télévision. Surtout qu’à l’époque Canal+ voulait que je modifie les capsules pour qu’elles soient plus accessibles aux français. Un an plus tard, comme les Têtes à Claques avaient explosé sur le Web et qu’on avait lancé notre premier DVD, ça faisait déjà plus sens de céder nos droits. On a donc signé avec Radio-Canada qui ont essentiellement diffuser nos clips pendant les fêtes de Noël et au début de l’été 2007, puis on est allé en France pour savoir si ça valait le coup de faire une version francisée des têtes à claques. Et à l’unanimité les gens nous ont dit de ne rien changer, ils aimaient bien notre accent, notre façon de parler. C’est là que les gros opérateurs comme SFR, Orange et Bouygues nous ont approché avant tout le monde. Ils voulaient diffuser les clips sur téléphone cellulaire.

Pourquoi avoir choisi SFR plutôt que les autres opérateurs ?
Parce que Publicis, leur agence de publicité, voulait en plus faire une petite campagne de pub avec nous. Quelque chose de plus global. On a dit oui et on a été étonné du succès de la pub. On a donc signé une entente d’exclusivité d’un an avec SFR. L’année prochaine, en France, seuls eux pourront offrir les Têtes à Claques sur téléphone mobile. Et durant ce même été, on en a profité pour signer aussi une entente avec Canal+. Ils distribueront notre DVD et diffuseront tels quels les clips mis en ligne sur notre site. Ils seront juste sous-titrés pour vous aider un peu.

Ce n’est pas bête parce qu’il y a certains passages qu’on ne comprend pas du tout !
Même chez nous parfois les gens ne comprennent pas certains passages. Je fais exprès d’avoir un accent exagéré. En plus j’ai des fausses dents dans la bouche donc c’est difficile d’articuler. Au bout du compte ça donne parfois un sacré charabia !

Les gens adorent le langage Têtes à Claques. Ça ne vous étonne pas de voir tous ces gens qui se réapproprient leurs expressions ?
Si, surtout que la pénétration des Têtes à Claques au Canada est de loin supérieure à celle qu’il y a en France, même si ça commence à être très connu chez vous. Au Québec c’est des fous furieux, les gens connaissent des répliques par cœurs.

Quelles sont celles qui cartonnent le plus ?
Il y en a beaucoup parce que chacun a son clip préféré. Mais j’entends souvent les expressions d’Uncle Tom, comme : "C’est pas biotifol ?" ou le "Tonite is the nite" de Raoul.

Ces expressions, vous les avez inventées ?
Non, pas celles-ci, mais maintenant elles sont étiquetées comme les expressions Têtes à Claques. Par contre "les petits papoutes", qui veut dire les enfants, c’est une expression que j’ai inventée. Pareil pour "le Willi Waller". D’ailleurs ce qui est fou c’est que maintenant quand les gens vont s’acheter un épluche patate, ils demandent des Willi Waller. C’est devenu le nom standard.

Au fait, c’est quoi les Pop Tartes ? Un sketch culte des Têtes à Claques parle de Pop Tartes or en France personne ne sait ce que c’est.
C’est des genres de gaufrettes fourrées à la confiture. C’est Kellogs qui fait ça. Quand j’étais petit c’était très populaire. Mais jusqu’à récemment ça ne l’était plus et ça se vendait peu. Grâce à nous c’est redevenu populaire, les ventes de Pop Tartes ont doublé.

A part les Pop Tartes et les épluches patates, quelles sont les références qui nourrissent l’esprit têtes à claques ?
J’ai lu des milliers de bandes dessinées quand j’étais petit, tous les classiques, et j’en lis encore donc ça doit se retrouver dans les Têtes à Claques. Mais à part ça, on s’inspire de notre quotidien, on essaye de ne pas trop se coller à l’actualité car beaucoup de gens le font très bien et on souhaite se distinguer de ces gens-là. On essaie donc d’être plus anodin, en nous moquant par exemple d’une publicité de télé achat. C’est des choses très spontanées, caricaturales et même si c’est très québécisé ça demande des histoires très simples, absurdes, universelles. C’est un des facteurs qui fait qu’on a du succès à travers toute la francophonie, en France, en Suisse, en Belgique, au Maroc. Et ce qui est bien aussi avec les Têtes à Claques c’est que je ne sais jamais sur quoi va être la prochaine capsule. Bien entendu, il y a des personnages plus populaires qu’on fait revenir à la demande générale mais on va toujours créer de nouvelles situations. C’est un univers sans fin et c’est ça aussi qui est merveilleux.

Ce qui est moins merveilleux c’est la marchandisation croissante de cet univers qui sert dorénavant les intérêts économiques de grandes marques. Comment vous gérez ça ? Vous vous fixez des limites ?
Non, pas trop. Je suis quelqu’un d’optimiste par nature. D’ailleurs, avant même de mettre le site en ligne j’étais conscient que les Têtes à Claques pourraient au moins attirer un groupe de fans clients de ce type d’humour minimaliste et absurde. Je me disais que leur identité visuelle très forte pourrait également séduire les publicitaires et éventuellement les compagnies de téléphone mobile qui cherchent désespérément du contenu adapté au petit écran. Ça fait à peine un an et demi qu’on existe et c’est incroyable la portée qu’on a atteint, les projets qu’on a fait. On a même fait des spots de pub pour une marque de sucette aux Etats-Unis. Tout cela a pris une dimension que je n’aurais jamais pu imaginer.

Vous n’avez pas peur que le phénomène marchand de l’affaire tue un peu l’engouement pour les têtes à claques ?
Je ne sais pas. A un moment donné, au Canada, je trouvais qu’il y avait un peu trop de produits dérivés. Certains n’étaient pas de très bonne qualité et ça m’agaçait. C’est sûr qu’il faut faire attention à ne pas être surexposé mais ce qui est malheureux c’est qu’on n’a pas vraiment de contrôle là-dessus. La surexposition dont on a fait l’objet au Québec est due au fait que les médias ne passaient pas deux jours sans parler de nous, peu importe ce qu’on faisait. Quand on a fait la campagne de pub pour SFR les journaux en on fait leur une. A chaque fois qu’on faisait un truc les gens parlaient de nous. Nous on était les premiers à se dire : "Là, ça suffit, arrêtez de toujours parler de nous."

Les gens vous accordent trop d’importance. Un phénomène de bêtise a pris le dessus.
Exactement. Et puis pour comme n’importe quel phénomène de masse, les gens vont commencer à se lasser. C’est comme pour les Simpsons, à un moment ils sont devenus extrêmement populaires et maintenant ça s’est stabilisé. Mais pour l’instant notre base de fans reste énorme.

Vous vous voyez durer longtemps avec les Têtes à Claques ?
Aussi longtemps que ça intéressera les gens. Et étant donné que c’est un truc sur Internet auquel tu peux accéder gratuitement quand tu le souhaites, ça peut durer longtemps. Les Têtes à Claques, je vois ça un peu comme la page comic dans le journal. C’est ça les têtes à claques. Tous les jours des milliers de gens sont derrière leur ordinateur et une fois par semaine ils vont regarder leur nouvelle capsule têtes à claques et revoir leur deux capsules préférées. Ce concept, je suis étonné que personne ne l’ait fait avant moi. Il y a beaucoup de sites où les gens mettent du contenu en ligne comme sur Youtube et Dailymotion mais ça devient vite des catalogues de tout et rien. Or nous, on est une marque précise. On fait du Tête à Claques, point.

Vos projets pour 2008 ?
Autant je m’amuse à faire mes sketchs et jouer mes personnages, autant je suis en train de consolider mon entreprise. Là je suis en train de bâtir mon studio et agrandir mon équipe. J’ai engagé un scripteur qui écrit avec moi. En janvier on sera donc dix et notre objectif ce sera de lancer le site en anglais. On veut toucher l’ouest du Canada, les Etats-Unis, les pays anglophones, les pays nordiques et l’Allemagne parce que tous ces gens parfaitement bilingues représentent un marché énorme. L’aventure Internet continue.

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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