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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 20:26
Le sang des braves



"se battre pour des liens d’amour et d’amitiés"

"j’aime bien le morceau titre de la B.O. de Rocky"



Je n’ai pas lu les textes des chansons. De quoi parlent-il ?
Dans ce disque il est beaucoup question du fait de se battre pour maintenir les liens d’amour et d’amitiés. Beaucoup de chansons parlent d’essayer de déconnecter un peu du stress de la vie courante et de renouer avec ce qui compte. Il y a donc des chansons sur le fait de s’enfermer, de ne pas quitter son chez soi, d’autres sur le fait de prétendre que tout va bien quand ce n’est pas le cas.

Certaines de vos chansons ont d’ailleurs de faux airs de protest songs…
Tu veux dire avec un côté marche militaire ?

Oui, il y a par exemple "Fake Empire" et sa batterie très "Sunday Bloody Sunday"…
Oui, "Fake Empire" peut faire penser à ça, de même que "Start a War"…

La plupart de vos chansons dégagent un sentiment de lutte, quelque chose de presque social presque mais à hauteur d’homme…
La raison pour laquelle on a appelé cet album Boxer c’est parce qu’il y a en effet beaucoup de gens ordinaires qui se battent pour faire des choses simples : être des gens responsables, agréables, altruistes. Voilà le genre de batailles dont on parle. On n’aborde pas vraiment des thèmes politiques. On pourrait croire qu’il y a de ça dans "Start a War" mais c’est plus une chanson qui parle du fait d’essayer de garder contact avec quelqu’un. De même dans "Fake Empire" il y a des résonances politiques mais ça parle surtout du fait de se voiler la face et d’arborer un positivisme de façade.

Il y a quelque chose de l’ordre du working class hero dans ces chansons, non ?
Oui je pense que beaucoup de personnages dans nos chansons sont des gens qui essayent de devenir adulte, de faire face au fait d’aller tous les jours au travail et qui essaient en même temps de ne pas laisser tomber d’autres choses plus importantes dans la vie. "Racing like a pro" parle de ça. C’est l’histoire d’une jeune femme (mais ça pourrait tout aussi bien être un homme) qui est tellement focalisée sur sa carrière qu’elle en oublie tout le reste. Ce thème habite pas mal de nos chansons. D’ailleurs il est aussi au cœur de nos autres albums. C’est un de mes thèmes de prédilection.

A votre dernier concert à Paris, vous avez diffusé un morceau de la B.O. de Rocky après avoir quitté la scène. Pourquoi ?
Ce n’était pas vraiment pour citer Rocky. C’est juste que j’aime bien cette chanson parce qu’elle véhicule quelque chose comme une fierté retrouvée, comme si c’était le récit d’un perdant qui reprend espoir. Alors voilà, pour son côté triomphant et un peu bête à la fois, on s’est amusé à la passer quelques fois à la fin de nos shows. On ne le fait plus.

Vous êtes américain mais votre musique a des accents british. Comment l’expliques-tu ?
C’est vrai qu’on a souvent été décrit comme étant très européen, notamment très anglais. Pourtant, à part Padma qui est d’Australie, chacun de nous vient de Cincinnati, dans l’Ohio. Je pense que cela vient donc du background musical très personnel de chacun d’entre nous. Tu ne peux pas sonner 100% américain quand tes groupes favoris sont anglais et se nomment The Smiths et The Stones Roses, qu’à eux se joint Nick Cave qui est australien, mais aussi Simon and Garfunkel et Neil Young qui est canadien. Je ne saurais donc pas dire ce qui est anglais ou américain dans notre musique. Tout ce que je peux dire c’est qu’il n’y a rien de russe.

Comme vous êtes un groupe assez ouvert sur l’Europe plutôt qu’un groupe d’americana y a-t-il une ironie de votre part à vous appeler The National ?
Non, ça semble ironique mais ce n’était pas notre intention quand nous avons pris ce nom. Parce qu’on ne savait pas à l’avance qu’on n’allait pas sonner 100% américain. D’ailleurs certaines de nos chansons sont très ancrées dans la musique américaine et on a longtemps été considéré comme un groupe d’americana. Ce nom est plutôt le fruit du hasard.

Sur scène tu n’as que ta voix pour habiter l’espace. C’est dur pour toi ?
Un peu oui, car je ne sais jamais quoi faire de mes mains ! Alors je les agrippe au micro parce que je ne suis pas doué pour gesticuler sur scène. Parfois j’aimerais avoir une fausse guitare pour savoir où mettre mes mains. Peut-être devrais-je prendre des marionnettes.

Tu ne sais jouer d’aucun instrument ?
Oui, je n’ai jamais appris à jouer d’un instrument. J’ai fait un peu de piano mais ça ne m’a pas passionné. J’ai donc de la chance de pouvoir faire partie d’un groupe. Ils ne m’ont pas laissé tomber parce qu’on est amis. Et puis heureusement au fil du temps j’ai fini par trouver comment chanter donc j’ai gagné ma place dans le groupe.

A propos de ta voix, n’en as-tu pas un peu assez qu’on la compare tout le temps à celles de Leonard Cohen, Nick Cave, Stuart Staples ou Ian Curtis ?
Ces gens ont un timbre de voix assez grave et limité. C’est vrai que ma voix ressemble à la leur. Et puis ce sont des comparaisons flatteuses donc ça ne me dérange pas. Quant à Ian Curtis, pour tout dire je n’ai pas un seul disque de Joy Division, même si j’aime certains de leurs morceaux, notamment "Love Will Tear Us Apart". D’entre nous, Bryan est le plus grand fan de Joy Division. Ça peut parfois s’entendre dans sa façon de jouer de la batterie. Il a beaucoup appris de ces groupes comme eux et New Order.

Toi, de quels groupes ou artistes as-tu appris ?
Tom Waits, Nick Cave, Leonard Cohen et Morrissey sont des gens que j’ai beaucoup écoutés. Ils ont sans aucun doute une influence sur ce que je fais maintenant. J’ai aussi beaucoup écouté Robert Pollard des Guided By Voices. Ce que j’aimais chez lui c’est qu’il n’était pas vraiment un bon chanteur mais il chantait avec beaucoup de rage et de cœur.

Des gens trouvent que ton écriture se rapproche de celles de certains écrivains américains. T’es-tu forgé au contact de certains livres ?
Il y a des livres qui m’ont marqué. Pendant que nous écrivions Boxer je lisais Gatsby le magnifique et du Jonathan Ames. Certains passages de ces livres ont donc un peu influencé le disque. Parce que je pioche tout le temps des choses à droite à gauche. Dans Alligator il y a une chanson qui s’intitule "The geese of Beverly Road" et dans cette chanson il y a cette phrase : "We're the heirs to the glimmering world". Eh bien Heir to the Glimmering World est le titre d’un roman de Cynthia Ozick. Je ne connais pas ses livres. J’ai juste piqué le titre. Donc voilà, parfois les gens trouvent que mon approche de la chanson est très littéraire, ils pensent que je lis beaucoup mais je ne suis pas un rat de bibliothèque. Là encore, c’est assez flatteur de penser ça de moi, donc je laisse dire.

Pourquoi n’inscris-tu pas tes textes dans les livrets de vos disques ?
Parce que je ne pense pas qu’elles vaillent le coup d’être lues comme ça indépendamment de la musique. En plus, si tu veux trouver les paroles elle sont sur notre site. Mais je n’aime pas sortir les paroles des chansons, qu’elles soient lues hors du contexte musical. Elles n’ont pas été écrites pour être lues, elles ont été écrites pour aller avec une musique. Séparées de la musique ces paroles me semblent un peu idiotes.

A part ça quelle musique écoutes-tu en ce moment ?
Peu de choses, encore moins de nouveautés parce que comme je te disais en tournée j’essaie de me ménager le maximum de temps de repos. Mais j’aime beaucoup les derniers albums de Grizzly Bear et Elvis Perkins.

Merci Matt.
My pleasure.




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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Arnaud 04/12/2009 08:17


Un groupe génial trop mésestimé à mon avis... Belle interview.
Arnaud


SYLVAIN FESSON 04/12/2009 10:01


Tu les trouves mésestimés ?
J'ai pas l'impression qu'il le soit.
En tous cas pas par toi qui les met avant Kid A de Radiohead dans ton top 20 des albums des années 2000 ;-)


Steve Axel B. 03/07/2009 23:51

C'est mon groupe préféré, Sylvain, et je n'ai plus bu un verre avec eux depuis bientôt trois ans. Ils me manquent, et ton interview me les déséloigne un peu. Merci.

SYLVAIN FESSON 06/07/2009 13:23


Effectivement je me rappelle que tu m'avais parlé d'eux en ces termes la dernière fois qu'on s'était vu. Content de les rapprocher un peu de toi via cette interview.


Véronique Grausseau 08/12/2008 22:41

l'année dernière j'ai essayé de me procurer leur cd à la fnac, sans succès...Pourtant c'est un excellent groupe ! la deuxième partie de ton interview est tout-à-fait vraie, j'adore fake empire, ça sonne comme une revendication, ou presque. Contente de voir que tu les apprécies aussi !

Sylvain Fesson 09/12/2008 12:14


Il y a chez The National ce côté Working Class Hero qui se refuse un peu à l'héroïsme, comme chez Syd Matters, je trouve. Un super groupe... je ne sais pas où ils en sont d'ailleurs. As-tu aussi
leur album nommé Alligator ?


pascal 31/01/2008 20:31

Et voilà, ça valait le coup d'attendre... !!!Merci m'sieur sylvain.

Sylvain Fesson 01/02/2008 13:39

My pleasure.

Jay 28/01/2008 11:44

C'est drôle qu'il cite les Guided By Voices. J'écoute les deux groupes en boucle en ce moment et il m'a semblé qu'il y avait vraiment des liens entre les deux...Guided by voices, superbe groupe, vraiment. Un peu les Beatles de la lo-fi américaine (si ce terme a un quelconque sens).J.

Sylvain Fesson 28/01/2008 11:48

Et dire que moi j'ai toujours pas découvert ce groupe dont on me re-vante régulièrement les mérites ! Faut que je découvre ça... Biz