:
Journaliste passionné de musique et d'interviews fleuves, j'ai créé Parlhot pour pouvoir m'étendre à ma guise et en toute franchise sur les artistes et les sujets qui me touchent et toucher en retour des gens en quête de style et d'esprit critique..
Parce qu’ils aiment la
new-wave sans verser dans le dark ; parce qu’ils forment une fratrie sans virer fanfare ; parce qu’ils fuient les stades tout en restant pop ; parce qu’ils sont doux mais savent aussi se foutre en
rogne ; parce qu’ils sont américains mais restent ouverts sur l’Europe ; une véritable histoire d’amour unit The National au public français. Et ce n’est
pas Boxer, leur dernier album en date, qui va changer les choses. Sorti en 2007 il confirme tout le bien qu’on pense de ce groupe et de leur musique qui de
révèle de plus en plus ses charmes au fil des écoutes. Aujourd’hui ces cinq trentenaires américains forment donc quelque chose comme l’un des groupes les plus incontournables et attachants du
circuit indé. Le 14 novembre dernier ils étaient en concert à l’Elysée Montmartre. J’en ai profiter pour interviewer leur chanteur, Matt Berninger.
La dernière fois que The National jouait à Paris c’était le 23 mai dernier à la Maroquinerie. Boxer venait tout juste de sortir et eux d’accompagner Arcade Fire
sur sa tournée américaine. Depuis ils n’ont pas arrêté de tourner. Ce soir c’est à l’Elysée Montmartre qu’on retrouve "le plus grand groupe du monde", dixit
notre Bernard Lenoir national. Un groupe qui n’a pas le melon qui caractérise les formations habituellement décorées par ce genre d’honneurs.
Pendant les balances, de l’ingé-son au guitariste en passant par le violoniste, c’est avec des types incroyablement gentils dès le premier contact qu’on fait connaissance. Le genre de type avec qui
l’on pourrait devenir pote. Et l’on s’en réjouit parce que c’est un peu le genre de lien qu’on a tissé avec leurs disques. Un lien fraternel, progressif, sincère. Et à sa manière, ça change (la
vie). Alors, ce soir-là, aussi compliqué que ce fut de sortir en raison de la grève des transports, le public s’est débrouillé pour venir et le groupe a assuré, malgré la fatigue.
"On n’a pas besoin de rencontrer des filles"
"On accepte de faire une musique qui séduit lentement"
La dernière fois que vous avez joué à Paris c’était dans une petite salle, à la Maroquinerie, fin mai, pour la sortie de Boxer. Ce soir vous investissez l’Elysée Montmartre. Jouerez-vous différemment dans cette grande salle ? Je ne pense pas. On joue différemment à chaque fois, mais on ne s’est jamais dit : "Ok, c’est une grande salle, jouons plus
fort." Parfois on joue plus fort quand on est nerveux. D’ailleurs c’est plutôt dans les petites salles qu’on se sent nerveux. Mais ça fait un bail qu’on n’a pas donné de concerts bruyants
devant une petite audience. Je veux dire : quand on joue live on joue naturellement plus fort et plus intensément que sur disque car quand on est sur scène devant les gens, qu’ils soient 10, 1000
ou 5000, le fait qu’on soit là avec nos nerfs et avec eux fait qu’on approche et qu’on ressent notre musique différemment que lorsqu’on est en studio. Donc les chansons changent quand on joue live,
mais on ne calcule pas, ça arrive comme ça, parce qu’on laisse la situation imposer son feeling et qu’on joue avec nos nerfs. D’ailleurs parfois on se met à jouer vite et ce n’est pas tout le temps
une bonne chose car du coup je n’arrive plus à suivre niveau chant.
Ça fait un petit moment que vous tournez avec ce troisième album. C’est un plaisir d’être tout le temps sur la route ? Non, j’aime les concerts mais être tout le temps sur la route me fatigue. Donc on doit être assez prudent là-dessus et veiller à ne pas trop en
faire.
Actuellement tu trouves que vous en faites trop ? Là je me sens ok, mais repose-moi la question dans une semaine et je te répondrai sans doute autre chose. Cette tournée dure six semaines et demie et on a peu de
jours de repos donc je pense que ça peut être dangereux, à la fois physiquement et mentalement. Tu te fatigues et les concerts peuvent vite en souffrir si tu ne dors pas assez et que tu tombes
malade. Et je pense qu’on s’approche de ce seuil critique. On doit continuer à tourner jusqu’à la mi-décembre, on ne peut rien faire contre ça. On essaie de réfléchir à la meilleure façon de faire
face à ça car on commence à souffrir d’avoir déjà fait beaucoup de concerts.
Ces tournées vous forcent à rester entre mecs. J’imagine que ça doit être dur parfois… Oui, quand tu mets 10 adultes dans un bus pour 6 semaines, au bout d’un moment les choses vont commencer à mal tourner. Mais pour l’instant ça va, on survit
!
Ces périodes-là vous laissent peu de temps pour rencontrer des filles… Beaucoup d’entre nous sont mariés. On n’a pas besoin de rencontrer des filles pour notre bon plaisir ou nourrir notre inspiration. Mais c’est vrai que lorsqu’on
est en tournée c’est dur de continuer à sortir et garder une vie sociale. Je sors peu. Si je sortais chaque soir, je finirais par m’effondrer. J’essaie au contraire de dormir tant que possible pour
avoir la forme sur scène et donner le meilleur de moi-même.
Cela te laisse-t-il le temps d’écrire des chansons ? Non, pas vraiment. De toute façon je pense qu’on n’est pas très doué pour écrire des chansons quand on tourne. On a besoin d’être à la maison, d’être un peu
déconnecté de cette vie-là.
Les pochettes de vos deux derniers disques vous montrent dans un univers scénique. Celle d’Alligator
montre ton visage perdu dans plafond étoilé du Nouveau Casino. Celle de Boxer montre tout le groupe sur scène dans une ambiance cabaret… C’est Mathieu Saura, plus connu sous le nom de Vincent Moon, qui a pris la photo d’Alligator. Celle de Boxer a été prise durant le mariage de Peter Katis, notre producteur. Il nous avait demandé de venir jouer
un morceau pour l’occasion. C’est un ami à lui qui a pris cette photo quand on jouait. On ne savait pas qu’on nous photographiait. Cette photo la personne nous l’a envoyé et on a tellement accroché
sur la sourde noirceur qu’elle véhiculait qu’on l’a prise pour illustrer Boxer.
Vous avez prolongé l’univers de cette photo dans le clip de "Apartment story". Qui a eu l’idée
? C’est le réalisateur du clip, Banner Gwin. Il aimait l’idée de recréer cette ambiance calme et humble. On voit juste une salle où des gens dansent et d’autres sont
assis. Et ça nous correspond bien parce que justement ce n’est pas trop glamour.
J’ai trouvé que le scénario du clip illustrait bien le lent mais imparable pouvoir de séduction de votre musique. Au départ les gens sont à
table, ils n’y prêtent pas attention mais petit à petit on voit que votre chanson leur faisait de l’effet car ils se mettent à marquer le rythme du pied. Qu’en penses-tu ? C’est vrai qu’on a remarqué et accepté le fait qu’on faisait une musique séduisant lentement. Ça fait sens pour nous parce que nos chansons sont assez lentes et
sont écrites lentement. Ça nous prend du temps de trouver l’alchimie d’une chanson et souvent celles que nous préférons ne sont pas celles que nous aimons immédiatement mais celles qui nécessitent
un peu plus de temps pour être aimées. Ce sont donc celles-ci qui se retrouvent sur disque. Pour nous il est donc normal que les gens aient aussi besoin d’un peu de temps pour se familiariser avec
nos morceaux et s’attacher à nos disques.
Musicalement, j’ai l’impression que Boxer est plus noir qu’Alligator… Je ne sais pas s’il est plus noir. Il est un peu plus calme. Moins frontal. Plus sombre. Mais je pense qu’il est assez optimiste, peut-être même plus
qu’Alligator. En tous cas je n’ai jamais pensé que nous faisions des chansons dark, si dark veut dire triste et déprimant. Mais c’est vrai que Boxer est plus laid back et c’est peut-être pour ça qu’il semble plus sombre.
Peter Katis produit aussi Interpol. Quel est l’impact de son
travail dans le son de Boxer ?
Il y contribue forcément. On travaille ensemble depuis Sad Songs and Dirty Lovers. On a tissé des liens forts. Ça nous permet de bien travailler et de
pouvoir expérimenter tout un tas de choses en studio. Pour Boxer, on a beaucoup travaillé pour obtenir une ambiance différente que sur Alligator. On voulait qu’il ait sa propre personnalité et ça nous a donc pris du temps.
COMMENTAIRES