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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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24 janvier 2008 4 24 /01 /janvier /2008 01:29
Le sang des braves



Parce qu’ils sont new-wave sans verser dans le dark ; parce qu’ils sont nombreux sans virer fanfare ; parce qu’ils ne sont pas stades tout en faisant des hymnes ; parce qu’ils sont doux tout en sachant se foutre en rogne ; parce qu’ils sont des cousins d'Amérique ouverts sur l’Europe ; parce qu'ils restent des types simples et sympas avec qui on pourrait devenir pote une véritable histoire d’amour unit The National à la France. Et ce n’est pas Boxer, leur dernier album en date, qui va changer les choses. Sorti en 2007 il confirme tout le bien qu’on pense de ce groupe et de leur musique qui révèle de plus en plus son triste charme au fil des écoutes. Aujourd’hui, s'ils ne sont pas "le plus grand groupe du monde", comme les décrit Bernard Lenoir, ces cinq-là forment tout de même quelque chose comme l’un des groupes les plus incontournables et attachants dans le circuit indé en ce moment. Le 14 novembre 2007, malgré la fatigue et la grève des transports ils étaient en concert dans un Elysée Montmartre qui s'avérera plein. J’en ai profité pour interviewer leur chanteur au regard de renard robot, Matt Berninger.





"On n’a pas besoin de rencontrer des filles"

"
On accepte de faire une musique qui séduit lentement"




La dernière fois que vous avez joué à Paris c’était dans une petite salle, à la Maroquinerie, fin mai, pour la sortie de Boxer. Ce soir vous investissez l’Elysée Montmartre. Jouerez-vous différemment dans cette grande salle ?
Je ne pense pas. On joue différemment à chaque fois, mais on ne s’est jamais dit : "Ok, c’est une grande salle, jouons plus fort." Parfois on joue plus fort quand on est nerveux. D’ailleurs c’est plutôt dans les petites salles qu’on se sent nerveux. Mais ça fait un bail qu’on n’a pas donné de concerts bruyants devant une petite audience. Je veux dire : quand on joue live on joue naturellement plus fort et plus intensément que sur disque car quand on est sur scène devant les gens, qu’ils soient 10, 1000 ou 5000, le fait qu’on soit là avec nos nerfs et avec eux fait qu’on approche et qu’on ressent notre musique différemment que lorsqu’on est en studio. Donc les chansons changent quand on joue live, mais on ne calcule pas, ça arrive comme ça, parce qu’on laisse la situation imposer son feeling et qu’on joue avec nos nerfs. D’ailleurs parfois on se met à jouer vite et ce n’est pas tout le temps une bonne chose car du coup je n’arrive plus à suivre niveau chant.

Ça fait un petit moment que vous tournez avec ce troisième album. C’est un plaisir d’être tout le temps sur la route ?
Non, j’aime les concerts mais être tout le temps sur la route me fatigue. Donc on doit être assez prudent là-dessus et veiller à ne pas trop en faire.

Actuellement tu trouves que vous en faites trop ?
Là je me sens ok, mais repose-moi la question dans une semaine et je te répondrai sans doute autre chose. Cette tournée dure six semaines et demie et on a peu de jours de repos donc je pense que ça peut être dangereux, à la fois physiquement et mentalement. Tu te fatigues et les concerts peuvent vite en souffrir si tu ne dors pas assez et que tu tombes malade. Et je pense qu’on s’approche de ce seuil critique. On doit continuer à tourner jusqu’à la mi-décembre, on ne peut rien faire contre ça. On essaie de réfléchir à la meilleure façon de faire face à ça car on commence à souffrir d’avoir déjà fait beaucoup de concerts.

Ces tournées vous forcent à rester entre mecs. J’imagine que ça doit être dur parfois…
Oui, quand tu mets 10 adultes dans un bus pour 6 semaines, au bout d’un moment les choses vont commencer à mal tourner. Mais pour l’instant ça va, on survit !

Ces périodes-là vous laissent peu de temps pour rencontrer des filles…
Beaucoup d’entre nous sont mariés. On n’a pas besoin de rencontrer des filles pour notre bon plaisir ou nourrir notre inspiration. Mais c’est vrai que lorsqu’on est en tournée c’est dur de continuer à sortir et garder une vie sociale. Je sors peu. Si je sortais chaque soir, je finirais par m’effondrer. J’essaie au contraire de dormir tant que possible pour avoir la forme sur scène et donner le meilleur de moi-même.

Cela te laisse-t-il le temps d’écrire des chansons ?
Non, pas vraiment. De toute façon je pense qu’on n’est pas très doué pour écrire des chansons quand on tourne. On a besoin d’être à la maison, d’être un peu déconnecté de cette vie-là.

Les pochettes de vos deux derniers disques vous montrent dans un univers scénique. Celle d’Alligator montre ton visage perdu dans plafond étoilé du Nouveau Casino. Celle de Boxer montre tout le groupe sur scène dans une ambiance cabaret…
C’est Mathieu Saura, plus connu sous le nom de Vincent Moon, qui a pris la photo d’Alligator. Celle de Boxer a été prise durant le mariage de Peter Katis, notre producteur. Il nous avait demandé de venir jouer un morceau pour l’occasion. C’est un ami à lui qui a pris cette photo quand on jouait. On ne savait pas qu’on nous photographiait. Cette photo la personne nous l’a envoyé et on a tellement accroché sur la sourde noirceur qu’elle véhiculait qu’on l’a prise pour illustrer Boxer.

Vous avez prolongé l’univers de cette photo dans le clip de "Apartment story". Qui a eu l’idée ?
C’est le réalisateur du clip, Banner Gwin. Il aimait l’idée de recréer cette ambiance calme et humble. On voit juste une salle où des gens dansent et d’autres sont assis. Et ça nous correspond bien parce que justement ce n’est pas trop glamour.

J’ai trouvé que le scénario du clip illustrait bien le lent mais imparable pouvoir de séduction de votre musique. Au départ les gens sont à table, ils n’y prêtent pas attention mais petit à petit on voit que votre chanson leur faisait de l’effet car ils se mettent à marquer le rythme du pied. Qu’en penses-tu ?
C’est vrai qu’on a remarqué et accepté le fait qu’on faisait une musique séduisant lentement. Ça fait sens pour nous parce que nos chansons sont assez lentes et sont écrites lentement. Ça nous prend du temps de trouver l’alchimie d’une chanson et souvent celles que nous préférons ne sont pas celles que nous aimons immédiatement mais celles qui nécessitent un peu plus de temps pour être aimées. Ce sont donc celles-ci qui se retrouvent sur disque. Pour nous il est donc normal que les gens aient aussi besoin d’un peu de temps pour se familiariser avec nos morceaux et s’attacher à nos disques.

Musicalement, j’ai l’impression que Boxer est plus noir qu’Alligator
Je ne sais pas s’il est plus noir. Il est un peu plus calme. Moins frontal. Plus sombre. Mais je pense qu’il est assez optimiste, peut-être même plus qu’Alligator. En tous cas je n’ai jamais pensé que nous faisions des chansons dark, si dark veut dire triste et déprimant. Mais c’est vrai que Boxer est plus laid back et c’est peut-être pour ça qu’il semble plus sombre.

Peter Katis produit aussi Interpol. Quel est l’impact de son travail dans le son de Boxer ?
Il y contribue forcément. On travaille ensemble depuis Sad Songs and Dirty Lovers. On a tissé des liens forts. Ça nous permet de bien travailler et de pouvoir expérimenter tout un tas de choses en studio. Pour Boxer, on a beaucoup travaillé pour obtenir une ambiance différente que sur Alligator. On voulait qu’il ait sa propre personnalité et ça nous a donc pris du temps.


(Suite et fin.)





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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

ludo 15/07/2009 15:58

Merci Sylvain ! et moi je te trouve très beau ;-)Bon, on oublie ça ...Juste t'écrire que ton blog est excellent : original, du fond et de la forme, sans pose ni esbrouffe.Dans la jungle suintante du net, Parlhot figure une fraîche clairière. Tiens, tout ceci me rend bucolique (ce qui me change d'alcoolique, hi hi). 

SYLVAIN FESSON 15/07/2009 16:56


Aha !
Merci mec.
Sincèrement.
Je vais donc tâcher de continuer.


ludo 15/07/2009 12:15

Depuis ses début ce combo a la classe qui tue ! L'énergie du désespoir romantique ...

SYLVAIN FESSON 15/07/2009 15:21


Ludo, tu sais quoi ?
J'aime tes goûts ;-)


ToX 24/01/2008 13:59

Enfin!!!Merci Sylvain! Depuis le temps que je l'attendais celui-là, souvent repoussé et enfin là. Je l'attendais de pied ferme cet itw et je ne suis pas du tout prévu. Vivement la suite!!! L'anecdote sur la pochette de Boxer est super intéressante.

Sylvain Fesson 24/01/2008 14:08

Pas du tout déçu, tu veux dire ? ;-)La suite en toute fin de soirée !A+ Tox

Jay 24/01/2008 13:30

Alright! Sinon l'article sur Syd Matters est en ligne, ça y est,J.

Sylvain Fesson 24/01/2008 13:46

Cool, je vais lire ça.Et pour tout ceux que ça botte (allez je me lance avant d'avoir lu - t'as vu un peu la confiance !) un bon article sur Syd Matters ici même http://www.rfimusique.com/musiquefr/articles/097/article_17139.asp

Jay 24/01/2008 13:22

The National, effectivement c'est les meilleurs.J'attends d'avoir un peu plus de temps pour lire en détail ton interview.Mais d'ores et déjà, quel putain de bon groupe!!! Bien mieux qu'Interpol...Voilà c'est dit.

Sylvain Fesson 24/01/2008 13:26

Ah, l'impatience me taraude ! Vite, trouves- du temps ! La verve de tes commentaires m'est infiniment précieuse (cf. l'article Radiohead, où je t'ai enfin répondu !)