Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 00:17
Tintin de la night



"La nuit, tu gagnes vraiment en profondeur, en poésie"

"Quand j’ai ma caméra je deviens plus audacieux"





Tu as dit que pour succéder à Ardisson et Taddéï à la caméra de Paris Dernière il fallait quand même se mettre "une pile". C’est-à-dire ?

C’est-à-dire que le problème est lié à l’écriture visuelle de l’émission. Avant l’image était grise, de la vraie télé Roumaine. Mais c’est ce qui faisait son charme et le concept était nouveau. Maintenant il ne l'est plus, on a fait école et tout le monde nous pompe car tout le monde filme en caméra subjective. Après il y a un truc qu’ils n’auront jamais c’est l’âme de l’émission. On est très différent Thierry, Frédéric et moi mais je pense qu’indirectement on y a tous mis notre âme. Bref, il fallait amener un plus. Cette année on a donc beaucoup travaillé sur la forme. Aujourd'hui l’image est entièrement étalonnée, tous les plans sont tournés en fish eye, un système de grand angle qui permet de voir la ville d’une manière plus cinématographique que ce que faisait Frédéric Taddéï. Ça c’est des choix de réalisateur. Et puis le montage a été dynamisé. Parce qu'aujourd'hui il faut que l'image pète.

Tu avais déjà ce lifting en tête quand tu étais réalisateur de l’émission ?
Oui, et j’ai voulu le mettre en œuvre quand j’ai repris l’émission mais il m’a fallu du temps parce que la première année j’avais beaucoup trop de paramètres à gérer. Il fallait tout d’abord que je m’habitue à tenir la caméra et à poser des questions en même temps.

Tenir la caméra de Paris Dernière, ça te titillait depuis un petit moment ?
Oui, c’est-à-dire que ce que j’aime dans cette émission c’est que je la tourne. Si je devais me contenter de poser mes questions avec un cadreur à mes côtés ce serait moins kiffant. Là au contraire chaque plan c’est moi qui le tourne. Je suis accompagné de Mélanie (Mélanie Canard - Nda) mais Mélanie c’est juste mes yeux, mon hémisphère droit je veux dire. Quand je tourne je suis concentré sur mes plans, je ne vois donc pas tout de mon environnement surtout qu’il fait noir, alors je peux facilement trébucher, me faire bousculer. Elle est donc là pour m’aiguiller, faire des diversions, calmer le jeu. On pense aux mêmes choses, quand je m’en vais, je n’ai même pas besoin de lui dire, on est parti. Cette complicité professionnelle m’est indispensable.


Et donc tu tenais à prendre la caméra, à te mettre un peu en danger ?

Oui, j’aime ça.

Ça a été dur au départ ?
Oui car j’ai appris en faisant. Je suis plus fier des plans que je fais aujourd’hui que de ceux que je faisais il y a un an et j’espère que je ferai encore mieux l’année prochaine. Il faut toujours essayer de trouver des détails où progresser.


Travailler la nuit, qu’est-ce que ça change dans ton approche du métier ?

Ça me permet d’obtenir des moments beaucoup plus uniques. Je pense notamment à mon interview de Benoît Poelvoorde qui date d’il y a 3-4 émissions. Je pense qu’on ne l’a jamais vu comme ça. Et ça c’est des moments que tu ne peux pas avoir la journée. La nuit, tu gagnes vraiment en profondeur, en poésie.

On dit que la nuit les masques tombent…
On dit aussi que ce qui se dit la nuit ne se voit jamais le jour. Et je peux te dire que de la même façon ce qui se filme la nuit ne se filme pas le jour. Et c’est ça qui est bien. Je ne pourrais pas faire cette émission la journée, c’est un autre climat. Et puis ça dépend aussi de toi, des trucs un peu perso que tu y mets.

Travailler la nuit, ça n’est pas un peu désocialisant ?
Non, je suis structuré comme garçon. Paris Dernière c’est un taf et je le fais bien mais je ne confonds pas mon travail avec ma vie…

Tu ne te prends pas au jeu du gonzo way of life ?
Non, sinon je serai mort à Moscou. C'est pour ça que je pense qu'il ne faut pas faire cette émission à 25 ans. Si tu la fais à 20 piges, surtout à Moscou, tu es mort parce que tu ne fais pas la part des choses, tu rentres à fond dans le truc et moi je n’en ai pas envie. J’ai une vie à côté. Comme tout le monde. D’ailleurs je suis hyper timide dans la vie. Mais quand j’ai ma caméra je suis différent, je deviens plus audacieux, je fais tout ce que je veux, parce que la caméra est un instrument désinhibant. Tu es là, tu regardes les plans que tu fais, tu es dans une forme de dialogue, de pouvoir. Mais bizarrement la caméra me rend encore plus timide hors caméra. Sans elle, je suis plutôt discret.

Ce rapport à la caméra t’a appris des choses sur toi ?
Là je suis en train de monter un Paris Dernière où j'ai filmé le vernissage de So Me, le mec qui fait tous les visuels du label Ed Banger, et voilà dans ce cas tu as 300 personnes qui te matent, tu fais partie du spectacle, donc si tu n’as pas un minimum confiance en toi, tu t’en vas. Et comme tu es en train de travailler avec ta caméra, tu sues, tu galères et les gens le voient donc il y a une compassion, de la sympathie aussi. Après je me souviens d'une séquence, c'était un dîner avec Barbara Schultz et une trentaine de personnes du théâtre où elle jouait et ça a été l'horreur. Je suis arrivé, j'ai dit : "Bonjour, comment ça va ?" et il n’y en a pas eu un pour décrocher un mot. Pas une chaise, rien à boire. Mais moi je tourne quand même, je prends tout ce qu’il y a à prendre.

Tu es dans une forme d’happening. Si rien "n’happened" tu le prends quand même…
Oui, c’est un happening, il y a des séquences où des gens vont me parler et d'autres où il ne va rien se passer alors tu te dois d'envoyer le bois parce que tu n’as pas le temps d’attendre qu’un truc se passe.

Tu fais le spectacle dans ce cas-là ?
Oui et j’arrive à bien rentrer dedans. Par exemple au vernissage d'Isild Le Besco ce n'était pas l'éclate alors j’ai observé pour prendre appui sur quelque chose.

Tu ruses…
Oui,
et j'ai vu qu'il y avait un gamin, son filleul, et je l’ai pris en fil rouge tout le long pour arriver jusqu’à elle… Tu te dois d’être un peu psychologue, de sentir l'ambiance et le karma des gens pour créer des situations. C'est comme là : tu es assis devant moi et je te parle mais si je ne te parlais pas tu n'aurais pas le choix, tu serais obligé de trouver un truc pour débloquer le dialogue.

Avant de partir Taddéï t’avait-il donné des conseils spécifiques ?
Il a été très smart, il m’a dit 2-3 trucs. Court, bref, efficace. Moi ce que je lui ai demandé c’est les pièges à éviter.

C’est-à-dire ?
Rester soi-même, parce que tu ne peux être ni Ardisson ni Taddéï. Et faire attention à soi et aux autres.

Il ne t’a pas recontacté ensuite pour te dire ce qu’il pensait de ton travail ?
Il dit qu’il ne regarde pas l’émission, qu’il a l’impression qu’il y a un autre mec qui se roule dans son lit. Ça je m’en fous, ce n'est pas mon problème. Enfin je veux dire, je n’ai pas le temps d’avoir ce problème ! Je te jure. Mais moi j’adore ce mec, j’ai beaucoup de respect et d’estime pour ce qu’il a fait.

Il a tenu 7 ans la caméra de Paris Dernière. Tu te vois durer autant ?
Déjà j’aimerais bien faire la troisième saison. C’est important.

Tu as des projets en tête que tu veux à tout prix faire ?
J’en ai plein de projets que je veux à tout prix faire, notamment à l’étranger. Après il y a ce qui va se faire – ce qu’on me proposera – et ce que j’aurais envie de faire – ce que moi je proposerai. Moscou Dernière c’est le début de ce que j’aimerais faire à terme. C’est-à-dire que moi je ne fais pas de théories, je fais plus de l’impressionnisme…

Pour livrer des morceaux de réel ?
Voilà, moi je viens plus de cette école-là. J’ai déjà vécu des expériences fortes, j’ai passé trois mois dans le Bronx au milieu des Franciscains quand je bossais pour La Croix, j'ai pas mal voyagé aussi pour Le guide du routard, mais là quand tu filmes et réalises c’est différent que lorsque tu écris parce que tu ramènes des images qui doivent directement faire sens donc tu penses sans arrêt à tes plans. Pour moi c’est une obsession, je suis presque plus obsédé parce que je montre que parce que je raconte. Je ne ferai pas l’émission en no comment mais j’aime bien cette idée d’en dire autant qu'un long discours par un plan et le choix d'une musique. Là aussi tu exprimes un point de vue. J’aimerais donc continuer à réaliser et voir les formes que ça prendrait. Continuer à faire une radioscopie de nous sur Terre le temps d’une soirée.

Dernière question : il parait que les deux personnes que tu rêves d'interviewer sont Kate Moss et Claire Chazal. Pourquoi ?
Claire Chazal parce que j’ai un respect inouï pour cette femme. Quel charisme ! Je ne sais pas ce que tu en penses mais regarde, Claire Chazal tu peux danser le rock avec elle, tu peux lui parler de Poutine, je souhaite à toutes les femmes du monde de vieillir comme elle. C’est une vraie femme. Je la respecte cette nana. Ce n’est pas n’importe qui. Et Kate Moss c'est parce que c’est la femme de ma vie mais elle ne le sait pas encore ! Kate Moss je l’aime bien, elle me fait marrer. On est quand même dans une société du toc où les gens sont faussement punks où la marge est devenue la norme. Et puis il y a quelques personnes qui ont des élans de poésie comme ça, un geste déplacé et elle voilà, elle continue à vendre des sacs à main malgré ses histoire de coke. Et puis elle est sexy.

Partager cet article

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
commenter cet article

commentaires