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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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18 janvier 2008 5 18 /01 /janvier /2008 23:54
Tintin de la night

C’est une tradition. De temps à autre Paris Dernière fait des infidélités à la ville lumière pour frotter sa caméra à des capitales étrangères. Après New York, Amsterdam, Sofia, Madrid, Tel-Aviv, Beyrouth, Marrakech, Shangaï et avant Pékin à la veille des J.O. de 2008, l’émission phare de Paris Première a investi Moscou. Successeur de Taddéï à la caméra du programme, Xavier de Moulins nous dit tout de son récent périple moscovite (extraits ici) et de ce nouveau taf qui l’occupe depuis un an et demi.

Mardi 4 décembre. 20h30. Hotel Kub. Conférence de presse Moscou Dernière. Xavier resplendit de bagou et de décontraction. Pour le parterre de journalistes qui le regardent il représente, il le sait, un certain idéal du métier. Un journaliste, un vrai. Presque une star. C’est que Paris Dernière, ce n’est pas n’importe quelle émission de télé. Elle invite le spectateur à pénétrer par caméra subjective l’envers branché et sulfureux de la nuit parisienne. C’est Ardisson qui a lancé le concept en 95. C’est Taddéï qui a tenu la caméra de 97 à 2006. Et voilà, depuis un an et demi, c’est Xavier de Moulins qui a récupéré ce graal cathodique. Autant dire que ce n’est pas n’importe qui Xavier. On kiffe son job et maudit notre statut de pisse-copie mais on assume : on se sentirait un peu con à tenir la caméra de Paris Dernière. D’ailleurs, ce soir, parce qu’il est enfin sorti de Paris pour filmer Moscou, c’est un peu le Tintin de la night qu’on a l’impression d’avoir devant nous. Fini le costard du chroniqueur gentiment acerbe d’émissions de plateau (Nulle Part Ailleurs, + Clair, Nous ne sommes pas des anges...), place au baroudeur avec cuir et barbe de trois jours.

A ses côtés, Jacques Sanchez, directeur des programmes à Téléparis (boîte qui produit Paris Dernière) en profite célébrer son poulain, dire qu’il a tout ce qu’ils cherchaient pour succéder à Taddéï, "le ton", "la curiosité" et qu’en un an et demi il a déjà laissé son empreinte. Alors quand Xavier entre en scène, il vend le truc à fond en nous disant que l’émission dont on s’apprête à voir un extrait "n’a pas été rock’n’roll mais complètement punk à tourner" car "Moscou n'est pas une ville rock'n'roll mais punk" où l’on meurt en trois jours si on a du fric. Et comme là-bas "sans argent on fait : pas grand-chose" et "qu’avec une caméra on fait rien, beaucoup de plans ont été ont été volées, dans la joie et la bonne humeur". Mais au final tout est là : le fond, la forme et "le coté assez sulfureux" qui fait "le sel de l’émission". Il y a même de l’inédit avec une interview de Houellebecq qui "ne s’est pas exprimé en France depuis deux ans" et de Beigbeder qui "n’est absolument pas dans la caricature qu’on peut légitimement attendre de lui". On verra même Houellebecq danser en boîte de nuit.



"Moscou est conforme à son cliché sexe, drogue et rock’n’roll"


"Je ne peux pas être alcoolique"



Xavier, tu n’as pas arrêté de parler de Moscou, avant et pendant la conférence de presse. Cette ville semble t'avoir profondément marquée…

Oui parce que ça m’a appris beaucoup de choses et c’était un grand plaisir, des bonnes montées d’adrénaline. C’est compliqué d’en parler mais c’était un moment fort. J’ai pas mal parlé des galères techniques qu'on a rencontré pour vous évoquer un peu le making off du tournage mais au-delà de ça ce que je veux montrer c’est le sens festif des russes. Car avant d’être une ville compliquée à filmer, Moscou c’est une ville festive. C’est-à-dire que là-bas lorsqu’ils font la fête ils ne la font pas à moitié. Là-dessus ils ont des leçons à nous donner parce qu’ils s’amusent vraiment, ils lâchent vraiment les lions, on sait quand ça commence mais on ne sait pas quand ça finit. Esthétiquement les boîtes ne cassent pas trois pattes à un canard, mais en terme d’ambiance Paris c’est la Creuse. C’est-à-dire qu’on se fait chier à Paris. Le son là-bas c’est bad taste à fond, c’est de la vieille house que vous ne pouvez même pas écouter sur vos iPod, mais voilà tout le monde est debout sur les tables. C’est démesuré et puis ce sont les femmes qui donnent le la, c’est le matriarcat festif. Elles sont à la fois soumises et elles dirigent. C’est fascinant. Les mecs essaient de suivre mais c’est fatigant. Après il y a aussi de la poésie parce qu’on parle de l’âme Russe, ça fait un peu cliché, mais c’est une réalité et on en parle beaucoup dans le film. On est resté là-bas une semaine, on a tourné sur cinq nuits et sincèrement je te le dis : Moscou n'est pas représentatif de la Russie comme Paris peut l'être de la France ou New York des Etats-Unis. Moscou c’est un microcosme, une ville conforme à son cliché, dans l’excès, le sexe, la drogue, le rock’n’roll. Là-bas les gens ne connaissent pas Lénine. Ça a l'air clean, mais c'est la mafia qui règne. Si tu travailles en presse écrite, pas de souci, mais si tu y vas avec une caméra c'est chaud. La veille ils te disent Ok pour filmer tel truc et non le lendemain après que tu as attendu des plombes dans le froid histoire de bien de bien te montrer le rapport de force entre eux et toi.

A des moments tu as eu peur ?
A un moment on filmait un talent scout, un mec incroyable, dans une bagnole. J’ai tourné la tête et vu un mec se faire enfermer dans un fourgon. A Moscou la violence n’est plus la même qu’il y a 5 ans. Avant les mecs se tiraient dessus la nuit. Aujourd’hui ce n’est plus le western, tu peux y aller tranquille, mais voilà tu assistes parfois à des trucs bizarres, un mec qui se fait enlever, tu ne sais pas qui c’est. Et puis il arrive que des mecs viennent te brancher, des Kazakhs je crois. Là, tu ne réponds pas. A Paris tu peux désamorcer le truc, parler au mec, mais là tu ne cherches pas. Parce que tu ne sais pas à qui tu as affaire. Tu ne connais pas les gens. Ce n’est pas marqué sur leurs gueules. Les femmes sont hyper belles, apprêtées, c'est la quatrième dimension (vraiment la ville où il y a les plus belles femmes du monde), mais les hommes ne ressemblent à rien. Donc tu ne sais pas à qui tu parles. Tu peux très bien parler à un garde du corps, à un chauffeur, à un mec blindé ou à un psychopathe.

Quelles sont les choses que vous vouliez faire et que vous n’avez pas pu faire ?
Filmer un bordel. Là-bas il y a un endroit unique au monde qui s’appelle le Bordeau. C’est un vrai bordel où des gens vont se faire plaisir.

Des français y vont ?
Il y en a oui car Moscou développe aussi une certaine forme de tourisme sexuel pour les français les plus riches.

Paris Dernière montre toujours un mélange de people et d’anonyme. Quels people as-tu débusqué pour ce Moscou Dernière ?
Beigbeder et Houellebecq ! Parce que c'était le lancement de la version russe de Au secours pardon (le dernier livre de Beigbeder - Nda) et comme Frédéric et Michel ont le même éditeur en Russie et qu’ils sont à tour de rôle les numéros 1 et 2 des ventes d’auteur français là-bas (d’après ce que disent les Russes), l’éditeur a aussi invité Houellebecq. Ils ont donc fait une conférence et ensuite Michel a suivi Frédéric dans sa nuit moscovite. Ça s’est un peu improvisé, on ne savait pas trop si Michel serait là et s'il allait accepter qu'on le filme. Surtout
les gens qui organisaient le dîner d'après conférence ne voulaient pas que je l’interview car il n’avait qu’une heure de battement. J’ai dit : "Vous avez raison, on ne va pas les déranger" mais comme je connais un peu Frédéric, je lui ai glissé : "On se la fait là ?". J’ai dit à Michel : "Ecoute, je fais Paris Dernière, si tu es ok pour l'interview c’est cool, si tu n’as pas envie ce n’est pas grave." Il se trouve qu’il était en grande forme (ce n’était pas leur premier passage en Russie, de leur propre aveu c’est un pays où ils se sentent aimés, pas comme en France) et l’interview a été un grand moment.


Houellebecq c’est quelqu’un que tu rêvais d’interviewer ?

Tout le monde a envie de l’interviewer, non ? Toi, non ?

Si mais je ne suis pas tout le monde !
Non, mais moi j’avais envie. Et puis je trouvais ça chic. Après les autres peoples que j'ai rencontrés sont des stars locales qui ne vous diront rien. Mais la star c'est surtout Moscou. J’ai vraiment voulu filmer la ville différemment pour qu’on voit qu’on était à Moscou et nul part ailleurs dans le monde, même si ça reste compliqué avec la mondialisation parce qu’aujourd’hui, dans certains milieux, rien ne ressemble plus à une boîte qu’une autre boite. C'était une forte contrainte en terme de réalisation.

Tu as le temps de profiter un peu des plaisirs que permettent les nuits que tu filmes ?
Non je marche à l’énergie, je ne peux pas picoler. A Moscou, si j'avais été bourré je n'aurais pas filmé. Je n’ai jamais autant jeté de verres qu’à Moscou. Je ne veux pas démystifier le truc parce que c’est bien de garder une part de mystère (et je me fous de ce qu’on peut penser de moi) mais voilà la réalité c’est que moi je pense plus à mes plans qu’à boire. J'aurais beau filmer une scène de cul, avoir une meuf qui écarte la chatte devant moi, je penserais à mon plan. Donc voilà, je ne peux pas être alcoolique avec cette émission. Parce que cette émission je la tourne 2 à 3 fois par semaine, qu'après je traite 10 heures de rush chez moi sur mon ordinateur et que lundi, mardi et mercredi je suis sur le montage. En plus de ça après il faut lire des bouquins, aller aux projos, voir des pièces. C’est un bon rythme, même si il n’y en a que 29 dans l’année.

Tu insistes beaucoup sur côté punk-galère qu’il y a eu à tourner ce Moscou Dernière. Il n’y a jamais d’obstacles quand tu tournes sur Paris ?
Si, ils sont justes différents. A Paris tu vas plutôt devoir faire face à ta caisse qui tombe en panne ou certaines personnes qui sont tellement défoncées quand tu débarques que tu ne peux pas leur parler. Parfois il peut même y avoir une certaine forme d’agressivité quand les gens commencent à être bourrés. Après deux heures du matin, dans des bars comme le Gibus ou à la Flèche d’or, tu peux te prendre quelques doigts dans la caméra et te faire un peu bousculer mais ce n’est jamais méchant. Et puis nous, on gère ça. Si on ne gérait pas ça pourrait déraper. Parce que les gens ont l’alcool triste à Paris. Alors on y va en désamorçant toute forme de violence, en étant le plus sympathique possible. Parce qu’on a aussi conscience que la nuit les gens ne pensent pas forcément ce qu’ils disent.

Les gens n’ont jamais de problème avec la caméra ?
Si, la lumière leur fait peur. Moi je suis obligé d’avoir cette lumière pour éclairer et certaines personnes se sentent agressées parce qu’elles croient que je les ai filmées. Maintenant, les seuls problèmes que j’ai eus c’est avec les paparazzi. Un jour un paparazzi m’a agressé parce qu’il pensait je le shootais alors que je faisais un plan large. C’est quand même un comble de se faire agresser par un paparazzi. Mais en général quand je tourne il y a un bon karma. Les gens connaissent l’émission, ils l’a trouvent sympa, tout se passe bien.

(Suite et fin.)

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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