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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 janvier 2008 7 13 /01 /janvier /2008 23:49
Cowboy après tout




"Le dernier PJ Harvey est mon
album de l'année"

"J'adore "Creep", d'où ma reprise"




En ce moment tout un pan de la chanson d’ici montre clairement son attachement à la culture folk et l’esthétique western. Je pense à Bashung et à la mise en image de sa tournée des Grands Espaces, à Claire Dit Terzi qui a fait la B.O. de Billy The Kid, à Chloé Mons qui a fait un disque sur Calamity Jane, à Florent Marchet qui a bâti son deuxième album sur l’évocation de Rio Baril, transposition dans l’imaginaire western de sa province natale. Qu’en pensez-vous ?

Eric : En 95, on a sorti Grand Public avec les Little Rabbits et pour moi c’était déjà un disque de cow-boy ! Il y a là nos influences anglo-saxonnes et ce vieux fantasme de musiciens français souhaitant jouer ce style de musique. Frederico était dans une démarche similaire quand il a composé les chansons de French Cowboy. Il ne recherchait pas une esthétique particulière, c’est venu comme ça, simplement.

Il parait qu’au départ les morceaux de French Cowboy étaient envisagés comme du folk à la Simon & Garfunkel. Au final on n’y est pas du tout…
Federico : A la base ces morceaux je voulais juste les faire guitare-voix avec Stéphane. On se disait même qu’on se contenterait de les graver et de les filer à nos potes. Je nous revois quelques jours après la fin des Rabbits. On mange ensemble et je lui dis : "Ecoute, j’ai 20 chansons, on pourrait les essayer comme ça, ça ne mangera pas de pain et ça nous donnera un coup de pied au cul." Voilà, c’était ça le truc Simon & Garfunkel. Mais comme après je l’ai fait avec Helena ça ne faisait pas du tout Simon & Garfunkel (rires) ! Ça illustre ce que je te disais tout à l’heure : Simon & Garfunkel à la française c’est forcément loin de Simon & Garfunkel. Ce n’est même pas que c’est revisité, c’est mal fait pour être plus juste !

La plupart des textes sont en anglais. Pourquoi ?
Federico : Parce que j’avais envie de rechanter. A la fin des Rabbits on avait pas mal essayé le français, parce qu’on était dans une dynamique de label qui essayait de nous faire marcher en France. Et moi plus je chantais en français et moins je chantais. J’aime bien chanter en italien. Enfin quand je dis chanter je veux dire faire des mélodies. J’aime bien le faire en anglais aussi. Mais j’ai plus de mal quand il s’agit du français. En français, je peux un peu chantonner, mais ce n’est pas pareil.

"La ballade de Baby Face Nelson" zieute vers celle de "Melody Nelson" ?
Federico : Au départ c’était une boutade. Comme je m’appelais Baby Face Nelson ça me faisait rire de dire : "Tu t’appelles comment ? Baby Face Nelson". Après le morceau rentre dans le lard, donc on n’est plus trop dans Melody Nelson. Mais c’est vrai que ça peut y faire penser. Et puis tant mieux : Gainsbourg n’était pas un gros naze !

C’était lui-même un cow-boy à la française.
Federico : Certainement. Et c’était le plus grand pompeur d’entre tous les pompeurs. Pour moi, au départ la plupart des chansons me font penser à d’autres chansons. Par exemple, quand on a commencé à faire "Leather Boots" on s’est lancé dans une intro à la Ride. De toute façon pour moi emprunter c’est toujours rendre à un moment. On n’est pas dans la triche.

L’album s’achève sur un superbe déluge de cuivres…
Eric : Oui, c’est un jeune mec d’origine mexicaine qui nous a fait ça à Tucson. Lui pour le coup ce n’est pas un cow-boy français et ça s’entend !

A quand remonte votre premier trip à Tucson ?
Federico : On enregistre là-bas avec Jim Waters depuis 95. Si je mets tous mes voyages bout à bout je dois être resté environ un an là-bas.
Eric : Au départ quand on allait là-bas il y avait encore du fric dans les maisons de disques donc on y restait carrément un mois pour enregistrer ! C’était vraiment cool. Maintenant on y va moins longtemps et pas tout le temps tous en même temps. Dernièrement Federico y est allé seul pour mixer l’album avec les trompettistes et le baryton.
Federico : A force d’y aller cette ville nous est devenue familière. On connaît beaucoup la scène de Tucson. A chaque fois qu’on y était tous on faisait au moins un concert et les gens se déplaçaient. Là-bas on est un peu une curiosité. En plus Eric y a monté un festival.
Eric : Oui c’était en novembre 2005. Il y avait 7 formations du coin pendant 15 jours. Que des allumés. On était une vingtaine sur la route. On aime bien les groupes de là-bas, ils ne sont pas signés chez nous, donc on les fait venir petit à petit, notamment Al Foul, un type qui devrait être la prochaine signature de notre label.

Quels groupes français écoutez-vous en ce moment ?
Federico : En français je ne sais plus si j’écoute grand-chose… En ce moment ce que j’écoute en boucle, c’est l’album solo de Thom Yorke. Je trouve qu’il est magnifique. Et j’écoute aussi beaucoup le dernier PJ Harvey. Il est magnifique. Il me touche vraiment à fond. On dirait qu’il dure 20 minutes ce disque. C’est très épuré. A priori elle avait plein de chansons mais elle n’a gardé que celles qui ne sonnaient pas comme du PJ Harvey et quand tu écoutes le disque tu te rends compte qu’elle chante à chaque fois différemment, qu’elle s’essaie à plein de choses, parce que justement elle a enlevé tout ce qui la caractérisait et dont elle avait peut-être marre. En plus prochainement elle a prévu de ne faire que 3 concerts donc j’ai l’impression qu’elle en a aussi marre des concerts et qu’elle est dans une espèce de période de doute. Les textes sont vachement troublants. C’est un disque, pas suicidaire, mais qui sent à fond la solitude et qui est magnifiquement beau. Je crois que ce sera mon album de l’année (rires) !
Eric : Moi, niveau français, il y a un groupe qui m’a bien plu c’est Da Brasilian. Ils sont de Saint-Lô et font une musique d’esprit folk. Il y a un bon vivier pop en Normandie. D’ailleurs récemment on a fait un festival là-bas. On a eu l’impression de revenir un peu à nos débuts parce qu’on a joué à deux heures du matin et toute la soirée on a vu défiler plein de gens qui nous on dit : "C’est vous qui nous avez donné vraiment envie de faire de la musique quand on vous a vu en 92". Aujourd’hui ces gens-là se revendiquent de l’esprit des Little Rabbits. Mais sans prétention.

Selon certains votre liberté de création a tout de même sacrément marqué la pop française des années 90. Certains vous considèrent même comme un groupe culte…
Federico : On n’a peut-être pas laissé une empreinte super appuyée mais on a été entendu donc ce serait con de se dire qu’on n’a eu aucun impact. Dans tous les cas c’est louable que des gens disent qu’on a laissé une trace. Je ne me rends juste pas trop compte quel genre de trace il s’agit.
Eric : Et puis je crois qu’on s’en fout un peu, on ne se pose pas ce genre de questions. C’est juste qu’on a quand même sorti 5-6 albums dans les années 90 et fait pas mal de concerts. Mais c’est sûr que tu te rends compte que tu as mis ta pierre à l’édifice quand des gens te disent qu’ils ont commencé à faire de la musique après t’avoir vu sur scène.
Federico : Et c’est vrai qu’on avait une espèce de liberté, on était un peu hors format, on ne vendait pas des milliards de disques mais on entendait quand même parler de nous à droite à gauche, parce que les gens s’amusaient à nos concerts, c’est peut-être ça qui a décomplexé les gens et qui leur a donné envie de faire de la musique à leur tour. Nous c’est pareil, des groupes nous ont donné envie de faire de la musique. Tout ça c’est des échanges en perpétuel mouvement.
Eric : Quand on a commencé à faire de la musique, on s’est un peu distribué les rôles au pif, excepté ceux qui savaient déjà gratouiller. On n’a pas grandit dans des familles de musiciens ou de producteurs, on n’a pas grandi dans un environnement…

Formateur et formaté ?
Eric : Voilà. C’est : tu vis à la campagne dans un tout petit bled, tu es entre copains et au bout d’un moment tu fais un truc donc c’est peut-être là que ça devient vachement singulier. On répétait du vendredi soir après le lycée jusqu’au dimanche soir avant d’y retourner. Quasi non stop ! Pendant plusieurs années. On a commencé à répéter en 88 et en 91 on sortait notre premier album sur une major. On avait vraiment la volonté de foncer tout droit en bande.
Federico : Oui on n’avait pas essayé d’autres groupes avant de se mettre ensemble. On a toujours marché ensemble tout droit… comme des havalina (rire) ! Donc oui, ça peut donner un sentiment de liberté particulier.

A propos de sentiment de liberté, Frederico peux-tu me parler de cette reprise de "Creep" que tu a mis sur le Myspace du groupe ? Cette vidéo est très décalée… est-ce un hommage, une critique ?
Federico : Ah non, je ne crois pas que ça puisse passer pour une critique. J’aime vachement cette chanson et en même temps je la trouve quasiment impossible à reprendre vu la façon sublime dont Thom Yorke la chante. C’est aussi pour ça que j’ai aimé la reprendre, parce que du coup tu es obligé d’en faire totalement autre chose. En fait, l’idée de cette reprise m’est venue une nuit et je l’ai réalisée en me réveillant au petit matin. L’idée c’était de la chanter avec deux voix différentes et donc d’avoir deux plans vidéos différents, un pour la vois grave, un pour la voix aigue. Et voilà, je l’ai mis en ligne parce que je trouvais le résultat assez beau.

Ta version de la chanson lui ôte tout dimension héroïque…
Federico : Radiohead l’interprète héroïquement mais ça n’empêche que cette chanson reste quand même méga dépressive, comme la plupart des chansons de Thom Yorke d’ailleurs.

Tu penses faire d’autres reprises en te filmant comme ça ?
Federico : Oui, possible. En fait je bosse beaucoup chez moi. J’ai souvent des idées dans le quotidien et j’aime bien les réaliser un quart d’heure après les avoir eues. Donc j’ai une caméra et un logiciel pour pouvoir aussitôt les faire en vidéo. En une heure le truc est fini, c’est pratique. Et comme je fais ça dans l’instant c’est souvent des auto-filmages parce que je suis la seule personne que j’ai sous la main à ce moment-là.
Eric : Je t’invite à aller voir un blog que Federico a animé tout l’été sur un magazine gratuit de Nantes qui s’appelle Kostar. De la même manière désossée qu’il a repris "Creep", il a repris Amy Winehouse.
Federico : C’est en lien sur notre Myspace.


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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