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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 12:02
Built to resist




"Nazis et fascistes ont cassé la langue allemande"

"Nous cherchons à faire tomber les majors"



Vous avez très trop été marqué par le dadaïsme. Peut-on faire du rock lorsqu’on est dadaïste ? Je veux dire : hier comme aujourd’hui, diriez-vous que vous faites du rock ?

Ma rencontre avec la musique remonte au début des années 80. J’ai grandi durant l’âge d’or du disque et du rock progressif. Il y a quelques disques que j’adorais à cette époque que j’aime toujours aujourd’hui.

Par exemple ?
La première période des Rolling Stones (Aftermath, Beggars Banquet, Let It Bleed), le Velvet Underground aussi bien sûr : ça peut sembler un peu convenu mais c’est ce que j’écoutais à l’époque, en plus des groupes allemands comme Neu, Can, Kraftwerk…

C’est étrange parce que les groupes allemands connus à l’international (ceux que vous citez en tout cas) sont des groupes qui, contrairement à vous, ne chantent pas en allemand. La langue allemande est-elle un obstacle pour un musicien ?
Non, la langue allemande n’est pas un obstacle, l’histoire allemande est un obstacle. Toute langue peut être chantée. Avant le IIIe Reich, il y avait une incroyable tradition de chants allemands mais les nazis et les fascistes l’ont cassé.

Pour vous est-ce donc important de chanter en allemand et pas en anglais ?
Quand j’ai commencé Neubauten je ne parlais pas d’autres langues que l’allemand donc je n’avais pas le choix. Mais même si je l’avais eu, je n’aurai probablement pas voulu faire autrement. C’est une question d’authenticité. Pour moi il a toujours été question de m’exprimer avec ce qui m’entourait, et ça valait pour la langue comme pour les instruments. Mais ce n’est qu’une façon de faire. Par exemple, Youssou N’Dour peut chanter en anglais et garder son âme. Très bien. Car c’est cela qui compte : l’âme.

Sur votre site j’ai vu que les paroles de votre dernier album étaient traduites en anglais. C’est important pour vous que le maximum de gens puisse comprendre vos textes ?
Oui, vraiment. Les langues de nos deux pays (la France et l’Allemagne) sont peu représentées à l’international. Et je ne considère pas Rammstein soit un groupe qui chante vraiment en allemand. Parce qu’avec tous ses "Rrrrra", Rammstein reproduit vraiment les préjugés qu’on a à l’encontre de la langue allemande. Ça me désole. Ça me rappelle ces acteurs juifs qui étaient contraints de quitter l’Allemagne et qui arrivaient à Hollywood où on leur proposait de jouer des nazis. Rammstein c’est pareil. Je ne veux pas soutenir ça. Le seul groupe connu internationalement et qui chante en allemand, c’est nous, Einsturzende Neubauten. D’ailleurs j’espère que notre musique va être reçue de la même manière que quelqu’un qui ne parle pas français peut aimer Serge Gainsbourg. Melody Nelson est l’un des plus grands albums que je n’ai jamais écouté, je trouve ça fantastique, pourtant je ne parle pas français. Je me dis juste : "Mince, j’aurais du apprendre le français à l’école." Voilà le type de réactions que j’aimerais susciter, que les gens se disent en écoutant Neubauten : "Merde, j’aurais du apprendre l’allemand à l’école." Si je suscite ça, j’aurais atteint mon but ultime. Il faut quand même se rendre compte combien Serge Gainsbourg a été un formidable passeur entre la France et l’international. "Je t’aime, moi non plus" avait beau être en français, ça été un hit mondial. Et même maintenant, 30 ans plus tard, les gens se réfèrent encore aux morceaux que Gainsbourg a écrits. Donc, oui, les paroles sont importantes. Elles ont un pouvoir.

Pour vous les mots sont d’autant plus importants qu’en marge de Neubauten vous écrivez d’autres textes, des poèmes il me semble…
J’écris des textes mais je ne pense pas que cela fasse de moi un poète.

S’il existe, quel est le lien pour vous entre rock et poésie ?
Je n’écris pas de la poésie, j’écris de la musique rock. Tout ce que j’écris, je l’écris pour chanter. Un jour j’ai discuté avec un poète et il m’a dit qu’il serait très heureux d’être dans ma position car il saurait pourquoi il écrit ce qu’il écrit. Je sais toujours pourquoi j’écris quelque chose : je l’écris parce que je veux le chanter, c’est ça la différence entre le rock et la poésie. Mes mots n’essaient pas d’habiter une page blanche ou de former un livre. J’aime la poésie, ce n’est pas le problème, mais je ne me considère pas comme un poète car je ne me focalise sur le strict travail du langage, ce qui implique d’autres contraintes, d’autres aspirations et d’autres critères de jugements. Je suis prêt à être jugé selon des critères musicaux, selon des critères musicaux ce que je fais est bon, mais si je m’aventure sur le terrain de la poésie je serai jugé selon d’autres critères et je me sentirais mal à l’aise.

Les critiques considèrent votre musique comme de l’avant-garde…
C’est ce qu’ils disent. "My army hide too much in the shadows."

Une partie d’entre elle considère aussi Radiohead comme un groupe d’avant-garde. Vous connaissez ?
Non, je n’ai entendu aucun de leurs disques.

Pas même Ok Computer ?
Je ne pense pas que cela m’intéresserait. Vraiment. J’essaie de me tenir au courant de la musique populaire promu par l’industrie du disque mais, même si je t’ai déjà fait part que mon bagage musical prenait initialement sa source dans des groupes de pop, je pense que Neubauten a très peu à voir avec la musique populaire. Pour Alles Wieder Offen, je ferai quatre podcasts pour aborder quelques thèmes-clés qui expliqueront comment Neubauten est devenu ce qu’il est aujourd’hui. Ce sera un peu comme des émissions de radio destinées à un public un peu spécial. Mais je peux absolument et légitimement te dire que RIEN dans la pop musique d’aujourd’hui n’a quelque chose à voir avec ce que je suis en train de faire. Je vais le dire autrement parce que je ne peux pas parler au nom des autres membres du groupe. Peut-être qu’ils en ont dans le ciboulot, peut-être qu’ils exercent une influence sur ce que je fais, je ne sais pas, mais pour moi ce qu’a fait ou ce que fait Radiohead n’a aucune espèce d’importance. Je n’ai jamais écouté Radiohead, je n’ai jamais écouté Coldplay. Tu peux tous les citer, je n’en ai écouté aucun. Mais si tu plonges dans des sphères plus obscures, là j’ai écouté.

Un album comme OK Computer véhicule une noirceur et un sentiment de paranoïa non négligeable…
Ce n’est pas obscur, c’est signé sur une major. Ce qui est signé sur une major ne peut pas être obscur. Quelqu’un qui met un morceau en ligne sur Myspace, ça c’est obscur. Le CD n’a pas d’avenir, de même que les matériels qui l’ont précédé. Ils vont tous disparaître. Si on se revoir dans deux ans, le CD qui est là sur cette table sera devenu une pièce de musée. Et c’est très bien : question musique cela aura mis tout le monde sur un pied d’égalité. Il n’y aura plus de différences entre quelqu’un qui sort sa musique via Myspace et le groupe qui la sort via une major. Il n’y aura de différence qu’en terme de publicité.

C’est pour ça que vous êtes tant intéressé par Internet et que vous comptez beaucoup sur le site que Neubauten y a ouvert en 2002 ?
Oui, aujourd’hui c’est cela qui m’intéresse. On travaille sur une plateforme qui permettra bientôt de mieux utiliser les ressources de l’Internet et donc de concurrencer sérieusement le système de distribution et de consommation qui a encore la main mise sur la musique. Nous cherchons actuellement à faire tomber les majors.



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Tom 19/05/2008 16:53

Jolie interview. A propos de l'origine de mot Dada. Mon histoire (urban
legend) préférée est celle où Vladimir Ilyich Lenin alors en exil a Zurich visite le cabaret-performance de Tsara (Cabaret Voltaire) et fou de
joie il applaudi en criant : “Da! Da!, Da!” (Oui, oui, oui en Russe).

olivier 06/01/2008 11:40

Oui Radiohead expérimente! Sans doute même connaissent-ils beaucoup de musiques expérimentales et cela se sent dans leur musique. On m'a fait écouter un travail solo complètement "concret" de ed O'Brien (je crois) et c'était étonnant. Très raffiné.
Mais Radiohead ne fait pas de musique expérimentale. Radiohead fait de la pop. Ils restent dans un format. Et on est très loin des "excès" de la musique expé. Disons que c'est un très bon passeur entre deux mondes d'ailleurs pas si hermétiques.
Sous ma plume ce n'est pas péjoratif de dire que Radiohead est pop. Si 'Creep' me sort par les trous de nez, je le redis il y a beaucoup de très bonnes choses chez Radiohead. Ils sont doute même un aiguillon pour la pop comme ont pu l'être les Beatles qui eux aussi incorporaient des éléments expé dans leur musique (cf Album blanc notamment). Et surtout je ne peux que les soutenir dans leur démarche notamment vis à vis des maisons de disques.

Bon j'arrête je suis trop bavard et je me perd en considérations. @+

no 05/01/2008 21:36

Retrouver EN des années plus tard, ça fait du bien. Chouette interview. Bravo
Sur le fond, je veux bien comprendre que Blixa Bargeld ne veut rien avoir à faire avec Radiohead. Qu'on se souvienne d'où vient ce groupe. Franchement "Creep" c'est un peu une vrai bouse. Et si le reste de ce qu'a fait le groupe est attachant (voire bon, surtout le travail solo de Yorke)) cela reste en deça de ce qui se fait en musique expérimentale, musique expérimntale d'où vient EN. C'est un humble avis, mais EN est davantage dans une tradition dada (typique de l'Allemagne du début des 80's), anarchiste voire futuriste (Russolo) que dans celle de la pop. A l'époque quand on évoquait EN, on pensait mur de Berlin et réafirmation de la langue allemande (d'ailleurs ça aussi c'est typique des années 80). Ceci dit, je comprends ton insistance lors de l'interview, on sent une mauvaise foi terrible. Mais c'est aussi ça Dada, non?.

Sylvain Fesson 06/01/2008 01:11

Salut Olivier,Merci pour ce long, touffu et pertinent commentaire d'amateur de Neubauten. Je peux comprendre que pour un aficionados de musique expérimentales (comme tu sembles l'être) une chanson comme "Creep" puisse faire office de "vraie bouse" comme tu le dis. Mais quelque part je ne suis pas totalement d'accord avec toi sur le fond. Cette chanson est intéressante pour de nombreuses raisons, la première étant justement due au fait qu'elle est devenu un standard-emo rock, un cliché, un moule. Une bouse, si tu veux ! Bref. On est d'accord, les Dadas de Neubauten se chauffent d'un autre bois. Mais Radiohead n'a-t-il pas petit à petit quitté son pré carré bouseux de groupe pop-rock "de bas étages" pour se hisser vers des contrées plus expérimentales et avant gardistes ? Ne sont-ils pas aujourd'hui "indépendants" des majors comme l'est Neubauten ? Ils ne sont pas nés Dadas comme Neubauten qui a consolidé cette nature-là mais ils se sont déplacés sur un terrain qui s'en rapproche un peu et cet effort de mutation est, je trouve, plus que louable. Bien sûr, la mauvaise foi de Blixa n'a pas envie de discuter de cela, ce serait pinailler blablabbla, ce que je comprends venant d'un type comme lui.

eric [lonah] 03/01/2008 21:54

"Nous cherchons actuellement à faire tomber les majors."Mon chat et moi portons un toast.

Sylvain Fesson 06/01/2008 01:01

Santé à toi et ton minou (si tu me permets l'expression) !

dragibus 28/12/2007 13:32

difficile d\\\\\\\\\\\\\\\'imaginer de passer à côté de Radiohead, non pas parce que ce serait un groupe majeur blabla mais à cause de leur omniprésence dans les medias .......
en tout cas on sent une présence importante de ton interlocuteur ce qui n\\\\\\\\\\\\\\\'est pas tout le temps le cas lors d\\\\\\\\\\\\\\\'interview de groupes ou de chanteurs

Sylvain Fesson 28/12/2007 14:04

A mon humble avis l'omniprésence médiatique de Radiohead n'est qu'une conséquence de leur talent musical etcetera qui fait d'eux un groupe majeur donc voilà pourquoi il est difficile de passer à côté, à mon humble avis. Pour ce qui est de Blixa de Neubauten, content que tu le sentes bien présent via cet entretien car présent voire impressionnant il l'était assez quand je l'ai rencontré !