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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 09:58
Blues sangs mêlés



"certaines chansons religieuses sont vraiment puissantes"

"Je prépare un film, une tentative pour pénétrer l’esprit des femmes"





Que ce soit dans Shangri-La ou Ecclesiastes 1.11, les textes ou les chœurs sont souvent chantés par des femmes. Est-ce un plaisir particulier pour toi de les faire interpréter par des femmes ? Cela donne des climats de dualité homme-femme, des ambiances parfois proches de celles de Leonard Cohen sur I’m your man
Oui, je suis d’accord avec ça. Parce qu’on parle là de sentiments qui sont au-delà de la culture et c’est difficile de bien mêler les voix féminines et masculines sans tomber dans quelque chose de trop bateau. Mais c’est vrai que c’est un des atouts des disques de Wraygunn, c’est que nous avons
vraiment de belles voix féminines qui se marient bien entre elles. Nous n’avions pas prévu de les mettre autant en avant sur ce disque mais elles se sont imposées d’elles-mêmes parce que quoiqu’elles faisaient ça servaient les chansons. Elles ont ainsi pris une d’importance dans le groupe qu’elles n’avaient pas au départ et c’est super de vivre et d’observer cette évolution naturelle du groupe.

Cette manière de faire chanter les femmes me fait penser à Lee Hazelwood. Il est un peu l'initiateur de ce genre de choses. On se rappelle bien évidemment du célèbre "These boots are made for walking" chanté par Nancy Sinatra. On retrouve un peu de cet état d’esprit dans les chansons de Wraygunn…
J’aimerais car Lee Hazelwood était un grand songwriter !

On retrouve aussi un peu de l’état d’esprit de Gainsbourg qui était friand de cet exercice. D’ailleurs on peut facilement faire un parallèle entre "Les sucettes à l’anis" et "These boots are made for walking"…
Oui. Ces références sont extrêmement importantes pour moi. Et c’est vrai que j’essaie de faire un peu ça à ma manière. Par exemple, j’aime vraiment la chanson "Love is my new drug" parce qu’il y a là des mots que d’ordinaire une femme ne dirait pas, des mots qui sonneraient stupidement macho si c’était moi qui les chantait. A l’inverse, c’est moi qui chante "Hoola hoop woman", une chanson très cool et féminine écrite par Raquel et du coup elle sonne moins mélo que si elle l’avait elle-même chantée. C’est donc bien de jouer temps en temps avec les sentiments et les genres pour générer de l’ambiguïté et une plus grande subtilité.

"Love letters from a muthafucka" m’a fait précisément penser à Gainsbourg, lui qui chantait sur "L’amour est sans issue" sur "Je t’aime, moi non plus". C’est un peu ça le sujet de cette chanson ? "Love will tear us apart" ?

Oui, c’est une chanson sur les différentes attentes que les hommes et les femmes peuvent avoir, le fait qu’elles peuvent coïncider, que dans ce cas ça peut-être cool, mais qu’elles peuvent aussi totalement diverger et là c’est plus dur.

Le rock et la religion t’intéressent. C’est quoi le lien entre les deux ?
Pour moi c’est le fait que je suis fan de gospel et de quelques chansons religieuses que je trouve vraiment puissantes. Je pense qu’il y a autant d’énergie dans la religion que dans le paganisme ou d’autres choses plus physiques. Dans ce disque, je pense que la seule référence faite à la religion est dans la chanson "No more, my Lord", une chanson traditionnelle des années 30. En fait, Selma, la chanteuse qui a le groupe il y a trois ans chante dans une chorale gospel, donc nous sommes aussi influencé par ça. Elle est très croyante et c’est bien que nous puissions être ensemble et nous amuser. Ça montre qu’on peut être très croyant sans pour autant être coincé. Moi, tu vois, je ne crois pas en Dieu, je pense que lorsqu’on meurt on meurt et voilà…

"I won’t go to heaven and I won’t go straight to hell" chantes-tu sur "Just a gambling man"...
Oui, si l’enfer existe il y a 1% de chance que j’y aille. Donc voilà dans le groupe chacun respecte les actes et les idées de chacun, on est vraiment comme une famille et ça met une ambiance super agréable dans le van, une ambiance que je n’ai jamais eu avant.

A propos de religion, je repense au "a-wop-bop-a-loo-lop-a-lop-bam-boo" de Little Richards. Parce que dans son livre intitulé Lipstick Traces le rock-critic Greil Marcus s’est lui aussi penché sur la glossolalie de "Tutti Frutti" et il dit que celle-ci trouve ses origines des milliers d’années plus tôt dans les chants gnostiques qui on traversé le temps pour se retrouver dans les églises pentecôtistes et donc quelques années plus tard dans le rock. Que penses-tu de ce lien qu’il tisse entre rock et religion ?
Ça me parle. Je suis tenté de dire que j’approuve cette interprétation des choses mais encore une fois c’est une règle que de dire ça et pour moi il n’y a pas de règles.

En marge de Wraygunn, tu joues en solo sous le nom de The Legendary Tigerman. Pourquoi ?

C’est une question de complémentarité. Ça me permet d’explorer la musique et la scène d’une toute autre manière. J’y mets toutes les choses qui ne rentrent pas dans le cadre du groupe, ce qui incluse des photos et des courts-métrages que je diffuse derrière moi sur scène. D’ailleurs, en parlant de film, l’année prochaine je vais tourner mon premier long métrage. Là je suis en train de finir le script. Ce film parlera des femmes, comme mes courts métrages (rires) !

Tu as déjà le titre ?
Femina. Ce sera un film voyeur, une tentative masculine de pénétrer dans l’esprit des femmes pour essayer de comprendre leurs réactions, la manière dont elles font face aux choses qui leurs arrivent.

As-tu vu le dernier Tarantino ?
Oui, totalement girl power !

Je me disais : tu bricoles ton rock comme lui a bricolé le genre Grindhouse.
Oui, je vois ce que tu veux dire, ses films sont eux aussi plein de références, qu’il cite et remixe. Donc oui, en tant que musicien, je me sens proche de cette façon de faire. Eh puis c’est un très bon film !

En parlant de référence, les gens te comparent régulièrement à Nick Cave…
Oui, on m’a comparé à lui à l’époque de Ecclesiastes 1.11, de même qu’à Marc Almond, Suicide et John Spencer. J’aime ces références donc ça va, je pense juste que ce que je fais en solo est assez personnel, pareil pour Wraygunn. On a quelque chose de particulier, après je ne sais pas si c’est bien ou pas, mais c’est vraiment nous. Nous écoutons sûrement les mêmes choses que Nick Cave ou John Spencer, mais notre musique sonne différemment…

Car vous n’êtes pas américains ?
Oui, c’est très important. Mais je ne dirais pas que nous sommes un groupe portugais parce que ça n’évoquerait rien de précis dans l’esprit des gens et qu’il n’y a pas de groupe portugais connu jouant le même genre de rock que nous. Je nous définie plutôt comme un groupe totalement européen par cette manière qu’on a de recycler les racines musicales américaines. Si on était américain, on jouerait d’une toute autre manière et peut-être que ce serait moins intéressant parce que quand tu es aux Etats-Unis, tu subis un peu le joug de la culture, par exemple si tu fais du rock tu dois sonner comme ci et pas comme ça, alors que lorsque tu es étranger à cette culture tu peux en faire ce que tu veux, tu peux métisser les genres. Notre style majeur reste le rock’n’roll, mais nous sommes donc influencés d’autres choses.

Ton film, Femina, sortira en France ?
Oui, d’ailleurs je sortirais tout d’abord la B.O. que je jouerai live avec les images du film derrière moi. Au final, je serai donc en tournée avec le film, ce qui est une nouvelle manière de présenter un film. Au Portugal, comme partout dans le monde, les gens ne vont plus au cinéma comme avant. Voir un film dans les années 50 c’était comme aller à un concert : une expérience formidable. Je ne veux donc pas juste présenter ce film sur grand écran comme les autres films, je veux que ce soit une expérience d’un autre genre, que le voir soit à chaque fois une expérience unique, que ce soit une expérience qui aille encore plus vers les gens.

Tu es donc très occupé avec tout ça !
Oui, j’essaie de m’occuper ! C’est la meilleure façon d’être que j’ai trouvé.


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Miléna 07/12/2007 00:54

Merci pour cette interview !
L'info sur le film, c'est vraiment terrible, déjà rien que quand on regarde les pochettes de diques du Legendary Tiger Man, j'ose même pas imaginer le film...
Sinon c'est chouette j'apprend que j'ai la même vision de la religion que Paulo.
Je leur avais laissé un petit mot sur leur myspace après l'annulation du concert, ils m'ont répondu très sympathiquement, donc l'ambiance de l'interview devait être cool j'imagine...
encore merci !

Sylvain Fesson 07/12/2007 17:01

C'est vrai que ça laisse présager d'un film assez fort et personnel quand on connait la musique de Legendary Tigerman et la qualité de ses courts métrages.
L'interview avec Paulo était cool et simple, c'est quelqu'un de timide et posé quand il n'est pas sur scène !
A+