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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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3 décembre 2007 1 03 /12 /décembre /2007 11:22
Blues sangs mêlés

Le 29 novembre au Nouveau Casino il devait avoir du païen sur les planches. Il devait y avoir Wraygunn. Un groupe qui pour se faire un nom a choisi de marier l’inventeur de la fuzz, le guitariste Link Wray, au héro d’une série américaine des fifties, le détective privé Peter Gunn. Sept portugais bien portés sur les racines de la culture US, blues en tête. Un cirque gospel rock où se mélange hommes, femmes, croyants, mécréants, noirs, blancs. Un beau bordel emmené par le charismatique Paulo Furtado, alias The Legendary Tigerman en solo.

Mais le concert a été annulé à la suite d’un problème de santé du batteur. Ainsi on devra patienter début 2008 pour voir comment le timide Paulo qui nous fait face aujourd’hui peut partir en vrille en live au point de finir "torse nu sous le bar, léchant les bottes de la barmaid", comme le rapporte Télérama. En attendant, c’est Parlhot qui tente ici même et sans une once d’alcool de délier tant que possible la langue du rocker portugais. Au menu : Shangri-La, deuxième album du groupe, un beau prétexte pour parler d’amour, de rock, de religion, de Nick Cave, de Suicide, de John Spencer, des Trashmen, de Lee Hazelwood, de Leonard Cohen, de Gainsbourg et de Tarantino. Go !




"Il y a autant de conception du paradis qu’il y a d’hommes sur terre"

"Faire du rock’n’roll c’est n’obéir à aucune règle"






Bonjour Paulo, je peux te tutoyer ?

Oui, on peut se dire "tu" bien sûr !

Peut-on dire de Shangri-La qu’il est un album sur l’amour ?
En un sens, oui, mais c’est toujours le cas chez Wraygunn. Parce qu’on parle toujours de la vie, même quand on parle des petites choses qui nous arrivent en tant qu’individu. Pour cet album, on s’est vraiment retrouvé en tant que groupe en nous retranchant pendant dix jours on dans une maison située dans les montagnes du Portugal. C’est là qu’on a composé la plupart des chansons de l’album. Certaines sont venues avant, d’autres après, mais le son de l’album et la façon dont il se déroule vient pour beaucoup de ces dix jours passés à l’écart du monde et de nos vies privées. Et c’est une des raisons pour lesquelles on a appelé cet album Shangri-La.

C’est quoi Shangri-La ?
Chacun l’interprète comme il veut. Pour moi ça désigne la quête d’un paradis perdu. On voudrait trouver cet endroit parfait mais malheureusement ce genre de quête est condamné à n’être qu’une perte de temps parce qu’en fait chacun de nous porte son paradis en lui. Il y a autant de conception du paradis qu’il y a d’hommes sur terre. On s’est isolé dans les montagnes pour essayer d’appliquer cette mentalité à l’échelle du groupe.

Shangri-La a-t-il été crée en réaction à Ecclesiastes 1.11, votre précédent album où vous aviez collaboré avec une chorale, un claviériste, où vous apparaissiez comme une sorte de collectif, où la musique était plus gospel ?
En un sens, oui. Car sur ce nouvel album il n’y a pas de collaborateurs extérieurs. Chacun a même joué de plusieurs instruments, le batteur des claviers sur certaines chansons, le claviériste de la guitare sur d’autres chansons. Ce disque a beau ne pas sonner old school, il a été fait de manière old school. Tout ou presque a été enregistré live en studio donc ce disque est plus simple et direct que le précédent album, qui était plus complexe, avec plus d’arrangements.

Qu’en est-il des textes ?
On aime que les mots disent quelque chose même s’ils expriment seulement une sensation comme c’est le cas dans "Hoola-hoop woman", qui est une chanson sur une fille croisée dans la rue. Quelque chose de bref. Dix secondes à peine. On écrit donc de manière très spontanée, naturelle.

La plupart des textes de ce disque parlent de sexe, non ?
Non. Je ne pense pas. "Ain’t it nice" ne parle pas de sexe…

Mais de sensations fortes.…
Oui. Et "Love is my new drug" ne parle pas de sexe mais d’amour. "She’s a go go dancer" parle de sexe. "Love letters from a muthafucka" parle de rapports hommes-femmes. "Everything’s gonna be ok" ne parle pas de sexe… Donc non, tous les textes ne parlent pas de sexe, mais de toutes ces choses simples qui arrivent dans ta vie et le sexe en fait parti. Ce disque aurait d’ailleurs du plus parler de sexe. Il y avait plus de sexe dans notre précédent disque !

Alors qu'il s’intitule Ecclesiastes 1.11 et que sur la pochette tu as l’air…
D’un prêtre, oui.

Voire d’un Antéchrist. On ne sait pas trop. Sur cette photo j'ai l'impression que tu es en train de basculer du côté obscur de la force…
Il y a de ça. Je suis photographié dans un environnement habité par plein d’énergie et j’aime l’ambiguïté qui se dégage de la manière dont je suis représenté. Parce que personne n’est ni tout noir ni tout blanc, au contraire, nous nous situons tous plutôt dans les teintes de gris.


Tes textes parlent le plus souvent de feelings primaires. Penses-tu que pour faire du rock’n’roll il faille parler de thèmes basiques et bannir ceux qui sont plus cérébraux ?

Non, je ne pense pas. Ma règle c’est qu’il n’y a pas de règle. J’aime beaucoup de chansons qui sont cérébrales et d’autres qui le sont moins, où il y a à peine une phrase. Ma chanson préférée est une chanson des Trashmen, celle où ils chantent "papa oom mow mow", ça sonne, ça me touche, c’est parfait.

Comme le "a-wop-bop-a-loo-lop-a-lop-bam-boo" de Little Richards sur "Tutti Frutti" ! Ca me rappelle ce que le rock-critic Nik Cohn a écrit à ce sujet. Il a dit que ces onomatopées de Little Richards incarnaient le geste libérateur du rock qui consiste à désarticuler la langue et qu’il ne s’agirait plus de rock’n’roll si quelqu’un se mettait à raconter des histoires plus subtiles que "je te veux" ou "laisse-moi tranquille" car "le rock’n’roll n’a rien à dire, à part du bruit divin à faire". Qu’en penses-tu ?
Je ne suis pas d’accord. Faire du rock’n’roll c’est n’obéir à aucune règle quelqu’elle soit. C’est pourquoi la musique de Nick Cave c’est encore du rock’n’roll alors qu’il traite parfois sur de thèmes très sophistiqués. Aujourd’hui le néo-punk rock est très simple, ça ne parle de rien de bien intéressant, je ne me sens pas affilier à ce rock-là, mais il est sans doute tout aussi légitime que le mien. Pour moi il n’y a donc pas de règles en matière de rock, si ce n’est que tes chansons doivent te toucher et toucher les gens. S’il n’y a pas cette alchimie alors ce n’est pas du rock’n’roll parce que le rock’n’roll c’est une question de feeling. Le rock doit sonner live. L’esprit du rock’n’roll c’est avant tout le live, un moment très physique où tu te dois d’être vraiment dans le show, il faut que tu sentes, que tu vois, que tu touches pour créer une vraie interaction avec le public. Pour moi et Wraygunn, c’est la chose la plus importante et, encore une fois, il n’y a ni règle ni recette pour faire rentrer le public dans le show. Je prête donc peu attention au fait qu’on me dise que je fais du rock’n’roll, du rock’n’soul ou du soul’n’roll.


(Suite et fin.)

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

louca 04/12/2007 20:01

Encore abasourdi, hébété, prêt à commettre un acte de violence gratuite (et peu risqué) sur le chat de Mme Da Sylva (mon adorable concierge), j'errais, âme en peine, moral en berne.Et la divine "Parlhot" se fit entendre.  Les eaux se retirèrent, les petits païens furent multipliés, les  simples  d'esprit  et moi  retrouvâmes  le sourire! Les carnets de correspondance du petit Paulo et de ses camarades comportaient un mot d'excuse de leurs parents, la classe de rock à Paris n'était que reportée... .Que notre intrépide accoucheur d'onomatopées alcoolisées soit loué.  Longues soirées à lui... .louca.

Sylvain Fesson 05/12/2007 10:56

Salut Louca !Quel commentaire soudain et pittoresque ;-)Se connait-on ?Qui est Madame Da Silva ?Comment va son chat ?Ton désespoir de ne pouvoir voir Wraygunn sur scène a-t-il trouvé apaisement ?As-tu vu ? Parlhot te propose de nouvelles paroles de Paulo !A+Sylvain