Mercredi 26 septembre 2007
Digital performer



Entre Syd Matters et M83, mon cœur balance. L’un est apollinien, l’autre plus dionysiaque, le premier plus folk, le second plus hard, mais tous deux partagent un peu les mêmes références indé 90's et un goût prononcé pour le rock 70’s. Deux pôles qui se rejoignent à merveille dans leurs compos hybrides où les termes rock et électro perdent leur sens. Je vous ai dernièrement parlé de Jonathan Morali. Place cette fois à Anthony Gonzales.




L’antibois a sorti au début du mois une collection de plages ambiantes "élégiaque, lunaires et exaltées" intitulé Digital Shades Volume 1. Comme son nom l’indique, ce disque est le premier venu d’une longue série. L’idée ? Y développer strictement des morceaux qui reflètent son amour pour "le krautrock et Brian Eno". A écouter "Sister Part 2", "Coloring The Void", "Dancing Mountains" en ligne sur son Myspace, mission accomplie : on plane. (Conformément au titre-concept de cette "série", le disque est avant tout disponible dans le monde sous la forme "d’album digital" via les plateformes de téléchargement, ne sortant en vinyle et en CD qu’en éditions très limitées, histoire qu’on s’habitue doucement à la mort certaine de ce support.) Mais à l’instar de Heartbeat Detektor, la B.O. que Syd Matters vient de signer pour La question humaine, Digital Shades vol. 1 n’est qu’un amuse-gueule. Une piqûre de rappel. A son tour, M83 nous donne d’ores et déjà rendez-vous en janvier prochain pour découvrir le successeur du gargantuesque Before the Dawn Heals Us. En février sortira aussi le deuxième album de Sébastien Schuller. Musicalement parlant, 2008 démarrera donc sous les meilleurs auspices. On reparlera ici de l’auteur d’Happiness. En attendant, c’est M83 qui est à l’honneur, je vous propose donc un flashback dont j’ai le secret et vous invite à lire les lignes qui suivent pour en savoir plus sur M83, sa vie, son œuvre, son trip choucroute…


Flashback. Nous sommes en janvier 2005. M83, alias Anthony Gonzales, alors séparé de l’acolyte avec qui il avait sorti deux albums (l’éponyme M83 en 2001 et Dead Cities, Red Seas & Lost Ghosts en 2003) crée la sensation avec Before The Dawn Heals Us. Un album aussi ambitieux qu’immédiat. Un opéra électro-prog-rock qui abat rêveries et coups de sang cosmiques avec la puissance de feu d’une rave. Une grosse sensation. Abasourdis, Technikart, Les Inrocks et Libé célèbrent l’enfant prodige comme un héritier de Mogwaï et My Bloody Valentine capable de conquérir l’Angleterre et les Etats-Unis. Ok. Mais en voyant au-delà de son goût pour les ambiances planantes qu’il assouvit aujourd’hui dans Digital Shades vol.1 et plus loin que le bout de son nez, cette même presse aurait pu également qualifier M83 de croisement entre les Daft, les Chemical Brothers et le bon vieux hard des années 80, et faire de lui un héro post-French Touch, si vous voyez ce que je veux dire. Ç’aurait été bien vu. Mais Anthony ne porte pas de croix tape à l’œil et les images qu’il génère font plus rêver dans les chaumières que briller sur les dance-floor. Pour tout dire c’est même un jeune homme timide que je rencontre trois mois plus tard. Un type fan de rock, de films, de foot et de manga. Ordinaire en apparence.



"si j’avais le budget, je ferais un truc dix fois plus grandiloquent"

"J’aime l’idée de donner une image surnaturelle à la musique"





Anthony, tu marches bien dans les pays anglo-saxons. Il semble même que tu marches mieux là-bas qu’en France. Comment te l’expliques-tu ?

Comme l’univers de M83 fait référence a pas mal de groupes américains et anglais, ils sont déjà plus aptes à apprécier ce que je fais. C’est-à-dire une musique qui renvoie à des choses des années 90 comme My Bloody Valentine, Slowdive, mais aussi des années 70 et 80. C’est un mélange. Après, je pense que c’est une musique qui peut paraître un peu plus fraîche que d’autres trucs qui sortent là-bas. Enfin, ce "succès", je ne l’explique pas vraiment en fait !

Le son puissant et spacieux de tes morceaux semble bien se prêter à la scène...
Oui et je pense que ce qui est intéressant dans un concert c’est justement d’amener quelque chose de différent par rapport au disque, de donner une autre image de la musique. Sur scène, on est plus brute que sur disque. Les guitares sont mises en avant (celle de Philippe Tiphaine, ex-Heliogabale, de même que la basse de Stéphane Bouvier, ex-Purr, Nda). Sur l’album, il y a énormément de pistes. C’est tellement chargé qu’il faudrait qu’on soit 20 sur scène pour pouvoir le retranscrire fidèlement. Sur scène, à quatre on joue donc plus rock mais le show est écrit à l’avance. On ne peut pas improviser car le batteur (Loïc Maurin, Nda) joue avec des séquences. Il n’y a qu’une ou deux chansons où ce n’est pas le cas et où on peut vraiment se lâcher.

Continuer M83 en solo t’a-t-il justement permis de poursuivre une direction qui t’était plus personnelle, de moins te censurer par rapport au son ?
Je crois que j’ai vraiment besoin de composer seul. Ça m’est naturel. Donc c’est sûr qu’aujourd’hui je ne fais plus de concessions. On a toujours été d’accord sur plein de trucs avec Nicolas (Nicolas Fromageau, Nda) mais il y avait forcément des concessions. Ce n’est pas pareil quand tu es tout seul, tu oses faire des choses que tu n’aurais peut-être pas osé faire quand tu étais deux.

Sur cet album, le son est plus emphatique qu'avant. L’emphase, c’est quelque chose que tu assumes complètement ?
Moi, ce n’est pas ce qui me gêne dans la musique, j’aime écouter des trucs assez orchestrés dans l’ensemble, même si c’est un peu too much pour certains, moi ça ne me dérange pas du tout. A ce niveau, mes limites sont surtout matérielles et économiques. C’est-à-dire que si j’avais le budget d’un groupe super connu, je ferais un truc dix fois plus grandiloquent que cet album-là ! Je rêve vraiment d’un album super produit, avec plein d’arrangements de voix… Un album qui durerait une bonne heure. J’aime bien le fait qu’un album dure une heure ! Je trouve ça sympa, c’est un truc assez carré et symétrique qui me convient bien.

Ta musique est grandiloquence parfois même monstrueuse mais aussi par moments très douce, avec un côté presque "Godspeed-gospel". La spiritualité des harmonies vocales, c’est quelque chose qui te vient d’où ?
J’ai toujours été attiré par les chants, pas ésotériques, mais assez mystiques, je ne sais vraiment pas d’où ça vient. J’aime bien cette idée de donner une image un peu plus surnaturelle à la musique. Je trouve ce concept intéressant à exploiter.


(Suite.)

par Sylvain Fesson publié dans : DISCussion
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