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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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22 septembre 2007 6 22 /09 /septembre /2007 14:32
Working Class Hero ?





"incapable d’écouter une seule chanson de Kid A"


"souvent l’impression d’être paumé et de me sentir seul"





Revenons un peu à l’album. Sur "I Care", Euros Childs fait des chœurs. Je ne connais pas vraiment cet artiste, mais apparemment c’est un musicien dont tu es fan. Comment la rencontre s’est-elle faite ?

Euros Childs fait partie du groupe Gorkys Zygotic Mynci. Il faut écouter ça. Enfin moi c’est un de mes groupes phares. C’est un groupe gallois qui a émergé au milieu des années 90, ils ont sorti une dizaine d’albums et ils sont tous incroyables pour moi, c’est vraiment une musique qui me touche énormément. Et en fait, cet été mon label m’a demandé s’il y avait des gens avec qui je voulais bosser. On a donc envoyé 4 démos à Euros Childs et il nous a répondu une semaine après en nous disant : "J’adore, pas de problème". Il est venu chez moi pendant une semaine, c’était mon pote. Ça s’est passé super simplement. Il devait venir juste deux jours pour le studio et il est resté une semaine, il s’est baladé, il a visité, on a discuté. C’est un mec ultra simple, j’en ai oublié que c’était un des artistes que j’appréciais le plus au monde. Et puis tu rentres en studio avec lui et la magie est incroyable.

Le cœur de l’album semble se situer dans l’enchaînement "Passe Muraille", "Watcher", "Lost Bird", trois morceaux climatiques en parfaite symbiose…
Je pense que c’est les morceaux les plus importants. Je mettrais "Flow Backwards" avec. Ces quatre chansons sont vraiment faites pour un milieu d’album, c’est elles qui en font la substance. L’atmosphère qui s’en dégage et la façon dont je les ai composée sont proches.

"Passe Muraille" s’ouvre sur un foisonnement de cuivres et de synthés dissonants, qui font beaucoup penser au Rock Bottom de Robert Wyatt, je trouve...
En fait, j’ai failli ouvrir l’album sur ce morceau. Je pense que ça pourrait faire une bonne intro parce que franchement, l’intro de "Passe Muraille" c’est de là que vient ma musique, même la plus folk. J’ai besoin de ces magmas sonores où les instruments donnent l’impression de jouer un peu tout seul. Chez moi j’ai plein des bouts de morceaux comme ça. Et parmi la dizaine de démos que je fais dans ce genre, je vais choper une harmonie pour en faire une chanson.

Il n’y a pas si longtemps, je me suis rendu compte que Rock Bottom entretenait de profondes correspondances avec Kid A, dans les sons qui chavirent, les dissonances de cuivres, les images sous-marines et l’étrangeté du chant et des paroles qui se fondent au cœur de tout ça. A presque 30 ans de distance, ces deux albums semblent avoir touché la même chose. As-tu fait le même constat ?
Oui, dans le sens où c’est deux albums qui ont une vie propre. Je suis incapable d’écouter une chanson de Rock Bottom et une chanson de Kid A, je suis obligé d’écouter l’album en entier. Tu as vraiment l’impression que ces albums sont des cellules vivantes. Mais Rock Bottom m’impressionne plus au niveau des sonorités parce que tu as vraiment l’impression qu’il ne joue pas avec des instruments, mais avec des petits animaux qui ont des têtes bizarres ! Je trouve ça hallucinant, tu écoutes l’avant dernier morceau de Rock Bottom et tu as une trompette qui fait des bruits d’animaux et quand tu écoutes un peu les paroles, tu te rends compte que c’est l’histoire d’une taupe complètement barrée au fond d’un jardin, super chelou. Mais c’est vrai que ces deux albums sont deux entités.

Sur ce disque tu utilises parfois ta voix comme un instrument. Je pense notamment à "Watcher", où tu fais des vocalises qui dialoguent entre elles comme des échos buccaux…
Ça c’est clairement une influence qui me vient de Laurie Anderson, une artiste assez expérimentale de la fin des années 70. Un de ses albums s’appelle Big Science, il est complètement barré et dessus il y a un morceau magnifique intitulé "Superman". Et c’est un morceau où il y a des voix qui se répondent comme ça, j’ai trouvé ça génial.

Tu chantes en anglais, ce qu’on reproche parfois aux français. On dirait que dans "English Way" tu tournes cela en dérision. Tu chantes : "If you have something to say, say it in the english way". C’est un pied de nez adressé aux critiques ?
Je n’adresse aucune chanson à quelqu’un mais c’est clair qu’on n’a pas arrêté de me demander pourquoi je ne chantais pas en français. Et bien je ne le fais pas parce que c’est un autre art. Je ne sais pas chanter en français et je ne compose pas de la chanson française.

On pourrait dire qu’en anglais, on chante et qu’en français, on écrit, non ?
Oui, si on a envie d’être sincère, on dirait ça. Mais je pense que c’est simplement deux choses différentes, tu ne chantes pas de la même façon, tu ne dis pas les mêmes choses et les mots n’ont pas le même poids. L’écriture en anglais m’est naturelle dans le sens où ce que j’ai écouté a toujours été anglo-saxon. Quand je vais voir un film c’est en V.O., quand je lis des bouquins d’auteurs anglo-saxons je les lis en V.O. C’est culturel.

L’anglais est peut-être aussi une langue qui est plus liée à l’imaginaire, c’est une langue qui voile le propos des textes…
Oui, il y a ça et il y a un rapport avec la pudeur. Il y a des choses que je dis dans mes chansons que je ne dirai jamais en français. L’anglais c’est une barrière aussi, tu as moins l’impression de te dévoiler quand tu dis des choses dans une langue qui n’est pas la tienne.

Dans "Lost Bird" tu chantes : "I’m a lost bird in a clear sky". Quel est ce sentiment paradoxal ?
Cette chanson rejoint "Middle Class Men". Elle évoque le fait que j’ai souvent l’impression d’être paumé et de me sentir seul alors que je ne vois aucune raison concrète dans ma vie pour justifier ce sentiment. Donc c’est encore une histoire de positionnement, de comment tu te sens par rapport aux autres. Parfois dans la vie tu en viens à parler de toi – ce qui est d’autant plus vrai quand tu fais de la musique, parce que tu donnes des interviews – et plus tu parles de toi plus tu bâtis une sorte de personnage et tu as l’impression du coup d’avoir une sorte de familiarité avec les gens alors qu’au fond, ils ne te connaissent pas, comme dans beaucoup de rapports humains. C’est bizarre quand même de parler de soi pendant une heure. Quand on parle de musique c’est super cool mais on rentre dans les détails tu te dis que c’est un peu nombriliste. Il ne faut donc pas trop s’écouter. Par moments, je m’écoute parler donc j’essaie de la fermer.


(Suite et fin.)

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Fauve 14/02/2008 16:22

Excellente interview, découverte par le Blog "bon pour les oreilles".. Bravo pour ce bel échange..