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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 20:40
Working Class Hero ?






"La musique doit être géniale ou ne pas être"


"j’ai aussi compris qu’elle ne pourrait pas changer ma vie"




Syd, tu composes d’abord tes morceaux en guitare-voix. Comment gères-tu ensuite le travail d’arrangement pour respecter la mélodie initiale ?
C’est une question de dosage. De limite encore une fois. Pour ce disque, je savais que j’allais pouvoir enregistrer dans un vrai studio avec des vrais moyens, mais je n’avais pas envie de me laisser aller à utiliser des supers sons pour la seule raison que maintenant ils m’étaient ils m’étaient accessibles alors qu’avant, travaillant en home-studio, j’avais des sons super cheap. Je ne voulais pas faire un truc lécher avec plein de Rhodes et tout. Dernièrement quelques albums français qui sont sortis reposent trop sur les sons et moi je n’ai pas cette sensibilité-là, je voulais que les sons soient au service du morceau.

En un sens c’est déjà bien que des français s’intéressent au son car en France on n’est pas réputé pour traiter le son comme la matière première, c’est plutôt le texte et le chant qui se taille la part du lion…
Oui, mais j’estime que "c’est déjà bien" ça ne sert à rien. La musique doit être géniale ou ne pas être. Enfin, non c’est con de dire ça ! Et je n’ai pas la prétention de faire un truc génial. Ce que je veux dire c’est que c’est facile d’avoir deux bonnes idées et de les enrober ensuite par des sons intéressants. Moi ce n’est pas mon truc, je veux que la chanson soit bonne parce que cinq idées sont bonnes et qu’ensuite, les arrangements (ça veut dire ce que ça veut dire) soient des arrangements pour servir la chanson, et pas des éléments de décorations parce que j’aime telle ou telle sonorité.

C’est-à-dire qu’à un moment donné il ne s’agit plus faire de la musique de fan.
Oui, il y a de ça aussi.

Dernièrement j’ai écouté l’album d’un groupe qui s’appelle 3 Guys Never In. Ce qu’ils font est joli, mais clairement du copier/coller de ce qu’on fait les grands noms de la pop anglaise. Ce sont de bons mélodistes, mais peu d’émotion se dégage de leurs morceaux. Leurs arrangements sonnent dix fois trop grands pour eux. C’est un des écueils de la pop aujourd’hui : beaucoup de jeunes peuvent faire de la belle musique facilement, ils ont la culture pop dans le sang, le home-studio chez papa-maman, reste à savoir qu’est-ce qu’on fait de tout ça, pour dire quoi ?
Je suis d’accord. Vu que faire de la musique avec une certaine ampleur sonore est presque à la portée de n’importe qui aujourd’hui, j’ai l’impression que l’enjeu est sur la composition. Il y a un groupe qui est toujours un peu limite mais qu’en général j’aime beaucoup, c’est Air. Souvent on leur parle plus de leur son que de leurs chansons, alors qu’ils ont des vraies compos. Pour leur premier album, Moon Safari, au début j’en doutais, mais je l’ai réécouté parce que je pense qu’il le méritait et je le trouve de plus en plus génial. Il y a un vrai travail de recherche. C’est des gens qui arrivent à la fois à avoir de super beaux sons et de vraies compos derrière, et ça ce n’est pas à la portée de n’importe de tout le monde.

Tu as glissé trois interludes dans ton album. C’est pour maintenir un lien entre les morceaux ?
En fait les interludes sont des choses qui ont été composées en amont de l’album, donc pas en tant qu’interludes. Il y en a un après "To All Of You" parce que c’est la chanson la plus pop du disque et je trouvais que ça la mettait en valeur de faire quelque chose d’un peu plus sombre et plus rêveur après. Il y a aussi un interlude après "Someday Sometimes" et un troisième en effet après "English Way". Pour moi, ce sont des liens et des pauses importantes pour l’oreille parce que je pense que cet album est trop long. Si j’avais pu le faire plus court, je l’aurais fait, mais malheureusement ce n’est pas moi qui choisit, mais ma maison de disque. Pareil pour la date de sortie de mes albums.

Comment ça se passe concrètement ?
Je travaille avec V2, donc il y a évidemment plein d’avantages mais s’ils me disent, comme là ce fut le cas, que l’album doit être prêt pour décembre et qu’ils ne le sortent qu’en avril, moi je vis une attente super longue. A la base, il aurait du sortir en février. Il est sorti en avril à cause de pures contraintes de maisons de disques. Mais du coup, la dernière chanson du disque, j’aurais pu la virer. Je l’ai clairement mise parce que je me suis dit : "Si je ne la sors pas maintenant, je ne la sortirai jamais".

"Middle Class Men" aurait été une belle chanson pour finir. Elle est assez intrigante. On dirait une anti-protest song sur ton constat d’impuissance et d’étrangeté face à l’idée même d’engagement…
Pour moi, c’est un peu ce que je suis. Quand tu es issu de la classe moyenne, surtout dans notre pays, tu es entre deux eaux, tu n’es ni bien, ni pas bien, c’est un peu tiède quoi. Dans la vie de tous les jours, j’ai souvent le sentiment de me faire tranquillement avaler par le système. Déjà, rien que le mot : on appelle ça classe moyenne, et dans moyenne, il y a moyen. Quand tu vas voir un film dont tu dis qu’il est moyen c’est un film que tu ne reverras pas.

Que font tes parents ?
Ma mère est prof d’anglais, mon père en profession libérale. Je vis dans le 20e arrondissement de Paris, ce n’est ni riche, ni dans le besoin. Ce n’est pas du tout un regret de ma part, c’est simplement que par moments tu ressens comme une sorte de coton autour de toi et peut-être un manque d’ambition pour ta propre vie. C’est un truc qui peut angoisser.

Manque d’ambition ne veut pas forcément dire absence d’idéal…
Si, je pense qu’il y a de ça. En fait, moi j’ai l’impression – et ça va paraître un peu péteux, genre le mec qui réfléchit – qu’on a de plus en plus conscience du champ des possibles, on a une faculté d’imagination qui est beaucoup plus large, je pense, que celle du paysan du XVe siècle, mais en même temps on a de plus en plus conscience de la réalité, c’est-à-dire des limites. Des fois tu peux donc avoir l’impression d’être un peu emprisonné. Moi ça m’a bloqué à un moment donné, à un point tel que ça me déprimait presque.

L’imagination est vaine si on ne sait pas comment lui donner forme et quelle place lui accorder dans notre vie de tous les jours.
C’est clair. Surtout c’est super paradoxal, à la fois tu imagines ce que tu pourrais être, ce que la vie pourrait être et à la fois tu sais très clairement ce que tu vas être et comment la vie va être, c’est-à-dire pas comme tu l’avais imaginée.

Pour le coup, faire de la musique c’est être dans une forme d’engagement car c’est essayer de donner vie et impact à l’imagination que tu portes. D’ailleurs les gens disent que ta musique les transporte. Permettre aux gens de s’évader c’est déjà beaucoup.
Oui mais il y a un moment où la musique a changé la vie des gens, leur quotidien, or voilà maintenant la musique permet de s’évader. Et c’est dans la pensée qu’on s’évade, donc ta vie reste à part. Il n’y a plus de lien entre l’imaginaire et la réalité. Enfin je ne sais même pas s’il y en a déjà eu un, c’est peut-être un mythe de l’âge d’or.

Le rock c’est un blockbuster culturel et social qui a changé les mœurs et les mentalités…
Oui, je pense que le phénomène rock a clairement été un phénomène de société. Je trouve que le rap a clairement été un phénomène de société, mais comme il a surgit dans une société déjà fortement consumériste, la bombe a été d’emblée un peu désamorcée. Mais quand on parle avec des gens qui ont vécu les années rock, 60-70, on dirait qu’ils avaient vraiment conscience que le monde pouvait changer.

Tu culpabilises de faire de la musique à l’heure où elle ne change plus le monde ?
Non, ça ne me culpabilise pas, c’est un constat. Je ne sais même pas si j’ai l’ambition de changer la vie des gens.

C’est déjà pas mal de changer la sienne…
Justement j’allais te dire que j’avais compris que je ne pouvais même pas changer la mienne !

Faire de la musique ne change pas ta vie ?
Non, ma vie a changé en surface mais pas moi dans ma façon de penser. Mes angoisses sont toujours là et ce n’est pas la musique qui va y changer quoique ce soit.

(Suite.)

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Véronique Grausseau 12/11/2008 07:26

il s'agit du film bien sûr, ton article, lui, est beaucoup plus réjouissant !

Véronique Grausseau 12/11/2008 00:17

impressionnant, édifiant, et triste.

Véronique Grausseau 12/11/2008 00:17

impressionnant, édifiant, et triste.

Véronique Grausseau 11/11/2008 20:51

J'aime bien les questions qu'il se pose, sur l'art, la création, et ses limites. Je reviendrai lire la suite dès que possible, là, c'est le 11 novembre et je vais voir les poilus en couleur sur la deux !!!

Sylvain Fesson 12/11/2008 00:02


Oui Syd Matters nous fait une crise de vanité aïgue et c'est assez bien vu de sa part...
Alors c'était comment les poilus ?!


lily 27/09/2007 21:47

c'est un très joli interview, plein de sensibilité, presque chantant.
bravo Sylvain*

Sylvain Fesson 01/10/2007 01:31

Presque chantant ?(merci de passer par là en tout cas)