Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

17 septembre 2007 1 17 /09 /septembre /2007 00:58
Working Class Hero ?



Attention, événement : deux nouveaux morceaux viennent enfin d’apparaître sur le Myspace de Syd Matters. Ne vous réjouissez pas trop vite : ils ne sont pas extraits de son très attendu troisième album, mais de la B.O. du film La question humaine. Et vous savez quoi ? Je m’en réjouis quand même.





Parce que 1) la musique de Syd se mêle parfaitement aux images. Un peu comme l’aspirine soulage les maux de tête. J’en ai eu l’éclatante démonstration il y a deux ans en regardant une comédie dramatique lourdingue intitulée . D’un coup les premières notes de "End and start again" ont pris leur envol et pof j’ai pris le mien en oubliant que la minute d’avant je regardais une sombre merde. Radical. C’était si soudain, si planant, si plein de blanc. Même ma mère était tombée sous le charme. Cette magie, on la retrouve dans "Heartbeat Detektor" et "Like Heart", deux des onze titres inédits qu’il a composés pour la B.O. de La question humaine. J’allais dire de cette magie : on la retrouve intacte. Mais non. Ses climats discrètement psychédéliques et brumeux semblent avoir conquis un degré de sagesse supérieur. Ils vont plus loin dans l’épure. Tout se délite et respire bien plus. On sent vraiment le temps qui passe. Le vent. Les nuages. On croyait que Someday we will foresee obstacles était un sommet. Ce n’était qu’une étape en montagne. Un chalet avec dodo dans le duvet. Là il sort il erre en somnambule. Ermite parmi les bêtes et la nature. Plu nu et barbu que jamais. Parce que 2) même si on ne sait toujours pas ce que nous réserve son troisième album studio (un saut d'obstacle grandiose ? un affranchissement des barrières pop ? ), on apprend à cette occasion qu’il sortira le 14 janvier chez Because et s’intitulera Ghost Days. Parce que 3) ça m’offre l’occasion rêvée de vous offrir une interview-fleuve inédite de Syd Matters. Retour vers le futur, donc. Nous sommes en avril 2005. Someday we will foresee obstacles s'apprête à sortir.



"c’est la part de mystère qui me fascine"

"A 15 ans. Nirvana. Le choc."





Syd, tu es du genre à te mettre la pression quand tu fais un album ?

Oui, c’est normal. D’ailleurs c’est marrant parce que ça faisait longtemps que je n’avais pas écouté mon premier album et puis comme un con j’ai commencé à l’écouter pendant l’enregistrement du deuxième et je me suis dis : "Merde, c’était pas mal, comment j’ai fait ça ? C’est qui ce mec ?" Mais je pense que c’est bon signe, parce que j’ai besoin de ne pas comprendre ce que j’ai fait pour que ça me plaise un minimum.

C’est pour ça que dans le morceau caché qui clôt l'album le refrain répéte : "How does it work out ?" ?
Carrément ! Et pour moi, en tant qu’auditeur, c’est pareil, c’est la part de mystère qui me fascine. Pourquoi j’aime cette chanson ? Je n’en sais rien. A priori, techniquement, elle est super simple cette chanson, mais pourquoi est-elle alors dix fois mieux que toutes les autres ? C’est ça que je cherche toujours. Et je n’ai pas du tout de théorie musicale, je ne sais pas écrire quoique ce soit, donc parfois je trouve des trucs et je me dis : "Wouaw ! Mortelle cette progression, elle sonne bien." Elle a sûrement une logique mathématique et musicale, mais je ne la saisis pas du tout. Pour moi, l’intérêt vient de là.

Comment as-tu agencé les 12 morceaux de Someday we will foresee obstacles ?
Pour le premier album, il n’y avait de cohésion naturelle, or elle doit l’être, si elle est factice ça ne marche pas. Il ne faut pas qu’il y ait de concept derrière. Et c’est pareil pour cet album, je ne l’ai pas construit selon une narration précise, mais comme c’est moi qui écris les morceaux et que j’ai tendance à raconter toujours un peu la même chose parce que des choses me tiennent à cœur et bien il se trouve qu’il y a une certaine logique qui finit par se dégager. Ensuite ce n’est pas magique, il faut aménager soi-même un peu le truc. Sur cet album, j’ai essayé 14 tracklisting différents. Mais ce qui est cool c’est quand tu enchaînes deux morceaux et que tu t’aperçois que ça met en valeur celui d’avant et celui d’après. Tout le travail est là. Car pour moi tu n’écoutes pas un morceau de la même manière s’il est en première ou en cinquième position. C’est pour ça que pour cet album on avait envisagé de mettre un petit logiciel dans le CD qui puisse générer un tracklisting aléatoire.

Aujourd’hui tu es épaulé par un vrai groupe, mais tu composes toujours majoritairement en solo, comment ça se passe ?
Guitare-voix ou piano-voix, ça dépend des morceaux. Après je les arrange, mais il faut que ce soit spontané. J’ai besoin d’avoir mes limites, c’est-à-dire deux synthés et pas quatre. Plus j’ai de limites, plus je suis créatif. En général, j’enregistre donc ma partie guitare-voix et à partir de là je construis avec les trois instruments que j’ai.

Tu as une base très folk à laquelle tu adjoins des synthés. Pour toi c’est un mélange qui coule de source ?
Oui, parce que c’est une technique très home-studio dans la mesure où ce sont les instruments les plus simples à avoir chez soi. Une guitare sèche et un clavier c’est parfait pour jouer en intérieur, ça ne fait pas de bruit. Perso je n’ai pas de clavier vintage, je n’ai que des synthés actuels, mais les instruments en soi n’ont pas d’importance, l’important c’est de pouvoir ensuite les bidouiller.

A quel âge as-tu commencé à toucher un instrument ?
Assez tard en fait. Ma première guitare à 15 ans et mon premier clavier à 20.

D’où t’es venue cette impulsion de jouer de la musique ?
A mon avis, à 15 ans c’est là que tu as tes vrais chocs musicaux et c’est à cet âge que j’ai vraiment commencé à écouter de la musique. Et parallèlement, j’ai eu tout de suite eu envie de jouer.

Tu écoutais quoi à 15 ans ?
Nirvana. Le choc. Je me suis dit : "Ça peut être ça la musique !". Et ça a déclenché plein de choses chez moi parce que du coup j’ai écouté les groupes qui étaient des influences pour Nirvana, comme les Pixies. Et puis Nirvana c’est très bien quand tu veux commencer la guitare, comme c’est simple tu peux très vite t’amuser.

Ton goût des synthés n’est pas venu de Nevermind
Non, il doit plus venir de Radiohead. Je pense que c’est à cette période que je m’y suis mis. Ok Computer est sorti en 97 et j’ai dû acheter un clavier un an après. C’est marrant d’ailleurs car je me rends compte que lorsque j’écoutais Nirvana et d’autres groupes à guitares, le clavier était banni pour moi. Je me rappelle encore avoir acheter le double album des Smashing Pumpkins et me dire : "Il y a trop de claviers !" Aujourd’hui, je ne comprends pas pourquoi j’ai eu ce genre de réaction, c’était un peu stupide.

Ok Computer semble être l’album matrice de toute une génération de musiciens pop français dont tu fais partie. Quand tu as entendu ce disque as-tu senti qu(il marquerait profondément ton propre style ?
Pas consciemment, c’est juste que tu t’aperçois après que c’est ça qui t’a donné envie de faire de la musique. Nevermind et Ok Computer sont vraiment des albums-clés pour moi. C’est-à-dire que tu as un avant et un après. Toute la production qui a suivi Nevermind a été dans la même veine. Pareil pour Ok Computer, avec Coldplay et compagnie. Ce sont des gens qui ont eu une telle influence sur le monde musical qu’ils ressortent naturellement en toi quand tu essaies de faire de la musique, pour peu que tu les aies aimés. Mais moi ce que je trouve vraiment fort chez Radiohead, c’est qu’après Ok Computer et la cohorte de groupes accros aux trucs planants, rêveurs et plein de réverb’, ils ont sorti Kid A et ça a rendu obsolète toute cette scène. Pour moi, Kid A est beaucoup plus important qu’Ok Computer. Quand je l’ai écouté j’étais déjà beaucoup plus musicien qu’à 17 ans quand Ok Computer est sorti et j’ai trouvé ça incroyable parce que avec Kid A tout d’un coup il n’y a plus trop de réverb’, les sons sont super secs, les morceaux ne jouent plus sur le lyrisme... Incroyable ! Un morceau comme "How to disappeard", je pense qu’ils ne l’auraient pas enregistré de la même façon à l’époque d’Ok Computer. Les arrangements de cordes sont super dissonants, un peu arabisants par moments, ils ont pris une direction incroyable. Il y a un avant et un après Kid A. Avec ce disque, ils ont eu un impact sur la musique électronique qui a été un peu fatal à beaucoup de monde. Ils ont tapé un grand coup parce que d’un coup tu avais tout l’apport de la musique électronique mais avec une qualité de composition digne des Beatles.

(Suite.)

Partager cet article

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
commenter cet article

commentaires

Véronique Grausseau 12/11/2008 21:54

"c’est la part de mystère qui me fascine", c'est exactement cela, on ne sait pas pourquoi c'est si bien, mais ça l'est ! Du premie au dernier album...

Sylvain Fesson 13/11/2008 10:53


L'art de l'épure, de l'ellipse, de la chrysalide...