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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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11 septembre 2007 2 11 /09 /septembre /2007 00:39
Petit Thom ?

"Je ne veux pas que le monde change". Andy Yorke a beau avoir toujours porté REM dans son cœur, il n’est, aujourd’hui comme hier, toujours pas prêt à faire ce pas de trop qui consisterait à aimer aussi U2. Ce que font beaucoup de gens : aimer U2 et REM. Alors de là à se faire carrément l’émule de U2 ou REM… Non, Andy ne veut pas changer le monde, comme il le chante sur "Twist of the knife", un des nouveaux morceaux de son très pop-folk Simple, album solo à paraître sous peu. Et, anti-Bono dans l’âme, Andy l’est d’autant plus que son frère est une sorte de Bono-parano.

Hé oui, pour ceux qui ne se seraient jamais penchés sur ce peu charismatique jeune homme, sachez qu’Andy Yorke est le frère de Thom – chanteur de Radiohead – Yorke. Son cadet, 35 ans. Et à l’inverse de ce dernier pour qui le rock a toujours été une de ces évidences salvatrices dans laquelle on se jette corps et âme dans l’espoir d’être sauvé, Andy a toujours été timoré dans son rapport à la musique. Pas ce qu’on pourrait appelé un passionné de la chose rock. Il a bien appris la guitare avec Johnny Greenwood, avec qui iI formera un groupe, The Illiterate Hands, mais assez tard durant son adolescence, après avoir longtemps tâté du saxophone et chanté dans une chorale. On a vu mieux comme dévotion rock’n’roll. Il faut dire qu’Andy manquait de confiance en lui. C’était un garçon du genre timide. Introverti. Le rock ce n’était pas pour lui. (Trop violent.) Il n’a jamais rêvé d’être rock star. (Trop égoïste.) Il n’avait pas ce genre de rêves démesurés. Ce genre de rêves qui peuvent devenir cauchemars.

Moscou, exil salutaire
Composer, il ne s’y est mis qu’à 20 ans, alors qu’il avait quitté le domicile familial d’Oxford et qu’il étudiait à Moscou où il logeait dans une auberge pour étudiants étrangers. (Il deviendra traducteur de Russe.) Ici, entouré de nouveaux amis, déchargé de la comparaison d’avec son grand frère et chérissant sa langue – l’anglaise – comme une petite amoureuse redevenue rien qu’à lui, on l’imagine, il a dû se sentir – pousser des ailes peut-être pas – mais libéré d’un poids. Autorisé à. Alors, à son retour à Oxford, il décide de monter un groupe avec Nigel, son copain d’enfance, accessoirement batteur de remplacement chez On a Friday, et un ami de celui-ci, Jason Moulster, bassiste. Former un groupe, c’est déjà beaucoup pour Andy. C’est se faire violence. Se montrer, croire en soi. Limite un péché d’orgueil. Sur le point de signer son premier contrat avec une maison de disque en 95, il flippe, se débine et repart en Russie, où il travaille durant huit mois comme traducteur pour Greenpeace.

Almost here, ça y est presque
Bon, il revient vite au bercail, motivé et tout, ses acolytes font youpi, ils se remettent au boulot et en 97 ils signent avec Virgin pour un album, Almost Here, qui sort un an plus tard. Leur groupe s’appelle Unbelievable Truth, en référence à un film du réalisateur indie Hal Hartley. Et à vrai dire, avec un nom pareil et une musique comme la leur, on se dit qu’Andy n’avait pas de quoi stresser. C’est beau, très beau ce qu'il fait. Mais pas de quoi parader au sommet des charts et s’afficher comme nouvelle sensation de la semaine en une du NME. Le trio dévoile-là une pop toute en ligne claire, aussi tristoune qu’accrocheuse dans la droite lignée des premières compos de REM. Je pense notamment à "Country feedback" et "Perfect cicle". Celui, en somme, d’avant "Losing my religion". Pas révolutionnaire pour deux sous, cette poignée de chansons majoritairement acoustiques parlait au cœur. C’était intime, précieux. Sans prétention. Quelque part entre le Cocoon Crash de K’s Choice et le Parachute à venir de Coldplay. Entre l’After the Goldrush de Neil Young et le Five Leaves Left de Nick Drake. Parfait pour redescendre après OK Computer. Moi ça a continué à me faire planer, gentiment, mais planer. Virgin ça ne leur a pas suffi. Malgré les bonnes ventes du disque, ils se sont débarassés d’Unbelievable. Incroyable.

Sorrythankyou, et bye bye
Sorti deux ans plus tard sur Shifty Disco, leur deuxième album, Sorrythankyou, s’est moins vendu. Il était déjà plus complexe. Dans les structures, le son. Dans ses ambitions ? C’est comme s’ils s’étaient déjà laissés aller à l’idée qu’ils étaient un groupe. Une entité. Comme s’ils s’étaient d’un coup pris pour des musiciens et qu’ils avaient fait du son comme on fait du mortier : en bouchant les trous qui faisaient le sel de leurs morceaux. J’exagère : ce disque contient tout de même des bijoux, notamment "A name", "Shed your skin" et "Let it flow". Andy aurait du se battre pour qu’Unbelievable continue d’exister, changer le monde pour que son groupe puisse accéder au statut qu’il mérite. Mais ça, c’était au-dessus de ses forces et de ses convictions. Parce qu’on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Comme dit Nietzche "celui qui combat des monstres doit prendre garde de ne pas devenir lui-même un monstre dans la bataille". Et c'est ce qu’Andy ne voulait pas. Il n’était pas prêt pour cette aventure qui nécessite de se prendre pour un artiste, de tout faire pour son art. La folie de ne penser qu’à lui, très peu pour lui. Conformément à son désir initial, il a donc dissout le groupe, après avoir livré en autoprod en 2001, pour solde de tout compte, Misc. Music, un double album de raretés et de morceaux live. Assez dispensable.

Simple, comme bonjour
Mais six ans après, le revoilà. Pas plus fort et plus remonté que jamais. Juste recentré sur ce qu’il est et sur ce qu’il a envie de faire. En phase avec ses limites. C’est ce que j’ai constaté en le voyant sur scène le 25 juillet dernier. C’était au Divan du Monde, devant une petite audience qui comptait pas mal de fans de la première heure. Emus forcément. Andy a un peu changé, la silhouette est plus rondelette, les cheveux plus courts, l’uniforme toujours aussi uniforme, style sweat-shirt, jean, basket. Nouveauté : il a des lunettes, qu’il garde sur scène. On dirait un étudiant. Un journaliste des Inrocks. A ses côtés ses deux potes de toujours, Nigel à la batterie, Jason à la basse, plus un violoncelliste et un claviériste-guitariste. Plus de monde mais moins de son. Que ça respire ! C’est plus folk et moins rock que jamais. Silencieux. Ciselé. Mais alors ça veut dire qu’Unbelievable Truth est de retour ? Hé bien non : Le trio a beau être réuni comme à l’époque et Nigel prendre son pied comme ce n’est pas permis, Andy est là sous son nom. L’artiste est l’homme et vice versa jusqu’à démanteler la notion d’Artiste avec un grand A. Et à priori il en sera ainsi pour le reste du chemin qui s'annonce : celui marqué par la sortie prochaine d’un album, Simple, pas encore signé. C'est un "solo", signe que l’entité groupale n’est définitivement pas pour lui. Qu’il n’en a pas les épaules, la mythologie, le karma. Qu’il s’est trouvé en folk singer. Enfant de chœur.

Ce soir-là, après nous avoir bercé avec ses nouveaux et ces anciens titres ("Building", "Solved"), dégustés au centuple, nostalgie oblige, Andy revient avec Nigel. Lui au micro, le batteur au clavier, ils nous offrent "Almost here", morceau particulièrement sobre aux faux airs d’Alléluïa. Fin(e). Ça n’a duré que trois quarts d’heure à peine, mais c’était intense. Une vraie joie. Voilà ce qu’on retient de cette deuxième date parisienne d’Andy Yorke en cet été 2007. Ainsi qu’un geste : Andy souriait du coin des lèvres à chaque fois qu’il sacrifiait à l’exercice de pointer dans les aigus en bout de refrain, comme pour s’excuser et dire : "Désolé les mecs, vous avez peut-être l’impression d’entendre les balades guitare-voix que mon frère s’échine à ne plus vous offrir, mais je ne suis pas la pleureuse Superman de "Fake Plastic Trees" et d’"Airbag"." Ce soir, comme il l’a chanté, il ne voulait pas que le monde change, il ne voulait pas changer le monde, mais, comme les Taxi Taxi qui ont pris sa suite, il a fait un pli dans nos cœurs.


Photos haut et bas par Robert Gil

Merci au fansite français Foundtheroad.com pour les précieuses infos


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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