Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

27 août 2007 1 27 /08 /août /2007 20:58
Trop bon, trop con


Costes : un nom coup de poing qui a fini par émasculer le prénom de celui qui le porte (Jean-Louis) pour devenir une marque de fabrique. Celle d’un acteur culte de l’underground pour ses "opéras porno-sociaux", des comédies musicales trash qui feraient presque oublier que Costes est avant tout un fan de rock. Mais ce n’est pas vraiment de ça dont il s’agit ici. Interview.


Oui, à ce stade-là, on ne peut plus dire punk, mais trash. Ses chansons sont trash. Il y a peu, les profanes comme moi qui ne l’ont toujours pas vu sur scène pouvaient encore s’en rendre compte en allant surfer sur son site qui archivait en streaming la quasi-totalité des chansons qu’il a "composé", mais allez savoir pourquoi, ces derniers temps son site est devenu introuvable. Reste Myspace. (Correction : je viens de retrouver son site officiel ici.) Depuis quelques mois le fan responsable d’un site non-officiel sur l’artiste a crée un Myspace Costes. On y trouve 4 morceaux. (Mention spéciale à "Bâtard du showbiz", extrait de Miam miam la music dont la pochette détournement judicieusement la séminale banane du premier Velvet.) Et c’est déjà suffisant pour basculer dans la quatrième dimension. Se prendre une vraie leçon de fulgurance. Et se rendre compte combien Costes est énorme. Enorme et sidérant comme une grosse connerie. Comme la vie ?

Des chansons, Costes en pond depuis le milieu des années 80. Aussi alors qu’on le rencontre, c’est de cela qu’on essaie de parler. De musique. Mais pas que. Parce que Costes est une jungle où tout s’entremêle (pour rester poli) et qu’on aime partir en vrille en s’approchant du cœur des choses, il n’est pas rare qu’on parle du reste. C’est-à-dire de performance, d’écriture, de bêtise, de merde, de Dieu... La rencontre s’est faite du jour au lendemain. Sur un simple coup de fil. Costes l’artiste a beau être "hardcore", Costes l’homme est lui super accessible. On se dit d’ailleurs qu’il en est souvent ainsi des artistes dits cultes. Au fond ils sont simples. Humains. Trop humain. Il nous a d’autant plus proposé de faire ça vite que dès le lendemain il s’envolait pour le Canada afin d’inaugurer le lancement de son nouveau spectacle intitulé "Les petits oiseaux chient". A cette date, signe que son œuvre a un impact aussi bien présent, passé que futur, les éditions Hermaphrodites rééditaient son mythique livre paru en 2003, Viva la Merda.

20 décembre 2006. 19h15. Ça y est, on est dans le 9-3. A Saint Denis. Après avoir tourné en rond à proximité du square, du canal et du Leader Price indiqués comme points de repères, on trouve enfin sa maison. Il habite vraiment au bord de l’eau. Ambiance. Bucolique malgré la zone latente. Banlieue nord oblige. Bonnet sur le crâne il vient nous ouvrir son portail rouillé et nous invite dans son antre. C’est dans ce 30m2 qu’un mur sépare du domicile "familial" (sa femme et sa fille vivent derrière le mur) qu’il crée et cohabite en toute liberté avec ses démons. Enfin, ses démons c’est plutôt au sous-sol qu’il les libère, dans la cave par laquelle on accède via une petite trappe et un escalier de bois. C’est dans ces sombres soubassements à peine aménagés qu’il joue et s’enregistre à l’aide d’un synthé Casio et d’un magnétophone 4 pistes. C’est ici qu’il lâche, grâce à sa "chaos technique", ce qu’il appelle son "cerveau reptilien", sa part d’irrationnel. La plupart du temps il est cette personne "normale" qui nous reçoit au rez-de-chaussée, domicile de son "cerveau logique".

Il y a peu de choses ici – un mélange d’ascétisme et de taudis – mais assez pour s’asseoir sur un bout de canapé, poser un dictaphone et se faire offrir un verre. Il pousse son Mac de la table basse, nous toucher deux-trois mots à propos de sa nouvelle acquisition ("Je l’ai acheté 400 euros en occase, ça va ?") et nous sert un thé bien chaud. Il nous explique aussi qu’il a racheté cette maison pas chère à un proprio qui possédait toutes les baraques longeant le canal. Accueillant et captivé d’avance par la discussion qui s’annonce Costes ne prend rien. Il a des choses à dire. C’est pour ça qu’il a accepté aussi prestement notre envie de l’interviewer à propos de ce qu’on a appelé sans fard sa connerie. Parce qu’il trouve lui-même qu’il fait ni plus ni moins des conneries. On est là pour en parler – et Dieu qu’il parle ! Sa voix s’emballe et suit des heurts. On a parfois l’impression d’entendre Albert Dupontel. Un autre punk. C’est d’ailleurs l’occasion de parler musique, la passion première de celui qui "voulait jouer du Deep Purple à la base."




"Je suis pas un génie, je suis un mec très con"

"les trucs les plus cons sont les meilleurs"





Comment parvient-on, comme toi, à accepter de faire des choses qu’on juge connes ?

Mon problème c’est que je trouve mauvais tout ce que je fais. Surtout je me trouve nul et con de base. Je me regarde dans un miroir, c’est mauvais, j’enregistre ma voix sur magnétophone, c’est moche, et je me suis aperçu que j’avais tendance à effacer tout ce que je faisais. Ce que font beaucoup d’artistes. Je me suis donc dit : "Il faut bien que tu avances quand même, alors laisse-toi aller, garde un peu tes conneries, tu les trieras plus tard. Car trois ans plus tard, ce ne sera plus vraiment toi dont la chanson parlera, donc tu réagiras un peu comme n’importe qui d’extérieur et elle pourra même te toucher." Et c’est comme ça que je me suis aperçu que les trucs les plus cons étaient les meilleurs.

Mais en général c’est l’inverse qui se produit : sur le coup on croit qu’on fait quelque de chose de génial et quand le regarde quelques années plus tard on trouve que c’était de la merde parce qu’on a grandi et qu’avec le temps on a réussi à affiner son style…
Bah voilà, moi je ne fais pas ça, je ne travaille pas mon style. La seule manière que j’ai vu pour avancer et conjurer le sort qui est le mien c’est de foncer dans le tas ! Je me laisse aller à faire quelque chose qui me parait mauvais. Mais je le fais à fond, j’avance avec une certaine peur et un certain dégoût du truc. Mais maintenant, avec l’expérience que j’ai, je suis de plus en plus sûr de faire un truc bien. Je ne peux pas te dire qu’elle sera la prochaine mauvaise direction où je vais aller – parce qu’il y a des milliards de cases dans le cerveau, donc des milliards de manière d’aborder le réel – mais je sais que cette direction sera la bonne. Plus c’est con, plus c’est intéressant : c’est là qu’il faut aller. Par exemple quand je fais une chanson sur les oxyures qui s’appelle "Miam, miam les oxyures", pour moi c’est la chanson la plus con que j’ai jamais fait, il n’y a sûrement pas de quoi en faire un disque complet sur un sujet aussi con que les vers intestinaux, mais si tu rentres là-dedans, dans le système intestinal, tu découvres un sujet passionnant que personne n’a jamais abordé. Pareil pour la merde. Je ne fais pas que des trucs sur la merde, mais il suffit de faire 1% de ton œuvre sur la merde et ça y est, pour les journalistes tu ne parles que de ça. Mais, très bizarrement, non seulement ils ne te parlent que de merde, mais en fait dans le même temps ils n’abordent pas vraiment le sujet. C’est un truc de fou : ils se contentent de ricaner sur le côté pipi caca ! Ils n’abordent pas ça comme un vrai thème. Mais bon, le caca ce n’est qu’1% de ma production. Dans le tas il y a aussi une chanson d’amour, 2-3 chansons sur le meurtre, une chanson sur le racisme, une sur la gauche la droite, il y a de tout en fait ! Tout et rien. Je parle même de la cuisine japonaise !


La merde pose problème parce que c’est à la fois original, régressif et ultra spectaculaire en soi…

Oui, au bout d’un moment j’ai effectivement compris que c’était un élément spectaculaire que je pouvais utiliser dramatiquement dans un spectacle. Parce qu’aussi mauvais que je sois ce jour-là, la merde fera toujours son effet. Le caca c’est le caca, tu n’as pas besoin de t’agiter, tu le sors, c’est bon, ça ne te demande pas d'énergie.


A quel moment as-tu réalisé que tu n’avais pas de talent ?

J’ai toujours pensé ça moi. Je ne sais pas d’où ça vient. A l’école, je ne pouvais pas sortir avec une fille, car j’avais peur de ne pas bander et ça faisait tout foirer ! Aujourd’hui ça continue. Je pense toujours que je n’arriverai pas à faire un autre disque, un autre livre…

Pourtant, on le voit sur ton site, des disques et des livres tu en as sorti un paquet !
Oui, c’est à vomir ! Ma production me dépasse tellement que je n'arrive plus à suivre et à sortir des disques, c'est de la folie, de la diarrhée ! Mais comme en même temps c’est une drogue, si j'arrête j’ai envie de me suicider, car je dépéris directement. Je rajeunis si je fais une tournée, alors que je ne devrais plus faire ça depuis longtemps. Mais voilà, la connerie c’est mon bain de jouvence ! Peut-être parce je rentre dans des éléments primordiaux, merdiques et ça me détend. Ça me fait rire et ça me fait plaisir. Quand tu te vautres dans la merde, après tu es propre. Physiquement et mentalement. C’est comme un mec plein de sueur qui se prend une bonne douche, après une bonne fatigue, il se sent bien après, il se sent lavé, alors qu'il était couvert de boue. Quand tu te couvres avec de la vraie merde, sur le coup tu te dégoûtes mais après t’être douché tu te sens VRAIMENT propre. PROPRE. Tu sais ce que ça veut dire que d'être bien propre, bien savonné. C'est vraiment un plaisir. Tu te sens purifié ! Je pense que ce serait bien que tout le monde passe une heure à se vautrer dans sa vraie merde. J’irais même jusqu’à dire que c'est bon pour la santé. Moi c’est un peu pour ça que j’ai construit une philosophie complète autour de l’apologie de la merde !

Viva la merda parle-t-il de ça ?
Non, ça parle du contraire parce que c'est l’histoire d’un mec, typiquement moi, qui veut bien chier sur sa copine quand il bande, mais que ça dégoûte quand il a débandé. C’est l’histoire d’un couple anormal qui dérive totalement. Un jour, ils sont au bord de l'autoroute, il n’y a pas d'air d'autoroute, la nana s'arrête pour pisser et lui ça le fait bander donc il la saute. Le mec rentre donc à fond dans ces obsessions, mais la fille s'en fout, elle accepte juste pour lui faire plaisir. Le problème c’est que le mec s’enfonce là-dedans et comme moralement il n’assume pas ses obsessions, dès que des gens le voient faire, il se sent grillé et il commence par taper sa copine tellement il se sent mal puis il se met à tuer ces gens. Finalement, plus il chie plus il tue. Mais tout ça arrive uniquement parce qu’il croit qu'il a fait une chose immorale en chiant sur sa copine. Il croit que c'est un crime. Ce que sous-entend plus ou moins tout le monde. Moi je suis pareil que ce mec-là. Hors de mes délires, je suis super moraliste et réactionnaire.

Comment en es-tu venu à te confronter physiquement à la merde ? C’est un thème qui a déjà été abondamment traité en littérature, mais peu concrètement comme tu le fais…
Le truc qui se passe c’est que quoi je fasse les gens me disent que c’est de la merde. C’est de là que c’est venu. Parce que t’en vient à te dire : "Ah ouais, moi je fais de la merde ? Hé bien je vais te faire un show complet sur la merde, avec des chiottes et tout !" C’est comme les vers, c’est super intéressant ! Tu pourrais passer ta vie entière à parler de la merde non figurée, ce que je ne fais pas, contrairement à ce qu’on dit. Comme je suis assez éclectique, je n’insiste pas là-dessus, mais j’ai bien vu qu’il y avait là une niche commercial de malade ! Et puis la merde, comme tout le monde, c’est un sujet que je trouve moi aussi très con. Je ne suis pas un génie, je suis un mec très con. Je veux dire : je n’ai pas d’intuition et je n’ai pas révolutionner la musique à douze ans et demi. Moi je voulais jouer du Deep Purple à la base, tu vois le genre ? J’ai dérivé par manque de talent. Mais c’est ça qui m’a permis d’être meilleur. C’est très con ce que je dis, mais c’est ça. C’est par manque de talent que j’ai trouvé du champ, par la saturation du son. Assez vite j’ai compris qu’il y avait des trucs à faire là-dedans, que je pouvais me servir d’une certaine maladresse. Parfois c'est une fausse note qui te permet de faire un truc génial et bien, pour moi, la merde c’est pareil, c'est tout ce qui est chaotique, imprévu et qui fait le plaisir dans le cerveau. Tout ce qui est violent et qu’on n’a pas le droit de dire me fait plaisir.

(La suite.)

Partager cet article

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
commenter cet article

commentaires