:
Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
A l’heure où Arcade Fire rempli les stades, Silver Mt. Zion suit à la lettre le dogme indé de son label, Constellation, et avance masqué. Emanation des défunts Godspeed You Black Emperor, cette fraterie montréalaise résiste. On attend toujours leur sixième album. Pour patienter et faire plus ample connaissance, voici deux interviews de leurs membres les plus influents, à commencer par celle Ian Ilavsky. Rencontré à Bagnolet en 2003, le guitariste de Silver Mt. Zion, également co-fondateur de Constellation, nous parle des spécificités de ce label.
"Partager les profits entre tous les groupes"
"Se lancer dans un activisme politique ?"
"En 1996, nous nous demandions ce qui manquait dans la scène locale. Il n’y avait pas de petites salles sur Montréal, gérées par des artistes pour des artistes. La plupart des lieux du centre ville étaient gérés par deux ou trois grandes compagnies Québécoises avec des visées touristiques. En général, c’était du jazz complètement plat, pas expérimental et pas aventureux du tout. Et les bars fermaient à 23h pour se transformer en discothèques. C’était vraiment une grande bataille pour trouver des salles pour des petits groupes. Alors nous avions pour projet de monter une salle de spectacle. On avait un très petit budget pour lancer l’affaire, environ 10 000 dollars Canadiens, qu’on avait sauvé de nos boulots respectifs. On avait trouvé plusieurs lieux mais on n’avait aucune chance d’obtenir le permis pour fonder une nouvelle salle de spectacle. Pourtant, on ne demandait pas d’argent, juste un permis de construire. Alors on a abandonné le projet. Et l’aventure Constellation est née de cet échec, comme la suite logique de notre volonté de monter cette salle de spectacle, avec toujours le souci de représenter la scène musicale locale."
"Nous ne voulons pas sortir plus de 4-5 albums par an. C’est un choix que nous avons fait dès le départ car nous ne voulons pas devenir trop grand, mais gérer au mieux notre progression. C’est sûr qu’on pourrait travailler avec plus de groupes hors de Montréal ou du Canada, on pourrait aussi sortir 8-10 albums par an car on nous sollicite beaucoup. Mais nous ne travaillons qu’avec des groupes régionaux car nous ne pouvons pas tout produire, nous devons faire des choix et il se trouve qu’il y a beaucoup de créations musicales sous-exploitées que nous trouvons intéressantes à Montréal. Par contre, nous n’avons jamais signé de contrats, cela se fait dans la conversation, les groupes doivent nous faire confiance. De notre côté, nous devons gérer au mieux les dépenses et les recettes car, au final, on partage les profits entre tous les groupes. Et, à petite échelle, je pense que seul le système de partage fonctionne. Ainsi, une petite parution vendue à 4000 copies donnera un peu d’argent pour l’artiste. Dans les autres modèles de fonctionnement, tu ne réaliseras jamais un sou là-dessus."
"Nous préférons jouer deux soirs dans une petite salle plutôt qu’un soir dans une grande salle. Lorsqu’on vient à Paris, on se produit soit Aux Instants Chavirés (Montreuil, nda) soit à L’Echangeur (Bagnolet, nda). Très souvent, les salles de plus de 500 personnes sont gérées ou achetées par de grandes compagnies et nous ne voulons rien négocier avec les grandes compagnies. Il y a cinq ans, des salles étaient encore indépendantes mais maintenant elles appartiennent à des grands groupes. Par exemple, L’Olympia appartient à Sony ou je ne sais pas qui, donc pas question de jouer là. Alors nous nous faisons des recherches en Europe, en France, en Allemagne pour savoir quels sont les intérêts derrière chaque salle."
"A Silver Mt. Zion essaye d’allier l’esthétique et la politique. Il y a tout un contexte en arrière scène qui agit dans ce sens, que ce soit la façon dont nous produisons nos albums, dont on les sort, la structure économique, le packaging, la démarche artistique… Nous travaillons à tous les niveaux, esthétique comme économique, pour avoir un engagement politique global. Nous sommes vraiment chanceux de faire ce métier et de pouvoir en vivre. Mais de plus en plus, au regard de la scène politique en Amérique du nord, on se pose la question de savoir si c’est vraiment le plus important de penser au prochain album ou à la prochaine tournée. Il arrive un moment où on se demande si l’on ne devrait pas se lancer plus directement dans un activisme politique. On pourrait stopper une année et s’engager volontairement dans la politique. Nous ne sommes pas des experts, il y a des gens au Canada qui sont beaucoup plus qualifiés dans ce domaine et avec qui nous pourrions collaborer. Voilà en tous cas une voie vers laquelle nous tendons de plus en plus."
COMMENTAIRES