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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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7 août 2007 2 07 /08 /août /2007 19:00

Les Eurocks, top ou toc ?

Pour sa 19e édition, le festival franc-comtois a réussi à délivrer 10 shows de plus que d’habitude. En 3 jours, 80 prestations scéniques lui ont permis de rentrer dans ses frais, mais tout juste, avec 85 000 tickets vendus contre 100 000 l’an passé et un seuil de rentabilité fixé à 73 000. Et pendant ce temps, à 10 000 lieux de telles préoccupations, avec mon pass journaliste et mon carnet de note, je cherchais un sens à tout ça.

Dimanche 1er juillet. Sous le crachin de ce début de journée, on apprécie les longs hymnes anglophiles des parisiens de Stuck in the Sound. Leur rage, leurs accalmies et leur souplesse vont chercher du côté des Pixies et des Smiths. Excité du bulbe, leur single, "Toy Boy" a une vrai patate, qui fait malheureusement de l’ombre au reste du répertoire, efficace sans casser des briques. Loney, dear – quatrième suédois de ces Eurocks – réussit là où son compatriote Peter Von Poehl a échoué : mettre l’ambiance à la plage avec d’angéliques pop-songs. Il faut dire qu’il est épaulé par des lignes de basse bien charpentées et les nappes vocales d’une choriste-claviériste dont on n’oubliera pas le sourire de sitôt. Ambiance Petite maison dans la prairie. A TV On The Radio, le son est massif, atmosphérique, tendu ; les mecs concentrés sur leurs intrus ; le chanteur ses longs bras habités. Issus de leur deuxième album, "Province", "Dirtywhirl" et "I Was a Lover" sortent la tête du lot, accrochent la foule mais sinon, trop mystique et hybride, comme celle des Griots & Gods, leur musique dissuade sur la longueur. Il y a beaucoup de monde à The Good, The Bad and The Queen, mais c’est bien parce qu’il y s’agit là de Damon Albarn – ex leader de Blur – et de Paul Simonon – ex bassiste des Clash – et que les ex c'est sexy. Parce que sinon, question musique, ce side project sent plus la retraite que la récréation. Les Klaxons, eux, mettent le chapiteau en fête avec leurs hymnes pop à synthé qui n'ont rien du furieux déluge "new rave" qu'on nous avait marketé mais qui nous chahutent gentiment les tympans.

Freaks névrosés

Entendant un peu partout qu’ils ne valaient rien sur scène, on n’attendait rien du concert d’Air. On ne savait même pas si on allait s’y rendre. Surtout que leur attachée de presse avait participé à nous les discréditer en nous narrant deux heures plus tôt combien il lui était par moments pénible d’être chargée de leur relation avec les médias (le monde extérieur ?). Parait-il que Nicolas et Jean-Benoît étaient flippés à l’idée de devoir traverser l’espace pro pour tenir leur conf de presse. Et que Nicolas se sentait en tel manque d’affection que l’attachée de presse devait courir à son chevet. (L’avant-veille ils ont stoppé leur show au château de Versailles au bout de deux morceaux par qu’il s’est mis à tomber des gouttes.) Bref, leur conf de presse a bien évidemment été annulée, mais il faut se méfier de ce que tout le monde s’accorde à dire. Car s’il y a une chose qu’on ne peut pas enlever à ces stars (freaks ?) névrosées, c’est que leurs morceaux ont une classe folle. Et avec 5-6 albums au compteur depuis 98, ça commence à en faire beaucoup des mélodies importantes. Donc voilà, les mecs n’ont pas l’air plus contents que ça d’être là et ils ont zéro charisme (à ce propos, la pochette de Pocket Symphony fait mouche en les figurant comme deux hommes de verre post-Kraftwerk), leur musique est telle qu’on se passe très bien d’eux. "Cherry Blossom Girl", "Venus", "People in the City", "Kelly Watch The Stars"... Best of volupté garantie. Pendant 45 minutes on oublie qu’on est en festival, on oublie la boue et on se surprend à déguster ces morceaux comme s’il s’agissait de classiques millésimés. Les morceaux de leur dernier album sonnent même mieux sur scène. Mais ce qu’on apprécie surtout c’est de pouvoir entendre des morceaux de 10 000 Hz Legend. "Don’t Be Light" est énorme. Leur deuxième album est celui qui a le moins bien marché. "Paradoxalement", c’est le plus ambitieux. Celui où les morceaux forment un tout. Là, ils faisaient du Pink Floyd, se lançaient dans une fresque, mais voilà ce qu’on permet à Radiohead, on ne le permet pas d’Air. Cet album était à écouter. Jugé trop lourd, ils sont retournés au light. Pocket Symphony.

Bigoteries de stadium rock

Là question qu’on a posé à Editors (de quelle manière le fait de savoir que vous jouez maintenant pour des stades influence-t-il l’écriture de vos chansons ?) on aurait pu et aimé la poser à Arcade Fire. Car depuis le succès monstre de Funeral, ils ont accepté de passer au stade supérieur. D’où en guise de deuxième vrai album la super production Neon Bible. Vénéré par des millions de fans, adoubé par Bono, Bowie, Springsteen et Byrne, distribué chez nous par une major (Universal), les montréalais sont partis en croisade pour convertir le max de monde et ont composé dans leur église un album à la hauteur de l’enjeu. Une sorte de Joshua Tree du XXIe siècle. Ni plus ni moins. Le disque homogène d’un groupe confiant. Ça reste bon, mais on s’en aperçoit sur disque comme sur scène, ça se rapproche déjà plus de ce qui se fait ailleurs. On a perdu en finesse, urgence et lyrisme nerveux ce qu’on a gagné en gros son. On n’a plus la projection d’un truc intimiste à grande échelle. Mais la projection d’un truc de grande échelle à grande échelle. Ça noie le poisson. Ça s’écoute facilement. On préférera toujours "Wampire/forest fire" à "Black Mirror", mais ne faisons pas la fine bouche : leurs bigoteries de stadium rock restent quand même un gros poisson. Tout ça donne un sacré show (superbe réorchestration du "No Cars Go" de leur premier EP), surtout quand vent et pluie s’invitent à ce moment précis pour mettre leur pierre à ce romanesque édifice. Peu de groupes arriveraient à faire tenir tant de gens sous ce déluge. Mais tout le monde tient bon. Quasi galvanisé que tout ça prenne une allure de petit combat avec les éléments. Ils sont récompensés : le final enchaîne "Power Out", "Rebellion" et "Wake Up" (en rappel). Et c’est sur cette poussée de sève qu’Arcade Fire est vraiment Arcade Fire dans la tête des gens. Régine Chassagne dit au public qu’il était génial, que ce n’est pas du pipeau, qu’elle le pense vraiment. Mais au fond on se fiche que ce soit vrai ou pas : les conditions étaient réunies, le groupe a tout donné, bien bataillé. Arcade Fire était seul a joué. Tout le monde était là. Là et pas ailleurs. Et il s’est passé un truc ! On repart avec la foi… et, toc ou top, peut-être qu’on reviendra aux Eurocks

Photos par Cécile Blanchard

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Maxouille 27/08/2007 10:48

c'est con mais y'a des crus pour les groupes. fallait voir arcade fire en 2005, fallait voir air y'a 7 ans, fallait voir stuck in the sound l'année dernière. plus on fait de concerts, moins on en fait des bons. quand j'avais 17 ans, je m'éclatais sur des groupes de ska. A 20 ans, les kids ont tout vu aujourd'hui, à 25 ans, ils retourneront voter Bayrou et écouter Renan Luce.

Sylvain Fesson 27/08/2007 10:49

Malheureusement assez d'accord avec toi, Maxouille...

Shilom 55 27/08/2007 10:47

Sylvain, ton texte c'est de la bombe, je retrouve tout à fait l'ambiance du festival ! a quand un nouveau fesson dans les bacs ! par contre, je suis pas tout à fait d'accord avec toi sur la prestation de Air, aussi planante qu'un pneu dégonflé

Sylvain Fesson 27/08/2007 10:47

Merci pour ta lecture, et pour ce qui est de Air, je sais bien que les avis divergent, j'assume, moi j'ai aimé !