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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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4 août 2007 6 04 /08 /août /2007 21:36
Les Eurocks, top ou toc ?

Pour sa 19e édition, le festival franc-comtois a réussi à délivrer 10 shows de plus que d’habitude. En 3 jours, 80 prestations scéniques lui ont permis de rentrer dans ses frais, mais tout juste, avec 85 000 tickets vendus contre 100 000 l’an passé et un seuil de rentabilité fixé à 73 000. Et pendant ce temps, à 10 000 lieux de telles préoccupations, avec mon pass journaliste et mon carnet de note, je cherchais un sens à tout ça.

Ce qu’on retiendra des Eurocks 2007 ? L’absurdité de l’entreprise. Faut pas croire, on n’est pas né de la dernier pluie, on sait ce que c’est un festival, qui plus est "les Eurocks". Mais en ces temps de crise du disque, le fait que le live soit la dernière chose sur laquelle les maisons de disques puissent faire des bénéfices pousse l’exercice dans ses retranchements. Au risque d’asséner une évidence qui va nous faire passer pour de pieux idéalistes, disons qu’un concert n’est pas une chose, justement. Enfin, si c’est une marchandise, mais une marchandise qui, par définition, doit faire tremplin vers un supplément d’âme, ce moment rare, précieux, qui fait qu’on qualifie souvent un live de communion ou de grand messe.L’un dans l’autre, ce n’est plus une messe mais à un "mess" qu’on a assisté aux Eurocks 2007. Plus des lives mais des morts. On a vu des artistes au bout du rouleau dérouler en pilotage automatique la prestation qu’ils avaient donnée la veille à un bout du monde et qu’ils allaient donner dès demain à l’autre bout du monde. Des zombies, des robots et des clowns. Oh, pas tous bien sûr. Mais pour quelques The Hives, Arcade Fire, I’m From Barcelona et Loney Dear, combien de Manson, Air, Editors et même Amy Winehouse ? Le paradoxe du superbe show de la jeune diva soul et la d’être un phénomène de foire qu’on a pu lire dans ses yeux. L’efficacité clinique des brit popeux. La déconfiture du (gol)goth Manson…

Luz in da place

Comment se défaire du désagréable sentiment de voir chaque groupe s’agiter dans son coin en ignorant le groupe voisin, comme s’ils étaient ailleurs, nulle part, chacun des marchandises devant prendre vie dans leur vitrine à eux ; comme si tout cela marchait avec des œillères ? Comment prendre du plaisir quand eux comme nous sommes un troupeau ? Aimer ou pas les festivals n’est pas la question. Il y en a de bons. Des petits (Art Rock) comme des grands (celui de l’île de Wight qui ne fait pas jouer tous les groupes en même temps). Avec un esprit, une ambiance. Mais celui des Eurocks se dégrade. Et les festivals d’été s’enchaînant à timming serré, les artistes ne sortent pas grandis, mais vidés, lessivés. Comment triper quand les groupes ne tripent pas et ne nous voient pas ? (Le chanteur d’Editors avouera en conf de presse qu’en festival, pour lui, tous les publics sont les mêmes.) Comment se laisser happer émotionnellement quand on n’est que de passage devant les shows, comme si on avait une zapette en main, les prestations s’annulant les unes les autres ? Il faut être bourré ou journaliste ! Rester le nez dans la mouise sans se poser de question ou au contraire s’en poser plein pour essayer de mettre tout ça en perspective. C’est pour ça que cette année Luz était dans la place, carnet de croquis en main, pour le compte de Charlie Hebdo. L’auteur de J’aime pas la chanson française y a flairé un "J’aime pas" potentiel. Du pain béni. Cela dit, passons maintenant aux choses futiles.

Diva punk à chien

Vendredi 29 juin. On enfile nos premiers décibels devant les vétérans du Wu-Tang. Cool mais ans plus. Ils ne lancent pas vraiment les festivités. (Dans son compte rendu, Libé écrira même que l’organisation était soulagée de les voir partir : une façon de sous-entendre que c’est eux qui ont obtenu le cachet maximal de 150 000 euros et que ça ne les a pas assagi pour autant ?) C’est par contre une véritable tension qui nous étreint lorsqu’on rejoint la foule massée devant la scène qui va accueillir Amy Winehouse. C’est vrai que l’anglaise "bénéficie" en ce moment d’une réputation rock’n’tox à faire pâlir Pete et Kate réunis, mais aujourd’hui ce n’est pas de ragots pipoles que sont venus se nourrir les gens. Ils sont venus se faire souffler par sa voix. Et c’est ce qui arrive. Dans un décor feutré ponctué d’abat-jour et pris d’assaut par une smala de neuf zicos top classe, Amy n’a qu’a ouvrir la bouche et tout le monde est sous le charme. Car c’est l’âge d’or des sixties qui débarque. C’est le timbre de Shirley Bassey et le charisme d’une Cléopâtre qui sortent de cette diva à l’allure de punk à chien. Un petit air de miracle. On ne sait pourquoi mais certains essaient de pogoter, ce qui ne facilite pas la tâche du type devant nous qui – Luz ferait-il école ? – essaie de crobarder la star sur son petit carnet. Amy est un bon modèle. Une chimère mixant Antony Hegarty (pour le côté transformiste-soul), Pete Doherty (pour le côté drogué et pipole jusqu'à l'os) et Lauryn Hill (pour le côté grande soeur de la rue). D'ailleurs vers la fin du show, elle reprend en passant un bout de morceau de l'ex-Fugees sans que ces sonorités hip hop funk ne dépareillent avec le reste. Cool. Classe. Autre brindille, plus blonde celle-là, le suédois Peter Von Poehl a beau fourbir de belles pop-songs, il est moins doté niveau charisme et voix pour s’imposer en festival. De leur côté, trop progressives, les compositions indus rap spectrales de Griots and Gods réunissant les rockers suisses de Young Gods et les rappeurs US de Dälek peinent à séduire sur la longueur.

Alien de série B

00h30. Les jeunes goths qui font sitting au premier rang de la grande scène depuis le début de l’aprem reprennent vie (on ne va pas dire : des couleurs), les photographes s’agitent pour se voir autoriser à entrer dans leur fosse pour shooter tout ce qu’ils peuvent le temps de trois morceaux (Luz y est-il ?). C’est signe que Manson va montrer le bout de son nez. Quelques jours plus tôt, lors de son concert à Bercy précédent la sortie de Eat me, drink me, on nous a décrit l’animal en baisse de régime. En gros : peu de présence, peu d’effets spéciaux et des nouveaux morceaux faiblards alignant, pour certains, des solos à la Bon Jovi. Il y aurait une explication à cela : Manson voudrait montrer son vrai visage et s’assumer en songwriter. Problème : que reste-t-il au-delà du personnage ? Peu de chose. (C’est pour ça que l’accès aux photographes est si réglementé et que s’ils approchent à plus d’un mètre de la scène un gorille leur tombera dessus : l’image de l’artiste est plus sacrée que sa musique. En tant que "gratte papier" on n’a pas ce souci et pourtant on n’a pas la plume tendre…) Manson n’est pas Bowie et c’est une ultime arnaque que de nous faire croire qu’il y a un faux et un vrai lui ! La preuve : ce soir il est enroué, le son est pourri et ce qu’on a c’est juste une sorte d’Alien de série B se débattant dans le vide. S’en rend-t-il compte ? A un moment il se retourne et se dandine pour nous montrer son cul (risible, pitoyable) mais se ravise dans la seconde qui suit. (Se dit-il : "Non, je ne peux pas, je suis un songwriter maintenant !" ?). Songwriter mon cul !

Justice est fête

Gaspard Augé, du duo Justice, en conf de presse : "J’espère que les gens seront suffisamment patients pour ne pas être excédé de voir nos têtes dans les magazines. Parce que ce n’est pas du tout un calcul de notre part. Notre but n’a jamais été d’être branché. Après il se trouve qu’on habite à Paris et, je ne sais pas, c’est peut-être une tare de faire de la musique à Paris aujourd’hui." Il poursuit : "Mais c’est assez agréable car j’ai l’impression que les journalistes nous ont plutôt compris et ont dépassé le phénomène de buzz. Ça me fait plaisir de voir que des gens qui nous crucifiaient avant à cause de cette image très parisienne très hype retournent maintenant un peu leur veste en nous disant qu’ils ont été surpris par la qualité de l’album." Problèmes : Justice et son phénomène sont-ils deux choses séparables ? Justice et Pedro Winter sont-ils deux choses séparables (car ok, peut-être que Gaspard et Xavier ne calculent rien, admettons, mais ils n'en ont pas besoin, ça leur manager Pedro Winter s'en charge à leur place et mieux que quiconque) ? Quand on n’a pas encore écouté l’album, qu’on est fatigué, assommé par le buzz et peu clubber dans l’âme, dès les premiers bégaiements électro estampillé "Robot Rock" de la machine Justice, on rebrousse chemin direction l’hôtel.


Photos par Cécile Blanchard

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Xavi909 09/08/2007 22:50

J'ai vu une video d'un set de Justice sur le net, je sais c'est léger pour "juger", mais j'étais sur le cul... : tout ça pour ça ! Aucun intérêt... voire vite chiant.Mais c'est pas grave, c'est normal, il y en a des milliers comme Justice a faire de l'art en professionnel sans talent, ou surfant sur leur unique micro-bonne idée rebattue jusqu'au ridicule et à trés bien gagner sa vie... ça a toujours été comme ça. Ca doit donner espoir aux autres. Comme disait le bon vieux Robert Smith : "Les autres groupes étaient si mauvais alors je me suis dis : "Pourquoi pas moi ?""

Sylvain Fesson 09/08/2007 22:51

Si de tels groupes génèrent la naissance d'autres groupes de le trempe de Cure, je ne sais pas toi, Xavi909, mais moi d'un coup ça me donne envie de devenir pro-Justice.

ToX 07/08/2007 11:31

Ha j\\\'aime mieux ça! L\\\'appart rock\\\'n\\\'roll ça passe aussi, me voilà rassuré. Evidemment que j\\\'ai vu le clin d\\\'oeil, je t\\\'en remercie.
Pour revenir à Justice, Ok Pedro est le maître là derrière, mais quoi alors?! Eux sont des simples marrionnettes, des produits marketing mais pas sous le label Matel comme les barbi mais sous le label Ed Banger. Autre hypothèse: ils ne sont pas très intelligents. Encore une: ils sont très bien conscient de leur image, du buzz qui a tourné autour d\\\'eux et s\\\'en alimentent. Ce n\\\'est quand meme pas leur manager qui va placer leur mannequin devant les appareils photos... Je reste perplexe... Et puis impossible de les rencontrer seul à seul, Pedro n\\\'est jamais loin...

Sylvain Fesson 07/08/2007 15:47

Mouais, j'ai pensé à la piste marionnette, because les mecs de Justice ils ont un peu l'air apathique comme des pantins (ni sympathiques ni désagréables, juste mous), mais bon je crois que ce serait manichéen et un peu parano de voir ça ainsi... Ils sont peut-être juste "décomplexé" (un mot à la mode en ce moment...) du buzz (et du bulbe), genre ils savent que ça fait chier les gens mais eux ça les indiffèrent finalement... Donc ils obéissent à un truc qui les dépasse... Que dire de plus ?

ToX 05/08/2007 15:59

Salut Sylvain! Très belle chronique de ce premier jour mélant habillement reflexions, infos, conférences de presse et comptes rendus.
Les infos sur Justice sont intéressantes mais j\\\'ai beaucoup de mal à les croire... Et que ce soit leurs apparitions, leur look ou leur son, tout me semble calculé...
Un journaliste à l'hotel?! Même pas au camping.... :-)

Sylvain Fesson 05/08/2007 22:59

Salut Thomas, comme d'hab merci pour ta lecture et le commentaire qui s'en suit. Pour ce qui est de Justice, le truc c'est que j'ai quand même fort l'impression que c'est leur manager, Pedro Winter, qui tire les ficelles. Si eux ne calculent pas trop, lui par contre il est à donf ! Pour ce qui est du couchage, détrompe-toi, c'est la seule désinformation de l'article, j'ai dit ça pour schématiser car en fait j'ai squatter chez le frère d'un pote et je t'assure, sa baraque c'était pire que du camping, donc tout aussi rock'n'roll ;-) Bon et sinon tu as remarqué que je t'ai glissé un clin d'oeil dans l'article ?