Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Presentation

  • : PARLHOT
  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
  • Contact

INTERVIEWS

Rechercher

25 juillet 2007 3 25 /07 /juillet /2007 01:37

Les junkies et la musique


Suite à un petit dialogue orienté drogue et rock’n’roll entre le réalisateur-scénariste Romain Novarina et l'écrivain rock Pierre Mikaïloff, collaborateur du rockzine Gonzaï, à propos du nouvel album des Happy Mondays, j’ai fouillé mes archives. En effet, en 2005, dans le cadre d'un article sur le Down in Albion de Pete Doherty et de ses Babyshambles j’ai interviewé deux psychiatres spécialisés sur la question pour le compte de Technikart. Le but ? Savoir si les junkies peuvent faire de bons disques ? Pour conclure j'ai aussi posé la question à Elisabeth Rossé, psychologue au centre médical Marmottan à Paris. Va-t-elle être aussi loquace et inspiré que son collègue Mario Blaise sur le sujet ?







"une fois qu'un mouvement musical est reconnu, l'association drogue-zik devient moins prégnante"

"un junky peut faire autant de bons disques que de mauvais"









Vous avez déjà travaillé sur le thème "drogue et musique", quelles formes prennent ces travaux, et à quelles thèses et conclusions avez-vous abouti ?

La problématique de ma thèse de doctorat en psychologie sociale consistait à s’interroger sur les liens entre musiques et drogues durant l’adolescence. Mon propos ne concerne donc pas les cas extrêmes, mais un phénomène actuel : l’usage "récréatif" de drogues en festival par les festivaliers. Dans le premier chapitre, la musique et la drogue sont présentées dans leurs spécificités, l’hétérogénéité de leurs expressions et pratiques, modelées par les contextes anthropologiques par et dans lesquels elles émergent. Il s'agit de savoir où et comment
musique et drogue se croisent ? Par la suite, dans le cadre théorique, il est question de l’adolescent. L’objectif de ce travail est de montrer que ces comportements constituent, pour la majorité des adolescents et jeunes adultes qui s’y adonnent, une médiation palliative à leur désir de reconnaissance. Une enquête, composée de trois études (exploratoire, par questionnaire et entretiens non directifs) a été effectuée. Trois réflexions explicatives découlent de la dialectique entre éléments théoriques et empiriques. Musiques et drogues proposent des modèles identificatoires, au sein de "tribus", qui correspondent, le temps de leur opérabilité, aux exigences paradoxales de l’adolescent et aux contraintes des sociétés actuelles. Pour échapper à l’ennui de l’attente adolescente et accéder au sentiment de continuité de Soi, les jeunes se construisent en narrant leurs vécus musicaux et psychotropes. Enfin, l’incarnation existentielle du désir de reconnaissance (le corps, le plus bel objet de consommation) trouve à s’exprimer dans ces entre-deux drogues-musiques où se négocie la distance accordée à chacun par rapport à Soi, avec Soi et avec l’Autre, les Autres.

Votre avis sur la médiatisation "glamour" de Pete Doherty et de Kate Moss ?
Rien. Pete Doherty est avant tout l’ancien leader des Libertines, habillé par Hedi Slimane qui
vient de sortir un livre sur lui. Mais ça, je pense que vous le savez déjà.



Recevez-vous en ce moment de plus en plus de patients toxicomanes, notamment des jeunes et des musiciens ?

L’officialisation des consultations "jeunes consommateurs" qui a comme premier objectif la problématisation de l’usage nocif de cannabis a engendré la venue de personnes plus jeunes mais aussi de " routards du joint". De même, les prises en charge, récemment proposées, en lien avec les nouvelles formes d’addiction (jeux vidéo, Internet mais aussi jeux d’argent), fait que nous recevons des populations toujours plus diversifiées, sans profil figé. Dans ma recherche, je me suis plus précisément interrogé sur les mouvements actuels et donc sur la techno. De plus, j’ai été bénévole à la mission rave de Médecins du Monde. Ce qui est manifeste concernant ce courant musical, c’est le nombre croissant de jeunes qui y adhèrent mais ce qui est plus curieux, c’est l’inflation de musiciens !
C’est-à-dire des jeunes qui vont être DJ pendant quelques heures lors d’un teknival, adoptant ainsi la position de celui que l’on vient écouter de manière éphémère. Ce phénomène peut s’expliquer par la condition de non interruption musicale posée dans les fêtes techno et plus particulièrement en teknival.

En quoi la drogue aide-t-elle, comme on le dit souvent, le processus créatif ?
S'il suffisait de se droguer pour être un artiste, cela se saurait ! La drogue désinhibe et peut
en cela participer au premier passage à l’acte sans jamais en être l’aboutissement. La stabilité historique du lien entre innovations musicales et consommations de psychotropes appuie cette idée. Mais par la suite, une fois que le mouvement artistique est reconnu, cette association est moins prégnante. Là encore le rôle des médias est capital : amplifiant l’étrangeté de la nouveauté par des stigmatisations hâtives.

Pourquoi selon vous la musique et le rock sont-il si souvent associé ?
On se répète souvent les mêmes histoires… pour ne pas les oublier ? Se rassurer ? Se (l’a) raconter ?

Comment se déroule une cure de désintox ?
Au quotidien, sur des années. On parle avant tout de vies humaines, de parcours. Concernant les traitements, il y en a autant que des drogues… Sans jamais oublier l’importance du biologique, il faut souligner que les prises en charge sont des "supports psychologiques" : des espace-temps d’écoute, de (re)création de liens. L’aliénation se situe aussi au niveau psychique : les difficultés existentielles ne peuvent être affrontées sans adjuvants chimiques. La parole doit être valorisée, réapprivoisée au cours d’entretiens réguliers.

Alors, les junky peuvent-ils faire de bons disques ?
Sérieusement, cette question a peu de sens : il est évident qu’un "junky" peut faire
autant de bons disques  que de mauvais… de même pour un "non junky".


Photo détournant la première pub iPod issue du site inanoblog.fr
qui précise que "l’organisation de lutte contre la Drogue allemande" à décliné ce célèbre symbol occidental en y apposant un slogan "qui signifie qu’aucune drogue n’est aussi inoffensive que la musique."

Partager cet article

Repost 0
Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
commenter cet article

commentaires

Cheval Blanc 25/07/2007 12:42

ouvrir des portes, se laisser entrainer dans l'Hades, pouvoir en revenir les bras charger d'Ors n'étant pas donner au commun des mortels...
je découvre votre chez vous avec beaucoup d'interêt mais peu de temps, l'article sur Giesler m'a beaucoup interresser , lui et Technosis fraichement notés dans ma liste de courses littéraires
pour le reste, si roger Gilbert-Lecomte avait pu décrocher à temps il aurait sans doute écrit le chef d'oeuvre dont il rêvait et que le monde n'aura plus, il est des destins aussi pâle que la mort
je vous lierai dans mon cahie de brouillon tantôt si vous n'y voyez pas d'inconvénient
bye bye bye maladroit
jérôme_david

PIERRE M 25/07/2007 09:31

merci de m\\\\\\\\\\\\\\\'avoir orienté sur cet interview. intéressant, bien qu\\\\\\\\\\\\\\\'un peu aride. c\\\\\\\\\\\\\\\'est toujours aride quand les psychiatres parlent de dépendance...Pierre

Sylvain Fesson 25/07/2007 12:03

Salut Pierre, oui celle-ci est un peu aride, mais as-tu lu la précédente interview ? Elle est un peu plus funky... au plaisir de te revoir par ici.