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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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23 juillet 2007 1 23 /07 /juillet /2007 13:40

Les junkies et la musique



Suite à un petit dialogue orienté drogue et rock’n’roll entre le réalisateur Romain Novarina et Pierre Mikaïloff collaborateur du rockzine Gonzaï à propos du nouvel album des Happy Mondays, j’ai fouillé mes archives. En effet, en 2005, dans le cadre d'un article sur le Down in Albion de Pete Doherty et de ses Babyshambles j’ai interviewé deux psychiatres spécialisés sur la question pour le compte de Technikart. Le but ? Savoir si les junkies peuvent faire de bons disques ? J'ai commencé par poser la question au docteur Mario Blaise, psychiatre au centre médical Marmottan à Paris.






"La drogue joue un rôle dans la construction de la figure de la rock star"

 


"Les junkies sont plutôt connus pour faire de mauvais disques"










Vous avez déjà travaillé sur le thème "drogue et musique", quelles formes prennent ces travaux, et à quelles thèses et conclusions avez-vous abouti ?

J’ai travaillé sur le thème "drogue et musique" car je souhaitais en faire ma thèse de médecine mais le sujet n’a pas été jugé assez médical pour cet exercice. De ces travaux, tout de même bien avancés, j’ai rédigé un résumé d’une douzaine de pages pour l’entrée "musique" du Dictionnaire des drogues et des dépendances paru chez Larousse en 2004. La forme de ce travail est plutôt une petite histoire des drogues et de la musique, organisée chronologiquement autour de trois grandes périodes : l’ère du jazz, l’ère du rock et l’ère des musiques électroniques. Ceci permet d’aborder les questions des liens entre drogue et musique au fur et à mesure que ces liens se sont construits. La plupart des questions sont transversales et retrouvées à toutes les époques. Exemple : figure de l’artiste maudit, initiation et diffusion de drogue dans le milieu musical, législation anti-drogue, prévention et diabolisation, drogue et créativité, sociabilité voire identification politique, prise de risque et sacré… Néanmoins, les liens entre drogue et musique prennent particulièrement sens à certaines époques. La drogue et la musique contribuent par exemple aux questions ethniques de l’ère du jazz, à l’identification générationnelle de l’ère du rock (naissance de l’adolescence), ou aux questions de territoires dans l’ère des musiques électroniques.

Votre avis sur la médiatisation "glamour" de Pete Doherty et de Kate Moss ?
La belle et le mauvais garçon : sans être fan, difficile d’y échapper. Médias et public sont friands de révélations scandaleuses. Il est particulièrement étonnant de voir combien le rapport aux drogues reste ambigu dans notre société. Elle ne valorise par clairement les excès de drogues dans certains groupes sociaux (artistes, musiciens, sportifs), mais il existe une certaine tolérance oscillant entre fascination et répulsion. C’est accepté au nom du spectacle, de la valeur artistique… Mais cela devient curieux pour un artiste quand on s’intéresse plus à son mode de vie qu’à sa musique. Il est savoureux de voir qu’au moment où Kate Moss s’affiche dans Paris pour Opium, elle fait scandale pour des photos révélant sa consommation de cocaïne.

Recevez-vous en ce moment de plus en plus de patients toxicomanes, notamment des jeunes et des musiciens ?

Nous recevons dans les centres de soins spécialisés en toxicomanie les gens pour qui, à un moment de leur vie, la consommation de drogues est devenue un problème et qui cherchent de manière volontaire à être aidés. Cela concerne beaucoup de gens d’horizons différents. Nous recevons des gens qui se considèrent en quelque sorte "en échec" dans leur consommation et qui sont demandeurs d'aide, et non pas les usagers occasionnels et ceux qui ne considèrent pas encore avoir de problèmes. Notre vision du centre spécialisé est forcément biaisée. La démocratisation de la consommation de drogues semble avoir eu lieu depuis les années 70, 80. Elle semble avoir pris depuis plusieurs années le tournant de la précarisation et concerner des jeunes en errance dans des situations sociales très précaires. D'autres lieux d'intervention, comme Médecin du monde, lors des teknivals, permettent de rencontrer d'autres types de consommateurs qui ne viendraient pas forcément consulter à Marmottan.

En quoi la drogue aide-t-elle, comme on le dit souvent, le processus créatif ?
La drogue est avant tout une expérience et comme toute expérience elle peut amener un processus de création fécond chez quelqu’un dont l’imaginaire permet de le nourrir. Mais bien plus souvent, la consommation de drogue s’apparente à du dopage. Véritables "working drugs", celles-ci permettent aux musiciens de gérer leur stress ou de se stimuler lors de tournées, interviews… Beaucoup plus de musiciens ont évoqué leur utilisation de drogues comme gestion du stress, du manque, de la fatigue, des émotions que comme moyen de défonce. Beaucoup ont aussi parler des effets négatifs de la drogue sur leur travail. Mais je précise : "working drug" n'est pas une "appellation contrôlée". Toute drogue peut jouer cette fonction d'aide à l'élaboration d'une tache. Si dans le cadre d'une compétition sportive on parle de dopage, pour un travail on peut parler de "working drug".

Pourquoi selon vous la musique et la drogue sont-il si souvent associé ?
La drogue trouve des liens avec tous les styles de musique populaire : jazz, rock, reggae, hip hop, techno…Mais c’est certainement avec la construction de la figure de la "rock star" que ses liens sont les plus mis en scène. Pour certains, c’est l’affaire Redlands en Angleterre en 1967 qui marqua le début de la médiatisation des histoires de drogues, comme si les Stones avaient inventé les drogues. Mais ce n'est pas la drogue qui construit la rock star, ce sont les médias et l'engouement du public. La drogue n'est souvent qu'un élément dans la construction du mythe de la star.

Comment se déroule une cure de désintox ?
On entend souvent parler de la célèbre cure de désintoxication de Keith Richards des Rolling Stones qui se serait fait changer le sang dans une clinique en Suisse. Il aurait dit par la suite que c’était juste une histoire inventée pour répondre à l’empressement des journalistes à sa sortie d’une énième cure. Cette anecdote ouvre la porte à tous les fantasmes : technicité médicale, contamination, incursion dans la vie privée... Dès que l’on parle de toxicomanie, vient la mythique cure de désintoxication. Comme si le problème de
dépendance aux drogues, habitude de vie souvent installée de manière progressive sur des années, pouvait disparaître en une à deux semaines de cure par élimination de je ne sais quelles toxines. Il est certes nécessaire d’avoir recours à des hospitalisations à certains moments de la trajectoire dans la toxicomanie, mais elles ne permettent souvent pas à elles seules de se déshabituer d’une dépendance. L’accompagnement au long cours, notamment avec des traitements de substitution pour la dépendance aux opiacés, est souvent nécessaire.

Pete Doherty a déclaré qu'on lui avait prescrit des patchs de drogue, cela existe-t-il ? Il existe effectivement des patchs contenant des opiacés, notamment du Fentanyl en patch, agoniste morphinique puissant utilisé dans le traitement des douleurs en chirurgie, anesthésie ou cancérologie. Il n’existe pas, en France du moins, d’utilisation comme traitement de substitution aux opiacés.

Alors, les junky peuvent-ils faire de bons disques ?
Pas besoin d’être un junkie pour faire de bon disque non plus, il y a d’ailleurs certains musicien qui revendiquent leur côté "straight". Les musiciens "junkies" sont plutôt connus pour faire des mauvais concerts que de mauvais disques.


(Suite et fin.)


la photo de Kate Moss issu du site les iconoblastes qui
réfléchit sur le sens et la construction des image de la psychiatrie et promouvoit de nouvelles images issues notamment de l'art contemporain, de la bande dessinée.....


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Published by Sylvain Fesson - dans IDEEcryptage
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commentaires

NJCorbin 21/12/2012 15:53


Tu cites ''les junkies sont plutôt connus pour faire de mauvais discques''. ce n'est pas ce qu'a dit la personne interviewée ! il a dit que les junkies étaient plutôt connus pour faire de mauvais
concerts que de mauvais disques.'' ce sont les concerts que les junkies peuvent foirer, pas leurs albums''


 


attention à la retranscription, tu as changé tout le sens de sa réponse.

AL. 25/05/2008 14:23

"Pourquoi selon vous la musique et le rock sont-il si souvent associé ?"bonne question...

Sylvain Fesson 25/05/2008 17:15


Bonne remarque, je corrige, il fallait bien sûr comprendre : "Pourquoi la musique et LA DROGUE sont-ils si souvent associés ?"


Romain Novarina 25/07/2007 13:42

Salut Sylvain, très bonne réaction, ton article est instructif, pour une fois on dépasse les idées reçues ( ça manque dans le journalisme), je ne suis ni moraliste, ni moralisateur mais j'en ai marre de voir des petits merdeux se coker ou se remplir de bière parcequ'ils pensent  "être rock'n roll"... c'est particulièrement valable pour une bonne partie des "newcomers" qui se disent faire du rock : ils n'ont pas une once de créativité que ça soit dans leur panoplie achetée chez des marques faussement vintage hors de prix ou dans leur pseudo répertoire rock qui n'est qu'une très pâle copie de vieux tubes standardisés.... je vois trop de mauvais jeunes groupes comme ça et j'ai envie de les baffer (et je le fais) c'est dit.A bientôt