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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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6 juillet 2007 5 06 /07 /juillet /2007 13:50
Simple et funky

Avant les raz de marée estivaux des Eurockéennes et de Rock en Seine, revenons sur Art Rock, ce petit festival "pluridisciplinaire" qui prend place dans la ville de Saint Brieuc depuis maintenant 24 ans. Dans sa programmation tendance alliance ethnique qui mêle rock, pop, rap, chanson, des spectacles ont plu. A commencer par les concerts d’Art Brut, Do Make Say Think et Cocorosie. On a même rencontré l’auteur d’Horses. Bilan.


Dimanche 27 mai : CocoRosie "Rainbowarriors"

17h00. Changement de programme. Je voulais tranquillement m’aventurer à découvrir quelques spectacles plus hybrides et multimédias que le festival met en avant mais un coup de téléphone me coupe dans mon élan. C’est l’attaché de presse du festival. Elle est en mode urgence. Ils ont réussi à négocier une conférence de presse avec Patti Smith, qui clôturera l’événement en toute fin de soirée. L’attachée de presse craint que les journalistes ne répondent pas présent à l’appel. Je rapplique. Ce n’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de poser quelques questions à Patti. Une fois sur les lieux de la conférence, je me rend compte que je n’ai pas été le seul penser cela : de nombreux journalistes ou plutôt, devrais-je dire, photographes et caméraman sont là. Ceux-là préfèrent la voir, enregistrer son image et ses propos plutôt que de prendre eux-mêmes la parole. Les rares à l’avoir pris l’ont gavé en la questionnant sur son militantisme et son statut d’artiste américaine, sous entendu sous l’Amérique de Bush. (Pour ma part je me suis plutôt adressé à l’artiste et à l’icône rock.) Patti a répondu longuement avec beaucoup de professionnalisme. Elle mérite la paire de chaussettes Ange et Démon que les organisateurs lui ont réservé en cadeau de bienvenue. S’en suit un passage surréaliste où Patti retirent ses vieilles bottes qui semble sédimentées à ses mollets, puis ses vieilles chaussettes qu’elle nous montre avec un certain amusement parce que celles-ci sont à l’effigie de Meatball un héro de dessin animé américain qui ressemble à une sorte de Bob l’éponge version boulette de viande.

19h00. Il pleut depuis le début d’après-midi. La foule est massée sous la scène couverte où vont se produire les sœurs Casady, dites CocoRosie. Va-t-on se réchauffer en bonne compagnie ? Vont-elles être les "Rainbowarriors" d’aujourd’hui ? A priori, j’en doute. Autant j’aime leurs albums, autant leurs concerts m’ont toujours laissé sur ma fin, ne parvenant pas à retranscrire leur joyeux bordel mélodique bien ordonné sur disque. D’ailleurs à l’époque de leur premier album, La maison de mon rêve, je me demandais même qu’elle pouvait être l’intérêt de porter cette musique si douce, intimiste et rêveuse sur scène. Mais elles en ont fait du chemin, Sierra et Bianca depuis ce premier album quasi autistique où elles se présentaient comme des jumelles, des enfants bulle. En trois albums et nombreux concerts, Sierra et Bianca ont appris à mieux scinder leurs rôles et leur image pour instaurer une mise en scène dans leurs spectacles. A Sierra, la brune au cheveux longs qui chante des interludes baroques d’une tristesse glaçante, la féminité et l’angélisme baba. A Bianca, la blonde au cheveux courts qui rape avec son timbre indo-country, la masculinité et la froideur martiale. Tandis que l’une sourit et danse lascivement (genre Heïdi sexe), l’autre, stoïque, fait la gueule et fait vraiment peur. (Avec sa casquettée militaire et ses sourcils peroxydés, d’où l’on est on a d’ailleurs l’impression de voir le héro paranoïaque de The Wall.) Une brune. Une blonde. Pour un peu on se croirait dans un film de Lynch. Bon, ce ne sont pas des bêtes de scène pour autant. Mais parallèlement leur musique a gagné en monstruosité. (En témoigne leur troisième album, The Adventure Of Ghosthorse & Stillborn qui opère la synthèse de Björk et du Digital Ash in a Digital Urn de Bright Eyes.) Et ce soir, passée une petite phase de réglage, leur somme de sons antagonistes, ces rythmes d’un côté et ces harmonies de l’autre, ce piano, cette basse, cette harpe, ces programmations et ces bruits de bouche et de jouets pour enfants, tout cela prend corps et donne une messe féerique et violente à la fois. Cette fois il se passe vraiment quelque chose, une émotion, une fête, une tension. (La pluie y est-elle pour quelque chose ?) Et c’est étonnent de voir combien le public est réceptif à autant d’étrangeté. Etonnant de voir que ces deux freaks jouissent d’une telle côte de popularité. C’est vraiment la fête quand elles entonnent "Japan". Un des moments forts du festival.

20h30. L’heure de déguerpir avance à grands pas. Je ne verrai pas Patti Smith. Juste le temps de jeter un œil à Olivia Ruiz. De me rendre compte qu’elle assure tout de même un max sur scène. Et qu’elle est jolie. Elle porte une courte robe argentée qui lui donne des airs de femme fusée. Très pop, très eighties, très Blondie. Elle est aussi assez Rita Mitsouko (celui des débuts) dans cette façon qu’elle a de faire le show façon théâtre et d’être portée par un vrai groupe qui envoie bouler le côté chanson de son disque pour balancer un son super rock. Olivia, la femme choc : "Ola !"
Et "Hasta la vista !"



"Je ne suis pas une midinette !"


De retour à Paris, on a ce mail d’une amie, elle a été voir Razorlight à Angers : "20h. Je suis arrivé au Chabada, petite salle de concert. Syndrome de la petite salle, je me dis : "Ouais, super ce sera intimiste, ils le feront un peu acoustique." Ma pauvre : arrête donc avec tes clichés. File d'attente : une foule ado. Certains accompagnés de papa et maman. Là, je prends un coup de vieux. Et je me rassure tant que je peux par rapport à la constitution du public. Première partie : Second Sex. Et débutent les : "Ils sont trop beaux, je les croquerais, ah il m'a regardé !" Dommage que je ne sois pas en maîtrise de socio : j'aurais eu une belle expérience pour étoffer mon mémoire. Arrive Razorlight et les midinettes de devant s'en donnent à coeur joie. Les portables et autres appareils photos sortent des poches. Acte 1 : "In the morning" reprise en coeur par ce public angevin. Je l'aurais écouté sur CD ça aurait été pareil. Mêmes notes, même ton... Bon, ce n'est que le début du concert, ils ne sont pas encore dans l'ambiance. Du moins, c'est ce que j'essaie de me dire. Mais à mesure que se suivent les autres chansons, se détruit mon alchimie avec ce groupe dont j'avoue avoir écouté l'album en boucle et reboucle. Raisons possibles : 1) je ne suis pas dedans : épuisée, je n'ai pas la force de me jeter corps et âme dans la masse angevine pour célébrer Johnny et ses potes ; 2) les cris des midinettes : ça discute pendant les chansons et ça applaudit à tout va à la fin de ces mêmes chansons l'air de dire : "C'était génial !" Les midinettes ou l'art de paraître en société ; 3) grosse déception : pas de changement par rapport à l'enregistrement du studio, Johnny faisant semblant d'être habité par ses paroles, rien à voir à côté de Dan des Servant ! Acte 2 : au rappel il revient accompagné seulement d'une guitare, sort pleinement sa voix. Dédé Manoukian aurait dit de lui qu'il ressemble à un cow-boy et qu'on se croirait à Brokeback Mountain. Là, je suis censée adorer car c'est que j'attends depuis le début du concert. Pas de bol : les midinettes discutent de plus belle. Du coup je suis démoralisée et rassurée en même temps. Je peux crier au monde entier : "Je ne suis pas une midinette !" Le concert s’achève. Je n'aurais mis que quelques secondes ma jupe et mon chapeau western. Pas de quoi m’évader de ma réalité quotidienne. Dommage, j'étais pourtant persuadée qu'ils y arriveraient."


Photos par Jean-Marc Grosdemouge du webzine M-la-Music.

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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