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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 16:23
Simple et funky

Avant les raz de marée estivaux des Eurockéennes et de Rock en Seine, revenons sur Art Rock, ce petit festival "pluridisciplinaire" qui prend place dans la ville de Saint Brieuc depuis maintenant 24 ans. Dans sa programmation tendance alliance ethnique qui mêle rock, pop, rap, chanson, des spectacles ont plu. A commencer par les concerts d’Art Brut, Do Make Say Think et Cocorosie. On a même rencontré l’auteur d’Horses. Bilan.



Samedi 26 mai : Do Make Say Think, "cathédrales sonores"

12h30. Le taxi qui nous emmène en ville nous apprend pourquoi IAM a fait faux bond : le jeudi soir ils étaient chez Cauet et le vendredi soir sur Canal en direct de Cannes. Tout bien pesé, ils ont dû juger qu’Art Rock faisait tâche dans leur beau plan promo. On a connu la bande à Akhenaton au-dessus de ses préoccupations. 14h30. Errances, le super disquaire-librairie de seconde main du coin ouvre ses portes à l’affamé de culture rock qui bave depuis 10 minutes sur sa vitrine ornée de vinyles de Patti Smith et autres raretés bien louches et alléchantes. Christian, le tenancier, vient taper la discute alors que je fais défiler des boîtiers d’un rapide coup d’index. Il demande si l’on est sur le festival, regrette l’absence d’IAM. Hier soir, il se serait bien bougé pour les voir. Mais pas pour Joey Starr. On sympathise et il nous en raconte de belles à propos de son échoppe et d’Art Rock. Comme quoi il y a deux ans Kim Gordon et Thurston Moore, qui étaient parrains du festival, ont passé le gros de leur séjour à Saint Brieuc à chiner chez lui, s’en tirant pour 3000 euros de vinyles et déclenchant une telle cohue dans sa boutique qu’il a dû s’enfermer avec le couple star pour le laisser choisir ses achats en paix. Perso, je m’en sors pour 21 euros avec Marquee Moon, Rock Bottom, un Bright Eyes et les félicitations de Christian qui me guide alors chez le nouveau disquaire qui vient d’ouvrir en ville. Là, je m’en sors avec un Sufjan Stevens et une info sur Yelle, que je tiens du caissier : la starlette fluokids est briochine et son père, François Budet, est un célèbre auteur-compositeur-interprète de musique bretonne. L’ami d’ami qui m’héberge ce soir va même plus loin dans l’anecdote : le père de Yelle est nationalement connu pour avoir écrit un classique, "Loguivy-de-la-Mer", qui a suscité des reprises et que certains utilisent pour leurs cérémonies de mariage. Sa fille ira-t-elle si loin ?

16h40. Voilà le rap bobo que ne promettait pas Joey. Il débarque à l’heure du goûter en la personne de Yelle, alias Julie Budet, 23 ans. L’enfant du pays se trémousse incestueusement au micro avec sa jolie petite coupe au carré très Lio et son legging fluo très Véronique et Davina. Joli minois, petits seins : Yelle, c’est l’Alizée de l’électro hip-hop. Elle piaille : "Je veux te voir dans un film pornographique / En action avec ta bite…" et tout le monde tripe dans la salle, même le curé du village. Les journaux louent le côté caustique et girl power de l’affaire. Parce que oui voyez-vous, la petite ose employer le même langage que les méchants rappeurs et leur renvoyer leur machisme dans les dents. Mais bien sûr ! La vérité c’est que c’est son mec, Grand Marnier (le batteur derrière elle, aux côtés de Tepr, le type aux platine) qui a pondu "Je Veux Te Voir". Yelle, c’est surtout lui sautant sur le phénomène pipi caca branleur de TTC pour en lancer le pendant girly et faire du fric facile avec une couillonnade marketée toute crue. Et dire que la miss reprend "A cause des garçons" d’A cause des garçons, un vieux tube de 1987 composé par Alain Chamfort. "À cause des garçons ! On met des bas nylon / On se crêpe le chignon…"

18h30. On ne connaît pas Do Make Say Think. Mais on se rend à leur concert les yeux fermés parce qu’ils sont chez Constellation, célèbre et obscur label d’où ont émergé les formations cultes et elles-mêmes obscures que sont Godspeed et Silver Mt. Zion. On sait qu’on va avoir droit à une sorte de rock instrumental planant, mais lequel ? Le silence se fait dans le petit théâtre où nous sommes assis et ils se mettent à le sculpter. C’est dure à dire ce qu’on a entendu, c’est passé tellement vite tellement ça nous a pris, ça nous a tellement pris qu’on était ailleurs comme assoupis. (Je dis nous, parce que pour le coup les quelques 200 spectateurs de la salle ont subit le même sort, retenant leur souffle, transis, scotchés pendant la petite heure que ça a duré, chacun se levant de son siège à la fin pour leur faire une ovation.) Des cathédrales sonores d’une dramaturgie tantôt contemplative et tantôt foudroyantes ? On ne sait pas trop. C’est le genre de musique qui se suffit à elle-même et sur laquelle on n’a pas trop envie de poser des mots. On se fiche même qui peuvent bien être les types derrière elle et de quels instruments ils jouent. En sortant on achète leur disque.

"Vive la France arc-en-ciel!"

20h00. On a échappé aux frères AaRon. Ils sont partout depuis que leur morceau "U-Turn (Lili)" a fait la B.O. du film Je vais bien, ne t’en fais pas. Ils chantent une pop-rock triste avec le sourire des mecs qui maîtrisent. Ils vont bien, ne vous en faites pas. On échappe moins à Abd Al Malik pousser par la curiosité de voir ce que le Grand Corps Malade noir a dans le ventre. Lui aussi est partout, depuis qu’il incarne la réussite des banlieues et l’islam peace and love. Tout à l’heure mon pote l’a croisé sur le site et son visage s’est rempli de bonheur. C’est comme s’il avait parlé au Dalaï-Lama. Il m’a dit : "A chaque fois que je le croise, Abd Al Malik m’étonne par sa franchise et son naturel. Tellement que contrairement aux autres artistes d’un coup je ne sais plus quoi dire." Dès les premières minutes le show du slammeur me saoule par sa bien-pensance prêchant "la France arc-en-ciel", même si je dois reconnaître que musicalement il est épaulé d’une bonne base jazz et ce n’est pas une mince affaire que d’accrocher le grand public avec ça.

23h45. Voici un des sommets de l’affiche 2007 d’Art Rock : les Rita Mitsouko. Ils ont élevé le rock français au rang d’art dans les années 80 avec la "variétoche hardcore" de leur "dalidadaïste" Marcia Baïla (dixit le Libé de l’époque). Malheureusement, aujourd’hui ne reste que leur savoir-faire et leur professionnalisme. Peu taillé pour la scène, leur nouveau répertoire très pop-rock et chanson tombe à plat (comme leur reprise lénifiante de "Under My Thumb"), mais parce que c’est les Rita (capital sympathie maximal) la foule reste tout ouïe et mime le franc plaisir de retrouver ce duo mythique. Il faut attendre la fin du concert et la reprise des anciens tubes ("Y’a de la haine", "Les Histoires d’A") pour qu’un grain de folie secoue un peu cette mécanique pépère et qu’on ressente un élan de vie.
En marchant dans la vieille ville une demie heure plus tard, je croise Catherine Ringer qui marche seule en imperméable. Ambaince blues. "Bonsoir." "Bonsoir."


Photo d'Abd Al Malik par Jean-Marc Grosdemouge du webzine M-la-Music.

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Lili 17/08/2007 09:12

Vousa vez loupé AaRON bien fait pour vous. C'était chaleureux, pleins d'émotions... c'était leur premier festival. Ils nous ont fait un très bon cover de Björk. Ils étaient heureux, nous aussi. C'était pas du tout mélancolique.
Je retournerai bien les voir moi !

Sylvain Fesson 26/08/2007 00:32

Il en faut pour tous les goûts !

ToX 03/07/2007 18:54

Héhé ça commence fort bien avec le scoop du taximan :-) dans le même genre de conneries de la part des artistes, Mika a quant à lui annulé en dernière minute son passage à Werchter à cause d'une émission tv... (il a été remplacé par Air)
Par contre pour Aaron, je suis moins d'accord que toi et j'ai hâte de les voir à Dour. "Ils chantent une pop-rock triste avec le sourire des mecs qui maîtrisent." Par contre la réflexion est très intéressante, j'essaierai de leur en glisser un mot si j'arrive à les interviewer.
Tchusss

Sylvain Fesson 04/07/2007 01:22

Ouais... en même temps, vu les réflexions que je tire des Eurocks (compte rendu à venir...) je comprends un peu pourquoi Mika a pu annulé comme ça son concert... mais c'est sûr que c'est dommage pour le public, Air ce n'est pas pareil, pas le même trip du tout ! Vas-y, pose la question aux mecs de Aaron ;-) A toi de bien la tourner hein, bien la formuler. Bon courage. A bientôt.