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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 11:32
Simple et funky

Avant les raz de marée estivaux des Eurockéennes et de Rock en Seine, revenons sur Art Rock, ce petit festival "pluridisciplinaire" qui prend place dans la ville de Saint Brieuc depuis maintenant 24 ans. Dans sa programmation tendance alliance ethnique qui mêle rock, pop, rap, chanson, des spectacles ont plu. A commencer par les concerts d’Art Brut, Do Make Say Think et Cocorosie. On a même rencontré l’auteur d’Horses. Bilan.


Les Eurocks, quelque part, ça me fait presque flipper d’y aller. Trop énorme, je vais me faire écraser. Et ce n’est pas la récente défection d’Antony Hegarty pour pépin de santé qui va changer la donne (ni même le fait que mon dos en vrac commence à se remettre de son excès sportif d’il y a une semaine). Voyez le gros de la prog : Manson, le Wu-Tang, Justice, The Young Gods, Amy Winehouse, Simian Mobile Disco, Peter Von Poehl, The Hives, les Queens, Phoenix, Editors, Digitalism, Maxïmo Park, Cold War Kids, I’m From Barcelona, Arcade Fire, Air, TV On The Radio, Laurent Garnier, Klaxons, Loney, dear. Une armée de demi-dieux ! Qui donnent aux Eurocks cette ambiance olympiades du rock. A Saint Brieuc, rien de tout ça. Excepté qu’on repêche ici ou là les mêmes pseudo pointures françaises : les Rita, la Ruiz, le Joey, l’Abd Al Malik. L’affiche du festival briochin faisait moins rêver (moins peur aussi), mais on y a pris paradoxalement plus de bon temps. Pas la peine d’offrir une prog herculéenne pour passer un bon festival (mais utile pour faire parler de soi dans les médias et attirer les festivaliers de tout poil). A Saint Brieuc, une affiche et un ciel mi figue mi raisin ont suffi. Car ce qui compte, c’est d’avantage l’ambiance, cette sensation d’être là comme en vacances, sans rien attendre de spécial et puis paf de se faire happer de temps à autre par une bonne surprise qui passe, et non courir partout comme si on avait un train à prendre toutes les demie heure. Ici, les concerts ne s’enchaînent pas comme à l’usine. On respire. Et fait le point live sur ces artistes dont on n’a pas écouté les derniers disques.

Vendredi 25 mai : Art Brut, "Top of the pops"

20h15. On vient d’arriver et de louper le concert des Naast. Dommage, on aurait aimé se faire enfin un avis sur leur musique.Là c'est contre le trio écossais The Fratellis (notamment leur chanteur Barry Fratelli) que se frottent les collégiennes pour montrer que leurs hormones les travaillent. Les miennes au repos, je trouve juste sympa ce rock enjoué. C’est moins indé et guindé que Franz Ferdinand, un brin pub rock tendance Oasis, ça rentre dans une oreille et ressort par l’autre en ayant le temps de faire dodeliner la tête et le bassin : c’est toujours ça en attendant mieux. Tiens, Eddie Argos, le chanteur-parolier d’Art Brut, suit le spectacle au bras de sa nana. Mignonne.

21h45. Je me surprends à voir qu’Art Brut est toujours dans le circuit. Que leur Bang Bang Rock and Roll de 2005 n’était pas que la bonne blague qu’elle pouvait paraître. Que ce premier album n’incarnait pas que la mauvaise conscience (opportuniste et donc passagère) de ce retour du rock des années 2000 trop fashion pour être honnête. It’s a bit complicated : Eddie et les siens sortent une suite en juin. En même temps, pour les avoir vu à Bourges en 2006, j’avais bien vu que leur formule alliant pop punk et textes caustiques tenait la route. La formule n’a pas changé. Je ne devrais donc pas mordre à l’hameçon. Mais je me rends compte que bien au contraire je rentre quand même dans le show. Que je n’ai pas oublié leurs vieux morceaux (que je n’ai écoutés qu’une fois) et que les nouveaux, s’ils n’apportent rien de neuf, ne ralentissent en rien la machine. J’accroche à cette power pop bien binaire et tranchante où Eddie verbalise et brutalise en scandant, tel Mike Skinner, ses mots avec un accent cockney à couper au couteau. Il a beau s’être rasé la moustache, il a toujours cette dégaine improbable de Didier Super british, ce côté entertainer stand up à la Andy Kaufman et (ce n’est donc pas un hasard s’ils reprennent "Panic" des Smiths) ce côté Morrissey empêché dans sa nature par un physique de Quasimodo à qui ne reste que le second degré pour briller. Entre chaque morceau, il reprend son souffle et tel un Don Quichotte qui tanne sa mule pour repartir de plus belle vers de nouvelles aventures, se tourne vers ses musiciens qu’il rudoie d’un : "Go, Art Brut !". Tout cela me rend Eddie terriblement attachant. Les midinettes ne sont pas de notre avis, mais le plus grand nombre oui. Je pars la tête en fête avec leur refrain "Top of the pops".

Au coin presse où l’on boit une bière à l’abri des coup de coudes de la foule, une bénévole qui travaille au coin loges des artistes m’apprend (et devient ainsi notre taupe) que les Fratellis que je trouvais tout à l’heure si sympathiques sont en fait de sombres abrutis. Sans doute abêtis par leur succès ou plutôt leur soif de succès (dans ma naïveté j’essaie de leur trouver des excuses), ces débutants ont joué le cliché rock stars débile à fond en exigeant la maxi dose de catering (les boissons et autre cochonneries à grignoter mises à disposition dans la loge des artistes et qui donnent l’impression, par leur abondance, qu’il s’agit plutôt là d’une offrande que d’une nourriture sur le pouce à destination de trois glandus). Les Fratellis ont même poussé le bouchon à ordonner qu’on leur apporte un sceau à glaçons et les meilleurs sushis du coin. Comme il n’y a pas de restaurants japonais à Saint Brieuc, un bénévole a dû rouler jusqu’à Rennes pour en trouver. Le groupe n’y aurait même pas touché. Quand on pense que de leur côté les Naast n’ont pas le droit de boire avant le concert, et seulement après dans la mesure de ce que leur producteur permet, c’est vraiment pas juste.

Côté FM de la force

23h10. Les midinettes reprennent du poil de la bête. Les Razorlight de Johnny Borrell arrivent. Et lui, comme Marc Lavoine, les midinettes il ne méprise pas, c’est son fond de commerce. Il a d’ailleurs réorienté sa musique selon ce concept : séduire les midinettes (celles de 15, 30 et plus de 50 ans) en jouant les bons garçons. En témoigne les singles "In the Morning" et "America" que tu peux entendre dans ton Monoprix autant que sur MTV. Exit sur ce deuxième album (éponyme) le vice et la rugosité qu’il cultivait au temps où il voulait se tirer la bourre avec les Strokes et les Libertines (dont il est le feu bassiste). Exit le culte de l’héritage branché new-yorkais (Velvet en tête), il a enfin capté que la bande à Julian Casablancas avait une longueur d’avance, et que de toute façon bah il était anglais. Du coup le voilà tout de blanc vêtu tel un Noureev. Il mise tout sur le chant et l’interaction avec la foule. Pour elle il tend sa belle gueule d’angelot, pour elle il cabotine comme le Jagger des débuts, pour elle il chante en la regardant droit dans les yeux. Il fait d’elle son miroir (elle le lui rend bien) et déroule dans donc le vide ses nouveaux hymnes qui tirent leur flamboyance du côté FM de la force (Bryan Adams). Un coup d'épique dans l'eau. De retour au coin presse ma taupe m’informe avoir vu Kirsten D. dans la loge de Johnny B. La news m’excite plus que le show que je viens de voir. C'est dire. Conseil à mister Fratelli : au lieu d’exploser le catering, il ferait bien de se trouver une nénette aussi classe que l’héroïne de Spiderman. C’est plus approprié pour s'upgrader star.

00h50. En remplacement d’IAM, Joey Starr déçoit. Il promet ne pas faire "du rap de bobo !", qu’avec lui "ça va être rock !" mais toute la pèche de son show dégouline bien vite parce qu’il n’arrête pas de s’interrompre pour tenter de maintenir au chaud un public peu réceptif. Du rap démago ? Dodo.


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

ToX 03/07/2007 18:47

Jolie chronique, captivante! J'ai beaucoup aimé les infos sorties du coin presse :o), on veux encore du scoop Sylvain! Je vais voir si j'en trouve dans la partie suivante ;)

Sylvain Fesson 04/07/2007 01:20

Du scoop ? Il y en aura encore dans la suite du compte rendu Art Rock qui est loin d'être fini puisqu'on en est là qu'à la moitié. Et du scoop il y en aura peut-être plus encore à l'occasion du compte rendu des Eurocks !

Jay 29/06/2007 12:09

Ca commence sur les chapeaux de roue cet article. On a hâte de lire la suite...Un informateur anonyme m'a informé (c'est son rôle) qu'on t'avait vu aux bras d'Eddie Argos. Tu démens?

Sylvain Fesson 01/07/2007 18:56

Formellement que je démens ;-) Il est vraiment resté scotché à sa girl, y'avait donc pas de place pour deux ! La suite et fin de ce compte rendu dès lundi, et avec des photos en plus, car je serai de nouveau opérationnel après mon périple aux Eurockéennes. Tcho