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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 21:33
Western moderne

Trois trentenaires, une fille, deux garçons, sont à un carrefo
ur. Après cinq ans de bourlingue dans le milieu rock alternatif français avec Mad River, ils sortent Lonely are the brave, recueil "best of" de 12 titres punk pop. Leur va-tout ? Interview.

18 juin. 14h au café Charbon près du Nouveau Casino. Fabrice Fortin, le guitariste, et Damien Christ, le batteur (arrivé en 2005), m’attendent tranquillement, sans rien boire. Ils attendent aussi Kim, la chanteuse, qui ne devrait pas tarder à arriver, me disent-ils, précisant qu’elle est enceinte et en plein déménagement. On commande des Perrier pour se rafraîchir (il fait chaud, il est tôt), discute de leur place dans le groupe et de ma place dans la presse pour vite faire connaissance. Sympa. Kim Nguyen, dite Kim Ohio Fuzz (et son ventre rond) arrive. Jus d’orange. C’est parti.



"on organisait des concerts, de Fugazi, de Sonic Youth"

"on assume faire une pop qui puisse être mélodique"




Combien d’années de galères pour Mad River avant de sortir votre premier album et d’avoir cette chronique élogieuse des Inrocks qu’on vous voit afficher sur Myspace ?

Fabrice : J’ai 31 ans, alors 31 ans ! On a commencé en 2001, donc ça fait 6 ans.
Kim : Notre premier concert, c’était en 2002 en première partie de Stuck in the Sound, donc ça fait 5 ans qu’on existe vraiment. Mais ce n’est pas des années de galère…
Fabrice : Ça a pris du temps de sortir un album parce qu’il a fallu trouver un label, le bon label. C’est un peu le parcours du combattant, mais ça ira mieux pour le deuxième !

Certaines compos de cet album datent donc à vos débuts ?
Fabrice : Oui, parce qu’on a enregistré ce disque il y a plus d’un an, donc il y a des compos qui ont quelques mois et d’autres qui datent carrément de nos débuts.
Kim : Certaines paraîtront nouvelles aux oreilles de certains mais pas pour les gens de la scène alternative parisienne qui connaissent ces morceaux depuis longtemps.
Fabrice : S’il y a de vieilles chansons c’est qu’on les aimait toujours et que pour la plupart elles n’étaient parues que sur des démos, donc le son n’était pas forcément super et on ne les trouvait pas forcément super bien jouées. Donc on s’est dit : "Autant les réenregistrer".

Lonely are the brave est donc le best of du chapitre 1 de l'aventure Mad River ?
Fabrice : Oui, c’est un peu le best of de nos 5 premières années.
Kim : C’est l’album officiel pour digérer cette période et pouvoir passer à de nouveaux morceaux. On en a déjà 10 en stock, qui sont plus speed, presque plus adolescents, plus hardcore.
Fabrice : Sur ce premier album on a essayé d’être varié dans les sons et les intensités, d’avoir autant des balades un peu pop sixties et des morceaux plus énervés, seventies, autant des trucs assez minimalistes et d’autres avec plusieurs parties de guitares, et même de l’orgue. Mais le but, avec tout ça, c’était de garder un truc cohérent. Je n’aime pas trop les groupes qui font des disques trop variés où tu as une chanson dans tel genre et une dans tel autre. Inversement, je n’aime pas trop non plus les disques trop conceptuels où tu écoutes deux chansons et tout l’album est pareil. Ça, c’était bien quand c’était les Ramones dans les années 70 parce que la musique était vraiment brute, simple, efficace. Mais maintenant quand tu vois des groupes faire trois accords pour une chanson et que les suivantes sont une copie ou une variante de la première, ce n’est pas intéressant.

Sur quelles affinités musicales vous êtes vous retrouvés pour fonder Mad River ?
Fabrice : Historiquement, Kim et moi avons bossé dans le même groupe.
Kim : Ça s’appelait Witchies Valley et dans ce groupe Fabrice était batteur et moi bassiste.
Fabrice : C’est Kim qui avait formé ce groupe.
Kim : Avec Jérémie, le chanteur.
Fabrice : Ce groupe a eu 5-6 années de bonheur.
Kim : En fait, on s’est rencontré via l’Elastic Crew Enterprize, une asso (montée par Laurent Courau, Nda) où l’on organisait des concerts de groupes hardcore US, Fugazi, Sonic Youth, etc. Puis on a monté un trio chant-basse-batterie, on a sorti des albums, figuré sur des compiles, joué dans plein de bar rock. C’est comme ça qu’on a trouvé et concrétisé nos affinités musicales, qui se sont ensuite précisées avec Mad River.
Fabrice : On se retrouve sur des trucs globalement punk rock et Kim apporte ce côté sixties garage qui lui est plus personnel. Parce que moi, je suis vraiment axé punk rock, voire même hard rock, j’aime bien par exemple Black Sabbat. D’ailleurs, quand des mecs me disent : "Certains de vos chansons ont un gros son seventies genre Rage Again The Machine", ça me fait un peu rigoler. Ce n’est pas que je n’aime pas les Rage, mais j’ai plutôt écouté les groupes dont eux se sont inspirés.

Kim, dans Witchies Valley tu n’étais donc pas chanteuse ?
Kim : Non, j’étais choriste et je jouais de la basse. On était vraiment dans l’underground, genre transe/garage. Moi j’écoutais pas mal de punk 77, les Buzzcocks, les Clash et ensuite c’était l’époque fusion alors je me suis mise au hardcore, à Nirvana…
Fabrice : Quand on dit hardcore, on parle du punk rock américain indé, des Black Flag, des Jerms, de Fugazi, etc. Je précise parce qu’aujourd’hui hardcore est un mot qui ne veut plus dire grand-chose.
Kim : A l’époque en France tu as eu la vague fusion et moi je n’aimais pas trop.
Fabrice : Il y a eu quelques bons groupes de fusion mais il y a aussi eu pas mal de merdes. Pour moi le groupe qui a vraiment créé la scène c’est Bad Brains. C’était un groupe vraiment incroyable, qui est connu, mais qui n’a pas marché aussi bien que des groupes qui ont copié ce qu’ils ont fait, genre Urban Dance Squad ou même les Red Hot Chili Peppers. Par contre, Les Red Hot j’aime bien, je pense que c’est un bon groupe.

Même au vu de ce qu’ils font aujourd’hui ?
Fabrice : Ils font des albums qui ne cassent pas des briques, oui, mais ils ont fait un bon retour avec Californication.
Kim : Ils sont quand même bons, ils ont pour eux la maturité.

Avec Madriver voulez-vous sortir de l’underground ?
Kim : Ah, pas du tout ! Parce que maintenant se dire de l’undergound ça ne veut plus rien dire, limite ça t’offre un potentiel commercial…
Fabrice : Avec Madriver, on n’a jamais eu de problème de faire une pop mélodique. Parce que quand je parle d’un tube, au sens commercial du terme, ce n’est pas forcément péjoratif, en tout cas quand il s’agit de musique internationale. Par exemple, les Strokes c’est assez commercial et pourtant c’est un groupe qu’on aime tous vraiment bien. Mais en France c’est autre chose car dès que tu penses tube commercial, tu penses variété et la variété française, c’est un cauchemar. On aime peu de rock français à part La Souris Déglinguée et les Bérruriers Noirs, mais en variété française on n’aime carrément personne.
Kim : Il n’y a qu’en France qu’on fait la différence entre underground et mainstream parce que sortir de l’underground ça veut dire avoir un son aseptisé. Sur scène, quand Fabrice joue fort avec la pédale de saturation, l’ingénieur du son lui dit de se calmer parce qu’il est trop fort par rapport à la voix. On a joué en Angleterre et au niveau des réglages, les ingénieurs du son n’hésitent pas à nous faire jouer fort. Là-bas il n’y a donc pas d’underground parce que la puissance du son, en un mot le rock, est un truc complètement officiel, accepté.
Fabrice : On ne revendique pas le fait d’être underground parce qu’on a joué dans pas mal de groupes qui étaient vraiment underground et demain si on vend, je ne sais pas, 30 000 albums et qu’on part en tournée pendant six mois on serait super contents.
Kim : C’est beaucoup plus excitant de jouer dans une grande salle comme l’Elysée Montmartre ou la Maroquinerie, où on a déjà joué, parce que la puissance du son est décuplée. Et n’importe quel groupe qui bosse ses morceaux a besoin d’être écouté par le maximum de gens, il n’y a pas vocation d’être élitiste.
Fabrice : Aujourd’hui, contrairement à la fin des années 80, ce n’est plus alternatif le punk rock. A cette époque, les gens qui portaient un t-shirt Black Flag ça ne courait pas les rues donc quand tu en voyais un tu étais sûr que tu allais t’en faire un pote. Maintenant, tu croises 50 000 mecs avec les t-shirt des Clash, par exemple, et souvent le mec ne sais même pas qui est Joe Strummer, il a juste mis ça parce qu’il trouvait que le t-shirt avait de la gueule et qu’il aime bien l’image rock.

(Suite et fin.)

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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