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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 16:18
Poupée ou sorcière de son ?

En deux albums et une B.O., la petite Montpelliéraine est devenue l'une des plus grandes (dignes ?) représentantes française de ce que l'on pourrait considérer comme un genre musical qui s'intitulerait le "féerock" ; un genre né par mégarde avec Kate Bush à la fin des années 70, entre la fin du rêve hippie et le début du "no future", et peaufiné, conceptualisé par Björk au début des années 90 alors que les machines (intelligentes) commencent à rêver, déprimer et que le trip hop bat son plein ; un genre – le féérock – jamais loin, dès le début, du côté "sorcière" de la force, des épines de la fleur (ce à quoi on reconnaît les vraies ?), en témoigne Tori Amos par exemple. De ces trois-là – Kate, Björk, Tori – il sera question dans l’interview qui suit, mais il sera surtout question d’Emilie Simon, de ses "trucs" technologiques, son parcours, son univers, sa musique.


"J'aime la grande folie de Sergent Pepper"
"Je suis sans doute la chose la plus éloignée d’Iggy Pop !"



Très jeune tu as donc entendu du jazz puis tu as découvert à l’Ircam plein de genres musicaux dont la musique contemporaine. Pourquoi es-tu donc restée dans la pop musique ?
Ah mais j’ai toujours adoré la pop ! Depuis toute petite, je suis fascinée par les chansons des Beatles. Je n’ai jamais été attirée par les longs formats, pour moi il fallait que tout soit dit en deux minutes, c’est ça qui me plaisait, le côté varié de la pop et le format chanson, le fait de pouvoir retenir un refrain et de chanter ces chansons sur scène. Je ne me suis jamais posée la question de faire autre chose, les chansons ça a toujours été mon truc, mais plus dans le fond que dans la forme en fait ! Ce qui m’attire, c’est de pervertir le processus traditionnel d’arrangement des chansons. Par exemple, moi je suis fan de Sergent Pepper et des disques de Kate Bush, parce que j’y trouve justement des productions d’une grande folie.

Quelle a été la réaction de ton père quand tu as voulu creuser ton propre petit sillon dans le monde de la musique ?
Positive. Il suit ce que je fais, il est très fier. Il trouve juste que ma voix n’est jamais assez forte sur les mix ! Mais ça c’est parce que c’est mon père !

En même temps comme la musique est aussi de toi c’est toujours toi qui est mise en avant !
Exactement, et c’est conforme à ma perception. Moi je ne sacralise pas du tout ma voix. Je suis chanteuse, mais j’aime aussi qu’on puisse entendre les programmations rythmiques, etc.

N’est-ce pas étrange d’avoir toujours su ce que tu voulais faire et... d'en vivre ?
Non, je n’ai pas à me plaindre ! Ce qui est bien c’est que ça continue. Petite, je croyais qu’écrire un album me prendrait toute la vie. Je voyais que les musiciens qui travaillaient avec mon père avaient déjà travaillé x années pour pouvoir seulement enregistrer un album et je me disais donc que faire un album serait pour moi un aboutissement. Alors une fois que j’ai sorti mon premier album, ça m’a fait bizarre. Je me suis dit : "Mais qu’est-ce qui se passe après ?" Mais aujourd’hui cette question m’est passée, je fais de la musique tous les jours et j’adore ça.

Tu parles d’aboutissement. Je trouve que ce qui est intéressant chez toi c’est que tu créés un véritable univers et pas seulement des chansons. Est-ce que c’est essentiel pour toi d’envisager la musique ainsi ?
Oui, mais je ne le fais pas exprès, je ne me dis jamais avant d’écrire : "Tiens, quel va être le concept cette fois ?", il se trouve juste qu’à un moment donné, ça me rattrape. Quand j’écris je rentre dans mon monde, je ne sais pas comment ça se passe, je rentre dans les sons, je commence à sculpter et à rajouter des couches comme si c’était de la peinture, je mets un peu plus de bleu, un peu plus de rose, c’est très imagé. Si mon dernier album s’appelle Végétal ce n’est pas un hasard, j’avais vraiment des petites images et des petites histoires en tête en écrivant ces morceaux, mais je ne pourrais vraiment pas dire d’où ça vient.

Mais une fois les chansons et l’albums faits, tu t’impliques beaucoup j’imagine dans le choix des visuels, dans l’idées directrice des clips, non ?
Oui, je travaille en étroite collaboration avec les réalisateurs, parce que je ne veux absolument pas que les gens pensent avoir à faire à l’univers de quelqu’un d’autre. Mais je délègue pas mal car ce n’est pas mon métier.

Chez toi il y a ce souci de travailler à fond le son de manière à englober l’auditeur. Ne te considères-tu donc pas au final comme une sorte de sound designer ?
Un peu. En tout cas je suis sensible à la 3D du son, aux premiers plans, aux seconds plans. C’est pour ça que j’ai tant de pistes à mixer à la fin, j’ai des sons dans tous les coins !

Tu as composé la B.O. de La marche de l’empereur et un morceau pour une pub Novotel. Là, on est en plein design sonore, non ?
C’est marrant parce qu
'en rangeant mes disques durs récemment, j’ai rouvert une des premières séquences sur laquelle j’avais travaillée pour cette B.O. et je me suis rendue compte que j’avais fait des bruitages, plein d’ambiances au lieu de simples mélodies. J’étais donc plutôt dans le sound design. Mais on m’a dit de faire la musique, que quelqu'un d'autre ferait le sound design c’était quelqu’un d’autre, donc voilà. Mais naturellement j’avais fait du sound design car ce sont des choses qui vont de pair.

Tu aimerais faire plus souvent un travail lié au sound design ?
Pourquoi pas, mais je préfère quand même les mélodies, c’est mon truc d’écrire des mélodies. Le sound design sert à mettre les mélodies en valeur, à les orner, donc il m’intéresse, mais moi il me faut avant tout le squelette avant de poser tout ça et le squelette c’est la chanson.

Comment avais-tu abordé le travail consistant à faire la musique du spot TV Novotel ?
Ah c’était vraiment un exercice de style ! On m’a envoyé les images, l’idée et je me suis dit : "Ça y est, après les manchots je vais faire les cerfs, les phoques... ! Dès qu’il y a un animal dans l’histoire, c’est pour moi !" Mais c’était intéressant parce que c’était une jolie pub, il n’y avait pas de voix off, c’était vraiment juste musique et image, comme un clip, j’ai apprécié ça et c’est aussi pour ça que j’ai eu envie de le faire.

Le clip semblait être quasiment une émanation de ton propre univers ! Je me rappelle d’ailleurs du slogan : "Designed for natural living" : c’est une phrase qui s’appliquerait très bien à ta musique. On retrouve cette notion de douceur, de cocon et de 3D qui la caractérise.
Oui, c’est vrai !

A ce propos, je repense au titre de ton deuxième album, Végétal. D’un côté on a les plantes, de l’autre les machines qu’on vient d’évoquer. Y a-t-il contradiction entre les deux ?
Hum… Je crois qu’il y a des liens entre ces deux contrastes. Est-ce qu’il n’y a pas dans la nature des choses beaucoup plus compliquées que ce qui est programmé dans les ordinateurs ? Quand on regarde la nervure d’une feuille, par exemple, le nombre de petits motifs dessinés là-dessus, est-ce qu’on ne peut pas imaginer que ce sont pleins de petits sons avec des petites boucles ? Si on met ça en musique est-ce que ça ne donnerait pas quelque chose d’aussi magnifique ?

Ça me rappelle un morceau de Björk dont tu te souviens peut-être : "The Modern Things" sur l’album Post. En gros, elle y dit qu’il n’y a pas opposition entre les deux, que tout objet fait pleinement partie de la nature, que la nature abrite d’ailleurs dans son cœur tous les objets du monde depuis la nuit des temps car ceux-ci proviennent de sa transformation.
Je ne me rappelais pas de ce thème-là, mais oui pourquoi pas ?

Une autre chose m’intéresse dans Végétal, c’est sa pochette. Tu y fais presque peur comme si tu étais une sorcière ou un fantôme. A quoi cette image fait-elle référence ?
Aux livres de contes. Pour Végétal, je voulais une image qui soit un peu intemporelle et qui ait l’air d’être sortie d’un livre de contes. J’ai beaucoup lu de contes quand j’ai écrit cet album. Et puis, sur cette pochette, je ne voulais ni me mettre en scène comme une créature ni comme une jeune chanteuse en décolleté, je voulais plutôt apparaître comme un chef d’orchestre.

Sur scène, tu reprends un morceau de Nirvana et d’Iggy Pop. Que signifient pour toi ces reprises rock qui sont à mille lieux de ton univers ?
En fait, au départ, j’ai vraiment fait ça pour m’amuser. J’ai repris "I wanna be your dog" parce qu’à l’époque je travaillais dans un squat à Barbès au dernier étage d’un immeuble. Il faisait sombre là-dedans et un jour, peut-être à cause de cette ambiance, j’ai eu envie de reprendre ce morceau. Et je me suis régalé en me disant que j’étais sans doute la chose la plus éloignée d’Iggy Pop ! Mais ça n’a pas empêché Iggy de me téléphoner pour me dire qu’il avait beaucoup aimé ma reprise ! J’étais très très contente, même si j’avais effectivement lu dans la presse qu’en ce qui concerne les reprises des Stooges, il adorait le "No fun" des Sex Pistols et ma version d’"I wanna be your dog" !

Kurt Cobain n’a par contre pas pu t’appeler pour te remercier de ta reprise de "Come as you are"...
Malheureusement. Ce morceau-là m’est venu comme une évidence, il fallait que je le reprenne, comme un hommage à lui, quoi.

Pattti Smith vient de rendre elle-même hommage à Kurt Cobain en reprenant "Smells like teen spirit" sur son dernier album, Twelve, qui est un album de reprises de standards rock. Bien avant, Tori Amos a elle même repris "Smells like teen spirit". Connais-tu leurs reprises ?
Pas de celle Patti Smith, mais celle de Tori Amos, oui. Tori Amos fait beaucoup de reprises. Il y a longtemps, je me rappelle avoir entendu parler d’un album de reprises qu’elle avait fait et qui était super. C’est une super artiste, Tori Amos, elle est vraiment intéressante, elle a son style, son univers. J’ai d’ailleurs eu la chance de la rencontrer il n’y a pas longtemps. C’était à l’occasion d’une interview croisée pour Keyboard Recording.

A l’image de son single, "Fleur de saison", où cisaille un bon riff, Végétal semble plus rock que ton premier album. Comptes-tu aller vers des choses plus rock ?
Je ne sais pas trop où je vais mais je grandis en même temps que mes albums. Je suis moins timide. Mon premier album a été fait dans des conditions très différentes du second. Je l’ai fait en grande partie dans ce squat à Barbès et je me suis mise au diapason du calme qui y régnait, ça a donc donné un disque très intérieur. Et puis j’ai aussi évolué grâce à La marche de l’empereur, ça m’a fait du bien d’écrire des instrumentaux sur des images.

Quand je t’ai vu jouer un peu les divas végétales dans le clip de "Dame de lotus", j’ai pensé à Alison Goldfrapp. Ne serais-tu pas toi aussi en train de t’émanciper dans un virage disco-rock comme l’a fait Goldfrapp après le trip hop de Felt mountain ?
Ce que je fais est quand même différent de ce que fait Goldfrapp. Mais c’est sûr que j’ai beaucoup écouté leur premier album que je trouve vraiment sublime. Les deux derniers je les avais écouté, je les aimais bien, mais j’avoue que je suis un peu moins rentré dedans, peut-être parce que je n’ai pas pris le temps qu’il fallait.

Et Volta, le dernier Björk ?
Je l’ai mais pour l’instant je n’ai écouté que le single qui est terrible. C’est tout en rythmes, ça lui va comme un gant.


Photo du haut prise par Laurent Sauvage au Borderline de Londres

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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