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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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28 mai 2007 1 28 /05 /mai /2007 14:17
L’étrange Noël de Frédéric

En collaboration avec Pierre Jamin, Frédéric Temps, fondateur de L’étrange Festival, lance L’étrange Rendez-vous. Diffusé le lundi 28 mai à 23h15 sur Canal+, le numéro pilote de cette potentielle série de documentaires est consacrée au Regard Moderne, une étrange librairie où des clients tels que Christophe, Thurston Moore, Joe Coleman et Kiki Picasso viennent trouver les obscurs objets de leur désir. Une étrange librairie remplie de livres sur le cinéma, l’art, la littérature et l’érotisme où Jacques Noël vous conseille comme s’il lisait en vous-même… Frédéric nous en dit plus sur Jacques et sur ce Rendez-vous télévisuel, et il en profite pour revenir sur l’aventure qu’est L’étrange Festival et celle que sera, il l’espère et on l’espère pour lui, L’étrange Télé.


"Jacques Noël, c’est un missionnaire"
"une façon de parler des marges de la société"



Comment est née L’étrange Rendez-vous ?
En fait j’ai déjà une petite chronique dans le Mensomadaire (émission de courts métrages et autres créations décalées de Canal où ont déjà sévi d'étranges individus tel Pierre la Police, Nda) qui s’appelle Ici l’ombre et qui existe depuis un an et demi. Tous les mois j’y présente en ombres chinoises une encyclopédie irraisonnée de l’histoire de l’image. En bref, on fait le tour d’un mouvement cinématographique ou d’un auteur qui est resté un peu marginal. On a par exemple déjà traité de William Kassel et des actionnistes viennois. Eternel problème de la télé, ça ne dure que cinq minutes. Il s’agit donc de mettre un pied qui chausse du 46 dans un chausson de bébé, mais c’est toujours mieux que rien. Ce programme s’inscrit dans la volonté qu’a Pascale Faure, directrice des programmes courts chez Canal, d’amener progressivement une case consacrée à ce type de programmes. D’ailleurs, on réfléchit avec elle à l’idée d’une Nuit de L’ombre qui pourrait justement être un mélange de chroniques exclusives d’Ici l’ombre et de longs métrages bizarroïdes inédits à la télévision française. Mais avant cette phase qui serait absolument géniale parce qu’en 52 minutes on pourrait faire des documentaires beaucoup plus complets sur des sujets jamais vus à la télé française, voire mondiale, Pascale nous a dans un premier temps proposé de créer un rendez-vous lié au bizarroïde et à l’étrange sur un nouveau format de 30 minutes. On a tout de suite pensé à l’appeler L’étrange Rendez-vous et je lui ai carrément proposé de faire le pilote d’une série qui pourrait éventuellement se développer et qui serait une façon de parler des marges de la société qui nous entoure en mettant en avant les singularités d’une personne ou d’un lieu.

Comment est venue l’idée de parler de Jacques Noël ?
Comme c’est un pilote et qu’on n’a pas trop de moyens, on est resté sur Paris et j’ai proposé à Pascale de parler d’un lieu carrément magique et extraordinaire qu’on a la chance mondiale d’avoir à Paris : le Regard Moderne situé rue Gît-le-Cœur et surtout de parler de son tenancier, Jacques Noël. C’est un garçon assez exceptionnel que j’ai toujours perçu comme quelqu’un de passionnant mais de discret. La vraie magie de Jacques Noël, quand tu es déjà venu dans sa librairie et qu’il te connaît un peu, c’est que tu as à peine le temps de franchir le palier et dire bonjour qu’il t’a déjà ramené de son capharnaüm des livres qui vont te plaire. Il sait très bien ce que tu veux en fonction de ce que tu as pris la dernière fois, il se rappelle de tout. En fait, il estime que les gens qui viennent chez lui ne sont pas des clients mais sa famille. Quand il ne voit pas un client pendant un certain temps, il est catastrophé parce qu’il a l’impression qu’il a mal dit ou mal fait quelque chose. C’est dire à quel point il prend à cœur… SA MISSION. C’est vraiment une mission à ce niveau-là. Quelque part, c’est un missionnaire, c’est un passeur, mais ce n’est pas qu’un libraire. Tous les intervenants le disent, moi le premier ! Comme beaucoup, je l’ai rencontré au début des années 80 lorsqu’il tenait une autre librairie située un peu plus loin au début de la rue Danton. Elle s’appelait Les yeux fertiles. J’arrivais de ma province et dès que j’étais sur Paris je venais y picorer des choses, de la même manière que j’allais dans d’autres endroits décalés de la capitale, pour repartir la musette remplie.

Jacques Noël a-t-il nourri votre goût de l’étrange qu’on voit dans L’étrange Festival ?
C’est vrai qu’il fait partie, comme le disent Dionnet et d’autres, des gens qui m’ont totalement nourri, mais pas pour la création de L’étrange Festival. La création de ce festival est partie de deux copains : les journalistes Vincent Lebrun et moi-même qui, à force de parler et de s’énerver autour d’une bière sur des films qui ne sortaient pas et qu’on voyait à l’époque en cassette ou dans des festivals, nous sommes dits : "Ça suffit, on monte un festival qui correspondra à ce que NOUS voudrons voir en tant que spectateurs." Voilà, c’est né d’une volonté boulimique de faire passer des idées, d’une espèce de façon révoltée d’être nous aussi des passeurs. Je pense qu’il y a une restriction complète des esprits, qui ne date pas d’aujourd’hui mais qui a toujours été à l’œuvre, et j’espère utiliser une partie de mon temps pour donner autre chose aux gens, une autre façon de penser, un autre regard. C’est peut-être politique en un sens, malgré moi, je ne sais pas, mais à la base c’est juste une façon généreuse d’amener plein de choses sans arrêt aux gens. C’est là que je réalise que je suis vraiment un enfant de Jacques Noël.

Ce document s’intitule L’étrange Rendez-vous : L’étrange Festival fait des petits ?
Ce serait bien ! Je vais être très clair : mon but ultime, c’est de créer L’étrange Télé. Dans ma tête tout est prêt. Parce que L’étrange Festival, c’était très bien, mais le problème, c’est que vu l’investissement que ça demande, les risques qu’on encoure et le peu de budget qu’on a quinze ans plu tard à un moment donné on s’est dit : "Montrer un film japonais ultra rare qu’on fait venir, qu’on fait restaurer, qu’on fait sous-titrer, ça coûte un fric monstrueux, or au final on sait qu’il ne nous appartiendra pas et que si on le montre deux fois dans le meilleur des cas on va attirer, allez, 800 à 1000 spectateurs. Ne serait-il donc pas plus intéressant de prendre ce même film et de le montrer une fois en télévision pour toucher au minimum entre 400 et 800 000 spectateurs ?" A l’époque où j’ai commencé à réfléchir à cette télé j’ai pensé passer par le câble. Mais quand la TNT est arrivée, on a vu ce que ça a donné le câble : de la merde. Je suis désolé, à un moment donné il faut être un peu LUCIDE et voir qu’on ne va pas faire de l’or avec de la merde. Quand tu vois qu’une chaîne arrive et quel tel financier y fout du fric, c’est qu’il y a derrière autre chose qu’une envie de faire de la télé ! Et malheureusement, comme je ne fais pas ce qui attire le plus grand nombre et que L’étrange Festival gène encore des institutions et des sociétés privées, alors imagine si ça devenait une télévision avec pignon sur rue ! L’opportunité actuelle serait donc de faire ça sur le Net. Le problème c’est que je n’ai pas encore vu d’écran d’ordinateurs dont la définition arrive à la cheville des écrans de cinéma ni de haut débit que ça ne ferait pas bugger toutes les deux minutes. Mais quand ce sera le cas, je serai partant.

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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