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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 17:30
La philo selon Fabrice

Début avril, à un mois de l’échéance électorale, Philosophie Magazine défrayait la chronique. Dans le cadre d’une interview croisée avec le philosophe Michel Onfray, le candidat à l’élection présidentielle Nicolas Sarkozy déclarait dans ses pages qu’on naissait pédophile. La presse et les internautes s’étant empressés de relayer ce dérapage (contrôlé ?), Philomag a bénéficié là d’un coup de pub (inattendu ?) plus profitable que n’importe quel campagne d’affichage. Une aubaine coïncidant avec l’anniversaire de son année d’existence. Cela fait un an qu’un magazine généraliste portant un regard philosophique sur l’époque est enfin disponible en kiosque. Vous ne l’avez pas encore lu ? Son directeur de publication, l’ex-banquier d’affaires Fabrice Gerschel, vous dit tout de cet atypique projet de presse qui lui tenait tant à cœur qu’il y sacrifie aujourd’hui son temps, sa sueur et ses économies.


"J'ignore si Philomag aime son époque"
"Qu’entend-t-on par "quête de sens" ?"



Philomag n’est pas tout à fait votre première expérience de presse. Avant vous avez été directeur de publication de L’Imbécile.
Oui, entre l’idée initiale de Philomag et son lancement, il y a eu cette diversion, L’Imbécile. Je me suis retrouvé là-dedans par hasard, parce que j’avais des amis qui étaient en contact avec eux. Mais je n’étais pas seul à la tête du magazine, il y avait d’autres gens, parce qu’il avait été initié par d’autres que moi, notamment par Frédéric Pajak, le rédacteur en chef. En fait, je suis arrivé en cours de route pour relancer le titre. Sa première mouture, L’Imbécile de Paris, n’avait pas marché. La suivante, L’Imbécile, a trouvé l’équilibre quelque temps grâce à un public extraordinairement fidèle et passionné, mais trop restreint pour que ce soit rentable. Mais L’Imbécile fut très amusant à faire. Ce n’était pas un magazine, c’était autre chose. Je ne sais pas vraiment si c’était une revue, c’était un format indéfini, même le terme de magazine aurait presque insultant pour les gens qui le faisaient.

L’Imbécile était assez branché philo. Qu’est-ce qui différencie la philo selon L’Imbécile de la philo selon Philo Mag ?
L’Imbécile faisait un peu de la philo par accident, parce qu’ils étaient tous tombés dedans quand ils étaient petits, les uns dans Nietzsche, les autres dans Schopenhauer, Debord, etc. L’Imbécile avait d’ailleurs fait un numéro spécial philo intitulé "Dandysme et désespoir"... Les deux journaux se ressemblent donc très peu en fait. L’Imbécile avait une espèce de distance par rapport à l’époque qui se manifestait aussi dans le dessin. L’Imbécile n’aimait pas son époque, ça c’est évident. Je ne sais pas si Philomag aime son époque, mais rien que le choix prédominant de la photo par rapport au dessin, par exemple, en dit assez long sur la différence des deux projets. L’Imbécile était un magazine foncièrement subjectif, c’est la raison pour laquelle il réunissait plein de gens qui avaient peu de rapports entre eux, si ce n’est une subjectivité commune, quelque chose d’un peu indéfinissable. Philomag est tout de même beaucoup plus objectif, beaucoup plus centré sur le savoir. Mais le point commun c’est qu’il est aussi très ouvert. Politiquement et du point de vu des écoles philosophiques, il y a une espèce de point d’honneur à être ouvert à toutes les philosophies. On y tient absolument, quitte à prendre des risques. Par exemple, mettre Toni Negri en grand entretien dans le numéro 2, ce n’était pas évident. Ce n’était que le numéro 2, ça aurait pu nous catégoriser, mais tant pis.

Philosopher n’est jamais neutre, mais porteur d’idéologie. Y a-t-il des philosophes ou des philosophies que vous n’aborderez pas ?

Le spectre du magazine est très grand et va de philosophes très médiatiques, comme Ferry-Onfray-Compte-Sponville à d'autres quasi inconnus. La seule chose sur laquelle on est un peu réticent c’est tout ce qui ressemble à de la philothérapie, c’est-à-dire toutes les consultations philosophiques qui se développent aux Etats-Unis. On s’interdit d'être dans ce genre d’approche prescriptive.


En ce moment, on entend parler d’un retour de la philosophie. Avez-vous constaté cette tendance et à quoi l’attribuez-vous ?

C’est la fameuse quête de sens, je suppose ! Mais qu’est-ce que ça veut dire "quête de sens" ? En fait, il y a trois sens au mot sens et je me suis rendu compte, à posteriori, qu’on répondait aux trois. Tout d’abord, il y a le sens comme savoir. Les gens ont vraiment une demande de savoir. Ça se voit, ils achètent des encyclopédies, ils vont à des universités populaires. Ensuite, il y a le sens individuel, la question existentielle, c’est évident. Et puis il y a le sens collectif, ce sens qui dépasse la politique, qui comprend aussi l’écologie, etc. Il y a tout ça et Philomag est en phase avec ces questions.

A titre personnel, quelle quête de sens vous intéresse le plus ?
Probablement le sens collectif, la réflexion sur la politique. Mais bon, je ne vois pas qui échappe aux questions existentielles.

Quel est votre philosophe favori ?
A supposer que j’en ai compris l’écorce de la surface, je dirai Spinoza. Je suis entré en philosophie par Spinoza et c’est le seul que j’ai vraiment envie de lire dans le texte. Pour moi, il renverse la perspective et permet de voir tout problème différemment.

Pour vous, la philosophie c’est plus l’amour de la sagesse ou l’amour de la folie ?
Pour moi c'est la sagesse, mais dans l'équipe il y en a d’autres qui choisissent la folie, ou un peu des deux. Il faut un peu des deux en fait, un peu de créativité et un peu de méthode.

Jusqu’où êtes-vous prêt à aller pour rendre Philomag attirant ? A mettre plus souvent un sein nu en couverture comme vous l'avez fait pour le numéro de février (cf. photo de l'article précédent) ?
Non, on ne le refera pas. Ce sujet sur "Sexe et morale" était un peu un clin d’œil à ce que fait la presse féminine, mais en même temps c’est complètement différent. C’est-à-dire qu’on a été un peu audacieux parce qu’on a posé des questions qui peuvent être très agressives, comme "Faut-il avouer ses tromperies ?" et d’autres questions sur la masturbation par exemple mais traitées à l'inverse de ce que fait habituellement la presse. Et je pense que si on n’avait pas cette distance un peu ironique, les lecteurs s’en rendraient tout de suite compte et ne nous le pardonneraient pas. On ne prendra donc pas de virage commercial.

Vous ne mettrez donc pas des pipoles dans vos pages ?
On en met déjà un petit peu. Il y a eu par exemple le dialogue entre Nicole Garcia et Michel Onfray. On est ravi de solliciter les pipoles intelligents. Mais ce n'est pas demain qu'on verra un pipole en couverture de Philomag.

N'avez-vous pas l'impression de diriger une sorte d'alter-media ?
Alter media ? Oui, peut-être, mais je me demande si ce mélange de philosophie et de journalisme est vraiment réplicable dans d’autres titres de presse. Dans l'idéal, notre modèle c'est Hanna Arendt envoyée par Le New Yorker suivre le procès Eichmann et qui en tire ensuite "Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal". Il y a évidemment cet espèce de modèle en tête : confronter un philosophe avec un fait d'actualité et qu'il en sorte non seulement du très bon journalisme mais aussi un concept. Si on pouvait être à l'origine de choses comme ça, on aurait accompli notre mission.


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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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