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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 16:14
La philo selon Fabrice

Début avril, à un mois de l’échéance électorale, Philosophie Magazine défrayait la chronique. Dans le cadre d’une interview croisée avec le philosophe Michel Onfray, le candidat à l’élection présidentielle Nicolas Sarkozy déclarait dans ses pages qu’on naissait pédophile. La presse et les internautes s’étant empressés de relayer ce dérapage (contrôlé ?), Philomag a bénéficié là d’un coup de pub (inattendu ?) plus profitable que n’importe quel campagne d’affichage. Une aubaine coïncidant avec l’anniversaire de son année d’existence. Cela fait plus d'un an qu’un magazine généraliste portant un regard philosophique sur l’époque est enfin disponible en kiosque. Vous ne l’avez pas encore lu ? Son directeur de publication, l’ex-banquier d’affaires Fabrice Gerschel, 35 ans, vous dit tout de cet atypique projet de presse qui lui tenait tant à cœur qu’il y sacrifie aujourd’hui son temps, sa sueur et ses économies.


"On est là pour provoquer une étincelle"
"Que les philosophes deviennent presque des familiers"


Fabrice n’est pas qu’un "modeste épicier" comme il nous l’a dit la veille de l’interview au téléphone. Et s'il n'est "ni philosophe, ni même journaliste", quand rencontre ce directeur de publication, il est au four et au moulin. Il a fait "le choix définitif de ne pas écrire dans le journal" mais il est partout à suivre de près son contenu avec son "œil de lecteur non averti". Il participe aux conférences de rédaction, discute des sujets, tatillonne sur la réécriture des papiers, fait la queue à la machine à café. C’est "sportif", lâche-t-il, euphorique et fatigué à la fois. Il a de quoi : son "bébé" vient de passer au rythme plus trépidant de mensuel et il est déjà en plein bouclage du numéro de mars. On s’étonne qu’un directeur de publication soit autant dans le feu de l’action, quand d’autres sont plutôt dans le feu de leur cigare. "En fait, dit-il, ce n’est pas un métier très normé, nous dit-il, ouvrant la porte sur son bureau en désordre. Entre le directeur de publication d’un grand groupe de presse qui s’occupe purement de l’intendance et celui d’une petite structure qui vient de créer un journal, il y a presque un monde. Et puis on est encore tellement jeune qu’il n’y a encore très peu d’écart entre le travail de gestion du journal et celui qui consiste à savoir ce qu’on met dedans." Cela vaut aussi pour la pub.

Après un an d’existence, les chiffres sont apparus, certifiés par l’OJD : avec 48 500 exemplaires diffusés, 7 000 abonnés et 40 000 lecteurs par mois grand maximum, l’équilibre est presque atteint. Pour mettre du beurre dans les épinards, Philomag s’est donc doté d’une régie pub qui commence à faire émerger quelques pages dédiées à des marques de vin et de café parmi des articles consacrés à Hegel ou Zizek. C’est juste un petit plus pour assurer la bonne santé du magazine car, précise Fabrice, "Philomag ne fera jamais 90% de ses recettes avec la pub, en mettant des photos et des pipoles partout". Il veut au contraire "aller à l'encontre de toutes ces règles qu’il faudrait soi-disant suivre pour faire un journal qui marche" et que le mag vive de ses ventes comme Charlie Hebdo et Le Canard Enchaîné. On parle donc peu de chiffres. Pour se simplifier la vie, il a d’ailleurs "décidé de ne pas les communiquer". Et puis "on n’est pas côté en Bourse, lance-t-il, amusé, et on n’a pas le projet de l’être alors du coup, je ne les ai même pas en tête !" Cela donne une petite idée de l’assise financière dont dispose le mag et une petite idée de la motivation de son directeur (plus préoccupé par les lettres que les chiffres) qui semble prêt à mettre les sous nécessaires pour que son entreprise décolle. Alors il mouline. Et il fait même l’effort de zapper sa pause déjeuner pour nous parler de cette aventure partie d’une page blanche qui l’anime depuis trois ans déjà.


Philomag est-il vraiment le premier magazine de philosophie ?
Oui, on n’avait pas de modèle existant. Enfin, on en avait un mais on le savait pas ! Deux semaines avant de se lancer, on a découvert qu’il y avait un magazine hollandais qui s’appelle Filosophie Magazine. Et c'est drôle parce que la raison pour laquelle on ne l’avait pas repéré sur Google c’est que philosophie s’écrit avec des F et non avec des P en hollandais ! On l’a donc vraiment découvert sur le tard. Il a plusieurs années d’ancienneté et c’est vraiment de loin ce qu’il y a de plus proche de nous. Sinon, il existe deux magazines de philosophie anglo-américains, mais chez nous leur contenu ferait plutôt office de revue. On est donc vraiment parti d’une page blanche donc forcément on continue à inventer un peu.

Quelle est votre expérience de la presse, vous qui dites n'y rien connaître ?
Disons qu’il y a quatre ans, je n’y connaissais vraiment rien ou presque. Mon expérience était dans la banque, un secteur que j’ai complètement quitté car je voulais satisfaire trois envies en même temps – d’ailleurs on ne devrait pas faire ça, on devrait satisfaire une envie à la fois ! Ma première envie c’était de mieux vivre, parce qu’à l’époque j’avais des horaires de travail absolument impossibles. Ma deuxième envie c’était de faire quelque chose qui m’amuse. Et ma troisième envie c’était de créer quelque chose qui ait son utilité. Pour ma première envie, c’est raté (rires) ! Mais les deux autres, ça va.

Le magazine vient-il d’une passion personnelle pour la philosophie ?
Oui, mais il y a plein d’autres choses qui me passionnent, la musique par exemple. Mais ça ne me serait pas venu à l’idée de faire un magazine de musique. Car l’idée de ce magazine c’est le contraire d'un magazine de hobby pour aficionados – c'est un magazine généraliste qui doit pouvoir intéresser tout le monde. Je trouve que si on se place dans la peau d’un actif qui a un jour eu accès à la philosophie et qui a aimé ça, il y a une réelle frustration à se dire : "Je n’ai pas le temps de renouer contact avec la philosophie, je vais d’avoir attendre d’être à la retraite pour enfin tenter de comprendre ce que disait Hegel." En tout cas, c’est une frustration que moi j’ai ressentie quand j’étais dans la banque, une souffrance même. Et je pense que c’est le cas de beaucoup de gens. On n’a pas le temps tout simplement. Et puis c'est dur de choisir le livre de philo qui va vraiment nous intéresser. Il faut donc un guide pour lever ces barrières. C’est pour ça que l’un de nos grands choix éditoriaux chez Philomag c’est de donner la parole aux philosophes. Parce qu'on n’est pas là pour "faire de la philo", ce serait une ambition excessive, on est là pour provoquer une étincelle. Et pour provoquer cela il ne faut pas simplement être dans le registre un peu scolaire de la vulgarisation, il faut aussi proposer un texte qui résiste mais qu’on emporte avec soi. Un contact direct avec la pensée. On a envie que le lecteur ait l’impression d’avoir dialogué avec Marcel Conche ou Peter Sloterdijk, que les philosophes deviennent presque des familiers. D'où le cahier central qu'on propose à chaque numéro. Pour ceux qui veulent se coltiner un texte brut, il est là.

Comment êtes-vous entré pour la première fois en contact avec la philosophie ?
Par des bouquins. C’est peut-être un jour un livre de Kundera, qui n’est pourtant pas un philosophe mais qui a ouvert chez moi une certaine curiosité. C’est peut-être Comte-Sponville quand j’avais 19 ans. Mais je me suis vite rendu compte que je n’irai pas très loin si j’y allais par mes propres moyens. Je n’aurais eu accès qu’à quelques philosophes, les plus accessibles. Or l’envie de Philomag c’est d’aller chercher les autres.

Avoir été banquier, ça vous a aidé pour monter Philomag ?
Effectivement, ça a été un plus. Comme Philomag s’adresse au plus grand nombre et promeut une grande liberté d’esprit, il ne pouvait ni se faire entre amis comme une revue associative ni se faire comme une grosse machine dans un grand groupe de presse. Mais il fallait évidemment pouvoir y mettre assez de moyens techniques et financiers pour créer une entreprise et faire de la promotion sinon on n’aurait probablement pas trouvé la masse critique – désolé d’employer ce terme horriblement financier ! – pour survivre. Il fallait que ça prenne dès le départ, comme une mayonnaise.

Un grand groupe n’aurait pas pu faire Philomag ?
Oui, parce que techniquement, le magazine est contraignant, il faut le suivre de près, c'est embêtant pour un grand groupe qui a d’autres chats à fouetter. Mais de toute manière, ils n’auraient pas su ni eu envie de créer quelque chose d’aussi particulier en terme de contenu. Parce que Philomag un magazine hors normes qui est fait par des gens qui ne sont ni 100% philosophes ni 100% journalistes, mais entre les deux. Il fallait absolument que les gens aient un peu cette double casquette, comme l’a d’ailleurs Alexandre Lacroix, le rédacteur en chef, qui était romancier, avait collaboré à des journaux et avait fait des études de philo.

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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