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  • PARLHOT
  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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11 mars 2007 7 11 /03 /mars /2007 13:43
Décode à plein tube (cathodique)

Parce qu'on en a une et qu'on ne la regarde pas qu'avec les yeux de l'amour, on croit bien la connaître. Mais il suffit qu'un autre la regarde et nous parle d'elle en toute simplicité pour qu'elle nous semble d'un coup étrangère, presque inhumaine, et qu'éclate au grand jour son dangereux pouvoir de séduction. Elle, c'est la télé. Lui, Germain Huby. Tous les samedis à 12h35 sur Canal ce mystérieux personnage s'agite deux minutes chrono dans un curieux programme. Son titre ? Germain fait sa télé. Son but ? Nous montrer le petit écran sous un nouvel angle. Au téléphone Germain nous parle donc télé, bêtise et philosophie.


"Je ne suis pas un Deschiens mais un Deschiens sous acide"
"Est-ce que je serai l’objet de la bêtise ?"



Ce programme t’occupe-t-il à plein temps ?
Pour faire deux minutes de programme je mets à peu près trois jours, de tournage, de travail sur la bande son, etc. Mon épouse m’aide pour ce qui est de la caméra. Mais ça m’est arrivé de tourner à trois heures du matin avec la caméra sur pied fixe. Je fais mon éclairage, je m’envoie ma bande son et hop ! J’aime bien travailler comme ça, dans une sorte de labeur, c’est vraiment proche de ce que font les plasticiens. J’allais dire : évidemment, ce serait beaucoup plus confortable de travailler avec une équipe, et ça irait plus vite. Mais à partir du moment où ça se passe chez moi, il y a quand même une intimité donc ce n’est pas évident de faire venir du monde. Donc la contrainte est quand même là : d’assumer tout seul. Mais le côté fait maison, les gens le ressentent. Je le vois bien : quand je croise dans la rue des gens qui regardent mon émission, il y a de suite une sympathie parce qu’avec le côté bricolo ils se disent que le mec est vrai, dit vrai. Ça, ils le ressentent donc ils ne m’agressent pas.

Ton émission s’inspire-t-elle d’artistes ou d’émissions préexistantes ?
Il y a des gens que j’aime bien, par exemple, Deschamps et Makeief. Par contre, je ne peux pas dire que je suis un Deschiens. Dans un article, Les Inrocks avaient dit : "Un Deschiens sous acide". Acide : je l’aime bien ce terme-là, parce que d’un seul coup je ne suis pas ce personnage un peu rétro, ce personnage qui a d’ailleurs un côté vieille France qui me dérange presque parce que justement je n’y crois pas trop à ça. Evidemment qu’il y a des catégories de la population qui ne changeront jamais, qui viennent du terroir, mais sinon je n’y crois pas à cette France d’en bas. Donc pour moi, Les Deschiens n’incarnaient pas le téléspectateur moyen. Du coup, "Deschiens sous acide" ça me décrit mieux, parce que ça donne l’impression que je suis partout à la fois, que je représente un peu tout le monde. Mais un Monsieur Tout-le-Monde qui aurait pris une substance.

Ce côté schizo, hallucinatoire donne un côté cartoon à ton personnage.
Oui, une dimension un peu bande dessinée. Je suis assez téléphage mais j’aime bien aussi la BD et le cinéma. Pour m’aider à faire mes personnages, dès fois je pense donc à des personnages de films
d’Audiard, par exemple, ou de dessins animés. Parce que comme je suis sur le décalage, si je détourne l’émission de Julien Courbet, je ne vais pas rejouer Julien Courbet. J’ai fait un épisode intitulé "Faut que ça change" dans le sens : "La télé veut absolument vous changer".


Il y a effectivement une tendance lourde à la télé pour les programmes de relooking, de redécoration, voire même de chirurgie esthétique...

Dans Le pensionnat de Sarlat, il y avait une espèce de pionne qui disait tout le temps : "Vous aurez des bons points quand vous aurez un comportement absolument irréprochable !" Donc je la rejoue mais en m’adressant cette fois au public. Et je dis : "Attention, il faut vous comporter comme ci, comme ça…" Et quand je la rejoue, je détourne dans le même temps Super Nanny. Je dis : "Toi, il ne faut pas que tu portes des caleçons, ça fait des marques sous le pantalon ! Toi, il faut que tu arrêtes de parler et souris parce que ce que tu dis n’est pas intéressant." Je fais un personnage qui a un côté très nazi dans sa façon de parler aux jeunes et de les mener à la baguette. J’ai un manteau noir à col relevé et des lunettes noires. Comme je suis sur du deux minutes, je suis un peu obligé d’être dans le cliché. Mais du coup, avec ce personnage BD, ça parle mieux.

Germain fait sa télé m’évoque Téléchat, parce que dans cette pseudo émission pour enfants Roland Topor faisait sa télé et critiquait en sourdine la télé de son époque et la société de consommation.
Bien sûr. Merci de me le rappeler parce que c’est vrai que c’est une bonne référence. Après il y a d’autres artistes que j’aime, par exemple Pierrick Sorin. Alors ça c’est un autre aspect de l’art contemporain qui est beaucoup plus hard. C’est quelqu’un qui ne pourrait même pas passer en télévision aujourd’hui.

Aurais-tu pu faire ce programme sur une autre chaîne que Canal ?
Je ne pense pas, non. J’ai déjà accepté quelques changements quand je suis passé d’Arte à Canal. J’ai mis l’accent sur un autre plaisir qui est de jouer. Parce qu’il ne faut pas oublier qu’il y a une part de jeu et de comédie dans ce que je fais. Je m’amuse à faire ces personnages. Sur Arte j’étais peut-être moins dans ce plaisir du jeu. Ce n’est pas qu’on m’en aurait empêché, mais peut-être que je m’étais déjà un peu conditionné à passer sur Arte. Canal est une chaîne qui permet de jouer comme ça. Je ne suis pas sûr qu’on puisse faire de même sur TF1 ou France Télévisions.

Que penses-tu des autres programmes estampillé "esprit Canal" de la chaîne ?
Groland, je regarde. J’aime bien ce qu’ils font, ça fonctionne très bien. Et puis j’aime bien ce côté un peu grivois, honnêtement, ça ne me dérange pas. Devant certains de leurs sketchs, je suis le premier à me dire : "Bien joué ! Ils ont vraiment senti le truc" en espérant que ceux qui regardent aient aussi pigé jusqu’au bout, qu’ils ont vu le second degré, voire des fois le troisième degré. Il y a un personnage que j’aime bien et qu’on voit beaucoup en ce moment c’est Brigitte Fontaine. Elle, par exemple, elle est complètement lunaire mais elle maîtrise quand même tout ce qu’elle fait, ça ce sent très bien. Elle est drôle parce qu’elle essaie d’être complètement hors du formatage télévisuel qui consiste par exemple à ne pas bouger de son siège ou à laisser la parole à la personne interviewée quand soit même on ne l’est pas. Il y a quelques années, il y avait un personnage qui s’appelait Gogol Premier, il s’était autoproclamé "père du rock alternatif français", et ce mec, pareil, sur les plateaux, il était ingérable, il traitait le public d’enculés, il gueulait : "Hourra !" et à un moment il le répétait tellement que les mecs ne supportaient plus, donc il s’empoignaient avec des spectateurs. C’était génial !

C’est autrement plus génial que ce que faisait Michael Youn...
C’est clair. Il fait partie de ces mecs un peu froids, c
omme Cyril Hanouna, qui sont dans une espèce de business. D’ailleurs ils ont souvent une formation de commercial. Je crois que Cyril Hanouna a fait compta. Bref, c’est des mecs un peu arrivés là parce qu’ils faisaient marrer les copains. Pourquoi pas ? Mais c’est des délires potaches,  on est loin de l’humour fin d’un Raymond Devos. Eux c’est : trois balles dans la fente et hop ! une vanne. Moi, je trouve ça très dur à faire.


La première fois qu’on tombe sur ton émission on ne sait pas où on est tombé. Et les fois d’après on n’est pas plus renseigné. Parce que tu as effectivement la tête de Monsieur Tout-le-Monde et qu’on ne sait jamais qui est Germain dans le civil.

Parce que je ne suis justement pas dans le côté pipole. Et ça, il y a des journalistes qui ne le comprennent pas. D’ailleurs, certains n’arrivent tellement pas à cerner qui je suis et quel est mon univers que j’ai droit à des questions quelque peu étonnantes. Par exemple, le dernier journal qui m’a interviewé c’est Closer. A la base c’est un journal que je n’aime pas mais j’ai quand même accepté l’interview parce que je suis toujours à la recherche d’expérience. Qu’est-ce qu’on va me dire ? Qu’est-ce qu’on va vouloir que je dise ? Cette interview aussi est une expérience, parce que tu peux complètement te planter, donc je suis curieux de ce que tu vas me dire et de ce qu’il va en ressortir. Avec le journaliste de Closer, on a parlé pendant trois quarts d’heure et c’était très intéressant, même lui m’a remercié pour cette bonne discussion et ça fait plaisir. Parce qu’il m’a amené plein d’idées aussi, comme toi quand on discute. Le problème c’est qu’il a ressorti trois questions de merde et qu’il m’a fait cracher sur Michel Denisot ! En fait, il avait déjà orienté son article avant de me rencontrer, mais c’est normal, vous avez tous ce genre de réflexe. Là, tu vois, je sens ce que tu as envie de faire. A un moment, j’aurais envie de te demander – genre après l’interview, par mail : "Est-ce que je serai l’objet de la bêtise ?"

Non, ce n’est pas ça. Je te donnerai ultérieurement plus d’info là-dessus si tu le souhaites. Je ne voulais pas t’en dire plus avant l’interview pour laisser un peu de mystère, de fraîcheur, d’imprévu. La discussion est moins passionnante si l’on sait dès le départ où l’autre veut en venir.
Bien sûr et je n’ai pas besoin de savoir ça moi, je dois juste répondre aux questions. Mais pour te dire, le journaliste de Closer, je sentais ce qu’il voulait faire. Il voulait me dire que je critique tous ces gens qui aspirent à être pipoles, alors il avait tout ciblé là-dessus. Or ce n’est qu’une petite partie de mon discours. Et évidemment, pour essayer de m’attendre un peu au tournant, il a fini par me dire : "Mais finalement, vous, en faisant ça, vous ne cherchez pas aussi la reconnaissance ?" Il a fallu que je lui explique ce que c’était qu’un artiste. Qu’un artiste ne recherche pas sa reconnaissance à lui mais la reconnaissance de son travail et que c’est là toute la différence avec quelqu’un qui veut être pipole. Et ça l’a presque gêné que je ne tombe pas dans le panneau parce qu’il aurait aimé que je rentre dans sa case. Donc dans son article, il a ressorti un pauvre truc du genre : "Si Canal+ me dit demain que mon émission soit s’arrêter, ça ne me fera pas grand-chose, je n’ai pas attendu après Canal." Il a fait un peu sa langue de pute. Mais c’est sûrement ce que lui demandait son canard.

En même temps, c’est un fait : la télé t'a permis d’accéder à une reconnaissance personnelle que ton seul travail d’artiste ne t'aurait pas permis d’avoir. Depuis, cela influence-t-il d’une quelconque façon ta façon de travailler, tes autres créations ?
Oui, j’ai beaucoup moins de temps pour faire mon travail d’artiste. Je le regrette bien sûr. Mais en même temps, il ne faut pas se leurrer, c’est quand même une bonne vitrine pour mon travail. J’allais dire : c’est un peu la partie visible de l’iceberg. Par exemple, après avoir fini Germain fait sa télé sur Arte, j’ai fait beaucoup d’autres choses entre 2002 et 2005. Je n’étais pas contraint par une quelconque obsession de refaire de la télé. La télé n’est pas mon support. Mon support, c’est celui qu’une œuvre appelle en fonction de ce qu’elle est. Donc ça peut être une salle d’exposition, un festival, la radio, Internet. J’allais dire : c’est ça la logique d’un artiste. Là, je suis en train de co-réaliser un documentaire sur le thème des hommes qui se travestissent et il va falloir évidemment batailler pour le diffuser. Mais on n’a pas forcément envie que ce soit diffusé partout. J’ai plus envie qu’il soit diffuser dans des festivals parce qu’il y a un public volontaire.

Profites-tu de ton aura d’homme de télé pour réorienter ton travail sur des thèmes plus engagés ? Te sens-tu investi d’une mission au vu de ta notoriété et de ton image ?
J’ai toujours été engagé, mais c’est vrai que parfois je suis un peu tenté par en profiter. Je n’ai pas besoin que ce soit révélé, mais au moment où il y a eu les circulaires Sarkozy qui menaçaient d’expulser des enfants et leurs familles parce qu’ils n’entraient pas dans les bons stéréotypes, quelqu’un de la ville m’a appelé en me disant : "Puisque vous habitez la ville, pourriez-vous intervenir pour prêter votre image à cette cause ?" Je suis intervenu mais je n’ai pas mis mon image en avant. Je suis intervenu en tant que citoyen et j’ai justement fait jouer les valeurs de la loi. A aucun moment je n’ai dit : "Maintenant vous laissez ces gens tranquilles parce que je suis de la télévision !" Et ce qui est très beau c’est que je crois que ça a fait du bien aux gens qui étaient autour de penser qu’on pouvait agir en tant que citoyen. C’est pour ça que ce n’est pas forcément bon que ce genre d’action soit relié à des gens qui ont une quelconque notoriété médiatique. J’allais dire : tant pis, même si des comédiens soutiennent des causes pour soigner leur image, qu’ils le fassent, au moins ça aura servi. Mais moi, je n’ai pas changé mes valeurs depuis que j’ai un peu de notoriété. J’avais déjà des valeurs et j’essaie de les défendre dans ce que je fais, par exemple dans les ateliers théâtre que j’organise pour les enfants. Je continue de travailler à cette échelle. Pour moi, c’est aussi gratifiant de voir quinze enfants apprendre à s’exprimer sur une scène de théâtre que de faire mon émission sur Canal. D’ailleurs je m’implique parfois plus avec les enfants. Mais il y a aussi beaucoup à faire du côté du public, des citoyens, de tous ces gens qui auront un jour à transmettre eux-mêmes un savoir.

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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commentaires

kadar 20/03/2007 14:12

Huby arrête de tailler Hanouna, il est plus drôle que toi
 

Sylvain Fesson 20/03/2007 14:16

Non Kadar, c'est toi le plus drôle des deux !