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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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9 mars 2007 5 09 /03 /mars /2007 00:28
Décode à plein tube (cathodique)

Parce qu'on en a une et qu'on ne la regarde pas qu'avec les yeux de l'amour, on croit bien la connaître. Mais il suffit qu'un autre la regarde et nous parle d'elle en toute simplicité pour qu'elle nous semble d'un coup étrangère, presque inhumaine, et qu'éclate au grand jour son dangereux pouvoir de séduction. Elle, c'est la télé. Lui, Germain Huby. Tous les samedis à 12h35 sur Canal ce mystérieux personnage s'agite deux minutes chrono dans un curieux programme. Son titre ? Germain fait sa télé. Son but ? Nous montrer le petit écran sous un nouvel angle. Au téléphone Germain nous parle donc télé, bêtise et philosophie.


"La théorie de la carte postale beauf ?"
"Une baguette dégueulasse pour Le Lay !"



Ton programme est pris dans un compromis entre forme et fond. Sa forme, bête, sert de véhicule un fond, intelligent. C’est ça le deal ?
Oui. Et attention, il y a le fait que justement j’accepte la télé. Je ne dis pas aux gens : "N’achetez plus ci, ne regardez plus ça" mais : "Comprenez ce que vous regardez. Comprenez aussi qu’on a envie de vous conditionner, ayez cela à l’esprit, ne vous laissez pas manipuler." Voilà, l’idée. Mais d’un autre côté, j’aime bien savoir que le spectateur qui regarde ce genre d’émissions ressent une certaine culpabilité. Les gens ont tendance à croire qu’ils sont de bons spectateurs et qu’il y a plus mauvais qu’eux, je le vois quand je fais des conférences ou des formations à des enseignants. Quand je pose la question de savoir qui a déjà regardé la Star Académie, les gens ne lèvent pas la main, ils sont un peu honteux.

Dans quel cadre fais-tu ces conférences ?
En tant qu’artiste. Beaucoup d’artistes donnent des cours dans les écoles d’art. Moi je donne des cours à l’école supérieure d’art de Dijon. Et quand je suis devant ce genre de public, je leur demande qui regarde la Star Académie. Et en général ils n’osent pas le dire. C’est donc qu’ils se sentent coupables d’avoir regarder ça. Qu’il y a de la culpabilité à regarder ce type de programmes. Si tout le monde levait la main en disant : "Moi, je regarde !" ça voudrait dire qu’ils n’auraient pas de recul. Là, il y aurait manipulation. Mais ce qui est drôle c’est que lorsque je leur demande : "Qui a regardé au moins une fois ?" là, toutes les mains se lèvent. Et le problème, c’est de leur faire comprendre que la majorité du public c’est eux justement, c’est-à-dire nous tous. C’est nous qui regardons une fois de temps en temps, parce qu’un soir on a zappé dessus en passant. Alors oui, il y a des accros, il y a 4 millions de spectateurs qui regardent la Star Académie. Mais j’ose imaginer que ces 4 millions de spectateurs, ce n’est pas toujours les mêmes 4 millions de spectateurs. Il y en a peut-être, je ne sais pas, 200 000 ou 300 000 qui sont fans et qui achètent les albums, mais le reste c’est un peu Monsieur Tout-le-Monde qui tombe par hasard sur cette chaîne et regarde. Donc à ce moment-là, je leur parle de ma théorie de la carte postale beauf pour détendre l'atmosphère.

La carte postale beauf ?
En vacances les gens envoient des cartes postales. Alors à la famille on essaie d’envoyer des cartes classes, mais pour les copains on a tendance à se dire : "Avec lui je vais me marrer, je vais lui envoyer une carte avec une nana à poil." On se dit qu’elle va le faire rire parce que le message c’est : "Regarde, des gens achètent ça par goût !" Mais ce que j’essaye justement de faire comprendre, c’est qu’il n’y a pas de beaufs qui achètent ça.


Les beaufs c’est nous ?

Oui. Parce qu’on est tous persuadé qu’il y a plus beauf que soi. Star Académie fonctionne sur ce principe. C’est-à-dire que personne ne regarde ça au premier degré. Enfin un seul un petit nombre ne voit pas qu’il y a un formatage là-dedans. Il y a quand même quelque chose d’illogique dans ces émissions : on est là pour apprendre à ces jeunes à chanter, on leur dit que c’est un labeur et finalement on les faits s’éliminer les uns les autres. Ça, ce n’est pas logique : c’est un autre spectacle qu’il faut dénoncer. Les gens savent ça, ils en parlent lorsqu’on leur demande ce qui cloche à la Star Académie. J’aime bien qu’ils aient un peu conscience de ça. Parce que je veux leur faire comprendre qu’il n’y a pas de spectateurs-type plus beauf qu’eux, il y a juste nous qui regardons ça par moments, par relâchement. Ça la télévision l’a complètement compris.

S’inscrire au cœur du dispositif télévisuel et y faire l’imbécile est-il une bonne manière de combattre cette machine à bêtise qu’est la télévision ?
Tu as un peu envie, dans le cadre de mon travail, de me faire endosser le rôle l’imbécile ? J’endosserais le rôle de cette espèce de spectateur moyen qui subit et qui est en même temps un peu coupable de regarder les émissions qu’il regarde, quelque chose comme ça ? Pourquoi pas. Moi, je pars du principe que le téléspectateur n’a pas la télévision qu’il mérite. Pour boucler la boucle, les patrons de chaîne disent : "S’il y a de l’audience, c’est que les gens regardent et qu’ils aiment ce qu’ils regardent." Je ne suis pas de cet avis. Parce qu’encore une fois, je pense qu’on exploite les faiblesses des gens. J’allais dire : comme MacDonald exploite les faiblesses des gens. C’est-à-dire que lorsqu’on donne aux gens des choses qui ne jouent que sur le goût et pas sur l’équilibre alimentaire, et bien ça, c’est dégueulasse. Parce qu’on sait très bien que le salé et le sucré sont des choses qui vont nous saper. Le fait de manger quelque chose de mou, de le manger avec les mains, que ce soit rapide, convivial, ça va nous saper. Et qu’on n’aille pas dire que les gens sont conscients de ça ! Je prends un exemple très simple quand j’en parle à des jeunes. Je leur dis : "Si vous êtes sur l’autoroute, qu’à droite il y a un château et à gauche un accident, et bien votre tête se tourne vers l’accident parce que ça vous renvoie à votre propre mort. Vous vous voyez à la place de ce type qui a la tête en sang." C’est curiosité est normale, ça fait partie de l’humain. Ce qui est embêtant c’est que la télévision assume et exploite cette faiblesse parce qu’elle a des choses à nous vendre. Ça c’est du cynisme. Moi, quand Le Lay dit ça, j’ai envie de dire à son boulanger : "Fais-lui une baguette dégueulasse ! La baguette de pain qu’il mérite !"

En parlant de mal bouffe, tu me fais penser à Cauet et son burger. Lui aussi fait l’imbécile à la télé. D’ailleurs, tu as un point commun avec lui, c’est la ventriloquie. Tes personnages sont des ventriloques du baratin télévisuel de même que Cauet se fait ventriloque du discours de ses invités en les imitant ou en trafiquant leurs voix. As-tu remarqué ça ?
Je ne regarde pas vraiment Cauet mais c’est vrai que j’ai remarqué qu’il faisait ça. Mais attention, Cauet assume sa bêtise. Il assume être vraiment bête et faire ce qu’il aime. Dans ses interviews, il dit qu’il fait une émission aussi bête et dénuée de réflexion parce qu’il n’a pas le savoir et le talent qui lui permettraient de titiller ses invités comme le font Fogiel et Ardisson. Ce qu’il fait est bête, mais comme la télévision induit une sorte de sentiment sacré – on pourrait mettre une vache pendant une heure sur l’écran les gens seraient capables de la regarder pendant une heure pour voir s’il va se passer quelque chose – des gens comme Cauet acquièrent de suite une sorte d’aura, de grandeur. Moi mon imbécillité est toute autre. Elle réside dans l’emploie d’un physique : on voit ma barbe, je ne suis pas rasé, si j’ai un bouton sur le torse au moment où je tourne tant pis je le laisse, si j’ai un poil de travers je le laisse. Et pour le coup, c’est peut-être ça la vraie télé réalité. Alors que Cauet, si tu le vois en vrai, il a des chicots plein la bouche. Moi j’emploie mon physique tel quel et à partir de ça, je joue. C’est-à-dire que j’essaie d’endosser ce que tu appelles le rôle de l’imbécile, ce que moi j’appellerais plutôt le rôle de Monsieur Tout-le-Monde, c’est-à-dire le téléspectateur normal, avec ses faiblesses, ses doutes, sa mauvaise foi, ses mauvais goûts et parfois aussi avec son humanité, sa tendresse. J’incarne toutes ces facettes.

Un exemple ?
Une fois, j’ai fait un épisode sur le thème de la journée de la femme. Tous les hommes politiques se sont exprimés là-dessus. Chirac a fait un grand discours sur ce que doit être le rapport aux femmes. Mais quand moi je l’endosse ce rôle, j’essaie de montrer qu’il y a des mecs qui ont effectivement dû penser ça à un moment, qui ont même dû offrir des fleurs à leur femme ce jour-là, et puis le lendemain ils leur ont sans doute mal parler, voilà. Donc moi je joue un peu tous ces rôles-là. C’est-à-dire que je ne me fais pas de cadeaux, je ne m’embelli pas pour passer à la télévision. J’essaie d’être le plus normal possible. Et dans la normalité du quotidien, on est des gens fait avec de la barbe, des boutons, des cernes sous les yeux, des coiffures pas toujours top. Il y a des gens qui me disent : "Tu es souvent un peu à poil dans tes émissions." Oui, parce que chez soi on ne se met pas en costard cravate.

Effectivement, là on est chacun chez nous collé au téléphone et je ne suis pas en costard cravate !
Tu es comment ?

Avec le gros pull d’hiver tricoté par mamie !
Génial ! Voilà, on est des êtres de chair.


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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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