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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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7 mars 2007 3 07 /03 /mars /2007 23:51
"Quoi devenir ?"

On rassemble nos esprits et se dirige côté bar. En chemin, on croise un pote fan du groupe encore sous le choc de "L’Immodeste Attitude". Son envergure. (Qu'il se réjouisse, ce morceau figurera, réarrangé, dans le prochain album.) Il regrette que Le Détroit ait été encore le grand absent de ce soir. "Botox", "Nuits de Rêves", rien à redire, le kif. Mais il aurait bien troqué quelques "Météorites" contre certains morceaux de ce deuxième album. "Météorites" ? Il n’a pas aimé. Trop zarbe, pour lui. En ce qui me concerne, c’est pourtant celui-là que je retiens, dans les nouveaux morceaux en tout cas. Pour moi, c'est de loin le plus abouti, original, majestueux, malgré mes quelques réticences. Effusion futuriste. Rêve d’apoca-lips. Empire de la chute et chute de l’empire. "Météorites" rappelle "Botox" avec sa "longue progression haletante, à base de motifs synthétiques se répétant et se déformant jusqu’à une inéluctable déflagration sonique" (dixit Philippe). Mais aussi "Idioteque" et "Sit down. Stand up" de Radiohead. En quête d’inspiration, Tanger a cette paranoïa de secours qui fait rejaillir sa marotte préférée : la fresque de fin du monde. C’est sa tasse de thé, sa potion magique, sa magique madeleine. Un coup de barre ? Une fin du monde et ça repart ! Il s’y penche, y trempe lèvres, nez, tête et corps par-dessus tête s’y noie, dissout, grandit de grands mouvements, ébahi… Cette marotte est à double tranchant. Une de ses bouchées peut vous donner du coffre, la suivante vous ôter toute consistance. Il ne faut pas en abuser. Sur "Météorites", Philippe y mord pour faire cracher un feu d’artifice à son cerveau quémandeur de collyre et de collisions de génie. Collisions ? Collyres ? Feu ? Artifice ? Il faut choisir…


Condition humaine
""Météorites" a été composé lors de la même session d’enregistrement que "Roulette Russe et Poing Américain", en avril 2005", explique-t-il. Tout est parti d’un instrumental de Christophe et d’un lapsus d’Hubert Reeves ! Oui, vous avez bien lu, l’astrophysicien. Lors d’une émission, sa cervelle a fourché, lui faisant dire qu’une météorite pourrait bien nous tomber sur "la terre !" Ni une ni deux, Philippe a saisi l’erreur (humaine) au vol et v’la t’y pas qu’aujourd’hui ce titre constitue "le maître étalon de l’album à venir". Véritable cadeau du ciel, Philippe en aurait tiré matière pour un disque entier. Bluffe-t-il ? Mick Jagger disait : "L’important n’est pas la musique, mais l'histoire qu'on va pouvoir raconter aux journalistes." Sur son site, Philippe a préparé un petit texte pour nous en parler en personne. Il nous fait entrer dans la danse : "Hier la crainte d’une collision avec une météorite était une préoccupation de gaulois craignant que le ciel ne leur tombe sur la tête. Aujourd’hui, c’est une menace prise au sérieux par des scientifiques. La question n’est pas de savoir si cela va arriver mais quand. Et cette menace s’ajoute à d’autres dont les conséquences s’avèrent chaque fois plus dramatiques : catastrophes naturelles, accidents industriels, actes de terrorismes… Un des données qui comme le développement des manipulations génétiques, la modification profonde du rapport à l’espace et au temps, les changements climatiques, définissent peu à peu et irrémédiablement une nouvelle condition humaine. Ce sont les contours de cette nouvelle condition humaine qui se sont naturellement imposés  comme terrain d’exploration pour le cinquième album de Tanger."

We are your friend
Tout cela est bien beau, avec ses grands airs de film catastrophe, mais la cata c'est que nous sommes le 17 février 2007, 23h30, et les nouveaux morceaux ont beau être prêts, Tanger est toujours sans label, comme un exil sur son propre sol. Ce n’est donc pas demain la veille qu’ils seront prophètes en leur pays. Nous sommes le 17 février 2007, 23h30, et ce n’est pas ce soir que j'aurais été prophète pour mes amis. Je me faisais une joie de leur faire découvrir Tanger. Je les retrouve au bar et me rend compte que le truc leur est passé à dix milles. Qu'ils n'ont rien calculer. Je tente un truc, lâche une connerie histoire de générer du retour : "Hé ! Vous avez loupé quelque chose ! Je veux dire, niveau rock en France, voilà, y'a Noir Désir et y'a Tanger !" Je fais un bide. Excepté du côté de la Pigeonne qui, fan de longue date de la bande à Cantat, a limite envie de me mordre pour oser dire ce que j'ai dit. Comme quoi des fois ça sert de dire des bêtises. Des bêtises ? A ce moment-là, j'ai l'intuition de ne pas tout à fait dire une bêtise. Mais je ne trouve rien à redire. Pas le moment, ni l'endroit d'argumenter. Les bières font place. Et la Pigeonne me fait rire. "Regarde, me dit-elle, y'a Philippe Pigeard là. On dirait un chanteur de YMCA avec son chapeau, sa veste militaire et ses lunettes fumées !" "Oui, dis-je. Peut-être veut-il rivaliser de style avec les gamins super fringués du Triptyque. (Ou se la jouer top kitsch comme Polnareff en son temps). Torse poil, Christophe prend moins de risque." Elle me demande si je veux aller lui parler, mais ce n'est ni le moment, ni l'endroit. Trop tôt. Le Truskel nous attend pour finir la soirée en chantant les vieilleries brit pop de nos 15 ans ("Common people" de Pulp) et les derniers cris à la mode ("We are your friend" de Justice). Mais quelque chose comme une "lettre à Tanger" me trotte déjà dans les neurones. Souhaite que j'ouvre mon cœur et que je l'expose à la folie des grandeurs.


Postcardiogramme
Tanger occupe une place importante, bien qu'underground et insaisissable, dans le paysage rock français. Une place en marge quelque part aux côtés de Noir Désir. Celle d’être un groupe méta-rock. Tanger a beau avoir les mêmes grandes références tête à claque que Noir Désir (Rimbaud, Morrison), présenter guitare-basse-batterie et chanter en langue de Molière revue et corrigée, il n’est pas un groupe de rock classique comme l'est son illustre confrère. Noir Désir est un groupe de rock classique au sens où le groupe s’est cimenté durant l'adolescence sur les plaies d'une époque mouvementé par le rock. Dans les années 80 le rock bougeait en France et Noir Désir a pris le pli. Certes mieux que beaucoup. Mais voilà, c'était les années "rock alternatif". Il y avait du rock à forger. Beaucoup de rock. Et "Noir Dez" a forgé, en fougue et en phase avec son époque. Jusqu'à la définir. Tanger n’a pas eu cette chance. Tanger est né au début ds années 90, adulte et non adolescent. Et il se passait quoi de rock dans les années 90 ? Rien. Il n'y avait pas de train à prendre, pas de réelle aventure. Pas de fête. Tanger a donc dû la créer de toute pièce. Genre Frankenstein. Il est arrivé la tête pleine de toutes ces supernovae qu'il avait eu le temps de collecter et qui avaient eu le temps de refroidir dans l'oubli des petits joueurs, il a pris toute cette culture rock et les grands secrets qu'elle abrite et il en a fait sa manne, avec l’envie de péter plus haut que son Q.I. Que son tout soit supérieur à la somme des parties. Pour un rock aussi bon comme là-bas dit ! Tanger c'est cette vision artistique. Cette ambition d’orphelins du rock orgueilleux d'avoir tout à prouver et à faire. Ce laboratoire qui fait plus des expériences sur le rock qu'il ne joue du rock expérimental. Voilà pourquoi on prend souvent Tanger pour ce qu'il n'est pas, c'est-à-dire un groupe prétentieux. Ils ne sont pas prétentieux, ils sont juste, au pire, élitistes. Ils ont l’élitisme de ceux qui pensent que la culture se mérite. L'élitisme de ceux qui appelleraient plutôt ça de l'Art, avec un grand A. Une chose dont les voies ne sont pas impénétrables, mais demandent qu'on ait le courage de les arpenter par soi-même. Qu'on prenne des risques. Aujourd'hui plus qu'hier Tanger en prend. En quête de nouvelles terres et de nouvelles promises, il part à la poursuite de ses voies propres pour mener La grande vie. Cela les rend ô combien précieux.


Photo de Tanger ci-dessus réalisé par Sortie de scène

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

La Pigeonne 15/03/2007 22:57

Joli article (et jolie lettre)! Même si j'ai tendance à me dire que Tanger... c'etait mieux avant. Enfin chai pas mais l'amour fol m'avait vachement enthousiasmée moi! Et puis le premier album il était bien aussi (vachement infuencé (oui oui j'ai bien dit influencé) par Noir Désir). Mais là. Plof. Enfin, pas que plof, hein, y a encore des trucs bien, mais ils passent souvent un peu trop près du ridicule pour moi, de la grandiloquence...Mais en même temps, je dis ça, et pourtant, je garde un a priori positif sur Tanger. Ils sont intelligents, je me dis, ils vont bien réussir à faire le tri des trucs pas bien et nous faire un album qui (se la) pète !:o)

Sylvain Fesson 19/03/2007 11:05

Oui, que dire d'autres que : on attend l'album maintenant ! Et y'a-t-il un label éclairé dans la salle pour signer un groupe de cette envergure ? Réveillez-vous, ça ne court pas les rues !

juko 09/03/2007 10:59

article interessant, et à la dimension d'un pays, bien que le terme elistisme accessible soit pris dans un sens large et politique.
PAs trop d'accord pour dire que la formule de Vilar est vide, elle a été vidé par des politiques c autre chose, et sortie de son contexte aussi je pense.Vilar ne parle que de culture et du prob spécifik du théatre, qui trainait a lepok (moins maintenant je pense) une reputation d'art intellectuel coupé du grand public.
perso j'etends l'argument à la musique now. on n'est pas obligé de confondre populaire et bas du front (comme la culture tv dominante, ce qui en dit long sur le mépris caché des décideurs pour le grand public ). on peut, au moins essayer, de ne pas prendre les gens pour des cons, pour des boutons-préjugés tout faits qui n'attendent que d'etre préssés au bon moment - des stimuli-reflexe. on peut essayer de faire confiance à chaque individu et son potentiel d'ouverture. finbon, cetait mon apocalypse APRES les café, pas la meme que celle d'AVANT.

juko 08/03/2007 11:06

Vilar, grand homme de théatre, disait qu'il voulait faire de l'elitisme pour tous je crois( euh la j'ai un doute sur la précision de ma citation).
chuis assez dac
et jaime bcp les apocalypses aussi, surtout le matin

Sylvain Fesson 08/03/2007 22:16

Vilar ? Je ne connais pas. Mais sa citation est intéressante. J'ai vérifié sur le net. C'est bien cela qu'il dit. Je suis même tombé par hasard sur un article qui approndit cette notion - "access to the best" - en retraçant le pourquoi du comment du multiculturalisme des Etats-Unis. Au cas où ça t'intéresserait aussi, c'est là :http://bibliophage.blog.lemonde.fr/2007/02/19/le-multiculturalisme-americain/Bonne apocalypse au prochain réveil !