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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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21 février 2007 3 21 /02 /février /2007 04:47
"Quoi devenir ?"





17 février 2007. 21h. Toujours en attente de leur quatrième album, on retrouve Tanger sur la scène du Triptyque, gonflé d'espoir d'entendre enfin de nouveaux titres à la hauteur des trois épisodes discographiques précédents. Revue des troupes et du trip.




"J'aime bien cette salle. Ce n'est pas très grand, le son n'est pas génial, mais il y a toujours une bonne ambiance. On se dit que ça devait être comme ça dans les années 70. Même si ce n'est pas la même population."
Pas tort, la Pigeonne, qui nous accompagne ce soir. Au Triptyque, tout le monde s'échine à reproduire l'émulation de ces années-là (les années punks), quand le rock débarquait enfin dans l'Hexagone, sauvage et lettré à la Taxi Girl. Ici tout le monde s’agite, comme s'il se passait quelque chose. Comme s'il se passait autre chose que ce simulacre de voir les vieilles gloires d’une époque révolue (Darc, Eudeline, Delaney Blue) et des teenagers avides d’y frotter leurs ailes pour gagner en rock-credibility. Comme si le rock drivait encore l'époque, ils sont tous là, échappés de leurs Myspace, prisonniers d’un faux rêve, tous là à faire du stop, en rétropédalage, avec leurs fringues millésimes-élimées, leurs coupes effets minets et leurs envies d’être eux-mêmes, comme tout le monde. Ils désirent qu'on les embarque, le quart d'heure de célébrité à la Starac. Alors "pas la même population" ? Un peu si. Des wannabe. Moins classes qu'il y a 30 ans, c'est sûr, moins faiseurs d'époque que suiveurs, mais wannabe tout de même. Poissons dans l'aquarium, en quête de mythe et d’âme-son.



Poésie rock

Ce soir, point de Naast et de Plasticines. Ce soir c'est revival avec des vieux, des vrais. On est venu se montrer en allant voir Tanger, un groupe qui depuis treize ans nous la fait à l'envers, en la jouant rock 70's à fond. Un groupe qui depuis treize ans slalome tant bien que mal entre les requins de l'industrie du disque et nous délivre tous les deux-trois ans des albums hors course. Un rock comme peu osent encore le faire. C'est-à-dire un rock jazz, blues, psyché, beat. Le rock ouvert des débuts. Celui de la route, l’aventure. Celui qui parle toutes les langues. Celles de Rimbaudelaire, de Kerouac, des Doors, Gainsbourg et Bashung. Un rock dans tous ses états qui s’abreuve de mots autant que d’images, de sons autant que d’odeurs, de dentelles et d’orages. Et qui repart tête barrée, le cœur fourmillant de bottes de sept lieux. Qui s'en va essayer de faire jaillir en son sein un rock poétique et une poésie rock de l'ordre de la transe. Tanger rêve à ce genre de saintes terres, de lumière. D'où son nom, qui renvoie à cette ville du nord du Maroc où s'est achevé le rêve de la beat génération et à une toile de Matisse où le peintre avait particulièrement bien cerné le chatoiement du soleil tangérois. Voilà comment j'aimerais décrire Tanger et sa musique si je devais emmener des amis novices à un de leur concert et leur donner tant que possible un peu l'eau à la bouche. (Ce serait plus judicieux qu’essayer de leur faire comprendre pourquoi Tanger est précieux et occupe une place importante, bien qu'étroite et insaisissable, quelque part aux côtés de Noir Désir dans le paysage rock français.) Et voilà en mieux ce que j’ai dit il n'y a pas plus tard que deux secondes. Car je ne suis pas seul à ce concert au Triptyque, mais accompagné d'une tripotée d’amis qui ne connaissent rien de Tanger. Ça ne les convaincra pas. Dès les premières secondes, ils décréteront que ce n'est pas leur truc. Car oui, Tanger est un groupe comme ça aussi : on aime ou on déteste, mais on ne reste pas froid.


Mous
quetaires
L
’introduction faite – un long instrumental punchy –, Philippe Pigeard entre en scène, rejoint ses camarades. Si mes amis étaient encore auprès de moi à ce moment-là et non déjà côté bar à siffler des bières, je leur ferai les présentations. Je leur dirai : "Alors tu vois Philippe, c’est le petit brun qui s’agite au centre, avec son petit nez de feuj, ses favoris artisto-rockab et sa chemise noire ouverte sur quelques poils et une chaîne en or. C’est l’instigateur du groupe. Le poète qui voulait se faire aussi gros que le bœuf. Écrire hors des feuilles, vivre "La grande vie". Alors il n'a pas trouvé mieux qu'essayer de s’entourer de musiciens. Comme on dit plus communément, il tente de monter un groupe. Il créé Tanger une première fois en 1994 et une seconde fois en 1995 en rencontrant Christophe Van Huffel. Christophe, c’est le type à gauche qui affiche une mine patibulaire de tolar ou de tox. Avec sa coupe à la brosse, son regard bleu possédé fixé droit dans le vide et sa vierge Marie tatouée à l’emplacement du cœur, tu le verrais ailleurs que sur scène, tu flipperais. Mais là tu tripes. Parce que lui c'est le guitariste et qu'il déchire guitare en main. Alors sa bonhomie de char Panzer qui fonce avec l'abnégation d'un croisé, tu la prends comme une bénédiction. Christophe, c'est l’alter ego purement rock’n’roll de Philippe. Sa centrale nucléaire. Pas de leader entre les mots de l’un et les riffs de l’autre, mais deux armes pour une même vision du rock. D’où la renaissance du groupe quand le duo a pris corps. Un duo qui a fait le vide autour de lui et rouler sa bosse en partant à Tanger avant d'accepter une tierce personne à son retour à Paris. Cette personne c'est Didier Perrin. Didier c’est le type à droite qui porte la barbichette et le sourcil fourchu. Il tient la basse. Chacun à leur poste avec un charisme qui leur est propre et se complète à merveille, c’est trois types-là sont une sorte de triplé aussi gagnant qu’incongru. Genre trois mousquetaires, des chevaliers du rock lettré. Derrière, un batteur et un saxophoniste les épaulent, sans quoi on obtiendrait pas la puissance sonore si particulière – de l’ordre de la transe vous ai-je dit – de Tanger. Mais eux je ne connais pas leur nom."

Longue l'attente

Ce soir, seul, carnet en main, je suis en attente de quelque chose. J'attends qu’une mayonnaise prenne sur scène. Une mayonnaise de l'ordre de L'Amourfol, leur dernier album. Car si Tanger est couronné d’un style et d’une discographie sans faille : La Mémoire Insoluble (1998), Le Détroit (2000) et L'Amourfol donc (2003), sans compter leur mini-album éponyme de 1997 et leur album live de 1999, aujourd'hui il se retrouve à la rue, sans label, et à mon humble avis leurs derniers soubresauts scéniques n'ont pas dévoilé un groupe à la hauteur de ce qu'il a pu être. Si je relève notamment L'Amourfol, c’est parce que j’ai eu la chance d’interviewer Philippe Pigeard à la sortie de cet album et qu'à cette époque Tanger était au top. Avec ce disque présenté comme un album de "music hall", Tanger montrait qu’il pouvait tailler sa toison jazz-orientale sans perdre sa force. Bien au contraire, on sentait Philippe et ses sbires ragaillardis comme jamais après cette petite coupe et cela nous avait par exemple valu un concert d’anthologie à la Maison de la Radio. Le groupe avait donné une sensation de toute puissance avec ces nouveaux morceaux. Il jouait au "petit soldat" et, s’abandonnant sur scène à l’ivresse sonore du groupe, Philippe avait l’air d’un roi. Or leur dernier concert m’a laissé beaucoup plus perplexe. C’était à la Scène Bastille, en septembre 2005. Ce n’était pas bon du tout. Oui, j'ai trouvé que Tanger pédalait total dans la semoule. Rien dans les nouveaux morceaux ne dessinait une ligne claire et forte, ça partait dans tous les sens en balbutiant dans de louches territoires. J'avais presque honte de les voir faire les gros bras en tentant des brûlots techno-rock, quand ce n'était pas des balades humanistes cucul la praline digne d’un sous Robert Miles attifées de paroles sur l'amour et l'environnement restant au ras des pâquerettes. Le roi s'était montré nu. Perdant le lieu et la formule. J'en avais touché mot à Philippe lui-même, que j'avais croisé plus tard au Triptyque, pour le concert de Patrick Eudeline et de ses Beaux Gosses.

La tentation du grotesque

Mais silence radio sur toutes les questions qui m'agitaient vraiment : Est-ce la fin d'une trilogie ? Le début d'un nouveau chapitre ? Tanger a-t-il encore quelque chose à offrir ? L’aventure a-t-elle fait son temps ? Le temps son œuvre ? Laissant Tanger, vieilli, se parodier lui-même, tournant en boucle, à vide, dans feu l’ADN de nos hallucinogènes ? Ces mythologies rock, poétiques et cinématographiques qui, alchimisées, avaient fait sa superbe ? Ce n'était pas l'endroit ni le moment de lui dire tout ça. Fichu concert. Mais je ne m'étais pas formalisé pour autant. Tanger avait eu au moins le mérite d’oser montrer live le fruit de ses recherches, pour repartir de plus belle sur de plus saines bases. Je ne m’étais pas formalisé car, qui sait, ces premières moutures allaient peut-être donner par la suite de nouveaux morceaux de bravoures. Car on ne sait jamais à quoi s'attendre avec Tanger, quelle direction ils vont prendre et quel concept ils vont dénicher. Ça c'est leur secret de cuisine et ça peut prendre du temps, le temps qu'il faut, le temps justement de tenir vraiment quelque chose, d'avoir assez flâné, cherché, testé, jeté et gardé pour faire un disque qui ne soit pas qu’un simple enchaînement de chansons déjà vues, mais un vrai voyage, consistant, qui raconte une histoire avec sa forme propre. Et pour trouver cette forme, il faut éclater, manipuler la matière. Sur scène, lieu privilégié pour l’expérimentation, Tanger aime donc livrer une totale relecture de ses chansons, d’autant plus mouvantes et instables qu'elles se risquent au grotesque à la folie des grandeurs pour tenter le coup de maître, et hisser leur pop au statut de grande fresque. Impossible alors de savoir si ce silence discographique long de quatre ans va être bénéfique au nouvel album prévu pour 2007. Mais ce soir, après tout ce chemin, si prêt du but, on est en droit d’attendre une copie scénique qui lève tous les doutes qui nous déboussolent.

(Suite.)

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

juko 22/02/2007 15:32

non j'exagere, disons que j'en ai entendu du bien il y a qqs années, et le peu que j'ai écouté m'avait interessé, chuis toujours open aux outsider en marge, etrange hein? ;)

Sylvain Fesson 22/02/2007 16:12

oui, c'est étrange, je me demande d'où vient cet à priori positif ! ;-)

juko 22/02/2007 11:50

moi ça ma convaincu de réécouter c egroupe ce ki est deja pas mal

Sylvain Fesson 22/02/2007 13:31

Yo Juko ! Tu dis "réécouter" ce groupe : donc tu connais déjà. Je ne le savais pas. Content alors de te donner envie de t'y replonger un peu. A+

Cécile 21/02/2007 10:58

Yeah! On parle de moi dans un blog, c'est le début de la célébrité! ;o)A part ça, ton article commence bien. Je suis assez d'accord avec ta description de Tanger, surtout ce que tu en dis dans le paragraphe "rock poétique et poésie rock" (même si Noir Désir, hé ho, faut pas pousser non plus ;o))J'attends la suite. Mais moi le concert ne m'a pas convaincue. A part quelques morceaux.

Sylvain Fesson 22/02/2007 13:30

Et c'est carrément le quart d'heure de célébrité car il faut bien 15 minutes pour lire ce long article ! Du coup on peut penser à toi pendant 15 minutes. Et comme si ça suffisait pas, je vais reparler de toi dans l'article suivant, enfin "te faire parler".Comment ça mon article commence bien ? Ca veut dire que tu n'aimes pas la fin ? ;-) Ou que tu attends justement la deuxième partie de l'histoire. Salut à toi, fan bornée de Noir Désir !