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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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13 février 2007 2 13 /02 /février /2007 19:31

Décode à plein tube (cathodique)

Parce qu'on en a une et qu'on ne la regarde pas qu'avec les yeux de l'amour, on croit bien la connaître. Mais il suffit qu'un autre la regarde et nous parle d'elle en toute simplicité pour qu'elle nous semble d'un coup étrangère, presque inhumaine, et qu'éclate au grand jour son dangereux pouvoir de séduction. Elle, c'est la télé. Lui, Germain Huby. Tous les samedis à 12h35 sur Canal ce mystérieux personnage s'agite deux minutes chrono dans un curieux programme. Son titre ? Germain fait sa télé. Son but ? Nous montrer le petit écran sous un nouvel angle. Au téléphone Germain nous parle donc télé, bêtise et philo aussi.


"Je joue un bouffon qui est Monsieur Tout-le-Monde"

"Il ne faut pas vouloir transmettre à tout prix des idées aux gens"



Le message de ton programme, qui n’est pas lisible dans un premier sens de lecture, est donc très sérieux. Pourquoi avoir alors choisi une mise en forme très bête ?
Alors je ne pense pas qu’on puisse dire qu’elle est bête. Mais comme je veux créer un décalage assez fort avec la télévision, je l’ai ramené sur l’ordre du quotidien. C’est-à-dire que ce personnage, il est dans des actions banales. Dans les premiers épisodes, c’était surtout ça. On le voit par exemple éplucher des carottes.

Il montre que les gens font autre chose que regarder la télé quand ils sont devant leur poste. Ils l’écoutent plus qu’ils ne la regardent en fait, car ils sont occupés à autre chose.
Voilà, je montre ce que sont en train de faire les gens quand ils regardent la télévision. Et du coup, je mets l’accent sur le son. C’est-à-dire que le pouvoir de séduction de la télé, c’est l’image, et les messages cachés passent par le son justement. Et à partir du moment où on met la bande son en relief, là on commence à entendre des choses. C’est pour ça qu’après oui, j’ai effectivement un côté un peu bête, de plus en plus d’ailleurs, parce que maintenant que je suis sur du deux minutes je dois aussi remplir l’image. Je détourne un peu cette bande son et je la rejoue différemment pour accentuer justement certains mots, certains comportements, certaines habitudes. Donc je ne peux pas dire que ce soit de la bêtise, mais je joue un personnage un peu loufoque, enfantin. On pourrait dire de lui qu’il est un peu stupide.

Un peu bouffon ?
Oui, un peu bouffon. Il est un peu tout le monde à la fois. Alors il peut être grave aussi. C’est-à-dire qu’il se juge en même temps. Car étant donné que j’endosse tous les rôles, si un personnage dit un truc affreux, je vais en faire intervenir un autre qui d’un seul coup montre qu’il est consterné par ce qu’il vient d’entendre. Donc finalement ces personnages montrent un petit peu tous les états que nous on a. Parce que justement, je ne suis pas dans l’idée qu’il y a un spectateur abruti. Et ce n’est parce que je fais du deux minutes que je vais sortir mon bâton pour faire la morale aux gens.

C’est ce que je disais : ton message n’est pas dans le premier degré de lecture.
Non, il y a d’abord la forme humoristique, et puis derrière comme tu le disais une forme un peu pédagogique. C’est-à-dire qu’il y a les gens qui de toute façon ne verront rien de ce que je veux vraiment dire parce qu’ils ne sont pas disponibles à ce moment-là. Parce qu’on veut absolument cultiver les gens, les faire réfléchir mais ce n’est pas une obligation, pour faire ça il faut aussi que les gens soient disponibles. On est dans une société où quand matériellement ça ne suit pas, on ne se rend pas disponible à la culture, à l’art et c’est complètement compréhensible. Je ne suis pas dans cette logique de dire : "Il faut cultiver les gens, il faut les rendre intelligent". Non : si tu n’as rien à bouffer, que tu n’as pas de boulot, qu’est-ce qu’on a envie de te rendre intelligent ? Il y a même du mépris à penser que cette personne n’est pas intelligente. Enfin voilà, on est chacun les uns à côtés des autres et il n’y a pas pour moi de France d’en haut ou de France d’en bas. Il y a juste ceux qui en profitent bien et ceux qui du coup rament. Mais ce n’est pas pour ça qu’il faut dire que ceux qui n’ont pas de pognon sont les idiots. Dans la communication, c’est ce qu’on essaie de nous faire croire : quand on est riche on est heureux et quand on a rien on est malheureux. Non, justement, il faut aussi dire aux gens : "Quand on n’a pas grand-chose on peut sûrement être beaucoup plus heureux parce qu’on a d’autres valeurs."

Mais ne penses-tu pas que les personnages que tu agites attirent plus le spectateur sur le délire de l’image que sur ta critique subliminale de la télévision ? N’y a-t-il pas là déjà comme une contre-performance ?
Le fait que tu me poses la question veut dire que c’est ce que tu ressens. Bon, il peut y avoir des épisodes moins réussis que d’autres, mais je suis quand même dans l’idée que le fait de rejouer cette bande son différemment permet d’un coup de prendre conscience de ce qu’on entend. Je veux dire que moi les gens quand ils me rencontrent ou qu’ils m’écrivent, ils me disent : "On avait conscience que la télé c’était bête, mais pas à ce point là."

Tu reçois beaucoup de réactions de téléspectateurs à propos de ton programme ?
Oui, par Internet, sur le site de Canal+, ou par des gens qui me croisent dans la rue et qui ont envie de parler de ça. Donc, j’allais dire, j’ai un peu réussi quand les gens me disent : "Je pensais que c’était comme ça, mais pas à ce point là !" ou "Votre émission m’a permis de voir les choses sous un nouvel angle, d’entendre un discours que je ne soupçonnais pas."

En général les gens comprennent donc où vous voulez en venir ?
Oui et puis il y a des gens qui disent : "Voilà, c’était drôle." Je pense que c’est des gens qui prennent plutôt ça au premier degré. Mais ce n’est pas grave, ces gens-là en parleront peut-être avec d’autres. Parce que je crois qu’il ne faut pas impérativement convaincre les gens, qu’il ne faut pas absolument vouloir leur faire passer des idées. Parce que ça je pense que c’est aussi une erreur. Donc je prends la forme de l’humour…

C’est un levier ?
Voilà, le terme est bien employé. C’est une façon de secouer les gens, de les éveiller, et s’ils ont envie de prendre, si à ce moment-là ça leur parle parce qu’ils sont prêt à réfléchir et bien là je leur donne quelque chose et ils le prennent. Mais il faut être clair, il y a des gens qui ne comprennent rien à ce que je fais !

Quelles sont les réactions de ces gens qui ne te comprennent pas ?
Certains de ces gens ne regardent pas la télévision. Parce que pour comprendre Germain fait sa télé, il faut déjà être un consommateur de télévision. Or ces gens-là ont plus tendance à sélectionner leurs émissions, à ne pas tomber justement dans tout ce qui est divertissement, télé réalité, talk show, etc. Ce sont des gens qui vont de temps en temps regarder la télévision mais pour y voir un documentaire, un peu de sport, un film, etc. Alors d’un coup, s’ils tombent sur mon émission, alors ils voient que ça s’agite, évidemment ils voient que ça peut être drôle, mais ils ne savent pas forcément quel est le référent. Alors des fois je pense que ce n’est pas la peine de connaître le référent, on peut comprendre par ce qui est dit, mais, j’allais dire, tant mieux si certains ne comprennent pas. Parce que je ne fais pas dans ce que j’appelle l’Universal. On n’est pas dans quelque chose qui doit être absolument rentable, reconnu de tout le monde, compris de tout le monde. Parce qu’au moment où on a envie que tout le monde puisse comprendre on essaie de faire un truc universel et du coup on commence à appauvrir le travail. Donc, j’allais dire, vu comme ça c’est peut-être que mon programme ne dure que deux minutes parce que les gens que ça n’accrochent pas au moins on ne leur impose pas un gros truc. Bon, en même temps, les gens peuvent zapper.

Ces gens qui ont une utilisation plus raisonnée de la télévision, ne te reprochent-ils pas de critiquer la télé alors qui tu joues le jeu d’être dans la télé ?
Non, ça ne va pas aussi loin. Mais toi, si tu le penses, dis moi.

J’ai cette objection mi Bourdieu mi Marshall MacLuhan qui me vient à l'esprit : le medium étant le message, parole et pensées à la télé sont toujours parasitées par le dispositif télévisuel.
En effet, Bourdieu est quelqu’un qui a posé la question de savoir si on peut critiquer la télévision à la télévision.

Toi, tu en penses quoi ?
Qu’on peut le faire mais qu’on est quand même obligé de s’adapter à cette télé. Je comprends ta question, qui est : "Peut-on bien tout lire dans ce que je fais ?" Justement, non. Parce que si je dis les choses directement je risque justement de sortir du cadre de la télé, qui implique une certaine stupidité. Il faut donc jouer avec subtilité de cette stupidité pour dire des choses derrière. C’est peut-être ça l’esprit Canal : être dans cette espèce de frontière qui permet d’y être tout en critiquant.

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Published by Sylvain Fesson - dans MEDIAlogue
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commentaires

Cécile 21/02/2007 10:52

J'aime beaucoup ton chapo !!!(pas le chapeau de Germain, hein, celui de ton article...):o)

Sylvain Fesson 22/02/2007 13:26

J'aime bien les sous-entendus... mulitplier les sens de lecture.... !