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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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10 janvier 2007 3 10 /01 /janvier /2007 01:09

L'androgyne génie














Musicalement, le Père Noël de 2005 fut sans aucun doute Antony et ses lutins de Johnsons. Avec I Am a Bird Now, hymne à l’amour porté par un formidable plumage pop, soul, jazz, cette diva faite homme a bouleversé le petit monde du rock, fait tomber des barrières, enflammé les auditeurs, qu’ils soient hommes ou femmes, jeunes ou vieux...  Retour sur un monstre sacré, sa vie, son oeuvre. Interview.

6 avril 2005. Je rencontre Antony dans le très chic hôtel Lord Byron, près des Champs Elysées. Arrivé en retard, il s’excuse comme un môme s’excuse : confus comme si c’était gravissime. Aussitôt les banquettes rejointes, théières et soucoupes débarquent. Tea time. Fragile comme une porcelaine, muet comme un sphinx, Antony attend sagement nos questions. Je suis surpris par son physique rustaud. Il ressemble à une grosse poule comme Gugu Ganmo. L'antithèse de ce que sa voix laisse imaginer. Mais son regard ne trompe pas : celui d'un d'ange. Il est intimidé ? On est deux.












"Créer quelque chose où les gens puissent se retrouver"

"Un album personnel a besoin des autres pour se faire"

 


Parlons poèmes puisque nous sommes à l'hôtel Lord Byron. Sur I Am a Bird Now tu as mis des poèmes en musique. Il y a "Fistfull of Love" de Marc Almond et le poème d'un anonyme intitulé "Free at last". D'où vient celui-ci ?
"Free at last" est une sorte de vieux negro spiritual. Je l'ai trouvé dans un livre de chansons sur la Guerre de Sécession. Un ami m'a offert ce livre il y a un an. Et voilà, cette chanson m'a particulièrement frappé. Elle avait la force d'un poème. Je l'ai donc enregistré sur ce disque avec mon amie Julia Yasuda.


De quoi parle cette chanson ?
Pour moi ça parle d'une sorte de révélation, d'éveil spirituel qui te donne l'impression de mourir. Oui, je pense que cela parle du fait de mourir. Et que cela parle, pour les croyants, d'une certaine forme de retour aux sources, de l'âme qui revient à Dieu. Du fait d'être libéré de son corps.


Restons sur les poètes si tu le veux bien. En 2003, tu as été choriste pour Lou Reed tout au long de sa tournée The Raven, album qui est basé sur un long poème d'Edgar Allan Poe. Comment as-tu rencontré Lou Reed et comment est né cette collaboration ?
J'ai rencontré Lou par l'intermédiaire d'un producteur, un ami qui s'appelle Hal Wilner. C'est lui qui m'a branché sur ce projet, parce qu'il devait penser que mon timbre de voix apporterait quelque chose au disque. Il a alors fait écouter I Fell in Love with a Dead Boy à Lou (EP d'Antony sorti en 2001 - Nda). Il a aimé ma voix, nous sommes devenus amis et je l'ai donc accompagné dans cette tournée mondiale en tant que choriste. Depuis on a d'autres projets en communs, sur lesquels on a déjà commencé à travailler. C'est un merveilleux ami.


Est-ce une sorte de rêve d'être si proche de cet artiste que tu devais adorer étant plus jeune. ?
Oui, c'est extraordinaire de connaître un poète et un musicien si talentueux. Il a beaucoup de choses à transmettre, des conseils avisés. Il me donne de bonnes vibrations.


Sur The Raven, tu reprends "Perfect Day" avec lui, qui est une de ses plus belles chansons. Une de ses plus lyriques. Le lyrisme c'est quelque chose de très présent sur ton disque. Emotionnellement et musicalement, tout est très expressif, enflammé. C'était le but ?
Je tenais avant toute chose à créer un disque où il y ait de l'intimité. De la nudité. Quelque chose où les gens puissent se retrouver, se recueillir. Vois-tu, mon premier disque était plus théâtral. Pour celui-ci, je souhaitais donc ardemment estomper cette théâtralité et créer quelque chose que les gens pourraient s'approprier en fonction de leur personnalité.


En France, la majorité des gens te découvrent avec ce disque et pensent de fait qu’il s’agit de ton premier album. Ce n'est pas le cas. Peux-tu me parler de ce premier album éponyme (cf photo ci-contre) ? En quoi différait-il d'I Am a Bird Now ?
Il sonnait différemment. Les chansons n’étaient pas si différentes en fait, mais le son, lui, l’était. A la période où je l’ai enregistré (en 1997 - Nda) je n’avais pas vraiment d'idée forte et précise de ce que je voulais en terme d’enregistrement. Les trois années ont suivi, je les ai justement passées à déterminer mon style et ce que je voulais vraiment mettre dans mes disques.


Tourner avec Lou Reed t’a-t-il aidé dans ce cheminement vers ton propre style ?
Eh bien à ce stade, j’avais déjà une idée plus précise de ce que mon style devait être. Tourner avec Lou était juste une aventure excitante et riche d’enseignements. Notamment dans le fait de jouer avec d’autres musiciens. Lou a de très bons rapports avec ses musiciens. J’ai vraiment aimé chanter avec lui et l’écouter jouer de la guitare. Parce que lorsqu’il joue de la guitare, tu as vraiment l’impression d’être pris sur un tapis volant !

Sa partie de guitare sur "Fistfull of love" a tout du coup de baguette magique !
C’en est un, vraiment. Mais pour moi, vois-tu, tous les musiciens qui ont participé à ce disque ont été merveilleux.

Ces musiciens, ce sont Les Johnsons. Comment les as-tu rencontré ?
Ce sont tous les trois des amis. Tu sais, à New York, la communauté musicale est un tout petit milieu. Quand tu y es depuis un petit moment, tu connais vite tous les musiciens de la ville. Ces trois amis proviennent du noyau dur d’un groupe de personnes que je côtoie dans ce milieu, à New York. Je joue avec eux depuis déjà quelques années. Ils m’ont aidé à écrire les arrangements de ces nouvelles chansons. Le violoniste, le batteur et le bassiste m’ont grandement aidé à écrire ces arrangements et enrichir les musiques.

Ces trois musiciens jouaient déjà sur ton premier album ?
Non, de cette période il ne reste que le batteur. En fait, mon premier album était ma première tentative de travailler avec des musiciens. Avant de l’enregistrer, je jouais dans des night clubs. Mes chansons reposaient uniquement sur des arrangements de piano que j’enregistrais sur un quatre pistes, ce qui donnait de surréalistes bande son, avec mon chant par-dessus. Ce n’est qu’à partir de 1997 que j’ai décidé de monter un groupe, de jouer avec d’autres musiciens. Avant ça ne m’était jamais arrivé. Je n’avais même jamais pensé que cela serait possible un jour. Je ne connaissais aucun musicien.


Ce ne doit pas être facile de conférer une portée aussi intimiste à des chansons lorsqu’on doit travailler à l'échelle d'un groupe, si ?
Eh bien cette expérience fut riche d’enseignements. Elle m’a permis de découvrir et comment sonnaient d'autres instruments, et d’apprendre comment ils pouvaient venir se relier à ce que je faisais. Ce fut une longue et lente évolution sur ces cinq dernières années. Travailler avec des musiciens, développer avec eux le son que j’avais en tête, c'était tout nouveau pour moi.

Sur ce disque, il y a beaucoup d'autres voix que la tienne. Il y a celle de Lou Reed, celle de Julia Yasuda. Mais aussi celles de Devendra Banhart, de Boy George et de Rufus Wainwright. Font-ils partie de cette sphère musicale que tu fréquentes depuis ton arrivée à New York ?
Oui, au fil des années ce sont des gens avec qui j’ai fini par entrer en contact, avec qui le courant est passé et que j’ai donc osé solliciter pour participer à mon deuxième album. Tu sais, d'une certaine façon, un disque très personnel a besoin des autres pour se faire. De leurs qualités. Leurs visions. Il faut convoquer tout ça. Et tu réalises que ce n'est pas seulement le cas pour les musiciens et les voix, ça l’est aussi pour l'a pochette, etc. C’est un disque fait à plusieurs. Il rend compte du travail de nombreuses personnes. Il y a mon ami, Page, Candy Darling, les photographes Peter Hujar, Josef Astor et Don Felix Cervantes… toutes les lettres que j’ai reçues, tout compte. Ce disque est le fruit de l’énergie de tant de gens, on peut aussi bien le voir comme un journal intime et comme l'expression d'une communauté. C'est intéressant de le voir sous cet angle. C'est étonnant de voir comment tout cela s'imbrique pour créer un projet d’une plus grande envergure.

Devendra Banhart, Rufus Wainwright, tu écoutes leurs musiques ?
J'ai rencontré Devendra il y a environ deux ans et j'ai été frappé par son talent. Pour moi, il a un don. Il est vraiment un des artistes les plus importants aux Etats-Unis en ce moment. Il m'a beaucoup aidé. Il a instinct sûr. Il sent les choses. Il peut très vite vous dire ce qui est bien et ce qui l’est moins. Vous dégager des pistes. Il m'a encouragé à me mettre au travail à une période où je doutais, où je commençais à me décourager. Il m'a présenté à sa bande, des gens dont je n’avais jamais entendu parler. Et il s’est avéré que j’ai eu beaucoup d’atomes crochus avec eux. Ces gens m'ont vraiment inspiré.

De qui s’agit-il ?
De gens comme CocoRosie, Joanna Newsom. Toutes ces personnes sont connectées entre elles. Et elles le doivent à Devendra. Je veux dire, il est vraiment comme un aimant. Il a ce charisme, cette aisance relationnelle qui fait qu’il attire plein de gens et qu’il parvient à créer une notion de communauté en présentant chacun à chacun. C'est un être adorable.


(Suite et fin.)



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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

Sylvain 19/01/2007 19:47

Bonjour Elise,Bienvenue à ton commentaire sur parlhot ! Tant d'enthousiasme, que ça éclaire, ça fait plaisir !Mister Solal (Jérôme) m'a averti que tu irais jeter un oeil sur mon site et dis que tu as d'ailleurs mis un lien vers parlhot sur un site spécialement consacré à Antony, merci.Je vais essayer de me rencarder à propos de ce mini-album de Michael Cashmore où Antony chante trois titres. Je ne connais pas du tout cet artiste.Merci encore.Longue vie à toi et à ton enthousiasme ;-)

elise 17/01/2007 22:08

bonjour Sylvain
merci de rappeler à tous combien Antony est un artiste majeur et une personne adorable
souhaitons que 2007 lui soit aussi favorable que 2005 (sortie d'album attendue avec grande impatience)
longue vie à ce blog
elise
ps : pour info : antony interprète 3 des titres du prochain mini-album de michael cashmore disponible sur Jnanarecords (label de david tibet)