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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 23:44
se rêve elle
en chanteuse















"Vanessa a le même coiffeur que moi"

"ça m’énervait qu’Alain soit Alain"



Carla Bruni et Vanessa Paradis ont-elle réagi à la chanson "Manquait plus qu’ça" où vous les brocardez et vous vous brocardez vous-même d’être des actrices se mettant soudainement à la chanson ?
Oui, après avoir écrit le texte, je les ai prévenues : "Voilà, on va faire la musique, ça va devenir une chanson". Elles n’ont même pas demandé à écouter et dès qu’on a fini l’album, je le leur ai envoyé un exemplaire. Et il se trouve qu’elles ont vraiment aimé l’album.

Vous les connaissez ?
Vanessa et moi, on a le même coiffeur depuis 15 ans dans ce métier donc on entend parler l’une et l’autre tout le temps, mais on ne se connaît pas tant que ça. J’aimerai bien la connaître. Carla, je la connais un petit peu.

Cette chanson est assez ambiguë dans le sens où vous donnez l’impression, par l’humour et la dérision une fois de plus, de vous protéger à l’avance des critiques qu’on pourrait vous faire sur vos velléités de nouvelle chanteuse. Ce qui est, pour le coup, encore plus finaud et critiquable !
Ce n’était pas aussi calculé que ça. C’est la chanson que j’ai envoyée à Alain quand je lui ai demandé de faire des musiques pour l’album. J’ai donc vraiment écrit cette chanson en pensant à lui, non pas en pensant à ce que les gens allaient penser. Cette chanson, c’était ma façon de me décrire en tant que chanteuse à ses yeux. C’est vraiment ça : un portrait de moi qui veut devenir chanteuse. Alain sait que je suis actrice et c’était ma façon de lui montrer que c’était drôle et en même temps sérieux que ce projet passe par lui.

Dans le processus de composition de l’album, Alain Souchon a un peu la place qu’occupe le réalisateur dans un film. On dit toujours qu’un film se fait par le désir que le réalisateur éprouve pour ses acteurs. Normalement, lorsqu’on fait un disque, on n’est plus dépendant du désir d’un réalisateur ou de quiconque, on fait ses chansons selon son propre désir. Avez-vous aussi choisi Alain Souchon pour rester dans le cadre rassurant du rapport liant l’acteur à son réalisateur ? Pour trouver quelqu’un à qui vous plaisiez d’entrée de jeu ?
Ça m’a plu que mes textes lui plaisent, mais ça m’a plu qu’ils plaisent aussi à Pierre et qu’ils plaisent aussi à Camille Bazbaz. Alain n’est pas mon mentor. Comment dire ? Moi ce qui m’énervait (et c’est ce que je lui ai dit), c’est que ce soit Alain, qu’Alain soit Alain, quoi. J’aurais aimé que ce ne soit pas quelqu’un de connu, que je n’ai pas eu l’air d’être portée par lui. A la limite, ce qui était bien, c’est que comme j’avais écrit tous mes textes je me sentais légitimée dans ma démarche, et pas si dépendante de lui que ça. Et tant mieux, car Alain c’est quand même quelqu’un d’assez possessif.

Possessif dans le travail ?
Oui. Une fois qu’il s’est mis au travail avec son fils, il voulait tout faire à deux. Moi j’étais contente, mais en même temps j’avais envie que Camille Bazbaz ait sa place, parce qu’il représentait une autre facette de moi. Heureusement, ils m’ont compris. Je n’avais pas du tout envie qu’Alain écrive toutes les musiques. Et il n’avait pas envie de ça non plus. Ce n’était pas du tout son intention, or ça aurait pu être ressenti comme tel et ça aurait été con pour lui comme pour moi.

Aviez-vous d’autres envies, d’autres idées pour cet album que vous n’avez pas pu garder ? Des chansons qui sont restés de côté ? Des duos que vous auriez aimé faire ? Des morceaux où vous auriez chanté avec Alain Souchon ?
Non, je ne voulais pas. Je trouvais que c’était un peu pute.

Un peu "pute " ?!
Un peu. Tout le monde fait des duos maintenant. Alors moi, j’avais plein de solutions. Au début, quand j’ai pensé à mon disque, je pensais faire un duo avec Jean Rochefort, parce qu’il rêve de chanter et que c’est mon ami. Donc je me disais qu’on allait faire un duo sur "Les demoiselles de Rochefort" (On a échappé de peu au meilleur ou au pire. J’imagine Jean Rochefort jouant le jeu au point de se travestir et de danser comme il sait si bien le faire, Nda). Alors peut-être qu’on le fera un soir sur scène s’il vient, mais pour le disque ça n’allait pas.

Y a-t-il des albums d’actrices que vous aimez vraiment ?
Oui, l’album de Jeanne Moreau, La mémoire qui flanche, je trouve ça très beau.

Et des albums d'actrices
"plus récents" ?
En plus récents... (Elle réfléchit) Le problème, c’est que je trouve qu’il s’agit plutôt d’albums de grands auteurs-compositeurs, comme Gainsbourg. Gainsbourg a eu plusieurs muses et j’ai aimé ce qu’a fait Adjani avec lui, j’ai aimé ce qu’a fait Bardot avec lui, je ne parle même pas de Jane Birkin parce ça j’adore. Pour moi, tout ça c’est plus des albums de Gainsbourg interprétés par des actrices, ce n’est pas pareil. Sinon, les actrices qui ont chanté depuis, genre... (silence)

Genre Jeanne Balibar…
Ouais, mais ça ne m’a pas emballé, ça me touche moins. D’un coup ça fait un peu : "On est actrice alors on se prend le chou". On peut aussi faire des chansons simples, accessibles.

D’où vous est venue l’idée de reprendre "Girl" des Beatles ?
De ma tête !

L’accent n’est pas encore au point, si je puis me permettre…
Ouais, l’accent n’est pas au point, mais on a fait exprès de garder ça comme ça. Et puis la chanson vient de ma mémoire d’enfant, c’était une chanson omniprésente quand j’étais petite et je trouvais qu’elle n’était pas sans rapport avec le propos du disque. Et je trouvais ça drôle que ce soit une chanson d’homme écrite sur une femme pas commode. C’est un air qui ne m’a jamais quitté ! Ça fait partie de ces airs obsédants, on ne sait pas d’où ils viennent mais on sait qu’ils sont là pour toujours. Donc c’est une chanson que j’adore. C’était donc un petit plaisir personnel, en plus des autres.

Avez-vous eu des coups de cœur à propos de gens que vous auriez récemment découvert en fréquentant de plus près le petit monde de la musique ?
Et bien j’aime vraiment ce Delerm-là. Des coups de cœur musicaux…

Des gens que vous avez récemment découverts en fréquentant plus intensément le monde de la musique ?
Non, il y a des choses de Benjamin Biolay que j’aime bien, Camille aussi j’aime bien ce qu’elle fait. C’est particulier, c’est plus des choses que je n’écoute pas forcément mais qui m’intéressent, ce n’est pas mon goût forcément, mais je la trouve assez gonflée, extrêmement personnelle et bien. Et puis M j’adore, j’adore sa façon d’interpréter, sur scène c’est dingue.

Et Jean-Louis Murat, non ? Il aime bien faire des duos avec des actrices, c’est son péché mignon !
Oui, avec pas toujours les actrices qui… Non, j’aime moins, c’est moins mon truc. On ne peut pas tout aimer, hein. Et c’est moins marrant de parler de ce qu’on aime moins.

Avec qui serez-vous sur scène pour vos premiers concerts les 6, 7 et 8 octobre 2005 à l’Européen ?
On sera très peu, trois et demi, je crois. Je dis ça parce qu’il y aura un multi-instrumentiste qui viendra jouer des petits instruments insolites. Sinon on sera trois et parfois ils partiront tous et il y aura juste Camille Bazbaz et moi.

L’album est court : 33 minutes. Vous jouerez d’autres morceaux sur scène ?
Peut-être, il y en aura 3-4 en plus.

La photo de l’album : c’est vous qui avez décidé d’afficher votre visage plein pot ?
C’est moi avec une directrice artistique de grand talent qui s’appelle Nathalie (son nom de famille a échappé à la vigilance de mon dictaphone, Nda) qui est une fille exceptionnelle. Elle travaille pour Virgin depuis des années, elle a fait l’image de tout le monde, de Souchon, de Renaud, le premier album de Benjamin, des choses comme ça que je trouve extrêmement fortes. En fait, c’est quelqu’un que je connais pas mal. Elle connaît de moi ce qui n’est pas le plus facile à connaître de quelqu’un. Elle voit au-delà de ce que les gens connaissent de moi, ce qui peut se limiter à mon allure, ma silhouette, mon côté girafe. Donc, après avoir écouté mon album, elle a voulu traduire quelque chose d’aussi intime que tout ce qu’elle y avait trouvé. Elle a donc opté pour un plan très serré sur le visage.

Elle voulait vos taches de rousseur !
Elle voulait les taches de rousseur, oui. Alain aussi, tous, ils étaient pour les taches de rousseur.

C’est étrange cette mèche de cheveux sur vos yeux qui montre plus qu’elle ne cache…
Oui. En fait, le regard est plus fort finalement avec un seul œil qu’avec les deux. Elle est très forte. (silence) Il faut absolument se le procurez ce disque ! Non, c’est vrai, franchement il est bien le disque (sourire). Et finalement, peut-être que les gens n’en entendent pas beaucoup parler. Pourtant, je fais un nombre de trucs assez dingue, j’ai l’impression d’être partout, je n’en peux plus. Mais en même temps, il faut faire tellement de choses pour que les choses soient vues…

Vous avez senti un rapport différent avec la presse musique qu’avec la presse cinéma ?
Rien à voir. Tout change. D’abord parce que pour un film on fait de la presse deux semaines avant la sortie, donc c’est très concentré, surtout qu’aujourd’hui un film a une durée de vie au mieux d’une semaine, donc ça n’a rien à voir. Un disque ça peut se faire sur un an carrément, on peut vendre des disques pendant un an, l’important c’est le démarrage, c’est de voir qu’on vend, après ça peut descendre un peu, remonter, après il y a des singles qui sortent, c’est ça qui est super, le disque on peut le faire vivre pendant longtemps. Et puis, il n’y a plus beaucoup d’émissions musicales télévisuelles agréables à faire.

Avez-vous signé un contrat particulier avec la maison de disque à l’occasion de cet album ?
On a signé pour trois albums, un tous les trois ans je crois. Ça m’effraie d’ailleurs ! Ca m’effraie complètement. Mais en même temps, ils ont été culottés. Ça m’a vachement donné confiance parce qu’ils ne signent pas pour un seul disque comme ça. Ils y croient vraiment. Ils ont été super avec nous.

C’est marrant car j’ai reçu l’album au moment où Rien sur Robert (film de Pascal Bonitzer) repassait à la télé.
Oui, je sais parce qu’à la même période tout le monde me parlait de ce film. Il a marqué les gens.

Il y a ce dialogue, enfin ce monologue, super salé et cul, cru, que vous dites avec un détachement glacial à un Fabrice Luchini qui en reste muet, serré d’angoisse.
Oui, le paradoxe… il est dingue ce film.

Vous avez joué deux fois avec Luchini. C’est un acteur que vous aimez bien retrouver sur les plateaux de tournage ?
Oui, au hasard des films. J’adore Fabrice, c’est un mec extra. Il faut allez voir son spectacle si vous ne l’avez pas vu, il a une façon de dire ces textes comme personne. Je n’ai jamais connu quelqu’un qui disait aussi bien Les Fables de la Fontaine.

Il a une vraie folie, qui agace certains d’ailleurs.
Moi, ça ne m’agace pas, il m’émeut beaucoup.

Il aime bien chanter aussi.
Oui, d’ailleurs je l’ai emmené aux Restos du Cœur, ça a été un phénomène. Quand il est comme ça à fond dans la représentation ça en devient limite émouvant. Il se lâche, quoi.


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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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