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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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17 octobre 2006 2 17 /10 /octobre /2006 00:08
se rêve elle
en chanteuse















"M’envoyer des fleurs symbolise cet album"

"être comparée à Delerm, j’en serai flattée"



Globalement, vos chansons sont très tristes mais légères aussi, comme les gens le disent aussi de votre manière d’aborder vos personnages au cinéma, des personnages souvent tristes, meurtris, mais légers, lunaires, effacés. Ils disent que vous jouer vos rôles avec naturel, "comme si vous alliez acheter des cadeaux".
En tout cas, je n’ai pas l’impression que ce soit un poids pour moi d’aller jouer la comédie. Oui, c’est plutôt un plaisir et je n’en parle pas pendant des mois. Je n’en parle pas après l’avoir fait, ni pendant, ni avant, je le fais et je le fais comme une chose pratiquement naturelle pour moi.

Mais jouer au cinéma ça reste
"viscéral" pour vous ?
Oui, bien sûr, c’est tellement viscéral que j’y vais naturellement. Jouer la comédie, c’est comme une façon de respirer pour moi, donc c’est léger. J’ai beaucoup plus le trac d’aller chanter.

J’ai pensé que c’était l’inverse : que faire cet album vous reposait alors que jouer un personnage vous éprouvait…
En fait, tout cela est assez double : faire un album, c’est tellement jouissif, agréable, d’être en studio avec les musiciens, c’est si léger, tellement doux tout ça que j’aurais voulu que ça dure 6 ans. Mais après quand on vend ses chansons, quand on fait la promo, quand on commence à chanter en live devant les gens, là on a peur.

Vous avez parlé de ça sur le plateau de Trafic.musique ?
Ouais. (Wouah, Sandrine dit "Ouais" !). Françoise, elle, ne chante quasiment jamais en live, elle a trop peur. Et Alain, on n’a pas envie d’être lui quand il est dans sa loge avant d’aller au Zénith : il y va à reculons, il se regarde douze mille fois dans la glace, il sautille, il n’en peut plus, il est en eau, il a peur, il a envie de mourir. Il a envie de mourir. Et je comprends très bien : ce n’est pas la rencontre avec le public qui lui fait peur, ça il le fait en rigolant, c’est la peur de se tromper, la peur de ne pas être à la hauteur de ce que les gens attendent en fait, la peur de merder, quoi. La dernière fois, j’ai vu Bénabar parler d’un concert où il avait eu un trou de mémoire et je me suis : "Mais ce n’est pas possible, devant 4000 personnes, on ne peut pas se permettre un trou noir". C’est ça qui fait peur.

D’où l’intérêt d’avoir des textes épurés !
En même temps, ils sont durs à retenir mes textes. (Elle fredonne.) "J’aime le vent, la pluie et les galets, j’aime l’hiver, les gants et les bonnets…"

Vous aimez "Peau d’âne" aussi. Vous le dites dans ce texte…
J’aime "Peau d’âne" parce que j’adore Jacques Demy. J’adore ce film et le reste du texte fait des petites références à ma fille. Je me suis dit : "Qu’est-ce que je préfère ?" Et ça fait partie des choses que je préfère.

Cette chanson, qui s’intitule "Du vent", semble être la plus "confortable" de l’album.
Oui. (Elle fredonne.) "La vie qui nous emmène là où on va…" C’est la plus vivante. Forcément, elle raconte tout ce que j’aime, tous les plaisirs de la vie, donc elle est moins grave.

On va vous taxer de faire, comme Vincent Delerm, des chansons sur les petits plaisirs de la vie…
Ah, oui… (Elle hésite.) Je serai flattée. Je serai très contente.

Dans "M’envoyer des fleurs" vous parlez de vous aimer vous-même, de vous chouchouter, de prendre soin de vous. On dirait le pendant "négatif" de "La godiche" dans laquelle vous vous étiez tirer un portrait tout en distance et dérision...
Ce n’est pas faux. Je n’ai pas du tout fait le rapprochement, parce qu’on ne calcule pas quand on écrit, on ne sait pas ce qu’on va écrire, ni ce qu’on a écrit avant, ni ce qu’on va écrire après. Mais en fait, "M’envoyer des fleurs" c’est un peu le symbole de cet album, c’est-à-dire se faire plaisir, penser aussi à soi, ne pas penser à la façon dont les gens vont recevoir telle ou telle chose ou si on est regardé ou pas : juste faire ce qui nous plait, penser à soi, se faire du bien, quoi.

Mais on pourrait aussi percevoir ces paroles sous un angle ironique et donc critique, parce qu’elles sont dans le trop plein d’amour, presque caricatural et cliché, qu’on peut s’adresse à soi-même.
Ce n’est pas une chanson revancharde, même si à la fin je dis : "Je t’envoie des fleurs à moi et pas à toi". Comme j’aime bien que les gens s’identifient, cette chanson-là fait toujours référence à quelqu’un, comme une sorte de chanson d’amour, afin d’élargir le propos et que les gens se sentent concernés. J’ai l’impression que c’est important que les gens puissent s’identifier à cette petite histoire qu’on raconte. C’est à la fois se faire plaisir et en même temps raconter une déception amoureuse, c’est-à-dire ne pas s’écrouler quand ça merde (elle sourit) et se faire plaisir.

(Suite et fin.)

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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