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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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29 septembre 2006 5 29 /09 /septembre /2006 00:17
A mélomane on the moon




"La techno m'a ouvert des portes de création"

"Epitaph de King Crimson, sublime"




Le maxi que tu as sorti chez Warner préfigurait-il déjà ce qu’allait être Happiness ?
Il y avait encore plus un côté sixties à la Chapeau Melon et Bottes de Cuir ou Le Prisonnier, un côté musique de film encore plus prononcé, genre John Barry et Ennio Morricone. Un morceau faisait assez Portishead, un autre sonnait un peu plus groove.

Sur Happiness ce qui étonne, finalement, c’est que les bases des morceaux semblent assez folk. Pars-tu sur des arpèges de guitare ou des mélodies de piano avant de te lancer dans les arrangements de synthé. Comment maries-tu acoustique et électro ?
En fait, c’est une rencontre qui remonte à loin parce que j’ai écouté de la techno et j’ai même joué de la musique techno à une époque. J'étais assez branché par les musiques trip hop et down tempo, mais en même temps j’ai toujours aimé la pop, depuis les années 70. C’est juste qu’à un moment donné j'ai essayé de marier les deux. Dès que j’ai découvert la techno dans les années 90 (j’avais déjà écouté beaucoup de new-wave auparavant), je rêvais qu'à un moment donné la techno rencontre un peu le rock et la musique pop. Quelque part ce mariage a mis du temps. Ça a pris les dix ans qu'ont duré les années 90. Et même si ça paraît un peu absurde, je pense que la techno m’a aidé, elle m’a ouvert des portes de création, m'a ouvert l’esprit à une époque. A un moment donné, si j’ai un peu plus réussi à marier les sons pop et électro, c’est, je pense, parce que je suis passé par la techno. (silence) Ca ne se ressent pas trop à l’écoute d’Happiness !

C’est vrai car les morceaux s’avancent plus sur des motifs harmoniques introduits par une guitare voire un piano, que par des expérimentations électroniques pures et dures.
C’est parce que, en gros, les sons de piano ou de guitares un peu classiques vieillissent moins dans le temps. Moi en plus, je suis aussi fan de Mark Hollis où là, pour le coup, tout est dans l’organique, donc ça m’influence beaucoup. Mais ce n’est pas réellement conscient ce choix de commencer les morceaux dans l’organique et de rajouter des claviers par la suite. Par contre, c’est vrai que j’adore le mélange des deux. C’est comme en cuisine, il faut essayer de mettre un peu d’épices et de contrastes.

Comment enregistres-tu les instruments acoustiques ?
Il n’y a aucun sample en fait, tout est joué, après c’est juste qu’il y a un peu de réverb dessus, des échos. Parfois je triture un peu les sons pour les faire voyager.

Le refrain de "Ride Along The Cliff", dans l’intonation de la voix, fait étrangement penser au refrain de "Dreamer" de Supertramp…
Ce n’est vraiment pas voulu ! Par contre, j’ai été fan de Supertramp étant gamin, donc je pense que ça fait partie de mon inconscient…Mais euh pas vraiment dans ce morceau-là ! Mais ce n’est pas grave, je pense que c’est vrai en plus. En réécoutant le titre, c’est vrai que la voix peut faire penser à ça. Plein de gens me disent que ça fait penser aussi à Peter Gabriel, que j’ai également beaucoup écouté. Mais ce n’était pas voulu, pour moi c’était plus les Rolling Stones ou les Who au niveau de l’inspiration, c’était plus dans l’idée de Quadrophenia (double-album des Who sorti en 1973 comme un hommage nostalgique au "Swinging London" des Mods et des 60's qui, adapté six ans plus tard au cinéma, provoquera un "Mod Revival", coïncidant avec la popularité galopante des Jam, dignes héritiers des Who, Kinks et autres Small Faces, Nda).

Vraiment ?
Oui. Après c’est sûr que la voix est en avant et que la mélodie de voix fait d'entrée de jeu penser à Supertramp, donc du coup ça emmène l’auditeur ailleurs. Mais, dans l’idée, il y a réellement eu une recherche un peu à la Rolling Stones dans ce morceau.

C’est le morceau qui se révèle le plus rythmé et le plus coloré de l’album. Les synthés partent dans des trips à la "Yellow Submarine"…
Il a failli ne pas être sur l’album ce morceau-là. Pour moi, il est justement un peu plus extraterrestre au sein de l’album. Mais, en même temps, je trouve qu’il s’incorpore bien au reste de l’album même s’il a une touche particulière, plus pop.

Pop "sunshine" même, alors que le reste est plutôt en demi-teintes…
Exactement ! En fait, d’un seul coup, c’est un morceau plus ensoleillé par rapport au reste et c’est ce qui me faisait hésiter à le mettre. Mais finalement, pourquoi pas ? Parce que les autres ne sont pas tout noirs non plus.

Un single s’est dégagé de l’album ?
Ce n’est pas les mêmes pour tous, ce qui est quelque part flatteur ! Nova passe "Sleeping Song" en playlist, des gens ne découvrent "Weeping Willow" que maintenant donc ils se mettent à la passer maintenant, et il y a plein de gens pour qui l’évidence c’est "Tears Coming Home". Moi, mon souhait à l’origine, c’est d’essayer de mettre en avant "Tears Coming Home", mais si les gens aiment les d'autres titres, tant mieux.

Les morceaux se suivent très bien, avec fluidité, à tel point qu'il est assez dur de dire quel morceau on préfère, dur de dégager un morceau préféré de l'album.
Ça, c’est le système commercial qui veut ça. Le marketing aimerait bien qu’à un moment donné tu te concentres plus sur un morceau qui te représente. Moi, je ne maîtrise pas ça. Les gens, dans l’ensemble, me parlent plus de l’album dans son intégralité. Ça fait plaisir.

Les morceaux fonctionnent pas mal par répétition de motifs qui évoluent progressivement, un peu à la manière de ce que fait Air. Et on a même l’impression qu’au fil de l’album, les morceaux sont eux-mêmes des motifs mélodiques qui se suivent pour former un tout. As-tu voulu faire une sorte de petit "opéra pop" ?
Ce n’est pas totalement prévu comme ça, par contre le système des morceaux qui évoluent, où il y a à chaque fois un nouvel élément qui entre avec différentes couches, et que tu peux encore découvrir après plusieurs écoutes, ça c’était vraiment un souhait. J’ai en souvenir, étant gamin, d’avoir tellement écouté certains albums (car quand tu es gamin tu as accès a beaucoup moins de disques donc tu les écoutes beaucoup plus et tu les écoutes dans différents moments avec différentes humeur) que du coup j'ai creusé beaucoup plus les arrangements.

Quels sont ces albums que tu as beaucoup écoutés ?
Supertramp ! Je suis désolé ! Mais plus le Supertramp de Roger Hodgson qui pour moi faisait des mélodies vraiment super belles et Pink Floyd aussi, The Wall, et même des plus vieux. Ça, c’est des albums que j’ai beaucoup écoutés et à chaque fois j’arrivais à rentrer plus profond dans le disque et à découvrir différentes parties. J’aime bien cette idée qu’à l’écoute tu vas encore découvrir des choses. Il y a pas mal de gens qui me parlent de ça avec Happiness et ça me fait plaisir parce que c’est ça que j’aime avec la musique.

Il y a même un côté assez kraut rock dans ton utilisation des synthés. La musique planan
te et expérimentale allemande de Can, Neu, Faust… c’est des choses que tu as écoutées ?
Je connais juste un peu Can et Faust, mais en fait Mark Hollis écoutait beaucoup ça, j’ai lu ses interviews à l’époque et c’est à travers ses interviews que je m'étais mis à écouter ça. Ce n’est donc pas des groupes que j’ai directement écoutés même si j’aime bien.

Le kraut rock est une musique qui revient pas mal. M83 revendique cette influence, des groupes comme Tangerine Dream... On a l’impression que beaucoup de jeunes groupes assument et exhument cet héritage discographique parental qu'on avait un peu remisé au placard, et le font sonner comme neuf.
Pendant super longtemps le rock progressif s’est fait taper dessus, mais il y a eu plein de bonnes choses dans le rock progressif. Comme il y a eu plein de bonnes choses dans tous les styles musicaux à partir du moment où on creuse un peu. "A Soapbox Opera" de Supertramp, ça reste un morceau énorme. Après, il y a des sons que je n’aime plus trop et qui me gave avec le temps comme par exemple quand Ray Davies chante, là ça me branche beaucoup moins. Mais "Epitaphe" de King Crimson qui se trouve sur l’album In The Court Of King Crimson, c’est un morceau sublime, ça n’a pas pris une ride, c’est super majestueux. Après j’ai écouté de la new-wave, époque où, bizarrement, c’était la mode de taper sur un genre qui ensuite redevenait à la mode, etc.

Pour quelqu’un qui est percussionniste à la base, il y a peu de rythmique, je trouve, sur les morceaux d'Happiness.
En fait, j’ai passé beaucoup plus de temps à travailler les harmonies. J’étais passionné par le rythme quand j’étais gamin mais depuis j’ai beaucoup plus tourné mon travail et ma concentration sur les harmonies. Malgré tout, je pense que la basse est vraiment présente. Il y beaucoup de morceaux où j’attache pas mal d’importance à la basse. "Donkey Boy", par exemple, se construit réellement autour de la basse. Ce qui est aussi vrai pour "Sleeping Song" et "Tears Coming Home". Mais c’est vrai que souvent la basse ne fait que souligner. Par exemple dans "Weeping Willow" on la devine mais elle est presque absente.

C’était quelque chose d’important pour toi d’atténuer certains sons, certaines textures ?
Dans l’ensemble, on a tendance à mettre trop de choses au départ, parce qu’on a envie de garder de beaucoup de choses. Après, il faut juste trouver le bon moyen pour que tout s’accorde. C’est une dure limite à trouver.

L’album t’a donc pris du temps à finaliser ?
La plupart des arrangements étaient faits à la maison, notamment les claviers, même certaines parties de voix, donc des morceaux étaient presque finis, il fallait juste remixer, donc soit j’ai remixer chez moi ou en studio, mais on est rentré en studio au mois de février 2004 et on est resté un mois à enregistrer les parties de guitare-basse-batterie complémentaires, on a enregistré les pianos et les orgues.

En ce moment, les groupes pop français commencent à sonner aussi bien, si ce n'est mieux, que les groupes anglais…
Je suis entièrement d’accord, il y a une maturité en ce moment, il y a une certaine explosion de la scène française, dans presque tous les styles.

La techno et la French Touch ont permis cette maturité, cette "mutation", non ?
Je ne suis pas d’accord avec ça. On a l’impression que c’est ça. Plein de groupes sont en train d’éclore et ils n’ont rien à voir avec cette French Touch, Holden par exemple qui a un parcours super personnel, ils ont écouté Françoise Hardy, Gainsbourg et en même temps ils écoutent aussi les anglais de Broadcast qui sont chez Warp. En fait, moi, la French Touch à l’époque ça m’avait déjà un peu gavé. A part des artistes que je respectais comme Kid Loco et Air, qui avaient leur personnalité, il y avait aussi à côté de ça des groupes qui ne faisaient que de la house et dont je n’étais pas super fan. L’identification sonore à la French Touch a peut-être donné à un moment précis des facilités pour que les français s’exportent un peu plus, mais ce n’est pas encore super flagrant. La plupart du temps ce sont des groupes qui se sont exportés avec une base assez house et une voix vocodée, donc pas un truc vraiment pop. Pour moi, les choses qui arrivent maintenant sont plus de l’ordre de la maturité. Il a fallu le temps de mûrir l’écoute des groupes extérieurs et ne plus avoir peur de passer les frontières. Mais ça reste toujours compliqué quand tu chantes en anglais en France, il y a peu de labels qui sont prêts à suivre ce chemin-là.


(Suite.)

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Published by Sylvain Fesson - dans DISCussion
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commentaires

juko 29/09/2006 17:26

Marant, je me reconnais dans quelques unes de ses références de gamin fasciné ( on se demande lesquelles!), et dans ce parcours solitaire à un moment, les racines de musique "savante" aussi.
Tiens, j'ai plus qu'a écouter ce cousin inconnu

Sylvain Fesson 29/09/2006 19:50

(Encore un truc à écouter) Oui, je me demande ! c'est à croire que vous êtes un peu brother quelque part. (wesh cousin !), le même pedigree dis donc... et encore : t'as pas lu les interviews de Syd Matters et M83 ! Et celle d'un certain Juko aussi ! Hop ! on pourra tous les mettre peu ou proue dans le même sac journalistique... ça me donne une idée d'article ça....