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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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10 septembre 2009 4 10 /09 /septembre /2009 12:58

We Don't Need Another Hero ?



 

Le 30 août 2009 à Rock en Seine, j'avais donc choisi de bouder MGMT et son cortège de tubes. Oui, et tant pis si ça me faisait louper l'exclu de découvrir 2-3 titres de leur nouvel album. Tant pis si je ne pourrais pas, à sa sortie, alimenter ma vie mondaine d'anecdotes avisées sur la teneur supposée de ce Congratulations. Au même moment me disais-je, j'aurais sûrement mieux à faire. L'heure venue, jetant mon dévolu sur l'électro rock de danois inconnus au bataillon (Veto), j'ai décidé que c'est le cas. Mon habituelle démarche de projectile humain speed pour Dieu sait quoi m'y emmène dare dare quand "Paf !" quelque chose me dévie de ma trajectoire.

 

"Aha, alors ça y est, t'arrêtes enfin de bosser ?". C'est une amie journaliste. Elle vient de jaillir devant moi comme un diable de sa boîte. Ah, l'objectrice de conscience, elle dit vrai. Saligote ! Badgé comme blogueur du blog de l'événement, je n'arrêtais pas de bosser. Je devais tenir le rythme (inhabituel pour moi) de 3 articles par jour et comme, contrairement à mes "collègues", je n'y arrivais pas, pour compenser ma maladive lenteur je passais presque tout mon temps backstage à trimer comme un immigré au fond de sa cave (j'exagère à peine !). D'ailleurs à trop le couvrir au lieu de le vivre, j’en avais presque oublié qu'un festival se tenait de l'autre côté de la barrière. Que chaque heure du rock se livrait tel quel à des gens en chair et en os (ils seraient 97 000 sur trois jours, un record). Oui, de vrais morceaux de vrais gens sans badges dont certains se feraient un malin plaisir, la nuit venue, de créer un gros bouchon à l'entrée VIP juste histoire de chahuter du vigile et de foutre gentiment le bordel. Saligaud de vrais gens ! "Nan, Eléa (c'est comme ça qu'elle s'appelle, Eléa), figure-toi que je devrais encore y être, j'ai du retard, mais marre." Ni une ni deux Eléa paie sa clope. Alors, dressé sur mes deux jambes, tige au bec, doucement je me reconnecte au sol, aux choses et au ciel. Et percute : le rock straight qui venait de la Grande Scène était celui d'MGMT. J'avais pas reconnu car le morceau était un nouveau ("Congratulations", "It's Working", "Song for Dan Treacy" ou "Flash Delirium" ? ça je ne saurais dire) mais conformément aux rumeurs qui qualifient le nouveau disque de plus blues-rock le morceau sonnait effectivement plus rock rock. Ligne claire disons.

 

Après, je ne me rappelle plus très bien l'ordre des choses, je sais juste qu'à part 2-3 autres nouveautés de ce genre glissées dans le lot (dont une sunshine présentée comme une chanson sur l'ecsta, et toutes catchy, well done les gars) ce fut le grand festin tubesque comme au Zénith. C'est-à-dire "The Youth" et sa procession répétitive mi espérante mi triste, "Pieces of What" et sa décontraction Hunky Doriesque au chant de caillou coincé dans la semelle (idem pour "Weekend Wars"), "Electric Feel" et son groove fraîcheur menthe, ses phrases d'une biblique évidence ("This is what the world is for / Making electricity"), son break à la "We Don't Need Another Hero" (qui me fera chanter "We Don't Need Another Hero !" et Eléa dire, montrant la couve d'Oracular scotchée à son badge, "Regarde ils ont même le look Mad Max"). Et puis il y a eu "Time to Pretend" bien sûr, sa rutilance dancefloor, ses synthés de mille feuilles schtroumpfesques, "Of Moons, Birds & Monsters" et son long solo de gratte final à chialer tant il fait prendre la mayonnaise, épique, cosmique, déchirante, et finalement "Kids" en version dantesque, avec toujours son sur-kitsch solo de synthé Rondo Venezianesque. Oui, presque tout pareil qu'au Zénith un an plus tôt. A la seule différence que là les gars semblaient faire corps.

 



Bon, ok, ils ont pas non plus passé leur temps à se regarder entre eux dans le blanc des yeux, untel frottant sa guitare à la basse, un autre son claviers aux fûts, ni n'ont parlé à la foule, ce que déploreront certains (pas un mot, excepté quelques mercis) mais hé les mecs sont pas là pour balancer des salamalecs ("Bien la famille ? la femme ? les enfants ?"), non ils sont là pour faire vivre des chansons (vous savez ce qui raconte un truc tout en submergeant de son) et faire vivre des chansons (ça y est, je redeviens Super Pédant !), en délivrer l'énergie, l'émotion, implique parfois de se tenir à carreau. Ce qu'a fait MGMT. Si derrière le batteur et le gratteux se faisaient volontiers héroïques, débordants ("C'est pas possible, le batteur doit venir du metal !" notera Eléa), le chanteur, lui, restera stoïque. Il n'était plus l'Andros pop au manteau d'Arlequin summer of love. Il portait une coupe courte, un T-shirt blanc moulant, un regard absent perdu au loin. Je ne dirais pas qu'il arborait une morgue rock'n'roll, mais malgré les reflets de manga dans ses yeux, malgré sa photogénie de garçon manqué, il communiquait une sorte de sérieux papal. Oui, à l'image de son chanteur, MGMT sonnait sérieux, tenu par ce qu'il fait. Mixant le positivisme de gendres idéaux (genre Keane, PAR EXEMPLE) à une débauche sonore plus guerrière (genre The Horrors, PAR EXEMPLE), il a toujours eu une belle envergure, musicale, mais dans ce regain de tension, d'autorité et de sobriété là, à Rock en Seine, s’en dessinait une nouvelle. Parce qu’on avait enfin l'impression de faire face à un groupe, avec une attitude, un jeu, une puissance de feu. Et ça a fait un bien fou, des chansons, qui vous racontent un truc, vous submergent de son. Eléa a senti la différence directe. "Wouah ! la claque, ça faisait longtemps qu'un concert ne m'avait pas fait ça, je crois que je peux aller me coucher."

 

Faisant fi de toute gaudriole, MGMT a montré qu'il prenait sa musique (et le public) au sérieux. Qu’après tout ce temps passé sur la route, soudé, uni, tendu dans un même but, il n’était plus le "duo de Brooklyn" mais un groupe. (Quelle idée d'ailleurs de les appeler ainsi alors que The Fiery Furnaces est aussi un "duo de Brooklyn" et que de là-bas émerge tout une tripotée de petits king of pop tout plus talentueux les uns que les autres. Je pense à Yeasayer, Chairlift, Dirty Projectors, Grizzly Bear, etc. Un article des Inrocks détaille le "etc."). MGMT a aussi montré que malgré (ou grâce à) tout le barnum médiatique qu’il avait traversé, il avait grandit et coupé les ponts avec l’image hippie pro-fête un peu adulescente du pétard Oracular, de même que d’avec l’esthétique de ses chansons-mondes. Alors après peut-être que les chansons de Congratulations, si elles semblent toujours tubesques, seront moins modernes, moins "worldwide" (Occidentalement parlant hum). On jugera sur pièce début 2010. En tous cas il semble qu’on tienne une sacrée paire de songwriters, genre The Strokes, retour du rock en moins, et c’est déjà ça.


 


Photos par Rod du Hiboo


 

 

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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

Ndaref 21/09/2009 19:25

yap! belle intro, chouette post!trimer à la chaîne te va bien

SYLVAIN FESSON 08/10/2009 23:36


Héhé !