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  • : Parlhot cherche à remettre l'art de l'interview au cœur de la critique rock. Parce que chroniquer des CD derrière son ordi, c'est cool, je le fais aussi, mais le faire en face du groupe en se permettant de parler d'autres choses, souvent c'est mieux, non ?
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27 août 2009 4 27 /08 /août /2009 19:33

Dancing Kean ?

 

 



"On a arrêté de se regarder le nombril"


"Cet album est assez philosophique, hippie même !"



J’ai lu les paroles des chansons de Perfect Symmetry et j’ai eu l’impression que dans certaines d’entre elles vous racontiez à demi mots que la vie de pop star vous avait écarté de votre droit chemin. Je me trompe ?

Tim : Ce n’est pas vraiment le sujet de Perfect Symmetry. C’était déjà plus celui d’Under The Iron Sea. Je trouve qu’il n’y a rien de plus ennuyant qu’écouter une pop star se plaindre que sa vie n’est plus qu’une succession de scène, d’interviews et d’hôtels…

Richard : Tu fais peut-être allusion à "Better Than This". Parce que cette chanson parle du monde des célébrités…

 

Et vous en faites partie !

Richard : Non, parce qu’on ne rentre pas dans ce jeu ! On ne va a aucune soirées où les films sont présentés en avant-première, ni en boîte de nuit, ni sur aucun plateau d’émission de télé réalité…

 

Il n’empêche : vous êtes connu !

Richard : Oui, mais seulement grâce à notre musique.

 

Mais vous faites partie de l’industrie musicale, et vous n’êtes pas sur label indépendant, donc dans une certaine mesure vous jouez le jeu !

Richard : Dans une certaine mesure qu’on s’est fixée, oui. Ce monde de la célébrité nous entoure bien sûr, mais nous n’y participons pas, nous ne faisons que l’observer, ça nous suffit. L’obsession people est partout, dans n’importe quel journal, chaque jour. Regarde, ce matin quand j’ai vu The Guardian, qui est censé être un quotidien de qualité, sérieux, je me suis dit qu’ils se rapprochaient plus que jamais de la presse people parce tu sais quoi ? Ils avaient mis Madonna en couv pour la simple raison qu’elle divorce. Un tel sujet en couv alors que nous traversons une grave crise financière ?! L’éditeur devrait être viré pour avoir laissé passer ça (rires) ! Et c’est de cela dont parle "Better Than This" : quand les gens oublient la dure réalité des choses en se divertissant avec de la merde ! Cette chanson ne parle donc pas directement de nous et de notre vie en tant que musicien, mais son sujet nous tient à cœur.

Tim : Aucune des chansons de ce disque ne parlent vraiment du fait d’être dans un groupe…

 

Elles parlent plus des désillusions qu’entraîne le fait de grandir et de découvrir la dure réalité des choses ?

Tim : Oui, elles parlent plus de ce que ça implique de vivre dans ce monde quand on est un être humain. Contrairement à nos précédents disques, il y a beaucoup de compassion dans ce disque en ce sens qu’on arrête de se regarder le nombril pour plus s’intéresser au monde et à l’autre. L’esprit de ce disque, c’est de dire qu’on croit vraiment que les gens sont capables de faire des choses positives. Chaque chanson traite ça sous un certain angle. "Better Than This" est en effet un bon exemple. Mais je crois que "Perfect Symmetry" va encore plus loin dans ce sens.

 

Il paraît que pour vous c’est la meilleure chanson que vous ayez écrite jusque-là ?

Tim : Oui, probablement. J’en suis très fier.

 

Tim, quand dans ce morceau tu écris : "What I do, that will be done to me" c'est pas un peu chrétien, genre "Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse", "Aime ton prochain", tout ça ?

Tim : Oui, c’est cela. Tu sais, je ne crois en aucun Dieu et aucune religion mais je crois tout simplement qu’en effet si tu te comportes mal avec les gens, d’une façon ou d’une autre ça te retombera dessus. Voilà c’est juste une règle de vie, du bon sens, traiter les gens de la manière dont on aimerait qu’ils nous traitent. Je pense que "Perfect Symmetry" est une chanson très philosophique. L’album lui-même est assez philosophique. Mais j’aime l’idée qu’il y a toujours de l’espoir même si nous essayons d’écrire à propos de choses graves ou importantes.

 

Dans ce disque, tu as des mots assez durs sur l’amour, je veux dire : tu en donnes une vision plus désabusée que par le passé. Dans "Spiralling" tu écris "When we fall in love / We’re just falling / In love with ourselves" et tu remets ça dans "Pretend That You’re Alone" en écrivant "And love is just our way of looking out for ourselves / When we don’t want to live alone". Bref, durant tout le disque, l’amour en prend pour son grade. Il faut attendre le morceau final, "Love Is The End" pour vous entendre enfin dire que malgré tout, seul l’amour compte. Dans vos précédents disques, votre vision de l’amour semblait plus rêveuse, enchantée. Depuis elle en a pris un coup ?

Tim : Un sentiment traverse le disque qui dit en gros que les choses ne sont pas comme elles devraient être. L’amour est une chose importante dans la vie de tout le monde. Hum…

Richard : Le propos du disque est basique parce qu’il en effet que quoiqu’il arrive l’amour reste la chose la plus importante au monde et aussi sans doute l’antidote le plus puissante contre les nombreux aspects négatifs du monde où nous vivons. Tim a dit que c’était un album assez philosophique, moi je dirais qu’il est assez hippie !

 

Un album hippie ?!

Richard : Oui ! On a découvert nos racines "hippie" et on s’est connecté à ça parce que ce qui est important c’est que tu dois mener une vie épanouie, avec tes amis, avec les gens que tu aimes, pour pacifier le monde tant que possible. Et si tu demandes sincèrement à chacun ce qu’il souhaiterait pour le monde, je ne pense pas qu’ils répondraient "on veut plus de pétrole, plus de guerre, plus de pauvreté, plus de colère ou plus de famine". Idéalement je pense que chacun souhaite qu’on travaille ensemble à un monde meilleur. Alors bien sûr, c’est ridicule à dire mais actuellement cet idéal, qui n’est encore une fois que bon sens, on en semble tellement loin… Ce disque souhaite faire jaillir cette énergie positive.

Tim : Et c’est pourquoi il y a en même temps ce climat de désabusion sur le disque, comme si quelque chose était cassé. Parce que si tu te contentes de dire "peace and love", ça ne veut rien dire. Aujourd’hui ça ne veut plus rien dire. Mais si tu dis justement "When we fall in love / We’re just falling / In love with ourselves", ou je ne sais quel autre des nombreuses paroles désabusées que compte le disque, par contraste ça rend absolument vital l’esprit "peace and love" ou "hippie", peu importe comment tu appelles ça. Et ça veut dire qu’il va te falloir puiser dans tes ressources, te coltiner plein de merde et travailler dur pour faire valoir cet état d’esprit. Ça ne suffit pas de dire "peace and love", tu dois te battre à tout prix pour ça. Ce n’est pas qu’un mot, pas qu’un idéal, c’est une bataille.

 

Keane n’est pas connu pour faire des mélodies joyeuses. Mais pour la première fois il y en a sur ce disque. Ont-elles été dur à faire ?

Richard : Non, c’est venu naturellement ! Notre deuxième album était très noir, intense, presque étouffant et ça reflète l’état d’esprit dans lequel on l’a fait. Mais le dernier album on s’est vraiment amusé à le faire et je pense que tu peux l’entendre. On a eu plein d’idées et on les a toutes essayées, même celles qui semblaient être mauvaises (rires) ! Et parfois elles se sont finalement avérées êtres les meilleures idées. Cet album reflète donc l’état d’esprit dans lequel on a fait ce disque.

 

La première fois que j’ai entendu "Spiralling", je me suis dit que vous vous preniez pour Justin Timberlake !

Richard (rires) : …

Tim : Il y a plein d’influences pop sur ce disque…

 

Il est plus groovy, R&B…

Tim : Oui, il y a de ça, mais cette chanson est venue en écoutant Pink Floyd.

 

Pink Floyd ?!

Tim : Je ne sais pas. Il y a plein d’influences différentes. Je ne sais pas si tu es fan de Bowie, mais il y a une chanson intitulé "Speed of Life" sur l’album Low et sur cette chanson il y a une guitare qui fait comme des zébrures et je me suis dit que ce serait super si on arrivait à ce que "Spiralling" sonne comme ça. Au final elle ne sonne pas comme une chanson rock parce qu’on a tellement travaillé dessus qu’on y a apporté plein d’autres influences donc ça sonne comme une mixture de plein de choses.

 

J’ai trouvé qu’il y avait même un peu de Bee Gees dans "Spiralling" parce qu’elle finit dans une ambiance quasi disco !

Tim : Les Bee Gees ?! Mon Dieu ! Mais qui sait, tu as peut-être raison (rires). Mais je pense que cette ambiance que tu as décelée vient plutôt du fait que j’ai beaucoup écouté Prince. Mais j’aime que cet album soit plus physique et plus dansant que ce que nous ayons fait jusque-là.

 

Tim, au rang des influences, dans la bio de Perfect Symmetry, tu as même cité Salt’N’Pepa !

Tim : C’est vrai. On a grandi avec ce genre de hit pop et ce n’est que plus tard que je me suis aperçu que ce genre de son m’avait influencé et j’ai ouvert la porte à cette influence à l’occasion de ce nouvel album. Et je pense que c’est dû au fait qu’on s’est moins pris la tête pour faire ce disque, on a arrêté de se préoccuper de tout regard extérieur pour laisser venir ce qu’on avait vraiment envie de faire. C’était super de fonctionner ainsi. Et je pense que si tout s’est passé comme ça c’est en partie grâce au fait qu’on est venu enregistrer certaines chansons à Paris et à Berlin. Le fait de nous couper de Londres pour nous isoler dans des endroits nouveaux à donner cette ambiance de jeu et de fête à l’album. A ce moment-là, c’est comme si on avait oublié qu’on faisait une musique qui allait être écoutée par d’autres personnes. Et je crois que c’est la meilleure façon de faire un disque.

Richard : J’ai eu l’impression qu’on était en train de faire notre premier album, comme si nous étions un nouveau groupe, qu’on n’avait aucune pression, aucune attente. Je pense qu’on était dans cet état d’esprit-là. Et partir à Paris et à Berlin n’a fait qu’accentuer ça. Parce que nous deux premiers albums ont été faits dans le même studio près d’où nous habitons. Et puis cette fois nous nous sommes nous-même produits. C’était un tout autre processus créatif.

 

Quand et comment John Brion et Stuart Price ont-il rejoint votre processus créatif ? C’était votre idée de travailler avec eux ?

Tim : Oui. On voulait travailler avec John parce qu’il connaît plein de styles de musique et il y a très peu de producteurs comme ça. En tout cas dans cette catégorie, il est le seul à me venir à l’esprit. Il a travaillé sur les albums de Kayne West, de Fiona Apple, sur des BO de films…

 

Ce n’est pas un expert de pop anglaise.

Tim : Mon Dieu, non ! La dernière chose que nous voulions était de faire un album d’indie pop. On voulait faire quelque chose de totalement différent. Et il nous a mis en confiance par rapport à ça. Son grand principe c’était : "Ne te préoccupe pas d’une idée avant de la faire, fais-là et réfléchis après." Parce que si tu réfléchis trop ça va saper ton instinct créatif.

 

Il ne voulait pas que vous vous posiez la question du bon goût et du mauvais goût ?

Richard et Tim : Oui.

Tim : Est-ce que ça va plaire aux radios ? Est-ce que ça va plaire aux fans ? Est-ce que ça va plaire aux journalistes ? Beaucoup de groupes se soucient de toute cette merde, ils ne devraient pas. Une fois que tu as supprimé ce genre de préoccupations, faire de la musique redevient totalement libérateur et ta musique s’en ressent, elle n’en est que meilleure.

Richard : Et c’est en grande partie pour ça qu’on a aimé produire ce disque nous-même, parce qu’on n’était jamais passif, on n’était jamais là à se reposer sur une tierce personne qui pourrait nous guider ou nous donner des idées. Chaque jour on travaillait sur les chansons qu’on voulait. Tom arrivait le matin et nous disait quelle chanson il se sentait de chanter. Pareil pour moi si j’arrivais le matin en ayant envie de tester telle partie de batterie sur une chanson et bien on travaillait dessus et on l’enregistrait dans la soirée, parce que le soir est le meilleur moment pour tout (rires) ! On faisait vraiment ce qu’on voulait. C’est ce qu’on a fait pendant des années avant d’être signé en maison de disques : juste faire de la musique ensemble.

 

Vous écrivez vos chansons de la même manière qu’à vos débuts ?

Tim : Pour ce qui est de la base des chansons, oui. Mais encore une fois on a fonctionné différemment pour ce disque parce qu’avant de commencer à enregistrer on s’est tous réunis pour jouer toutes les chansons ensemble, pour voir comment on les sentait en nous pour nous. Et je pense que ce moment a été très important, ça a permis à chacun de vraiment contribuer au feeling de ces morceaux, qui sont plus basés sur le rythme que nos anciens morceaux. Comme on avait Jessie qui jouait la basse, une vraie section rythmique, très énergétique, très tendue, on n'avait pas besoin de lancer des bandes préenregistrées en se disant que ça irait, que la chanson se suffirait à elle-même. Non on faisait vraiment tenir le morceau live avec l’excitation de chacun.

 

Dernière question, après je vous laisse, promis, surtout que je vois que votre manager s'impatiente derrière la porte ! Que pensez-vous du groupe The Killers qui ont également travaillé avec Stuart Price pour leur troisième album, album qui va d'ailleurs sortir peu après le vôtre ?

Richard : C’est un bon groupe, un bon groupe de scène et un bon groupe de rock. On est pote avec eux. On est allé au studio où ils mixaient leur album à Londres, on a entendu quelques morceaux et ça sonnait vraiment bien. Je suis donc assez impatient de voir le résultat définitif.

 

C’est un groupe qui a émergé quasiment en même temps que vous…

Richard : Oui, il y a quelques groupes dont on se sent proche parce qu’on est arrivé avec notre premier album à la même période.

 

Lesquels ?

Richard : Il y en a beaucoup. Mais comme ça, là, je citerais Franz Ferdinand, Razorlight, The Killers donc et aussi Kaiser Chiefs.

 

Kaiser Chiefs a aussi fait un troisième album plus groovy et dansant. On dirait que c’est une vraie manie chez les groupes pop-rock anglais. Auraient-ils marre de la tradition : l'indie rock et la bonne vieille brit pop ?

Tim : C’est possible. De toute évidence les groupes qui survivent sont de bons groupes ! Beaucoup de groupes sont apparus quand on a émergé et en 4 ans j’en ai oublié les deux tiers. C’est très dur d’être un groupe, il faut rester ensemble, soudés, motivés. Une fois que tu as fait un bon album tu dois continuer à en faire un autre derrière. Tu ne peux pas te contenter de faire du surplace. 
 

 

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Published by SYLVAIN FESSON - dans DISCussion
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commentaires

Julie 03/09/2009 00:57

Excellent article Sylvain!Complet, intéressant, et profond!!

SYLVAIN FESSON 07/09/2009 22:18


Tout ça ??!
;-)


Le CPE 30/08/2009 09:02

Ca me donnerait presque envie d'y jeter une oreille. Content de te relire.

SYLVAIN FESSON 07/09/2009 22:16


Bah vas-y jette, jette !


Callivero 29/08/2009 20:32

Ils redécouvrent le monde, mais la premire chanson m'a pas du tout branché, je préfèrais le son "indie" d'avant. Bon, j'ai pas tout écouté, un jour, si j'ai du courage...PS: "désabusion", c'est un nouvel anglicisme pour "désabusement" ? :)

SYLVAIN FESSON 07/09/2009 22:16


C'est vrai, leur discours sonne comme s'ils venaient de tomber de la dernière pluie.
Ah pour "désabusion" sinon je me suis longtemps dit que ça sonnait bizarre sans trouver le mot juste ! Désabusement, voilà. Reste que je trouve ça joli désabusion, non ?


Nola Chérie 28/08/2009 14:49

Je suis bluffée : réponses remarquablement intelligentes, je trouve (et/ou bien retranscrites?)! C'est si rare...Je n'ai pas écouté le dernier de Keane, bien sûr. En fait je n'écoute pas Keane chez moi. Je n'ai jamais écouté Keane réellement. Je ne me prononcerai pas sur leur musique...Cependant, vus sur scène lors d'un festival : très très agréablement surprise (et pas la seule)!!! Tant d'énergie positive et de générosité, ça n'arrive pas tous les jours non plus!

SYLVAIN FESSON 07/09/2009 22:14


Non, c'est pas de l'artifice de retranscription : les mecs étaient comme ça, pas cons !
Leur concert à Rock en Seine était pas dégueu.